Actes du colloque : 

LE FINANCEMENT DU TERRORISME

Le samedi 22 octobre 2016
De 14h à 18h
Université Paris-Sorbonne  
Amphi Guizot


L’Académie deGéopolitique deParis avec le centre Roland Mousnier dans le cadre de ses analyses des questions du monde contemporain, et poursuivant son travail d’approche pluridisciplinaire en totale indépendance des défis actuels, a fait appel aux meilleurs spécialistes du terrorisme pour évoquer dans plusieurs communications la question, souvent évoquée mais également négligée dans ses dimensions les plus stratégiques, du financement du terrorisme.


Ce colloque a pour but d’étudier tous les aspects les plus fondamentaux de ce phénomène moderne. La question du détournement de la finance islamique, du blanchiment d'argent et des circuits financiers susceptibles de financer les activités criminelles du terrorisme, si elle est importante et sera largement traitée dans les communications, ne fait apparaître que le « comment ? » de ce financement du terrorisme dont les deux autres questions essentielles relèvent du « qui ? » et du « pourquoi ? ».


En effet, les organisateurs du colloque sont intéressés à la mise à jour de la nature profonde des mouvements et réseaux, les caractéristiques opérationnelles et les nouveaux modes opératoires du milieu terroriste, parce qu’ils révèlent des stratégies éminemment étatiques sous-jacentes (chaos au Proche-Orient et réseaux islamistes en Europe). Le colloque sollicitera l'analyse minutieuse de nombreux spécialistes retenus (universitaires, personnalités, militaires, diplomates, journalistes, etc.) auxquels il sera demandé d’élucider le rôle exact de monarchies du Golfe, l’Arabie Saoudite et le Qatar, ou la Turquie, par exemple, mais également la relation du blanchiment par le financement de contrats légaux notamment d’armements avec leurs partenaires occidentaux ainsi que par l’action plus ou moins institutionnalisée de multiples fondations jouissant dans ces pays de tous les privilèges. Les communications auront néanmoins à prendre en compte l’implication, à toutes les échelles géographiques et selon toutes les nuances de l'influence, des puissances locales, régionales et mondiales concernées.

 

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Première table ronde

 

https://www.youtube.com/watch?v=rKHJF2Ks3hI

Monsieur  Ali Rastbeen président de l’Académie de Géopolitique dans son  discours introductif a signalé :
Les efforts régionaux et internationaux contre le terrorisme et l’extrémisme qui constituent une menace directe à la sécurité et à la stabilité du monde entier, ils sont donc nécessaires et doivent être poursuivis. Déjà la communauté internationale se mobilise pour amputer le financement du radical islamiste, améliorer le travail des services de renseignement, renforcer la défense, endiguer l’idéologie dénaturée de ce groupe et arrêter le flot de combattants étrangers depuis et au Proche-Orient.

 

Le terrorisme, sous toutes ses formes constitue l’une des dégradations les plus préjudicielles de la paix et de la sécurité mondiale. C’est une agression contre les valeurs essentielles de la démocratie, et une véritable négation du droit à la vie. Tous les actes terroristes, quels qu’ils soient, sont criminels et injustifiables. Comme étant un phénomène global, le terrorisme doit être adressés sérieusement à travers la collaboration de tous les Etats quand ils sont tous  et à juste titre concernés de très près.

Seule une législation plus sévère et une application plus stricte de la loi, associées à une nette coopération internationale, permettront de lutter efficacement contre le financement du terrorisme qui bien entendu assure sa survie jusqu’à maintenant.

Le 17 décembre 2015, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté, à l’unanimité, la Résolution 2253, agissant sous le chapitre 7. Cette résolution, introduite par les États-Unis et la Russie, impose le gel des avoirs, l’interdiction de voyager et l’embargo sur les armes à l’encontre de Daech, Al-Qaïda et « des individus, groupes et autres entités qui leur sont associés ». Le lendemain, 18 décembre 2015, le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité la Résolution 2254, comme base d’une solution politique dirigée par la Syrie pour mettre fin au conflit.

Les sanctions exploitent les critères suivants : d’une part le fait de concourir à financer, organiser, faciliter, préparer ou exécuter des actes ou activités d’Al-Qaida et de l’EIIL, en association avec ceux-ci, sous leur nom ou pour leur compte, ou le fait de les soutenir ; d’autre part le fait de recruter pour le compte d’Al-Qaida ou de l’EIIL ou de soutenir, de toute autre manière, des actes ou activités d’Al-Qaida, de l’EIIL ou de toute cellule, filiale ou émanation ou tout groupe dissident de ceux-ci.

En fait le vrai problème est externe, principalement régional, et échappe au contrôle syrien. Des puissances comme le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie sont toujours en train de financer, armer et transporter des terroristes vers la Syrie. C’est l’ignorance de la Résolution 2253 qui met l’accent sur la nécessité de couper le soutien aux terroristes afin de les vaincre, ce qui conduira éventuellement à une solution politique en Syrie. Les États-Unis semblent avoir perdu le contrôle de leurs alliés régionaux en Turquie, au Qatar et en Arabie saoudite et ont été incapables d’empêcher leurs opérations menées en Syrie ou de prendre une action contre leurs violations de la Résolution 2253 des Nation Unies. 

Amnesty International a pointé du doigt pour la première fois de façon très explicite l’implication d’Ankara, Washington, Riyad et Doha pour avoir fourni des armes aux groupes terroristes pour le Front al-Nosra et Ahrar al-Cham en Syrie.

L’Organisation des Nations Unies et les pouvoirs occidentaux, surtout celui des États-Unis, continuent à se concentrer sur la Résolution 2254 qui porte sur la solution politique à la crise en Syrie, tout en ignorant complètement le fait qu’aucune solution politique ne peut être atteinte avant d’avoir éliminé le terrorisme, qui est l’essence même de la Résolution 2253. Egalement la résolution 1373 (2001) prévoit en particulier que « tous les États doivent prévenir et réprimer le financement des actes de terrorisme et s’abstenir d’apporter quelque forme d’appui que ce soit, actif ou passif, aux entités ou personnes impliquées dans des actes de terrorisme, notamment en réprimant le recrutement de membres de groupes terroristes et en mettant fin à l’approvisionnement en armes».

Si la France est une cible privilégiée des terroristes et encore tout récemment à Nice, c’est en conséquence de son engagement dans une véritable guerre contre le terrorisme. Il est vrai qu’une Commission d’enquête parlementaire « relative aux moyens mis en œuvre par l’Etat pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015 » a été constituée sous la présidence de Georges Fenech, rapport publié sous le n° 3922, ainsi qu’une mission d’information sur les moyens de Daech, sous la présidence de Jean-Frédéric POISSON, rapport publié sous le n° 3964, enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 13 juillet 2016.

Que ce soit dans la partie sur la nécessaire réforme des services de renseignements, celle de la réponse pénale adaptée à la menace terroriste, celle sur la protection et sécurisation du territoire, celle sur la lutte Internationale contre le terrorisme ou même la liste des propositions de ces deux rapports, on ne trouve trace d’un travail en profondeur sur la nécessité d’assécher financièrement les filières terroristes.

Or, il est du devoir des institutions parlementaires nationales et européennes d’interpeller solennellement les ministres de la Défense et des Affaires étrangères pour enfin identifier les pays qui forment, financent, arment, soutiennent logistiquement les filières terroristes et achètent le pétrole qu’elles vendent, d’établir ensuite une commission d’enquête mettant en lumière les agissements de ces réseaux nationaux et internationaux et de mettre en place un embargo sur la vente d’armes et sur l’achat de pétrole, le gel des avoirs, contre les Etats directement concernés ou qui peuvent potentiellement l’être. C’est une question de cohérence et de crédibilité de la lutte antiterroriste, laquelle si ainsi menée rendrait justice aux milliers de victimes du terrorisme et des Etats qui les soutiennent.

https://www.youtube.com/watch?v=t0_Ay5uCaRI

La deuxième intervenante Mme Karine GEVORGYAN, Politologue, chroniqueuse au journal a choisi de traiter les différents approches qui conduisent au terrorisme aujourd’hui, son sujet est le suivant :   «Globalisation, orientalisme et les bases idéologiques du terrorisme islamiste».

Pour Mme GEVORGYAN : «  Il est difficile de nier le fait que le phénomène du terrorisme islamiste ne cessait de croître sur le fond de la hausse exponentielle du processus de globalisation. Quelques mots sur la globalisation. C'est un terme économique. Il signifie la globalisation du travail et du capital. Dans le domaine de la politique, il y avait le processus de la désouverainisation. Il est intéressent de noter que le projet « Khalifat » se positionne non comme un projet anti globaliste mais comme une alternative à la globalisation. Notamment, il se prononce contre l'idée de la souveraineté de l’État.

Elvin (Olvin) Toffler sociologue et futurologue américain nous prévient  de nouvelles difficultés, des conflits sociaux et des problèmes globaux que l'humanité verra en passant du XXe au XXIe siècle « Future Shock”, «The Third Wave”, “Powershift: Knowledge”, “Wealth and Violence at the Edge of the 21st Century”, “War and Anti-War”.

            La hausse des protestations dans les zones où l'islam est traditionnellement répandu est dû aux différents facteurs : à partir des recherches dans l'ordre du « socialisme islamique » et de la guerre en Afghanistan  jusque la perte de crédibilité par les élites laïques. Le dernier thèse peut être prouvé par les événements du « printemps arabe » de 2011. A propos, l'appellation le Printemps arabe fait rappeler l’expression le Printemps des peuples, qu'on utilise en indiquant la période des révolutions en Europe de 1848–1849 (Dix-huit cent quarante huit – dix huit cent quarante neuf).

En grande mesure, l'esprit anti occidental en Orient en général et dans le monde islamique en particulier a été influencé par un phénomène occidental que Edward V. Said a nommé l « orientalisme », c'est-a-dire « la suprématie occidentale et l'infériorité orientale ». Il a écrit dans sa monographie qui porte le même nom : « L'orientalisme a presque toujours dépendu dans sa stratégie de cette souple supériorité de position qui fait bénéficier l'homme occidental de toute une série de possibilités dans ses relations avec l'Orient tout en lui laissant sa suprématie ».

Sur ce fond, en début des année 90 l'idée de la création du Klhalifat mondial a pris des contours pratiques. La Russie s'est heurté aux « khalifatistes » pendant les deux guerres en Tchétchénie où hormis le conflit armé intertchétchène et les activités des forces fédérales, l'action était menée par l'international islamiste. Aujourd'hui nous sommes témoins des activités de l'« État islamique » en Irak et en Syrie. Les actions de cette force internationale ont été qualifiée en langue diplomatique comme le « terrorisme international ». Pourtant, il faut reconnaître que la prolifération de ce phénomène et l'enrôlement des jeunes musulmans dans les bandes armées qui continue doivent être expliqués par une composante idéologique. Par la proposition utopique de protestation.

Dans ces conditions la rivalité des services spéciaux aussi s'accroît.

Voilà les sources essentielles du financement du terrorisme:

1) l’activité criminelle directe des groupes terroristes et des organisations terroristes (vols armés, rançon pour les otages, fraudes financières etc), une criminalité ouverte.

2) sponsorisation de la part de grandes sociétés internationales, intéressées de neutraliser leurs concurrents ou de changer le climat d’affaires dans telle ou telle région du monde. 

3) source traditionnelle ,aide des pays qui utilisent les terroristes comme instrument pour atteindre leurs buts.

4) aide de l'économie parallèle, liée directement au trafic des armes, au trafic des drogues, au trafic du pétrole, à la traite des êtres humaine (prise des otages, exportation des prostituées, de la main d’œuvre illégale, vente des organes des gens tués etc). Les drogues et les armes sont des marchandises les plus appropriés pour avoir des revenues de 1000 % et les trafiquants des armes et des drogues versent systématiquement les « pour cents » au terrorisme international.

5) sponsorisation des personnes privées par l'intermédiaire de toute sorte d'unions de compatriotes, d'associations d'aide humanitaire, d'organismes religieux etc. Cette source nourrit systématiquement les organisations terroristes religieuses et nationalistes. »

https://www.youtube.com/watch?v=wCQ8Rm-Mdos

Le troisième intervenant M. Jean-Paul Gourévitch, consultant international sur l’Afrique, les migrations et l’islam radical, a ensuite repris la parole pour traiter la question du financement du terrorisme islamiste par l’économie informelle.

M. Gourévitch : « Dans cette intervention je vais reprendre plusieurs études de l’ouvrage sur l’islamo-business vivier du terrorisme que j’ai publié chez Pierre-Guillaume de Roux et en librairie depuis le 22 septembre 2016.

Parallèlement au financement classique du terrorisme par les puissances du Golfe, leurs soutiens et leurs banques, les groupes islamistes  comme Daesh, Al-Qaïda, l’Aqmi, l’Aqpa, ou Boko Haram  ont mis en place un système parallèle qui s’appuie sur

- les taxes sur les commerçants, les particuliers et les transports

- La vente frauduleuse de matières premières (type pétrole et gaz naturel)  à des Etats de la région  ce que les intéressés nient

- la confiscation des biens et avoirs bancaires dans les régions qu’ils contrôlent

- les rançons obtenues en échange de la libération d’otages

- l’esclavage sexuel

- les trafics: drogues, armes, animaux, plantes, ivoire, bois précieux, organes humains…

- le détournement des procédures existant dans le monde musulman (zakat, jizya, sadaqah, hawala) dont une partie est utilisée pour l’achat d’armes, la solde des combattants, l’administration des territoires conquis, la propagande ou l’implantation de cellules actives ou « dormantes » dans les pays qui les combattent.

L’ensemble représente plus de 1000 milliards de dollars par an.

Leurs adversaires sont désarmés face à l’opacité de ces circuits et à l’absence d’une gestion nationale et internationale d’une économie informelle qui représente pourtant aujourd’hui près d’un quart  des échanges et des transactions du monde.

 

 https://www.youtube.com/watch?v=F25TDxI1c7E

Le quatrième intervenant M. Riadh Sidaoui, Directeur du CARAPS (Centre Arabe de Recherches et d’Analyses Politiques et Sociales à Genève a ensuite repris la parole pour traiter son discours de sujet : Le Commerce du terrorisme.

Il a mentionné : « le terrorisme islamiste s’est déclenché en Egypte via les Groupes Islamiques Armés vers la deuxième moitié des années 1970. Deux phénomènes à observer dans cette décennie. Le premier réside dans le déclin de la classe moyenne au sein des sociétés arabes après les privatisations massives et accélérés des secteurs publics. L’Etat ne je joue plus le rôle du catalyseur social.

Le deuxième phénomène concerne l’explosion des prix de pétrole après la guerre israélo-arabe d’octobre 1973. Ce qui a permis à l’Arabie Saoudite d’avoir des revenus très importants. Une partie de ces revenus va être consacrée à la « Wahhabisation » des sociétés arabes et musulmanes.

 Beaucoup d’auteurs, dont l’expert de la CIA Graham Fuller, soutiennent l’hypothèse du financement saoudien non seulement du FIS algérien et de ses groupes armés pendant les années 1990, mais aussi de tous les mouvements islamistes sunnites s’activant dans le monde arabe en particulier, et dans le monde musulman en général.

L’intensification du financement saoudien a commencé dès 1980 avec le but de contrer la révolution populaire chiite en Iran. Les preuves matérielles ne peuvent être connues que par les services de renseignement (!).

Qui finance le terrorisme ? Qui manipule ? Comment et Pourquoi ?

On a plusieurs preuves qu'il y a des Etats du Golfe, même des hommes d'affaires du Golfe qui financent ces mouvements terroristes.

1- L’ancien chef de la DST française (Direction de la surveillance du territoire) Yves Bonnet a mis en cause le 8 octobre 2012 l’argent de la drogue mais aussi celui de l’Arabie saoudite et du Qatar dans le financement des réseaux islamistes radicaux. Dans un entretien publié par la Dépêche du Midi M. Bonnet estime que ces réseaux posent la question du trafic du drogue, mais selon lui, « il y a aussi le problème de l’argent qui est alloué par des pays salafistes : « On n’ose pas parler de l’Arabie saoudite et du Qatar, mais il faudrait peut-être aussi que ces braves gens cessent d’alimenter de leurs fonds un certain nombre d’actions préoccupantes, déclare-t-il. Il va falloir un jour ouvrir le dossier du Qatar, car, là, il y a un vrai problème. Et je me fiche des résultats du Paris-Saint-Germain. » 

2- Joe Biden, le vice-président américain, devant des étudiants et des professeurs à l'Université de Harvard aux Etats-Unis d'Amérique. Il a déclaré ouvertement: « ce sont nos amis turcs, saoudiens, qatariens et Emiratis qui ont financé  et aidé Daech ».

3- Bernard Squarcini, ancien patron des renseignements intérieurs français, révélait-il y a 2 ans : que «L’Arabie saoudite finançait le terrorisme en Syrie et en Algérie» ! Selon cet ancien patron des renseignements intérieurs français, les groupes djihadistes qui avaient prêté allégeance à Al Qaïda «étaient financé principalement par le prince saoudien Bandar Ben Sultan (secrétaire général du Conseil de sécurité nationale et chef des renseignements généraux d’Arabie saoudite) qui adoptait une politique régionale indépendante de ses frères et de ses cousins». Bernard Squarcini, assurait dans son dernier livre que «Bandar Ben Sultan, chef des renseignements saoudiens, était derrière le financement des groupes djihadistes en Afghanistan, en Syrie, au Liban, en Egypte, au nord de l’Afrique», «le Qatar, grand partenaire commercial et politique de la France, était intéressé par le financement, voire l’armement des groupes islamistes combattant en Afrique contre l’armée française».

4- Lotfi Ben Jeddou, ministre de l’intérieur tunisien a déclaré au quotidien algérien El-Khabar que des hommes d'affaires des pays du Golfe financent le terrorisme en Tunisie .

5- Les gouvernements syriens et irakiens accusent ouvertement l’Arabie Saoudite et le Qatar d’avoir financé le terrorisme dans leurs pays.

6- Des journalistes algériens ont accusé l’Arabie Saoudite de financer le terrorisme algérien durant les années 1990. Hadda Hezem, la directrice du quotidien Al-fajr a accusé les saoudiens de financement des groupes islamistes armés.

7- Des centres de recherches occidentaux ont aussi accusé le Qatar et l’Arabie Saoudite de financer le terrorisme. A titre d’exemple l’Institut du Washington.

8- L'adoption de la loi Jasta par le congrès américain autorisera les familles des victimes du 11-Septembre à engager des poursuites pour réclamer des dommages à Riyad. Le dossier du 11 septembre va passer de la sphère politique et diplomatique à la sphère judiciaire. Désormais, Ce sont les juges qui vont traiter ce dossier. Des révélations secrètes et bouleversantes peuvent avoir lieu.

        Mais, le soutien étranger au terrorisme islamiste n’est pas l’unique source de financement de ces mouvements. Ces derniers ont réussi la construction des réseaux locaux efficaces d’autofinancement, y compris l’appropriation des biens des citoyens et des villes conquis, ou même l’exploitation et l’exportation du pétrole syrien et irakien via la Turquie. C’est le butin du Djihad selon leurs convictions.

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Deuxième table ronde
Modérateur : Claude DUVAL Avocat spécialisé en droit des relations internationales et ancien fonctionnaire international à la Banque mondiale

Le cinquième intervenant, Docteur Mowaffak AL-RUBAIE, Membre du Parlement irakien et ancien conseiller de la sécurité nationale de l'Irak a choisi de traiter « L’Etiologie du terrorisme»

 

https://www.youtube.com/watch?v=aYf_Qs50vGQ

 

Le « djihad terroriste international » est aujourd’hui irrigué d’une seule et même confession qu’est le wahhabisme, ses adeptes sont les partisans d’une interprétation puritaine, intolérante, discriminatoire et anti-pluraliste de l’Islam. Il s’agit d’un puritanisme religieux qui réclame une obédience absolue du chef religieux. Cette confession  a été latente pour plus de 150 ans dans la péninsule arabe et a été activée par les richesses pétrolières et l’ambition politique de la famille royale des Al-Saoud. Cette combinaison en soi a bouleversé le monde, ces dernières cinq décennies. C’est par ce fameux mariage entre la famille royale et les oulémas religieux extrémistes et dangereux que l’Arabie Saoudite parvient à préserver ses intérêts et son influence internationale ainsi que régionale. L’incitation au racisme et au sectarisme puis le recours à l’atrocité et à la violence ne peuvent démontrer que d’un total échec et ratage d’un Etat qui a tout perdu. L’image de l’Arabie Saoudite est actuellement diabolique et le monde partage presque le même avis, ce qui a récemment conduit certains responsables et dirigeants dans des gouvernements européens à réfuter ces politiques en cherchant à les délimiter à travers des institutions juridiques. Le cas de la France, des Pays-Bas, et des Etats-Unis. La politique de l’Arabie Saoudite n’a pas uniquement posé une menace internationale potentielle mais elle a aussi et surtout détruit les principes de base d’une religion de tolérance en la transformant en une de violence pure et dure par la falsification et l’éducation pervertie de jeunes musulmans dans des institutions religieuses qu’a été construites à une grande échelle et dans pas mal de pays occidentaux se servant comme base pour le recyclage et la diffusion de l’idéologie wahhabite. Mon message pour les Saoudiens est le suivant : « Ce que vous enseignez et prêchez dans vos mosquées et écoles n’est pas une affaire intérieure. Il ébranle et bouleverse notre sécurité nationale et internationale.

Le sixième  intervenant Dr. Peter PILZ, député autrichien,  a traité le sujet suivant : « Oil, banks and guns - how we fail fighting terrorism."

https://www.youtube.com/watch?v=-JgeK-bT-_M

Je ne parlerai pas ici de religion, je parlerai du financement du terrorisme, je ne suis pas de Vienne mais du sud est autrichien, de la région de Styrie, proche de l’Albanie, dont la capitale est Graz.

A Graz, depuis quelques années, nous avons découvert huit nouvelles mosquées salafistes, elles ne sont pas spécialement dangereuses, elles regroupent six cent croyants, venant tous de la partie Nord -Ouest de la Bosnie, dans la plus pauvre des régions d’Europe, où se sont édifiés des villages entièrement et exclusivement musulmans, communautés financées par les pays arabes et par des donateurs privés. Ils en ont fait leur territoire.

J’ai travaillé pendant trente ans avec les services de renseignement militaires, et parle en fonction de qui a été déjà publié ou de ce qui le sera bientôt. A la question d’où vient cet argent exactement, je peux tenter de répondre ainsi :

D’après ce que nous savons, d’abord il y a une vieille tradition saoudienne de financement, qui remonte à la guerre civile en ex-Yougoslavie, mais il y a aussi, depuis une décennie, de plus en plus de donateurs privés du Qatar et du Koweit. Alimentant ce fonds appelé WELFARE. Selon les mêmes sources, Welfare est connecté avec Al Qaida, avec des transferts via le Royaume uni et des comptes suisses à Genève. Ces flux ont été interdits depuis peu sur le papier, grâce aux directives de l’Union européenne notamment.Mais là, je parle en tant qu’économiste, ce n’est pas si compliqué de financer le terrorisme. C’est un peu plus compliqué de construire un état, à partir d’une armée de combattants payés 200 dollars par mois, issus de pays variés, dans un immense territoire peuplé de huit millions d’habitants. Surtout si on prend en compte le fait qu’une condition ne peut être oubliée : l’Etat islamique doit être un pays aux frontières ouvertes pour se constituer. Frontière ouverte d’abord sur l’Arabie saoudite, pays nourricier, mais aussi sur le Koweit, la Turquie, le Qatar et pour les trafics d’armes spécifiquement, sur Abu Dhabi., aux frontières de l’Arabie.

Arrêtons-nous sur le cas du Qatar. Personne ne craint le Qatar, c’est un tout petit pays. Alors pourquoi la communauté internationale n’intervient-elle pas ? Parce que cette zone de guerre est nécessaire pour permettre l’exportation du pétrole et du gaz dans le monde entier. Pourtant, le financement de Daesch en Syrie et en Irak est basé à Doha, capitale du Qatar, c’est de notoriété publique. Et cela se chiffre en millions de dollars, chaque année.

Avec la Turquie, les problèmes sont différents, et ils sont rendus encore plus complexes avec la partition kurde. Qu’il y ait eu une politique turque de laisser passer des combattants de Daesch, cela ne fait aucun doute. L’implication du gouvernement d’Ankara est claire, c’est son degré qui est encore inconnu. Parallèlement, le gouvernement kurde a joué aussi son rôle dans le trafic de pétrole à la frontière turque, sans oublier le concours de la criminalité internationale qui tire bénéfice de toutes les zones de conflits.

Pour Daesch, il y a d’autres fournisseurs d’armes, à travers le marché noir de vieilles kalachnikovs russes transitant par la Turquie ; à travers les acheminements depuis l’Arabie saoudite et depuis Abu Dhabi, devenu, depuis la plus cruelle phase de la guerre du Liban il y a vingt ans, le plus important point de convergence, de transfert et de vente du globe. Alimentant au passage toutes les guerres civiles africaines en Somalie, Yémen, Soudan etc…

Avec tous ces éléments, vous en arrivez assez vite à la conclusion qu’il est impossible que le projet d’Etat islamique se développe dans l’isolement uniquement en Irak et en Syrie. Il faut tenir compte pour ce projet de la géopolitique des pays frontaliers.

Revenons à la question du Qatar. Le Qatar est aujourd’hui quelque chose comme le jumeau riche de Daesch. Alors que le rôle géopolitique de l’Arabie Saoudite est devenu incertain désormais et encore plus dans l’avenir. Alors que le Koweït est politiquement divisé en guerres de factions, avec toutes sortes de clans, dont certains bien sûr soutiennent Daesch, alors qu’Abu Dhabi reste the « Market place » de toute la région, alors que le rôle de la Turquie est encore inconnu, vous en tirerez la conclusion qui s’impose vous-même : pour isoler Daesch en Irak et en Syrie, il faut d’abord isoler le Qatar. C’est la première étape incontournable. Pour aller vers une résolution du problème, il faut isoler le Qatar économiquement, politiquement et culturellement. Il n’y a aucune autre solution et cela passe par une intervention militaire. Afin de leur donner une leçon de démocratie qui porte ses fruits, en engageant une politique commune pour soutenir tous ceux qui se battent pour nos valeurs démocratiques.

Une autre question doit être prise en compte, celle de la vieille rivalité entre l’Arabie saoudite et la Turquie. A l’heure où le gouvernement Erdogan a signé des accords avec l’Union européenne, l’Etat turc, qui s’était « ottomanisé » ces derniers temps, va-t-il tenir compte des attentes d’une société civile plus européaniste ? La rivalité entre ces deux puissances n’a pas de conséquences sur l’évolution des combats engagés en Irak et en Syrie, mais incarne le combat pour la prédominance dans le groupe sunnite, et a beaucoup de conséquences pour le dialogue avec l’union européenne. Or, depuis peu, le gouvernement turc a complètement changé de stratégie.

Alors que Ryad s’accroche à sa stratégie habituelle, la nouvelle stratégie d’Ankara a beaucoup à voir avec l’éducation et les nombres. La Turquie investit lourdement dans les écoles, les universités, le renseignement. Ainsi le MIT est très présent en Autriche et en Allemagne pour recruter des émigrés turcs et développer un réseau d’éducation turc à travers des liens culturels renforcés. Ces recrutements génèrent parfois des troubles sur place en Allemagne et en Autriche. Alors que le gouvernement Erdogan a officiellement rompu avec la droite européenne, ces incidents se révèlent incompatibles avec les règles de la démocratie. C’est en effet franchir la ligne rouge que de s’immiscer dans les affaires intérieures d’un pays d’accueil. Droit de non-ingérence oblige. C’est un problème qu’il faut régler avec les autorités turques et les parlements des pays concernés.

Le cas de l’Arabie saoudite est différent, car il n’y a pas tellement de Saoudiens vivant en Autriche et en Allemagne. Mais ceux qui y ont émigré édifient un système éducatif sectaire, afin de contrôler toutes les mosquées autrichiennes. Comment réguler dans le futur proche ces communautés émigrées ? Qui forme les prédicateurs, qui les contrôle, qui les finance ?

Je finirai avec quelques propositions : il faut s’assurer qu’il n’y a pas d’infiltration turque, via le MIT, dans le système autrichien ; c’est une des questions que posent les parlementaires autrichiens, pour contribuer à résoudre la crise du Moyen Orient et ses conséquences. Sur le terrain des conflits, il faut commencer à dialoguer avec le Qatar, le Koweït et l’Arabie Saoudite, puis se mettre à dialoguer autrement avec les autorités turques, en initiant de nouvelles méthodes, fortes des acquis de la diplomatie européenne, afin de progresser sur le chemin de la résolution de cette crise majeure.

 

 

Troisième table ronde

Modérateur : Christophe REVEILLARD UMR MOUSNIER CNRS/Université Paris-Sorbonne.

Le septième intervenant, M. Sinan BAYKENT, politologue a traité le sujet suivant : La Turquie et le djihad syrien: la fin de l’idéalisme néo-ottoman et débuts de la realpolitik républicaine

https://www.youtube.com/watch?v=JilZ8akLViI

Pour M. BAYKENT, aux yeux de l’Occident, la Turquie joue un rôle ambigu vis-à-vis le djihad syrien. Alors que certains affirment que la Turquie finance directement certains groupes djihadistes présents en Syrie, d’autres vont jusqu'à prétendre que tolère DAESH dans son entreprise meurtrière.

En effet, plusieurs associations de la société civile turque apportent un soutien financier et logistique aux groupes islamistes tels que l’Ahrar al-Sham ou encore le Front al-Nosra (nouvellement baptisé “Jabhat Fath al-Sham”). Mais qu’en est-il du raisonnement qui motive ce choix du gouvernement turc? Ce soutient non-négligeable apporté aux groupes islamistes fait-il partie d’une politique conjoncturelle à fortes connotations sunnites? Ou bien est-ce plutôt une politique rationnelle faisant l’unanimité aux sommets de l’Etat? Quelle est la position officielle turque vis-à-vis de DAESH? Quelles sont les raisons qui poussent les Occidentaux à présumer qu’il existe un lien entre la Turquie et DAESH? Les questions sont nombreuses.

La Turquie a bel et bien financé le djihad islamiste syrien et ce, notamment par le biais de nombreuses associations. Depuis 2011, le nombre de ces associations à titre caritatif a considérablement augmenté et certaines d’entre eux sont aujourd’hui quasiment devenues de petites holdings. Ainsi, elles accomplissent une double mission: collecter des fonds pour l’aide humanitaire destinés à la Syrie ou aux refugiés syriens présents en Turquie et recruter les volontaires djihadistes, puis organiser leur départ vers la Syrie ou dans certains cas l’Irak.

Au début, la collecte de fonds et le recrutement se faisaient essentiellement en faveur de l’Armée Libre Syrienne (ALS). Cependant, au fur et à mesure que celle-ci a perdu du poids, la majorité de ces activités s’est organisée pour apporter un souffle à l’Ahrar al-Sham.  En effet, l’Ahrar al-Sham est un groupe salafiste directement créée par une triple entente, à savoir la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite.  Ce groupe contrôle une importante partie de la Syrie, surtout les régions proches d’Alep et fait alliance avec le Front al-Nosra, notamment sous le toit de Jaish al-Fatah. 

Outre les associations civiles, les médias pro-Erdoğan font également l’éloge de certains groupes syriens en particulier, dont l’Ahrar al-Sham et al-Nosra. Les médias recourent souvent à des interviews avec leurs porte-paroles ou de leurs figures emblématiques.  Cela a un effet considérable sur la jeunesse islamiste turque qui voit à travers ce prisme le djihad syrien comme une source de fierté musulmane, voire nationale. Par exemple, de nombreuses organisations de jeunesse organisent des défilés après les prières du Vendredi pour afficher leur soutien aux djihadistes syriens.  Lorsque l’ancien leader du Jaysh al-Islam, Zahran Alloush, fut tué en Syrie lors d’un raid aérien, des funérailles honoraires ont été organisées dans l’une des plus grandes mosquées stambouliotes suite à l’initiative d’une de ces associations sympathiques au djihad syrien.  Dans les medias-sociaux, les comptes en turc des leaders djihadistes font un véritable carton; celui du Dr. Muhaysini (le cadi officiel du Jaish al-Fatah), par exemple, a dernièrement dépassé la limite des 10'000 abonnés.  Quant au compte officiel turc de l’Ahrar, celui-ci possède actuellement plus de 20'000 abonnés.  Cet intérêt quasi-populaire a surtout incité al-Nosra (qui fait partie du réseau global d’Al-Qaeda) à adopter une approche plus souple vis-à-vis de la population turque et le gouvernement d’Erdoğan. Alors que la Turquie fut une cible pour Al-Qaeda en 2002, dorénavant elle est considérée comme plus une alliée qu’autre chose. Ce changement au niveau discursif peut être démontré à travers plusieurs exemples concrets. Suite aux attentats qui ont ciblé l’aéroport d’Atatürk à Istanbul le 28 Juin 2016, le Haut-Conseil du Front al-Nosra a publié un communiqué de presse en guise de solidarité avec les victimes et leurs familles. En voici un extrait :

« Ces agresseurs ne sont pas des musulmans et ils ne représentent pas le djihad. Il est dégoûtant de voir certains fêter la mort de ces victimes musulmanes. Les attentats d’Istanbul sont des exploits barbares et surtout non-islamiques. Le peuple turc est musulman et son sang est sacré. Un vrai moudjahidine doit se sacrifier pour eux et non pas les tuer. » 

On doit souligner que cette expression de sympathie trouve un écho aussi chez Erdoğan. Lors d’une visite officielle aux Etats-Unis, Erdoğan a résumé le regard qu’il porte au Front al-Nosra comme suit :

« Je me demande pourquoi les Etats-Unis soutiennent le PYD en Syrie ? J’ai vraiment du mal à le comprendre.  Pourquoi ? Ils disent que le PYD fait la guerre à DAESH. Soit. Mais à ma connaissance, Nosra fait aussi la guerre à DAESH, non ? Pourtant les Etats-Unis considèrent Nosra comme une organisation terroriste. Cela veut dire que combattre DAESH n’est pas un critère suffisant en soi, n’est-ce pas ? »

Néanmoins, suite aux récents développements positifs dans les relations bilatérales entre la Turquie et la Russie, la politique syrienne de la Turquie a commencé à évoluer.  Prise en panique par la lente formation d’un Etat kurde sponsorisé par le PKK au Nord de la Syrie, la Turquie y est intervenue militairement. Il est intéressant de noter que le soutien à la Turquie fut apporté non pas par Ahrar al-Sham mais bel et bien par l’ALS.  L’Ahrar est considéré comme une organisation terroriste par la Russie, alors que l’ALS, en raison de sa composition plutôt orientée vers les Frères Musulmans, apparaît certainement plus agréable aux yeux des Russes.

La Turquie se trouve aujourd’hui face à un choix stratégique : soit elle va empêcher la création d’un Etat kurde au nord de la Syrie et se mettre d’accord avec la Russie et la Syrie (ce qui signifie qu’elle va abandonner son soutien aux groupes djihadistes tels que l’Ahrar ou al-Nosra) ou bien elle va opter pour un pari très risqué qui suppose une politique syrienne indépendante défiant à la fois les Etats-Unis et la Russie. La première option est certainement celle que la Turquie a intérêt à favoriser.

Le coup d’Etat manqué du 15 Juillet a marqué le début d’une nouvelle ère pour la Turquie et surtout le gouvernement d’Erdoğan. Toutes les preuves le montrent : Cette tentative a été perpétrée et organisée par le prédicateur Fethullah Gülen, réfugié aux Etats-Unis depuis 1999. Il s’agit, en effet, d’un putsch aux couleurs de la CIA et probablement de l’OTAN – puisqu’il est inimaginable que ce prédicateur établi en Pennsylvanie puisse agir sans avoir reçu l’approbation des services secrets américains.

Il s’avère aujourd’hui – suite à la dislocation du réseau Güleniste en Turquie -  que ces éléments (ou plutôt ces agents-provocateurs) infiltrés dans l’appareil étatique turque ont entrepris des actes de haute-trahison envers le peuple et l’Etat. Parmi ces actes haineux, plusieurs attentats attribués à DAESH dont celui de l’aéroport d’Atatürk dont nous avons fait référence en haut y figurent. En effet, les éléments Gülenistes infiltrés dans l’Etat se sont intentionnellement abstenus de communiquer des informations cruciales concernant des attentats, visant ainsi  à créer un vacuum de renseignement et de ce fait déstabiliser le gouvernement d’Erdoğan afin de permettre aux conditions d’un coup d’Etat de mûrir.  Ainsi, certaines informations ont également été volontairement falsifiées par ces derniers, notamment celles qui concernent le trafic d’armes entre la Turquie et la Syrie. Les informations sur les armes et les munitions pourtant destinées à l’opposition syrienne – par exemple à l’Ahrar – ont été manipulées afin que l’opinion occidentale suspecte une aide à DAESH et ébranler la légitimité internationale d’Erdoğan.  Ainsi, l’Occident allait prendre ses distances avec Erdoğan (ce qui a d’ailleurs été fait) et par ce biais, les putschistes Gülenistes allaient acquérir une certaine notoriété aux yeux de celui-ci, justifiant son d’Etat et la destitution d’Erdoğan par des voies anti-démocratiques.

La Turquie s’est longtemps fait possédée par les Etats-Unis, suivant sa doctrine de l’ « Islam modéré » et s’instrumentalisant comme la gendarme de l’Imperium Mundi au Moyen-Orient. Le coup d’Etat avorté le 15 Juillet 2016 a mis un terme à cette dépendance aveugle et déshonorant. Le Président Erdoğan s’est soudainement souvenu qu’il dirigeait un pays avec ses propres intérêts nationaux et son propre agenda politico-diplomatique.

L’idéalisme néo-Ottoman (« Ottoman » mais sous l’égide américaine) n’y est plus. Avec la stabilisation récente des relations bilatérales entre la Turquie et la Russie, la page est tournée et un nouveau chapitre de l’Histoire commence (du moins on l’espère). Depuis le 15 Juillet, Erdoğan multiplie les références historiques à Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la République de Turquie.  Les forces kémalistes et nationalistes turques se sont placées derrière Erdoğan – du moins pour la durée de l’épuration des Gülenistes – et affichent ouvertement leur soutien au Président pour débarrasser la Turquie de l’hégémonie atlantique.  Ainsi, le soutien de la Turquie aux djihadistes syriens va probablement diminuer drastiquement lors des prochains mois. La Turquie semble avoir fait un retour à la Realpolitik classique et républicaine, mettant dorénavant l’accent sur sa propre sécurité nationale en dépit des aspirations religieuses radicales.

Un nouveau monde est en train de se tracer au Moyen-Orient et la Turquie a tout intérêt à se placer du bon côté, notamment celui des anti-impérialistes et de l’humanisme.

 

https://www.youtube.com/watch?v=ehWzkzFZOy4

Le huitième intervenant, Maître Elie HATEM, Avocat à la Cour, enseignant à la Faculté Libre de Droit et d'Economie de Paris, a traité le sujet suivant : « Terrorisme, argent et services secrets : le cas de la CIA et du Qatar »

Le terrorisme, œuvre de groupes et de mouvements révolutionnaires qui instrumentalisent la religion à des fins politiques, n'est autre qu'un moyen parmi d'autres utilisé pour réaliser un projet politique qui a pour objectif la déstabilisation voire l'anéantissement des structures étatiques, la destruction et l'effritement des entités et des identités nationales, la provocation d'un déséquilibre démographique par le dépeuplement, la déportation et le repeuplement des espaces géographiques. Cela ne pourra alors que conduire vers des heurts (« clashes ») : conflits sociaux sous couvertures religieuses ou communautaires dans un chaos mondial. Cette conséquence est illustrée par la théorie du « choc des civilisations » (« clash of civilizations »).

Cette ingénierie politique, qui a recours à des opérations terroristes spectaculaires pour allumer la mèche des conflits, tisse une toile de fond en expérimentant des facteurs politiques mais aussi sociologiques et religieux par l'intermédiaire de la propagande, la désinformation, le conditionnement de l'opinion publique, les campagnes effectuées par des groupes de pression (« lobbying »). Cela suppose la participation de plusieurs acteurs : services secrets, acteurs politiques et financiers, groupes de réflexion (« think tanks »), sociétés secrètes...

L'argent est le nerf de cette guerre insidieuse. Par conséquent, les moyens et les sources de financement de cette guerre doivent rester confidentiels, discrets et donc diversifiés.

A ce sujet, nous nous tiendrons, à titre d'illustration, à l'évocation des moyens et des sources de financement de certains services secrets, notamment la CIA américaine en évoquant ses liens avec le Qatar.

Le rôle de la CIA dans la déstabilisation des régimes et des Etats n'est plus un secret de polichinelle : opération Ajax en Iran, opération Cyclone en Afghanistan, diverses opérations en Amérique latine... Par ailleurs, depuis quelques années, les Etats-Unis ont eu recours aux méthodes dites du « softpower » nécessitant la contribution financière voire la collaboration de leurs services avec des institutions chargées de ces méthodes. Parmi ces institutions, citons les différentes Fondations Soros qui ont contribué à la déstabilisation d'un bon nombre de pays de l'est de l'Europe, y compris l'Ukraine, et les Balkans. Elles ont également joué un rôle lors du « Printemps arabe », notamment en Tunisie et en Egypte. Ces institutions bénéficient d'un financement propre mais aussi de largesses financières des services.

Traditionnellement, les services secrets, en particulier la CIA américaine, dispose de deux sources de financement : un budget officiel (octroyé par le Gouvernement et ou par le Congres) et des sources confidentielles plus importantes.

S'agissant du budget officiel, il arrivait à la CIA de contourner les règles pour obtenir des sommes plus importantes, notamment de la part du Congrès, comme elle l'avait fait depuis les années 90 à l'occasion des tentatives de déstabilisation de l'Irak et de la Syrie. Ainsi, elle approchait des personnes instrumentalisées afin de déclencher ce phénomène. Elle leur promettait un financement de leurs institutions et s'adressait au Congrès en lui demandant de voter un budget à ces dernières d'un montant 20 fois plus important : 80 millions de dollars par an pour la Syrie (en rétribuant ces institutions à hauteur de 3 millions). 

Par ailleurs, la CIA dispose de sources de financements occultes, hors du budget officiel : financements privés mais aussi le commerce de la drogue connu depuis la guerre du Vietnâm avec les méthodes du syndicat Lansky. Cette source procure des sommes exorbitantes à l'agence américaine. Elle l'a développé au cours de son intervention en Afghanistan, dans cette région du monde connue sous le nom de « croissant fertile » qui rapporte entre 100 et 200 milliards de dollars par an (soit le quart du chiffre d'affaire du commerce mondial de la drogue estimé à 500 milliards de dollars). En effet, la région de l'Asie centrale constitue, parallèlement à ses réserves de pétrole, une plate-forme stratégique pour le commerce de la drogue, notamment de l'opium dont la production a augmenté de 15 fois, depuis le début de la guerre d'Afghanistan en 1979. Cette production n'a cessé de s'accroître, bénéficiant de l'aide aussi bien des Talibans (avant qu'ils interdisent sa plantation en 2000, un an avant les attaques aux Etats-Unis) que celle des combattants d'Oussama Ben Laden, dans une zone chaotique de non-droit. 

Les bénéfices de vente de la drogue sont ensuite blanchis dans des comptes bancaires secrets. Certaines liquidités sont déposées dans des coffres. D'autres sont placées à la bourse de New York avec la complicité de certaines institutions financières. Une cascade de sociétés écrans, dont le siège social est situé notamment à Delaware, appartenant à la CIA, bénéficient de ces placements à la fois pour blanchir l'argent sale et pour gagner encore plus de dividendes d'une manière totalement légale et transparente.

Les sommes provenant de ces montages servent à alimenter les « budgets noirs » des services, en dehors des circuits légaux institutionnels, pour échapper ainsi aux regards des parlementaires et des politiques, et assurer à leurs opérations le secret et la plus stricte discrétion.

Par ailleurs, les services secrets bénéficient de la complicité de certains politiques et de personnalités haut placées pour faciliter le transport, la distribution et la collecte des bénéfices de vente du commerce de la drogue. Ces opérations ont été révélées à l'occasion d'enquêtes judiciaires à l'instar d'un rapport d'inspection générale de la CIA rédigé par Frederick Hits en 1998. Ce rapport a révélé les connexions entre la CIA et des institutions de l'appareil d'Etat américain facilitant ces opérations, notamment les liens avec des fabricants de la drogue en Amérique du sud, associant également des organisations humanitaires pour camoufler ce trafic.

Disposant de moyens financiers gigantesques, la CIA américaine investit son argent, par l'intermédiaire de sociétés écrans voire des sociétés dont les parts sont détenues par des porteurs (nominees) dans des banques de pays qui bénéficient de liens privilégiés avec les Etats – Unis.

Il convient de développer et de révéler les méthodes de dépôt de ces sommes dans les banques qataries, détenues par des sociétés en apparence du Qatar et servant à des opérations secrètes aussi bien dans le monde arabe qu'en Occident. En effet, nos recherches nous ont permis de constater que les sommes investies, au nom du Qatar dans le monde, dépassent de loin le PIB de ce pays.

Des enjeux politiques, économiques et sécuritaires ont permis d'occulter ces éléments. Ils méritent d'être examinés afin de comprendre ce dossier.

https://www.youtube.com/watch?v=-TuV2-zD178

Le neuvième et dernier  intervenant M. Sadek ALSAAR, Président de l’organisation Salam For Yemen, a traité le sujet suivant : « Les financements saoudiens des médias, des ONG et des partis politiques dans le monde arabe en vue d’imposer le Wahhabisme ».

Pour lui, La monarchie Saoudienne, comme trop peu le savent, ne dispose pas de réelles institutions législatives, ni d’un système juridique transparent.  Dans cette monarchie absolue, c’est la loi islamique, la Sharia, qui fait office de Constitution.  En Arabie Saoudite, ce sont deux clans, la famille Al Saoud et la famille Al Cheikh (descendante de Mohammed Ben Abd El Wahab, fondateur de la doctrine Wahabite) qui se partagent le pouvoir. Le pouvoir politique exécutif et les fonctions régaliennes sont entre les mains du clan Saoud (Roi, ministres, gouverneurs etc.) tandis que la vie sociale et religieuse est entre les mains de la famille Al Cheikh. C’est parce que le Wahabisme est le seul ciment social, qu’il apporte de la stabilité au Royaume et qu’il renforce la légitimité des Saoud, que ces derniers s’appuient sur cette doctrine religieuse rigoriste. 

Les débuts de la propagation wahhabite dans le monde arabe : un combat contre le panarabisme républicain

Dans les années 1950-60, le panarabisme, porté par Nasser, est à l’origine de changements politiques de fond dans le monde arabe (révolutions Egyptienne, Irakienne, Syrienne, Yéménite etc.). Les Saoudiens voient dans ce changement une menace pour leur régime. C’est à ce moment qu’ils ont commencé à recevoir les opposants politiques de ces jeunes républiques qu’ils ont formés à la doctrine Wahhabite. Ces derniers l’ont propagée à leur retour dans leurs pays respectifs. Les Saoudiens ont aussi apporté de l’aide aux partis d’oppositions se réclamant de l’islam politique, comme les Frères Musulmans. Le Royaume Saoudien voit alors en Nasser son principal ennemi, ils le combattent en Egypte mais aussi au Yémen (où l’Egypte est engagée aux côtés de la jeune république).

Les années 1970 : le début de la propagation de la doctrine Wahhabite

Suite à un boom économique grâce à la flambée des prix du pétrole, la monarchie Saoudienne se retrouve à la tête de capitaux astronomiques, les pétro-dollars. Ils commencent alors une politique de soft-power agressive, en finançant la construction de mosquées et de centres culturels propageant l’idéologie wahhabite. Ils forment également des imams en provenance de l’ensemble des pays du monde arabe à cette doctrine rigoriste, étendant ainsi leur sphère d’influence. Ils financent des ONG charitables dans le monde arabe et musulman, ais également en Occident. C’est le début de leur action auprès des classes populaires.

Les années 1980 : le financement de factions armées au nom de la guerre sainte (Djihad)

L’Arabie Saoudite engage des milliers de jeunes en provenance de l’ensemble du monde arabe et musulman afin de combattre le communisme en Afghanistan, ce sont les désormais connus Moudjahidines. La monarchie wahhabite finance le transport, l’armement et l’entraînement de ces combattants. L’Arabie Saoudite est en effet effrayée par la présence soviétique en Afghanistan et plus largement de l’importance des mouvements de gauche, dans le monde arabe, en particulier au Yémen du Sud alors communiste.

Les années 1990 : naissance d’Al Qaïda

Suite à la fin de la guerre d’Afghanistan et à l’effondrement du bloc soviétique, les Moudjahidines rentrent dans leurs pays respectifs. Ce retour est marqué par leur volonté de participer activement à la vie politique de leur pays (notamment en Arabie Saoudite). Ils attendent des signes de reconnaissance de leur sacrifice et de leur participation à la victoire face à l’URSS en Afghanistan. Cette volonté est combattue avec violence par le régime Saoudien qui ne veut pas partager le pouvoir politique. Endoctrinés par les idées guerrières du Wahhabisme (son interprétation violente du Djihad notamment),  forts de leur expérience militaire en Afghanistan et se voyant refuser toute participation politique, ces fondamentalistes se regroupent et forment l’organisation terroriste Al Qaïda.

Milieu des années 1990, début des années 2000 : le début de l’offensive médiatique saoudienne

Au début des années 1990, l’Arabie Saoudite s’engage aux côtés des Américains en Irak dans le cadre de la Guerre du Golfe. Le royaume Saoudien permet alors la présence de troupes américaines sur le sol saoudien, présence jugée illicite par les Wahhabites. Face aux critiques des Moudjahidines et des imams intégristes, l’Arabie Saoudite commence à s’inquiéter du pouvoir des médias. Cette crainte des médias est à l’origine d’une véritable stratégie médiatique offensive. Cette stratégie se déploie au travers de la création de journaux et de magazines en langue arabe (Sharq Al Wasat), du rachat de titres d’envergure de la presse arabe (Al Hayat), de la création de chaînes satellitaires (MBC, Iqra), et à l’achat de l’intégralité des encarts publicitaires des chaînes arabes publiques (au Yémen et en Egypte notamment). C’est ainsi que la prière du Vendredi de la Mecque est transmise en direct sur la quasi totalité des chaines de télévisons des pays arabes, que le rigorisme moral wahabbite se répand dans les programmes de télévisions et le production cinématographique.

Les années 2000 – 2010 : la naissance de Daesh

Suite à l’invasion de l’Irak et à la division du pays selon des critères ethnico-religieux, l’Arabie Saoudite voit le rapprochement des Chiites Irakiens avec l’Iran comme une menace. Le royaume saoudien est effrayé par les ambitions nucléaires iraniennes, la crainte de voir son voisin Chiite se doter de l’arme atomique tourne à l’obsession pour l’Arabie Saoudite. Le royaume commence alors à mener une guerre ouverte contre les Chiites, Chiites que les Saoudiens n’ont jamais portés en leur cœur en raison de l’hostilité du Wahhabisme envers ce courant de l’Islam qu’il considère comme hérétique. On voit alors émerger un mouvement politico-religieux sanguinaire qui s’auto proclame comme l’Etat Islamique au Levant et en Irak, plus connu sous le nom de Daesh.

De 2011 à nos jours : le sabotage des printemps arabes

De nouveau, l’Arabie Saoudite, cette fois appuyée par les monarchies du Golfe, voit dans la révolte populaire des jeunes arabes une menace. Le royaume intervient militairement au Bahreïn pour mater la révolte populaire. C’est la première fois de son histoire que l’Arabie Saoudite intervient militairement de façon claire et directe en dehors de ses frontières. Le royaume injecte également des milliards de dollars dans l’économie de Oman, de Bahreïn afin d’étouffer les mouvements de protestation. En Lybie, le royaume délègue aux Qataris et aux Emiratis le soin de bombarder le pays. En Syrie, l’Arabie Saoudite arme et finance les opposants à Bachar Al Assad, ce qui a pour conséquence de transformer la révolte populaire en guerre civile.

Au Yémen, son voisin direct auquel le royaume n’a jamais pardonné ses choix politiques et sociaux, l’Arabie Saoudite participe à l’étouffement de la révolte populaire en s’appuyant sur le parti Al Islah (proche des Frères Musulmans) afin de plonger le pays dans une guerre civile. Cette tentative est infructueuse, les Yéménites ne prennent pas les armes et s’engagent dans un dialogue politique. A la veille de la ratification d’un accord de sortie de crise incluant l’ensemble des partis politiques yéménites, l’Arabie Saoudite attaque militairement le Yémen, sans déclaration préalable. Depuis le 26 mars 2015, c’est une guerre sans merci que livre le royaume Saoudien. Le Yémen, dépendant à 90% des importations pour assurer la sécuritaire alimentaire de sa population, subit un embargo entrainant de graves pénuries (nourriture, eau, électricité, carburants, médicaments)). Son patrimoine millénaire est menacé et subit des destructions massives.

La population vit depuis le 26 mars 2015 dans une insécurité grandissante qui a causé 6 500 morts, 31 400 blessés et menace la vie de millions de personnes (14,4 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire). Source : OCHA.

Depuis sa création jusqu’à nos jours, l’Arabie Saoudite a trouvé des appuis politiques et militaires auprès du Royaume-Uni puis des Etats Unis d’Amérique. Pourtant les conséquences des décisions arbitraires et obscurantistes prises par la famille des Saoud, après avoir ravagé le monde arabe, se font sentir aujourd’hui jusqu’en Occident. Il est temps que cela change.

 

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

 

 

 

                                                                                                  Colloque International

La nouvelle diplomatie française au Moyen-Orient
23 Juin 2016 

À LA SORBONNE  dans l’amphi Cauchy

Dans le cadre de ses analyses des grandes questions géopolitiques du monde d’aujourd’hui, l’Académie de Géopolitique de Paris, organise le jeudi 23 Juin 2016 de 14H00 à 19H00 à l’université de la Sorbonne, un colloque intitulé « La nouvelle diplomatie française au Moyen-Orient », à l’occasion duquel des personnalités de renom, académiciens, diplomates et des chercheurs spécialisés de la question apporteront leurs éclaircissements sur ce sujet.

L’objectif du colloque est d'analyser en profondeur l'évolution récente de la diplomatie française, en mettant en lumière ce qui a pu conduire le Quai d’Orsay et les responsables politiques gouvernementaux à donner une autre impulsion que celle qui l’avait précédée et qui avait caractérisée la recherche d’autonomie de la France vis-à-vis des têtes du condominium américano-soviétiques pendant la guerre froide, ainsi la continuité de sa politique arabe face aux stratégies anglo-saxonnes. Les contributions des intervenants permettront d'évaluer les effets, la crédibilité et l'avenir de cette nouvelle politique et de ces nouveaux développements sur la scène internationale, et ce, à l'égard des acteurs traditionnels et modernes, étatiques et non-étatiques.

L'Académie de Géopolitique de Paris reste fidèle à sa vocation d’animer librement des débats aux thématiques inédites et originales et c’est ainsi qu’elle a instruit que les travaux des meilleurs spécialistes sollicités reflètent l’indépendance et l’approche scientifiques de son comité d’organisation. Seront évoqués les raisons profondes de ces changements, voire bouleversements, qui ont conduit à de véritables renversements d’alliances pourtant traditionnelles et ancrées sur le long terme. L’intérêt de l’industrie d’armement pour les pays du Golfe Persique, un certain alignement sur le dispositif américain dans la zone et le mépris affiché pour certaines communautés alliées historiquement mais de peu de poids face aux enjeux financiers et de puissance, seront analysés. De même, la question de la légitimité de ce changement stratégique des acteurs français depuis quinze ans devra être posée notamment face à l’implication réelle de nombreux acteurs internationaux. L'Académie de Géopolitique de Paris fait le choix d’une approche pluridisciplinaire et bénéficiera d’expertises en pointe sur ce dossier

 

La France et le Moyen-Orient, Ali RASTBEEN , Président de l'Académie de Géopolitique de Paris : 


En tant qu’important acteur international, la France a été proche des événements qui se sont déroulés au Moyen-Orient et n’a pas pu échapper aux conséquences  du printemps arabe, du terrorisme et de la crise des refugiés. Par conséquent, à l'heure actuelle la France est extrêmement sollicitée par le Moyen-Orient.

À l'époque des colonialismes européens, l’empire britannique à la différence de la France, dirigeait ses propres colonies au Moyen-Orient par le biais de rois, de cheikhs et de princes locaux, tandis que la France régissait les siens directement de Paris. La stratégie britannique a permis que ses dirigeants locaux placés jadis restent toujours au pouvoir alors que ceux placés par la France ont disparu.
La France a été occupée à gérer ses colonies en Afrique du Nord au détriment de celles du Moyen-Orient.
L’attrait économique actuel du Moyen-Orient conduit la France à améliorer sa position dans cette région. Son influence diplomatique dans le monde arabe a dépassé celle de la Grande-Bretagne et, dans certains cas, a rivalisé avec celle des Etats-Unis.Si les récentes révolutions du printemps arabe, ont écarté la France, alors que la présence des Etats-Unis en tant que successeur de la Grande-Bretagne a été beaucoup plus notable.
Le refus de Paris de participer aux côtés de Washington à l’occupation de l’Irak en 2003, a préservé sa diplomatie moyen-orientale, contrairement à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.  Ceci avait crédibilisé l'influence française au Moyen-Orient. Cependant, la politique étrangère française a toujours été perturbée par ses relations privilégiées avec Israël. La France, a toujours entretenu des relations particulières avec Israël et a été son principal fournisseur d’armes. Israël doit le développement de ses armes nucléaires à la technologie française, alors que la France n'a pas traité de la même façon les pays arabes.

Les pétromonarchies du Golfe persique, à la tête desquelles se trouve l’Arabie saoudite passent actuellement des commandes commerciales de plus en plus importantes à la France. De même des contrats de ventes de Rafales conclus avec l’Egypte sur le compte de l’Arabie Saoudite. Les autorités saoudiennes et françaises ont effectuée des études préliminaires à la construction de deux centrales nucléaires.
La présence du président de la République française à la réunion extraordinaire du Conseil de coopération des États arabes à Riad, a conduit Paris à soutenir l’agression de l’Arabie saoudite contre le Yémen, et a transformé l’Arabie saoudite en associé privilégié de la France.

L’Organisation des Nations Unies a inscrit le nom de l'Arabie saoudite sur la liste noire des Etats qui violent les droits des enfants au Yémen. La coalition saoudienne mène, selon une stratégie délibérée, la moitié de ses frappes contre les écoles et les hôpitaux, là où les civils sont concentrés.
Le secrétaire général de l’ONU a affirmé que la décision de retirer le nom de la coalition saoudienne de cette liste noire a été prise à cause de la menace de certains pays arabes de couper leurs aides aux programmes de cette instance. Ban Kimoon a déclaré : « qu’il est inadmissible que certains pays membres fassent des pressions pour faire retirer cette coalition de la liste noire ».
La consolidation de l’alliance de l’Arabie Saoudite et des États arabes du Golfe Persique avec la France est la conséquence d’une grande déception ressentie contre Washington, dans des questions relatives aux droits de l’Homme : au réveil des arabes et à l’accord nucléaire avec l’Iran.
La France consolide volontairement ses relations avec ces Etats, dont certains soutiennent le terrorisme en fournissant des munitions et des armes, sans tenir compte des principes et des valeurs de la République en ce qui concerne les droits de l’Homme qui représentent la pierre angulaire de l’identité française.
Il est à noter que la France est signataire de l’accord sur la non-utilisation des bombes à fragmentation, mais reste silencieuse face à l’accusation déliée par les organisations des droits de l’Homme contre l’Arabie saoudite et ses alliés d’utiliser des bombes à fragmentation au Yémen. En même temps, l’amélioration des relations politiques et économiques entre la France et l’Arabie saoudite signifiait en quelque sorte, une revanche à l’égard des Etats-Unis , qui ont refusé d’accompagner la France dans la guerre contre la Syrie.  
L’ancienne secrétaire d'État et candidate démocrate à la Maison Blanche, après la fusillade meurtrière d’Orlando, a déclaré, que « Le Qatar, le Koweït et l’Arabie saoudite ne doivent pas permettre à leurs citoyens de financer les organisations terroristes ».
Suite aux attaques terroristes du 13 novembre à Paris, la politique française a connu une inflexion, qui s’est traduite par les attaques aériennes contre les bases militaire de l’organisation islamique, l’installation du porte-avions Charles de Gaulle dans la région et enfin la coopération avec les militaires russes.
Ces opérations ont impliqué la France qui restait jusque-là à l’abri des bouleversements au Moyen-Orient. Elle a fini par déclarer la guerre aux organisations terroristes et à réclamer la constitution d’une alliance générale entre Washington, Moscou et Paris.

Le renforcement de la puissance de l’Iran au Moyen-Orient préoccupe la France qui a opté pour des politiques très spécifiques en vue de préserver ses intérêts en s’opposant fermement au programme nucléaire iranien. Le soutien de l’Iran en matière nucléaire signifiait la perte de marché pour la France en matière d’armements. En effet, les pétromonarchies arabes sont des opposants farouches aux politiques iraniennes. Par ailleurs, l’échec occidental quant à une rapide victoire en Syrie et la conclusion des accords iraniens ont poussé la France à ne pas sous-estimer la puissance iranienne.

La France possède un poids économique, diplomatique, politique et militaire. Elle est l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. C’est une puissance nucléaire qui appartient aux cercles restreints où se prennent les décisions qui influent sur le monde : le Conseil de sécurité, le G8, le G20, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, l’Union européenne, l’OTAN, l’OCDE, le Conseil des gouverneurs de l’AIEA, elle dispose d’un réseau diplomatique qui reste le deuxième au monde.

Aujourd’hui la France fait face à des défis considérables, tel que l’augmentation du chômage, les bouleversements liés aux réformes de la loi travail , la crise des refugiés, et enfin surtout le terrorisme. Aujourd’hui notre monde fait face à un terrorisme sournois qui se sert de la foi et de la religion afin de commettre la violence et l’horreur. Si la France est une cible des terroristes, c’est en conséquence de son engagement dans une véritable guerre contre le terrorisme.
C’est pourquoi il est du devoir des institutions parlementaires nationales et européennes d’établir une commission d’enquête pour identifier les pays qui forment, financent, arment, soutiennent et achètent le pétrole vendu par les terroristes, et de mettre en place un embargo sur la vente d’armes et sur l’achat de pétrole, aux Etats potentiellement concernés ou qui peuvent l’être.

Je demande solennellement que cette commission d’enquête soit mise en place de toute urgence eu regard à l’importance de la menace terroriste. C’est uniquement grâce à une action collective, qu’il sera possible de mettre fin à ce danger qui menace l’humanité toute entière.Notre devoir est de combattre ce phénomène expansionniste qui se nourrit de la haine. Pour ce faire, la communauté internationale doit veiller à rétablir les piliers de respect mutuel entre les communautés, et reconstruire les pays déchirés en traitant les crises identitaires, et en installant des valeurs universelles, celles des droits de l’Homme.

 

 https://www.youtube.com/watch?v=hWCBtTS8oOI

 Quel politique indépendante pour la France au Moyen Orient ?,  Philippe de SAINT ROBERT

 https://www.youtube.com/watch?v=8C_GLCnzziA

    

Philippe de SAINT ROBERT, économiste et Politologue. Membre de la Fondation Charles-de-Gaulle. Il est le fondateur et président de l’Association pour la sauvegarde et l’expansion de la langue française (ASSELAF), qui publie la revue Lettre(s) et qui a participé à la création de Le Droit de Comprendre. Il préside annuellement l’Académie de la Carpette anglaise et est également président du « Jury des Nouveaux Droits de l’homme »

L’impasse où s’est engagée la diplomatie française dans tous les domaines est devenue une évidence pour tous, notamment dans sa politique proche-orientale. C’est l’ancien Secrétaire général du Quai d’Orsay, Francis Gutmann, qui l’écrivait récemment : « La France était un acteur majeur sur la scène mondiale. Quoi qu’il nous plaise de croire, ce n’est plus le cas aujourd’hui.  La France se caractérisait par son indépendance et son intelligence des situations. Elle n’a plus de vision en propre du monde. Si ses intentions sont souvent généreuses, elle définit sa politique moins par rapport à ce qu’il est qu’en fonction de ce qu’elle souhaiterait qu’il fût. Elle ne cherche pas à anticiper, elle réagit au coup par coup. » La dernière manifestation significative de notre politique internationale remonte à 2003, lorsque Jacques Chirac s’opposa à la seconde agression américaine en Irak : si elle eut lieu, elle dut passer outre au refus du Conseil de sécurité de la légitimer. On connaît aujourd’hui les effets de cette folie.

    Le désengagement de notre politique et de ses fondamentaux commença peu après, avec le retour inapproprié de la France dans l’Organisation militaire du Pacte atlantique, puis avec notre lamentable expédition en Libye, où notre action parvint même à outrepasser un mandat arraché à l’ONU, mandat qui ne nous donnait aucun droit de procéder à une intervention au sol et à l’assassinat d’un dirigeant en fonction. On sait les conséquences tant de l’intervention en Irak que de l’intervention en Libye.

    François Hollande et Laurent Fabius ont malheureusement mis leurs pas dans ceux de leurs prédécesseurs. Syndrome de Suez, néo-atlantisme, que sais-je ? Notre rupture diplomatique avec la Syrie allait à l’encontre de toutes nos traditions diplomatiques : à la différence des Etats-Unis, nous avons toujours reconnu des Etats et non des régimes ; il s’agissait donc d’un alignement de plus, qui aujourd’hui nous coûte cher dans le domaine des renseignements et de notre présence aux négociations. Pire, l’Exécutif français a couvert et soutenu toutes les initiatives guerrières de l’Etat d’Israël, pour se présenter ensuite en négociateur récusé.

    Comment feindre d’ignorer voire de récuser que le conflit israélo-palestinien est à l’origine et nourrit un désordre sanglant qui, de la région, s’étend au monde entier, et aux politiques intérieures des Etats ? Laurent Fabius, rendons lui cette considération, avait tenté une ultime démarche qui avait au moins une sanction à la clef : la reconnaissance par la France de l’Etat palestinien en cas d’échec du processus engagé. Son successeur a tôt fait de faire sauter la clef au vu des protestations de Benjamin Nétanyahou, qui n’a même pas crédité, en le recevant, Manuel Valls de son sionisme inconditionnel.

    Il faudrait peut-être revenir à la fameuse Déclaration de Venise, conclue fin 1980 par les Neuf qui composaient alors la Communauté européenne et qui visait à découpler la politique de l’Europe de celle des Etats-Unis. Accord qui fut malheureusement dénoncé par François Mitterrand dès son élection. Aller ensuite prêcher, et d’autres après lui, à la Knesset pour la création de deux Etats, se ramenait à des vœux pieux compte tenu du réalignement de l’Europe sur la politique américaine. Quel Etat palestinien est-il encore possible dans l’état d’occupation et de colonisation permanentes de la Palestine ?

    Revenons au projet Fabius de conférence internationale que nous venons d’évoquer. Il est vrai que l’Union européenne vient, ce 20 juin, de donner son aval à la démarche française au grand dam de Nétanyahou. Mais c’est lui, le problème et la majorité, qui ne se fragmente toujours pas qui le soutient, ainsi que les nouveaux bruits de bottes (c’est un euphémisme), que la nomination à la Défense de Lieberman semble bien annoncer.

    L’imbécile querelle qu’on nous fait en feignant de confondre toute opposition à la politique sioniste telle qu’elle se présente depuis près de dix ans, avec la résurgence de l’anti-sémitisme, est un scandale sémantique. Nous savons parfaitement qu’il existe en Israël, et même jusque dans la sphère la plus haute de l’armée, comme on vient de le voir, des réticences, voire des oppositions à cette politique qui ne respecte ni les droits de l’homme (internements administratifs, exécutions extra-judiciaires, …) ni les droits de la guerre, comme on l’a vu lors des récentes répressions à Gaza. Nétanyahou et Lieberman sont des personnages qui trahissent non seulement toutes les chances de la paix, mais les intérêts mêmes de leur pays.

    Les Américains, qui non seulement ont capitulé diplomatiquement, mais ne cessent d’encourager militairement l’Etat d’Israël à n’accepter aucun compromis, aucune négociation réelle, portent de toute évidence une responsabilité accablante dans la situation actuelle. Nétanyahou a proposé à Valls de remplacer la conférence internationale suscitée par Paris par une rencontre en tête-à-tête entre Mahmoud Abbas et lui-même à Paris. C’est une plaisanterie cynique. A quoi rimerait en effet une négociation du fort au faible entre Israéliens et Palestiniens, sans le moindre arbitrage ni la moindre garantie internationale ? Personne n’y peut croire. Cela n’a aucun sens, qu’un refus obstiné de la paix de la part d’une des parties, que j’invite, ainsi que les dirigeants de notre diplomatie, à relire la conférence de presse du général de Gaulle du 27 novembre 1967 dont je me permets de rappeler les termes de la mise en garde qu’il fit le 24 mai 1967 à Abba Eban : « Je ne doute pas que le cas échéant vous remporteriez des succès militaires, mais, ensuite, vous vous trouveriez engagés sur le terrain, et au point de vue international, dans des difficultés grandissantes, d’autant plus que la guerre en Orient ne peut pas manquer d’augmenter dans le monde une tension déplorable et d’avoir des conséquences très malencontreuses pour beaucoup de pays, si bien que c’est à vous, devenus des conquérants, qu’on en imputerait peu à peu les inconvénients. » Le Général soulignait ensuite qu’Israël organisait « sur les territoires qu’il a pris, l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions, et il s’y manifeste contre lui une résistance, qu’à son tour il qualifie de terrorisme. » Le Général ajoutait alors : « Il est bien évident que le conflit n’est que suspendu et qu’il ne peut avoir de solution, sauf par la voie internationale. » Quelle autre voie pourrait suivre aujourd’hui la France ?

 

https://www.youtube.com/watch?v=iuSylb3CaAc

«Les relations franco  saoudiennes du point de vue de la sécurité et de la défense », François BELLIOTEcrivain et politologue  


Préambule : Etat des lieux des relations commerciales franco saoudiennes

Pour schématiser, les relations franco saoudiennes sous le mandat de françois Hollande peuvent être comparées aux relations franco qataries sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Dans les deux cas le rapprochement a été spectaculaire, se concrétisant par des alignements diplomatiques, et un accroissement des échanges commerciaux, notamment dans le domaine militaire. Il s'agit, pour reprendre les propres termes de l'Elysée lors de la visite du président Hollande à Riyad en novembre 2012, dans la foulée de son élection : « de faire autant avec le Qatar, et plus avec l'Arabie Saoudite ».
Alors que nous approchons du terme du quinquennat de Hollande les relations sont plus qu'au beau fixe entre les deux pays. La France est le 9ème investisseur en Arabie Saoudite, et celle-ci est devenue, supplantant la Russie, le premier fournisseur de pétrole de la France. La France exporte dans des domaines nombreux et variés (volailles, céréales, tuyaux, avions, produits cosmétiques, aéronautique et spatial, transports et électricité).
Les premiers accords de coopération entre la France et l'Arabie Saoudite datent de 1963, sous la présidence du général de Gaulle, mais c'est à partir de 2005 (date à laquelle l'Arabie Saoudite est admise à l'OMC) que l'on assiste à une progression spectaculaire des échanges commerciaux entre la France et l'Arabie Saoudite, qui va de pair avec un rapprochement diplomatique et militaire de plus en plus étroit, dans le cadre de ce que l'on pourrait appeler, pour reprendre l'intitulé du colloque, la « nouvelle diplomatie française au Moyen-Orient ».
Un premier train d'accord a été partiellement manqué par la France dans un premier temps. C'est l'époque (janvier 2008) où le roi Fahd qualifiait Nicolas Sarkozy de « cheval fougueux qui doit subir l'épreuve des rènes ».
La relation franco saoudienne prend donc son envol, dans tous les domaines, sous le mandat de François Hollande, avec en point d'orgue, fin 2015, la signature d'un méga contrat de 10 milliards portant sur les secteurs les plus variés. C'est en cette occasion que Manuel Valls tweetera : « France-Arabie saoudite: dix milliards d'euros de contrats! Le gouvernement mobilisé pour nos entreprises et l'emploi. » Cocorico auquel nous sommes de moins en moins habitués et qui se comprend fort bien dans le contexte de crise économique grave à deux ans de l'élection présidentielle.
Une phrase de conclusion du « bilan 2013 des relations commerciales franco saoudiennes, est on ne peut plus entousiaste : « Aussi bien le niveau excellent de la relation bilatérale que le nombre de grands projets, la stabilité du pays et les grands indicateurs macroéconomiques, presque tous dans le vert, devraient inciter les entreprises françaises à s’intéresser davantage au marché saoudien . » Le bilan de 2014 est encore plus positif .

Les ventes d'armes de la France à l'Arabie Saoudite sous le mandat de François Hollande

La France fournit des équipements militaires à l'Arabie Saoudite. Citons par exemple l'entrée en vigueur le 7 octobre 2013 du contrat Lex (Life Extension Sawari 1), pour rénover 4 frégates et deux pétroliers ravitailleurs de la flotte saoudienne. Son montant est de 1,1 milliards d'euros .
Après signature de ce contrat, le ministère de la défense français se félicite : « une étape majeure dans les relations franco-saoudiennes en matière de défense navale. Il témoigne du niveau élevé de confiance mutuelle et de coopération qu'entretiennent l'Arabie Saoudite et la France » .
Le ministère de la Défense cite par ailleurs en cette occasion les dossiers sur lesquels les deux pays sont au diapason. Les entretiens entre les deux pays, lit-on, « doivent permettre de conforter notre convergence de vues sur les grandes crises régionales, au premier rang desquelles figurent la crise nucléaire iranienne et la crise syrienne ».
L'alignement des deux pays s'est confirmé avec l'accord tripartite Liban/France/Arabie Saoudite de décembre 2013. Selon l'accord l'Arabie Saoudite doit verser 3 milliards de dollars au Liban (l'équivalent de trois fois le budget militaire annuel de ce pays) afin de permettre à ce dernier d'acheter des armes à la France. Achat prévu de missiles Milan, de véhicules blindés VAB mk3, de 7 hélicoptères Cougar, de systèmes d'artillerie Caesar, et de quatre corvettes. En février 2016, cet accord est annulé par l'Arabie Saoudite en raison de la trop grande influence du Hezbollah, allié de l'ennemi iranien, sur le gouvernement libanais . Finalement, l'accord n'est pas annulé, mais les armes seront achetées par l'Arabie Saoudite.
C'est de manière comparable que s'est conclue l'affaire des Mistrals

 

Colloque Ou va lArabie saoudite B 2 640

 Poursuivant son travail d’analyse des grandes questions géopolitiques du monde d’aujourd’hui, l’Académie de géopolitique de Paris a organisé ce colloque international le 10 mars 2016 à l’Assemblée nationale 

Colloque Ou va lArabie saoudite d 640

Fidèle à sa vocation d’animer librement des débats aux thématiques inédites et originales, l’Académie de Géopolitique de Paris a choisi de faire bénéficier son auditoire des travaux des meilleurs spécialistes sur la position de l’Arabie Saoudite au milieu de drastiques changements dans une région instable et en pleine évolution. Le contexte général au Moyen et Proche-Orient est globalement catastrophique, avec une très nette tendance à l’escalade des tensions entre les puissances régionales soutenues par les superpuissances étrangères.

L’Arabie Saoudite mène aujourd’hui une politique très interventionniste qui se manifeste par une intervention militaire officielle illégale du point de vue du droit international au Yémen et un engagement de plus en plus visible dans la guerre par procuration menée en Syrie.

Se trouvant aujourd'hui dans l’œil du cyclone, le royaume se considère comme encerclé par des menaces aussi importantes les unes que les autres à ses frontières : le Yémen, l'Irak et la montée en puissance de l'Iran, favorisée par le récent apaisement des relations irano-américaines consacré par la signature d'un accord sur le nucléaire iranien. Cet accord, qui met fin à des années d’ostracisme de la République islamique, annonce le grand retour de Téhéran sur la scène régionale et internationale.

Dans une politique de fuite en avant, épaulé par ses alliés turque et américain, le royaume mène une politique régionale agressive et belliqueuse. Au Liban le régime saoudien cherche à affaiblir la capacité militaire du Hezbollah libanais en entretenant une politique de déstabilisation de ce pays, victime expiatoire des conflits qui secouent cette région si explosive. Le Liban est brutalement pris en otage par l’Arabie saoudite, qui lui reproche sa trop grande complaisance avec l’Iran sur fond de conflit, soigneusement entretenu, entre sunnites et chiites. Le royaume saoudien est une parfaite illustration de l'imbrication du politique et du religieux. Il en résulte que les conflits surgissant dans la région sont essentiellement parés de la cape confessionnelle.

Ce colloque a pour ambition de prendre en considération les nombreux et importants rôles que joue l’Arabie Saoudite sur la scène politique Arabe, régionale – en particulier avec les pays islamiques - et internationale. Il a également pour ambition, par une approche multidisciplinaire, de comprendre les mutations que vit la société saoudienne ainsi que l’évolution géostratégique régionale et internationale liées aux actions du Royaume Saoudite.

De nombreuses thématiques liées à cette question sensible ont été abordées par les analyses pertinentes des nombreux spécialistes universitaires, militaires, diplomates, journalistes, etc. qui ont participé à notre colloque dont voici le compte rendu :

Allocution de Jacques Myard, Député de la Nation, Président du Cercle Nation et République.

 

Jacques Myard8

https://www.youtube.com/watch?v=td09eGWJnng

Au-delà des problèmes de culture et des enjeux politiques, nous vivons aujourd’hui dans ce que nous appelons à juste titre un village planétaire. Nous sommes confrontés à la tyrannie de l’immédiateté, et nous, politiques, avons un objectif : celui de pouvoir analyser, sans sur-réagir et sans être entraînés par l’immédiateté, les éléments qui peuvent survenir partout sur la planète de façon à éviter d’aggraver des problèmes qui, parfois, peuvent s’avérer secondaires.

Je vous dis cela en propos préliminaire, car le sujet d’aujourd’hui sur un pays que nous connaissons tous est loin d’être neutre en termes de passion. Il est tout à fait légitime que l’on puisse avoir, sur l’Arabie saoudite, des approches passionnées ; mais il n’en demeure pas moins que nous devons faire l’effort d’analyser les enjeux de cette zone, de la manière la plus objective possible, et avec lucidité.

L’Arabie Saoudite est un pays que je connais un peu ; j’y étais encore récemment, au moment où Madame Merkel a fait l’annonce qu’elle allait accepter 100.000 réfugiés, ce qui, immédiatement, a eu un impact sur tout le Proche Orient.

L’Arabie Saoudite est un pays légendaire, grâce à Lawrence d’Arabie et à tout ce qui s’est passé à la chute de l’empire ottoman. C’est un pays qui fait quatre fois la France, plus de 2 millions de kilomètres carrés, et qui a deux fois moins d’habitants, soit 30 millions avec 10 millions de travailleurs étrangers. C’est un pays riche, qui dispose sans doute des réserves pétrolières les plus importantes de la planète ; même si l’on fait aujourd’hui de nouvelles découvertes de gisements et moyen d’extraction. L’Arabie Saoudite est donc un pays convoité, qui doit néanmoins faire face à de nombreux défis tant sur le plan interne que sur celui de la politique étrangère.

Soyons très clairs. Vous connaissez la Charte des Nations Unies sur l’égalité souveraine des Etats : chaque Etat a théoriquement le droit de choisir le régime qu’il souhaite. Et jusqu’à nouvel ordre - parce que c’est une critique que je fais à un certain nombre d’Etats - nous ne sommes pas là pour choisir les gouvernants des pays tiers. Le fameux gouvernement change cher à monsieur Bush, qui m’est complètement étranger, aboutit à des catastrophes. Donc je et nous ne sommes pas là pour dire ce qu’il faut changer en Arabie saoudite comme ailleurs. Il n’en demeure pas moins qu’il reste important de poser, et se poser, certaines questions, en particulier lorsque la politique locale et globale est impactée par les décisions et évolutions de certains pays, en particulier celles de l’Arabie saoudite.

Il est indéniable aujourd’hui qu’une question de gouvernance se pose en Arabie Saoudite. Non pas sur le régime, non pas sur le fait que ce pays soit gouverné par les Saoud depuis plus d’un siècle, mais la concurrence interne à la famille royale – composée de pas moins de 2300 membres - est de notoriété publique -. Je vous rassure, ce problème de concurrence intrinsèque n’est pas propre à l’Arabie Saoudite. Si j’en crois le débat qui va s’engager en France sur les primaires, les choses risquent de ne pas être facile non plus. S’agissant de l’Arabie Saoudite, on sait que le successeur désigné, Ben Naïf, est confronté à un autre membre de la famille royale, Ben Salman ; l’un et l’autre ayant des responsabilités gouvernementales différentes, l’un à l’Intérieur, l’autre à la Défense. On sait aussi - et malheureusement, cela devient un lot commun à beaucoup d’Etats de la région - qu’il y a des activités terroristes importantes, et qu’il existe vraisemblablement sur le territoire saoudien des unités dormantes de mouvements terroristes divers et variés.

Il y a des enjeux économiques aussi : pour avoir récemment échangé sur ce sujet avec des diplomates saoudiens, on sait que la question des dix millions de travailleurs étrangers nécessite d’envisager de remplacer petit à petit ces travailleurs étrangers par des saoudiens, ce qui nécessitera un effort de formation professionnelle de la part du gouvernement. Le gouvernement saoudien se pose la question.

L’Arabie Saoudite subit également des évolutions sociologiques : nombre d’étudiants, en particulier des femmes, ont une très solide formation, ayant étudié - souvent d’ailleurs à l’étranger -. Comme partout, les femmes semblent prendre la prééminence sur une société jusqu’alors à très nette dominante masculine. Dans le même sens, en Iran – pays que je connais un peu - 60% des étudiants dans les universités sont des femmes. Si cette évolution sociétale n’est pas propre à l’Arabie saoudite, il n’en reste pas moins qu’elle va poser, tôt ou tard dans ce pays la question du statut de la femme.

Et puis il y a des questions qui se posent sur le plan externe tant il est vrai que l’Arabie saoudite a et a toujours eu – à juste titre – la volonté de jouer un rôle important au Proche et au Moyen Orient. Pendant longtemps, le rôle prédominant dans la région était essentiellement dévolu à l’Egypte. Ce dernier pays ayant rencontré un certain nombre de difficultés et dans le contexte où l’Iran a longtemps été tenu dans la situation de ne pouvoir jouer aucun rôle important dans la région, la volonté de prédominance de l’Arabie Saoudite s’est réaffirmée. Depuis les récents accords sur le nucléaire, l’Iran se réaffirme comme un acteur majeur de la région. Je ne saurais oublier que le gouvernement saoudien avait mis en garde les Etats-Unis sur leur intervention en Irak. Si monsieur Bush avait écouté un peu plus les saoudiens, peut-être aurions-nous évité le chaos  ambiant qui règne aujourd’hui en Irak et ailleurs. Je remercie donc la lucidité du gouvernement saoudien de l’époque … il n’était pas le seul, Jacques Chirac avait également mis le monde en garde. Souvenez-vous que monsieur Bush avait alors dit avoir reçu un ordre de Dieu pour intervenir en Irak… J’en suis toujours aussi stupéfait ! Surtout venant d’un pays où la raison prétend l’emporter sur les thèses millénaristes, qui existent cependant un peu partout dans le monde.

​Il est vrai qu’aujourd’hui, l’Arabie saoudite joue un rôle officiel au Yémen – pays également soumis à critiques – plaçant ce pays dans une situation extrêmement difficile. Le Yémen est pratiquement détruit, la guerre civile y bat son plein. Il y a bien sûr une influence de l’Arabie saoudite, en lien avec la Turquie, dans le conflit syrien qui n’en finit pas. Et puis on peut s’interroger bien évidemment sur les relations de l’Arabie Saoudite avec l’Iran. Sachant ce qui s’est passé dernièrement, les relations avec ce pays sont-elles irrémédiablement compromises ? En Orient, et vous le savez mieux que moi Messieurs, rien n’est jamais définitif - je le souhaite - parce que l’on sait très bien que les choses peuvent évoluer. Il peut y avoir, à mon sens, des revirements - mais c’est une vue peut-être occidentale ou du moins française - : il n’est pas impossible que les deux pays puissent s’entendre, car il y a des défis importants à relever en terme de stabilisation de la région.

Monsieur le président Ali Rastbeen, je ne peux que vous féliciter d’avoir choisi ce thème. Même si vous ne pouvez pas épuiser le sujet, je vous encourage à le traiter avec objectivité, lucidité et sans passion, car je pense que ce sujet va nous accaparer pendant quelques années encore. Je reprendrai ce que, un jour, Elisabeth I avait dit à Sir Francis Drake : « Salut au Chercheur d’aventure !». Et dans l’Orient hyper-compliqué, il faut avoir du courage, vous en avez. Merci.

 

Le colloque a été organisé sous forme de deux tables rondes :

Première table ronde :Modérateur, Ali Rastbeen, Président de l'Académie de Géopolitique de Paris.

« L’Iran et ses voisins du Golfe Persique »

ali rastbeen 640

https://www.youtube.com/watch?v=PIj6XF5xhXw

La situation de crise au Moyen-Orient, en particulier en Irak, en Syrie en Lybie et au Yémen ainsi que le blocage des élections présidentielles libanaises depuis mai 2014 et le grand  retour de l'Iran au sein de la communauté internationale, sont des évolutions qui nous incitent à nous interroger sur la nature des relations entre l’Iran et ses voisins du Golfe Persique.

Le Proche et Moyen-Orient sont entrés dans une phase de mutations et de recomposition profonde, qu’il serait superficiel et dangereux de réduire à un conflit entre sunnites et chiites.

L’animosité entre l’Arabie saoudite et l’Iran se traduit notamment en Syrie, au Yémen et en Irak, ces deux puissances s’accusent mutuellement en cherchant à élargir leur influence.

Une question se pose: la détérioration des relations entre l’Iran et les pays arabes est-elle le résultat de l’émergence de l’Iran comme puissance régionale ou puise-t-elle sa source ailleurs ?

Pour répondre à cette question, il faut tout d’abord se demander à quel point les pays arabes agissent-ils de manière indépendante ? Ensuite, il faut aussi se demander si leurs actions sont destinées à préserver leurs propres intérêts nationaux ou sont plutôt dictées par d’autres motifs.

Enfin, une dernière question, comment doit réagir l’Iran pour répondre à ses propres intérêts nationaux dans un monde caractérisé par des rivalités et par l’instabilité ?

La détérioration des relations entre le monde arabe et l’Iran est en grande partie due à la position géopolitique et géostratégique du Golfe Persique. Car le pays qui dominerait la région du Golfe Persique, aurait la possibilité et la capacité d’influencer le monde.

La question de la sécurité et de la paix durable dans la région du Golfe Persique et dans les Etats arabes, devient alors abordable.

Une autre considération est la diversité des acteurs, alors qu’il est clair qu’un vide au pouvoir permet à d’autres acteurs de s’imposer.

Ce phénomène n’est pas nouveau. Par le passé, les rivalités entre la Grande-Bretagne, l’Union soviétique et les États-Unis faisaient rage dans le Golfe Persique et lorsque la Grande-Bretagne instaura sa domination, les autres puissances se retirèrent.

Lorsqu’en 1968, le gouvernement britannique a évacué ses forces du Golfe Persique, de la mer d’Oman, de l’océan Indien et de la mer Rouge, une situation de vide a succédé et a conduit à l’apparition d’autres acteurs qui voulaient remplacer la Grande-Bretagne, ce qui a favorisé des rivalités de pouvoir . Pendant cette époque, l’Union soviétique et les États-Unis se présentaient comme acteurs puissants et déterminants au niveau international, tandis qu’au niveau régional l’Iran, l’Arabie saoudite et l’Irak assumaient leurs rôles, aussi bien directement qu’indirectement.

Dans le nouveau statut quo qui s’est établi à cette époque, l’Iran et l’Arabie saoudite, alliés de l’Occident, ont fait face à l’Irak qui a été soutenu par l’Union soviétique. Cette rivalité s’est  poursuivie jusqu’en 1975 jusqu’à ce que l’Iran devienne la première puissance régionale.   

La révolution islamique en Iran a provoqué un nouveau vide dans la région, auquel sont venus s’ajouter d’autres événements : la guerre Iran-Irak, la bataille des tankers fut le prétexte pour la pénétration et la présence des forces étrangères dans la région afin d’y assurer la sécurité d’approvisionnement. L’occupation du Koweït par l’Irak et le changement de position des autres pays de la région à l’égard de l’Iran furent d’autres éléments qui peuvent nous aider à comprendre les raisons de la détérioration des relations entre l’Iran et le monde arabe.

L’Iran se trouve au centre de la plupart des évolutions survenues dans la région : le départ des forces britanniques en 1968, le traité de 1975 et le rôle joué par l’Iran au niveau régional et extrarégional, et ainsi de suite. Par ailleurs, l’occupation de l’Afghanistan par l’Union soviétique et la formation des Moudjahédines afghans sont d’autres événements clés qui continuent à préoccuper le monde. 

Encore d’autres facteurs sont en cause de cette détérioration : l’occupation de l’ambassade des États-Unis, l’agression du régime baasiste irakien contre l’Iran, la présence des forces étrangères dans la région, l’acceptation de la résolution 598, l’agression de l’Irak contre le Koweït, la libération du Koweït par les forces de coalition jusqu’à la désintégration de l’Union soviétique en 1991 et la disparition du système bipolaire dans le monde.

Dans une étape avancée, la région été bouleversée par les événements du 11 septembre, l’attaque des forces de coalition sous l’égide des États-Unis contre l’Afghanistan , la chute des talibans, et l’apparition d’une nouvelle coalition mondiale contre le terrorisme, enfin, les soulèvements populaires arabes et l’émergence récente de l’extrémisme religieux .

Dans ces conditions-là, reprenons la question : est-ce que l’Iran peut établir des relations stables avec ses voisins arabes ?  Il existe plusieurs dimensions à notre question :

-La première considère que compte tenu de la dépendance des pays arabes, à l’exception de quelques-uns, à l’égard des États-Unis et de l’Occident, on ne pouvait espérer une amélioration des relations, tant que l’Iran ne réussissait pas à normaliser ses relations avec l’occident.

- La deuxième considère que l’Iran ne peut développer ses relations avec les Etats arabes sauf, si elle deviendra une réelle et grande puissance régionale dans les domaines politique, militaire et économique. Ce qui conduira les pays arabes, à améliorer de bon gré leurs relations avec l’Iran.

une troisième affirme que compte tenu de la permanence des tensions entre l’Iran et les pays arabes, l’établissement d’une relation stable devienne irréalisable.

enfin, la dernière position, qui semble plus acceptable réside dans le fait que, compte tenu du grand retour de l'Iran au sein de la communauté internationale, les pays arabes, par le biais de la détente et de la confiance, peuvent fonder de solides relations dans le respect mutuel, l’assurance des intérêts communs, l’entraide et la coopération, transformant les rivalités en amitié et concurrence positive.

***

Monsieur Rastbeen a ensuite donné la parole à monsieur Troudi Mohamed,

Chercheur en relations internationales et stratégiques, associé à l'Académie de Géopolitique de Paris, Pour parler de" la politique de l’Arabie Saoudite au Moyen-Orient "

Mohamed Troudi 640

https://www.youtube.com/watch?v=o-P_LzmCgJ4

Depuis le remaniement dynastique en Arabie saoudite début 2015, le royaume saoudien mène une politique ouvertement plus interventionniste, elle se manifeste par une attitude très hostile envers l'Iran, par une intervention militaire meurtrière et illégale du point de vue du droit international au Yémen et un engagement de plus en plus visible dans la guerre par procuration menée en Syrie.

Le royaume se considère comme encerclé par des menaces aussi importantes les unes que les autres à ses frontières, le Yémen, l'Irak et la montée en puissance de l'Iran, notamment après l’apaisement dans les relations irano américaines depuis peu,  consacrée par la signature d'un accord sur le nucléaire iranien, annonçant le grand retour de Téhéran  sur la scène régionale et internationale, après avoir mis fin à des années d'ostracisme, touchant la république islamique.

Dans une politique de fuite en avant, épaulé par son allié turque et américain, le royaume mène une politique régionale agressive et belliqueuse. Au Liban  le régime saoudien  cherche à affaiblir la capacité militaire du Hezbollah libanais en entretenant  une politique de déstabilisation de ce pays victime expiatoire des conflits qui secouent cette région si explosive, chemin faisant le Liban est brutalement pris en otage par l’Arabie saoudite, qui lui reproche sa trop grande complaisance avec l’Iran sur fond du conflit entre sunnites et chiites Le royaume saoudien est par conséquent une parfaite illustration de l'imbrication du politique et du religieux et que les conflits surgissant dans la région sont essentiellement voire exclusivement d'essence confessionnelle.

On retrouve cette même : volonté d'intervenir dans les affaires intérieures des États de la région, c'est le cas en Irak, les saoudiens cherchent à lutter autant que faire se peut contre l'influence iranienne dans ce pays depuis l'intervention américaine en Irak, intervention qui constitue depuis  source de détérioration de ses relations avec son alliée stratégique les États Unis.

Depuis l’arrivée de la nouvelle administration saoudienne conduite par le roi Salman, on assiste à l'adoption d'une politique étrangère proactive , amenant la Turquie (qui a ses propres calculs) à rejoindre l'alliance sunnite avec l'imbrication de différents objectifs à la fois du royaume saoudien, de la Turquie et de l’Égypte, ce qui laisse supposer qu'on s'achemine vers un rapprochement de type gagnant turco saoudien. Les saoudiens ont peut-être simplement compris ou supposent qu'ils ne peuvent plus résoudre les nombreux problèmes de la région les concernant directement par des moyens traditionnels, mais via des alliances.

En ce qui est du Qatar, vue de loin, les deux pays ont davantage de points communs que de divergences, à voir de près ce ne sont que des cliché car non seulement les différences existent, mais ce sont parfois de profondes divergences qui opposent ces deux royaumes,  depuis  que le petit émirat du Qatar a décidé d'exister sur l’échiquier régional et par conséquent de rivaliser avec le deuxième plus grand pays arabe sunnite  après l'Algérie à savoir l'Arabie saoudite.

En décidant de passer d'un statu de pétrolochimie insignifiante à celui d'un acteur important sur la scène régionale et internationale, le Qatar défie l'hégémonie de  l'Arabie saoudite qui surveille de près son désormais rival et non moins allié du Conseil de Coopération du Golfe ou CCG.

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Le deuxième intervenant Mme Safaa AL-HAMAYDEH AL-SATARI,Organisatrice des Pèlerins Musulmans de France a abordé  « Les enjeux et paramètres de l’organisation de pèlerinages en Arabie saoudite »

Safaa AL HAMAYDEH AL SATARI 640

https://www.youtube.com/watch?v=2yxq6MTI-bc

Le contexte international du tourisme religieux, dans une époque où les individus cherchent un sens à accorder à leur existence, la question française des voyagistes du Hadj. Sujet épineux, presque tabou en raison du fait que le fait religieux « islam » suscite une défiance et une absence de commande politique, il n’en demeure pas moins qu’il revêt un substrat économique particulièrement puissant au regard des chiffres en constante croissance.

Parmi les sites touristiques religieux les plus reconnus, on observe notamment la Mecque, Rome, Jérusalem et Lourdes.

La Mecque est l’une des plus grandes destinations de tourisme religieux. En 2012, elle a attiré 12 millions de pèlerins musulmans, représentant des dépenses touristiques de 16,5 milliards de dollars.

La Mecque et Médine sont les deux villes saintes de l’islam. En 2013, 6,9 millions de touristes ont visité l’Arabie Saoudite pour des raisons religieuses, soit près de 41 % de l’ensemble des touristes du pays.

Pour l’Arabie Saoudite, le tourisme religieux représente la deuxième plus importante source de revenus derrière le pétrole, selon Géopolis.

Le Hadj

Cinquième pilier de l’islam, le Hadj rassemble chaque année de 5 à 6 millions de pèlerins. Il faut y ajouter un nombre équivalent de visiteurs dans le cadre du « petit pèlerinage », l’Omra, qui peut être réalisé à n’importe quel moment de l’année. Considéré comme l’étape finale dans la vie spirituelle du musulman, le Hajj confère à La Mecque et, par extension, à l’Arabie Saoudite et à son souverain, un prestige et un statut uniques. Le titre officiel du roi est celui de « Serviteur des deux Lieux saints » (La Mecque et Médine, où est situé le tombeau de Mohamed).

L'industrie touristique est d'autant plus importante pour la prospérité du Royaume qu'elle est actuellement le deuxième secteur économique du pays en termes d'emploi pour ses habitants, faisant travailler près d'un millions de Saoudiens au total. Selon le président de la Saudi Commission for Tourism and Antiquities, le Prince Sultan Bin Salman, le secteur devrait devenir le premier employeur national au cours des prochaines années.

Débat :

Débat 1 640

https://www.youtube.com/watch?v=xSe2fqpMv8E

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La parole a ensuite été donnée à M. Karim IFRAKIslamologue, historien des Textes et de la vie de la pensée dans les mondes musulmans C.N.R.S, ParisQui a traité le sujet du wahhabisme et ses ramifications régionales et internationales.

 Karim IFRAK 640

https://www.youtube.com/watch?v=nQ_Dks6b74U

La disparition du Califat en 1924, la reconquête du pouvoir avec le soutien de « l’Ordre des Frères » en 1927, l'exploitation des gisements pétrolifères en 1938, permirent au royaume d'Arabie saoudite de s’imposer sur l’échiquier régional puis mondial grâce au pacte « pétrole contre protection » conclu en 1945. Mais la conquête du pouvoir, dans un contexte arabo-musulman, ne peut se pérenniser, sans une légitimité et un rayonnement religieux. Une légitimité que va se forger le royaume d'Arabie saoudite en s’appuyant sur l’idéologie wahhabite, celle-là même qui a soutenu la genèse du royaume, deux siècles auparavant.

Portée par le rayonnement de la monarchie dans la région, cette nouvelle idéologie musulmane toute saoudienne, ne manquera pas de se propager au sein des pays voisins, lentement mais inexorablement. Soutenue par un apport financier de plusieurs milliards de dollars, elle s’attela à contaminer, le plus possible, le reste du monde musulman et pas seulement. Une ambition qui passera d’une orientation locale à une orientation régionale, avant de muter vers un plan international, le tout par une simple advertance.

Dans son combat à mort contre le communisme, particulièrement, celui soutenu par Gamal Abd Nasser, au nom du panarabisme, le royaume d'Arabie saoudite, aidé de certains pays amis, se tourna vers « La Société des Frères Musulmans », fondée par Hassan al-Banna. Le choc avec la mécanique nassérienne, soutenue par le bloc communiste, fut brutal, anéantissant, dans son raz de marée, une bonne partie de la « Confrérie ». Complice des actions fréristes contre l’Égypte Nassérienne, l’Arabie saoudite, accueilli, en contrepartie, des milliers de « Frères » venus d’Égypte, mais également de Syrie et de Palestine. Aussitôt installés, les « Frères » se remirent au travail en faisant ce qu’ils savent faire le mieux : répandre leur idéologie islamiste qui appel à la renaissance du califat. Craignant le pire, les Al-Saoud décidèrent de réinvestir le terrain, en propageant, avec force, leur idéologie maison : le « salafisme wahhabite ». Grâce à l’apport des pétrodollars et en se reposant sur des infrastructures telles que les universités islamiques, la Ligue Islamique Mondiale et autres O.N.G à partir des années 60, les Al-Saoud disputèrent, à l’aide de cette nouvelle arme, chaque mètre carré conquis ou à conquérir par la « Confrérie ». Toutefois, l’idéologie wahhabite originelle, loin de savoir que le combat sera à la mesure des enjeux, allait faire face à trois opposants « maison » qui manqua la faire déraciner. Le wahhabisme de la « Jamaâ al-salafia al-mohtasiba », le  wahhabisme «  sourourite » et enfin le wahhabisme « sahawite ».

Quelle est donc cette arme idéologique qui n’a pas fini de noyauter une grande partie du monde musulman, mais également d’Europe et d’Afrique ? Quels sont les mécanismes qui ont permis sa propagation et les moyens humains et financiers investis par le royaume pour la développer et la pérenniser ? Mais surtout, victime de son propre succès, comment procède le royaume, aujourd’hui, à contrer ses effets indésirables et à soigner, autant que faire se peut, son image de marque ô combien ternie.

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Le quatrième intervenant, Mme Patricia LALONDE, Chercheure associée, IPSE a parlé "des droits humains en Arabie saoudite."

Patricia LALONDE 640

 https://www.youtube.com/watch?v=EdXS51yPXO0

D’après Mme LALONDE traiter des droits de l’homme en Arabie Saoudite nécessite de s’étendre sur la doctrine de l’Etat saoudien : le wahhabisme. La raison d’être de l’Etat Saoudien est d’appliquer les lois de l’Islam et la volonté de Dieu.  Le pays est dirigé par une monarchie absolue où le pouvoir est concentré dans les mains du souverain et du cercle familial.

Les partis politiques et les syndicats sont interdits ; Toute autre religion est bannie et dès le plus jeune âge, les Saoudiens apprennent que le chiisme est une religion de mécréant : En 2014, selon Human Right Watch, le roi Abdallah a introduit un certain nombre de lois considérant comme terroristes les athées. La récente décapitation du Cheik Nimr Barq El Nimr, opposant chiite pacifique en est l’illustration. Ou encore l’exemple du bloggeur Raif Badawi, emprisonné depuis 2012, et est contraint de recevoir régulièrement des centainesde coups de fouets en attendant une éventuelle décapitation ou même la crucifixion. Ou encore le cas d’Abdallah Al Zaher, adolescent torturé en prison et dont le verdict  de condamnation à mort doit être confirmé en 2016 ; Il risque la pendaison ou la décapitation…

Les inégalités entre les sexes restent très importantes : Malgré une nette volonté réformiste de Mohamad ben Abdelazziz- al-Saoud, les femmes saoudiennes restent des «  dépendantes », recluses de la société. Elles sont  par la suite confrontées à un fort taux de chômage…Les femmes représentent 60% de l’ensemble des diplômé[e]s, mais moins de 15% ont accès au marché du travail.  Les femmes doivent avoir un tuteur masculin (Mahram) : Elles ne peuvent sortir seules sans être accompagnées d’un tuteur masculin. Elles doivent recevoir l’autorisation de leur tuteur pour se marier, voyager, s’inscrire à l ‘école, ou à l’université et accéder aux services de santé. La polygamie des hommes est permise. La ségrégation des sexes est de rigueur dans les espaces publics et les femmes ne peuvent sortir qu’entièrement recouvertes de l’Abaya, tunique noire ne découvrant que les yeux.

Les milices de la Commission pour la prévention du vice et la promotion de la vertu ( Muttawain) surveillent dans chaque quartier la bonne application de ces règles.

Par ailleurs, l’Arabie Saoudite a récemment obtenu la présidence du conseil consultatif de la commission des Droits de l’Homme des Nations Unis !!

Pour conclure, il est à craindre que cette stratégie d’ouverture ne s’arrête depuis que le Prince Mouqrine, réformateur et réformiste a été écarté du pouvoir au profit de Mohamad ben Salman : rappelons que les Salman font partie[s]  de la tribu des «  Soudayris » plus proches des thèses fondamentalistes des wahhabites Mohamad ben Salman (MBS) n’a pour le moment pas brillé par sa volonté d’ouvrir le royaume aux réformes, obsédé par une frénésie de guerres contre les chiites, la première en Syrie contre le pouvoir de Bachar al Assad et la seconde, plussilencieuse, au Yémen contre les Houtis, guerre qui se déroule dans le silence où les pires atrocités sont permises.

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Deuxième table ronde, Modérateur, M. Alain Corvez, Conseiller en stratégie internationale

Colloque Ou va lArabie saoudite d 2 640

Débat 2 640

https://www.youtube.com/watch?v=FigoJLHClU8

Le cinquième intervenant, M. Hall GARDNER directeur du département politique comparée internationale à l'Université américaine de Paris a traité le sujet " des relations entre l’Arabie Saoudite et les USA"

Hall GARDNER 640 

https://www.youtube.com/watch?v=8TcHxMAB8n8

M. Gardner a noté que les relations USA-Arabie Saoudite peuvent être qualifiées par l’abus et la manipulation mutuelle mais accompagnée de méfiance réciproque. Le discours s’interroge si ces relations ont commencé à se détériorer suite aux attentats du 11 septembre 2001 et en raison de l’approchement irano-américain.
Ajoutons à cela, la différence entre l’approche américaine et l’approche saoudienne en ce qui concerne la guerre mondiale contre le terrorisme. La politique Saoudienne qui poursuit son soutien aux factions socio-politique wahhabites dans le Grand Moyen-Orient ne convient plus aux Etats-Unis.
La nouvelle guerre des prix et les rivalités qui en résulte de la concurrence du pétrole de schiste américain dans le marché pétrolier couplé avec l’absence de vraies réformes et la violence permanente des droits de l’homme mène certainement a une possibilité d’instabilité socio-économique et politique au sein du Royaume lui-même. 

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Le sixième orateur, M. Honoré LE LEUCH, Expert et Conseiller Pétrolier International a traité  le sujet de «La géopolitique pétrolière saoudienne»

 Honoré LE LEUCH 640

https://www.youtube.com/watch?v=T6rVu0f7Umc

Pour M. Le Leuch, la chute actuelle du prix du pétrole ainsi que la grave situation géopolitique au Moyen-Orient font à nouveau beaucoup parler de la place essentielle de l’Arabie saoudite sur le marché mondial des hydrocarbures et de son rôle majeur historique au sein de l’OPEP.

L’objet de la présentation est d’abord d’expliquer les raisons principales ayant conduit à cette forte baisse du prix du pétrole de 70% en 18 mois depuis l’été 2014, puis d’essayer de mieux comprendre la politique et la stratégie pétrolière adoptée par l’Arabie saoudite. Cette compréhension permettra d’imaginer les conséquences probables sur les marchés de l’énergie, à court terme et à moyen terme, ainsi que les conséquences directes pour l’Arabie saoudite, notamment financières et géopolitiques.

En particulier, il sera montré pourquoi la crise pétrolière de 2014-2016 est différente des autres chutes brutales du prix du pétrole qui ont eu lieu au moins une fois durant chacune des décennies précédentes, à savoir celle de 1985-1988, celle de 1998-1989, puis celle de 2009-2010. A chacune de ces crises antérieures, due à une offre supérieure à la demande de pétrole, les pays de l’OPEP avaient décidé de réduire leur production globale pour mettre fin à la crise, et notamment l’Arabie saoudite, premier pays exportateur mondial agissant en tant que « swing producer » préférentiel.

Pour la crise actuelle, l’Arabie saoudite a décidé de privilégier sa « part de marché » en gardant son niveau de production, ceci pour pousser entre autres les producteurs concurrents  à coût élevé à réduire pour des raisons financières leur production et leurs investissements, d’abord ceux alloués aux activités des pétroles non conventionnels dont la part dans l’offre mondiale a fortement progressé en cinq ans, surtout aux Etats-Unis et au Canada. L’effet du ralentissement des investissements devrait être de favoriser à moyen terme une nouvelle hausse du prix du pétrole et d’entrer dans un nouveau cycle de prix.

Les ressources financières accumulées par l’Arabie saoudite ces dernières années lui permettront-elles de maintenir cette stratégie audacieuse jusqu’au nouveau cycle du prix du pétrole ? Nous donnerons des éléments de réponse au cours de la présentation.  

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Troisième débat

Débat 3 640


https://www.youtube.com/watch?v=RsJpx5mgZ0Y

Le septième intervenant, Général Elias FARHAT, Général des armées libanaises a traité"  les relations entre l’Arabie saoudite et Israël"

 Elias FARHAT 640

https://www.youtube.com/watch?v=VyFjpSije04

Pour M. Farhat, Le royaume d'Arabie saoudite joue plusieurs rôles importants sur la scène politique Arabe, régionale et internationale, notamment avec les pays islamiques. Israël est conscient que s’il réussit à établir des relations normales avec l'Arabie Saoudite, il verra s’ouvrir devant lui les portes du monde arabe et musulman.

Récemment, des informations ont circulé relatant des contacts officiels et des rencontres publiques, entre l'Arabie Saoudite et Israël dont les faits sont rapportés par les mass media. Considérées par les uns comme un début d’ouverture entre les deux pays ennemis, qui prélude à des contacts officiels, ces rencontres sont interprétées par d’autres, comme un contact sans lendemain, parce qu’elles n’aboutiront jamais à développer des relations de rapprochement politique entre les deux états. D’autres encore, considèrent que les rencontres israélo-saoudiennes nécessitent beaucoup d’efforts et une longue marche vers la normalisation des relations entre ces deux pays.

Pendant son assistance au Forum économique mondial à Davos, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré à CNN : "Dans ces derniers temps, il y a eu un changement radical dans les relations étrangères d’Israël, et entre Israël et ses voisins arabes. L’Arabie Saoudite, comme d’autres états, nombreux dans le monde arabe, considère l’Israël comme un allié et non pas comme une menace".

La plus importante de ces réunions est la rencontre en Israël, entre Yair Lapid qui a œuvré pour l’initiative de paix en tant que chef du parti future, et le prince Turki al-Faisal, ancien chef des renseignements, ancien ambassadeur à Washington et à Londres, fils du défunt roi Faisal bin Abdul Aziz, et frère du ministre des Affaires étrangères Saud al-Faisal.

Les rencontres entre chercheurs appartenant à des centres de recherche divers dans les deux pays. La plus importante de ces rencontres a réuni le chercheur et ancien militaire saoudien Anwar Al Ochqui, et Dori Gold, conseiller auprès du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

L’Arabie saoudite ne fait pas partie des pays arabes qui avaient ouvert sur leurs territoires des bureaux de représentation israéliens ; elle n'a non plus annoncé des réunions officielles avec Israël.

L'Arabie saoudite, Israël et le dossier iranien

Un croisement des positions saoudiennes et israéliennes sur la question du programme nucléaire de l'Iran, et à propos de l'ingérence de l'Iran dans la région arabe. L’Arabie saoudite considère que l'Iran représente un danger aussi bien pour elle que pour d’autres pays arabes. Elle accuse l'Iran de s'immiscer dans les affaires intérieures des pays de la région, et de soutenir les chiites et la foule populaire en Irak, mais aussi le régime en place, en Syrie, Hezbollah au Liban, et les Houthis au Yémen. Quant à l’Israël, il a toujours considéré que l'arme nucléaire iranienne constitue une menace pour son entité et pour sa sécurité nationale. L’Israël a œuvré activement auprès des États-Unis et du groupe 5 + 1 afin d'arrêter les négociations avec l'Iran, et de recourir à l'option militaire.

L’Israël et l’Arabie Saoudite se partagent les mêmes anxiétés et les mêmes soucis vis à vis de l’Iran. Mais aussi, les deux parties savent que leur coopération sur ce dossier ne pourra pas réaliser leurs buts respectifs.

Concernant la crise syrienne, A plusieurs reprises l’armée israélienne est intervenue en bombardant des cibles jugées par lui des sites militaires appartenant à Hezbollah.  Du coté saoudien, le royaume a publiquement exprimé son soutien à l'opposition syrienne, tout en réclamant le départ du président al-Assad. Il a également reçu dans sa capitale l'opposition syrienne, et n’a jamais caché qu’il la soutient  en matière de financement et d’armement.

Dans la crise yéménite, l'Arabie saoudite a lancé une guerre surprise sur le Yémen pour frapper les Houthis, et les soumettre. Elle visait par cela contrecarrer linfluence iranienne sur son voisin yéménite. Pour l’Israël, géographiquement distant du champ de bataille, le plus important dans cette guerre, est de préserver la libre navigation à Bab al-Mandeb ; cette préoccupation israélienne est partagée par d’autres pays de la mer Rouge, à savoir L’Arabie Saoudite et l’Égypte. Aussi, les Etats-Unis cherchent à protéger la libre navigation maritime des dangers qui menacent le commerce mondial.

Quels horizons pour les relations israélo-saoudiennes ?

L’Arabie Saoudite, n’attache à l’Israël aucune importance pour améliorer ses relations avec les États-Unis. Elle n’a non plus aucun besoin d’Israël pour consolider sa position internationale, les relations américano-saoudiennes étant bien solides, comme nous l'avons mentionné. C’est plutôt l’Israël qui a souvent besoin de l’Arabie Saoudite pour l’aider à sortir de son isolement au niveau des pays arabes, et des pays musulmans. Il est difficile pour le leadership du Royaume de mener la normalisation avec Israël, car l'établissement religieux allié avec l'établissement politique, ne peut pas permettre une telle action. Toute décision de normaliser les relations avec l’Israël provoque la colère des clercs saoudiens, et produit des réactions violentes. N’oublions pas que le wahhabisme puritain incarné par l’organisation des "Frères de celui qui obéit à Dieu" a rejeté la décision que le Roi Abdul Aziz avait prise, pour arrêter l'expansion en Irak et en Syrie. Ils avaient mené contre lui une guerre qui s’est soldée par leur défaite, dans la bataille de sabilah en 1928.

En brève conclusion, on peut dire que le Royaume n’a pas intérêt à développer ses contacts avec Israël, car c’est inutile, et provoque le puritanisme wahhabite diffèrent de l'establishment wahhabite qui participe actuellement au gouvernement. En plus, l’Israël voit dans la relation avec l’Arabie une introduction obligatoire dans le règlement de la cause palestinienne, et selon des conditions Israéliennes. 

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Le huitième intervenant, M. Fayçal Jalloul, écrivain et journaliste libanais, a parlé sur "Les enjeux des relations entre l’Arabie saoudite, la Syrie et le Yémen"

 Fayçal Jalloul 640

 https://www.youtube.com/watch?v=IdkXIliDar8

M. Jalloul note qu'il y a un an, l’Arabie Saoudite a formé une alliance militaire pour se lancer dans une guerre sans merci contre le Yémen. Justifiée au nom du soi-disant maintien de la « légitimité yéménite » démocratique, la poursuite de cette guerre est conditionnée par le retour au pouvoir à Sanaa du président Abed Rabbo Mansour Hadi et de son gouvernement dit « légal ». Les Saoudiens prétendent agir au nom des principes inscrits dans l’Accord du Golfe unanimement soutenu sur le plan international, y compris par la Russie.

En Syrie, l'Arabie Saoudite mène presque la même politique. Elle finance, forme et envoie des combattants dans ce pays et prend en charge un certain nombre de mouvements d'opposition armés afin de changer le régime syrien et de mettre en place un régime démocratique. Dans un cas comme dans l’autre, les guerres menées par l’Arabie saoudite soulèvent toujours la même question : pourquoi un régime monarchique se bat-il pour la démocratie partout ailleurs mais jamais chez lui ? En réalité, les raisons de l’engagement militaire de l’Arabie saoudite dans ces pays sont avant tout de nature géopolitique, historique et communautaire.

On peut en effet expliquer la guerre de l'Arabie saoudite contre le Yémen et la Syrie par la conflictualité traditionnelle entre républiques et monarchies. Cette dualité de régime est un héritage du colonialisme : les Français ont construits les régimes républicains, les Britanniques les Etats monarchiques, et l’antagonisme entre ces deux systèmes a perduré jusqu’à nos jours. La fin de la Guerre froide a rendu possible une guerre de l’Arabie saoudite lancée contre ces deux pays, désormais dépourvu de la protection de l’Union soviétique, jusqu’alors garante du maintien de l’équilibre régional et interarabe. Les Etats-Unis, après l’échec de la guerre en Afghanistan et en Irak, annoncèrent leur intention de quitter le Moyen-Orient. Ce tournant majeur dans la stratégie américaine s’est accompagné du déclenchement des Printemps arabes et a offert à l’Arabie saoudite une occasion rêvée pour en finir avec ses rivaux yéménite et syrien. 

L’Arabie Saoudite espère gagner la guerre au Yémen et en Syrie pour pouvoir remodeler tout l’espace régional, signer la paix avec Israël aux conditions de l’Etat juif et mettre ainsi fin à l’influence iranienne dans la région, en grande partie alimentée par la colère anti-israélienne. Au Yémen, le régime saoudien espère aussi assurer l'exportation du pétrole à l'étranger sous un régime sûr et fédéral, et mettre la main sur le détroit de Bâb el Mandeb. Il entend également protéger sa rive de la Mer rouge et, peut-être, annexer la région stratégique du Hadramaout. Il n’en reste pas moins que la guerre menée par les Saoudiens dans ces deux pays se déroule très mal et qu’en cas d’échec, le prix à payer sera très cher, et ira peut-être jusqu’à la perte du trône de leur Royaume.

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 Le neuvième orateur, Elie HATEM, Avocat, professeur à la FALCO (Faculté Libre de droit, d’économie et de gestion de Paris) a traité " le sujet des rapports géostratégiques entre l’Arabie saoudite et le Liban"

Elie HATEM

 https://www.youtube.com/watch?v=LpcYZBxlfC0

M. Hatem déclare que les rapports entre l'Arabie saoudite et le Liban illustrent ces ambiguïtés et subtilités auxquelles s'ajoutent les intrigues des interventions occidentales, notamment américaines, dans cette région du monde. C'est à partir de la déstabilisation du Liban, en 1975, que l'Arabie saoudite a entrepris des rapports avec lui. A l'issue des sommets de la Ligue arabe, de Ryad et du Caire, cette dernière décida la création d'une force d'intervention militaire composée essentiellement de soldats syriens avec d'autres contingents : saoudien, émirati, soudanais et libyen. Néanmoins, le rôle politique et militaire de l'Arabie saoudite était restreint. En 1979, alors que le mandat de cette force était prolongé, les troupes saoudiennes ont quitté le Liban, ainsi que les trois autres contingents émirati, soudanais et libyen. Seul le contingent syrien composa alors la Force de dissuasion arabe dont les financement était supporté par les Emirats et l'Arabie saoudite : 80 millions de dollars par mois. Le rôle de l'Arabie saoudite était alors édicté par la Ligue des pays arabes et concentré sur des efforts pacificateurs du pays du Cèdre. Riyad se contentait d'envoyer des aides aux populations civiles (aussi bien libanaise que palestinienne) ainsi que des émissaires pour calmer les tensions.

Progressivement, le Royaume saoudien lié, aux Etats – Unis par le Pacte de Quincy, s'est vu attribué un rôle plus important au Liban.

L'Arabie saoudite s'est vue confiée ce rôle de pacification du Liban. Ces dispositions des « Accords de Taëf », obtenus sous l'impulsion de Riyad, ont donné à l'Arabie saoudite un rôle actif dans ses relations avec le Liban. Ce rôle s'est renforcé par l'attribution du poste de Premier ministre, en 1992, à Rafiq Hariri, de confession sunnite, qui avait fait fortune au Royaume saoudien et en a obtenu la nationalité. Il avait renoncé à celle de son pays d'origine, le Liban, ce qui est obligatoire en cas d'acquisition de la nationalité saoudienne : le droit saoudien n'admet pas la double nationalité. Loin encore d'un scénario d'un conflit sunnite-chiite dans la région, l'Arabie saoudite soutenait Rafiq Hariri, inféodé alors à la Syrie et en bons termes avec le Hezbollah. Cela ne peut s'analyser et s'expliquer que par le fait qu'il était nécessaire, à l'époque, en permettant au Hezbollah de garder son organisation militaire,de laisser une mèche de conflit allumée à la fois entre le Liban, la Syrie et Israël mais aussi de préparer les germes d'un conflit ultérieur entre les sunnites et les chiites que les Etats-Unis prévoyaient depuis 1979 à grande échelle au Moyen - Orient.

Le 14 février 2005, un attentat – suicide d'une très grande ampleur visa Rafiq Hariri qui fut tué sur le champ avec le cortège qui accompagnait son véhicule blindé. Le conflit l'opposant au Président de la République, Emile Lahoud, proche de Damas, a tourné les regards vers la Syrie aussitôt accusée de ce meurtre. Un Tribunal international et exceptionnel fut alors créé pour déterminer les responsables de cette opération.

Dès cet attentat, les relations entre l'Arabie et la Syrie ont connu une rupture. En mars 2005, le Président de la République syrienne, Bachar El Assad, a été convoqué par le roi Abdallah. Ce dernier lui demanda le retrait de ses troupes du territoire libanais, en application de la résolution 1559 de l'ONU, mais aussi de cesser l'aide de son pays au Hezbollah ainsi qu'au Hamas palestinien.

Les rapports entre le Liban et l'Arabie saoudite s’inscrivirent dans cet état d'esprit d'un conflit irano-saoudien par Etats ou groupes militaires et politiques interposés

Les troupes syriennes quittèrent alors le Liban définitivement.

L'Arabie saoudite soutient alors la « coalition du 14 mars », dirigée par le fils de Rafiq Hariri, Saad (né à Ryiad), qui a été nommé Premier ministre en 2009. La tension a augmenté entre les deux nouveaux courants libanais. Après avoir proféré des accusations à l'encontre de la Syrie relativement à l'assassinat de Rafiq Hariri, le Hezbollah est pointé du doigt. Cela s'analyse par une volonté de créer de nouvelles tensions au Liban entre les deux communautés sunnite et chiite.

En 2006, en prétextant d'attaques contre son territoire par le Hezbollah, Israël est intervenu militairement au Liban. Il s'est attaqué aussi bien aux régions où se situent les positions du Hezbollah qu'aux autres régions libanaises, détruisant toute l'infrastructure du pays qui s'est reconstruit progressivement depuis 1990. L'objectif de cette opération était également de créer une véritable dissension entre les Libanais, en imputant au Hezbollah (qui représente désormais la communauté chiite) la responsabilité du désastre subi par le pays, en raison de ses provocations de l'Etat hébreu. Mais cette tentative s'est vouée à l'échec et n'a pas conduit à un affrontement franc entre chiites et sunnites.

Dépourvue de milice, la communauté sunnite s'est néanmoins vue constituer une organisation militaire issue du « Mouvement du Futur » dirigé par Saad Hariri : Fath Al Islam. Ce groupe a reçu de la part de Saoudiens des aides financières en vue d'octroyer des armes à ses membres mais aussi une formation religieuse dispensée par des imams salafistes, à l'instar du Front Al Nosra. Des heurts sporadiques ont alors éclaté aussi bien dans la capitale que dans le nord du pays, aux alentours de la ville de Tripoli. Les relations entre le Hezbollah et ses alliés avec la Syrie se sont alors renforcés. Le Hezbollah envoyait des troupes pour aider l'armée syrienne dans sa lutte contre le terrorisme mais aussi pour protéger les communautés chrétiennes victimes, en premier plan, des attaques terroristes.

Dans ce contexte et compte tenu de cette situation, les discours véhéments entre les protagonistes se sont élevés, notamment entre le Hezbollah, les membres de « la coalition du 8 mars » et l'Arabie saoudite. Ce qui a conduit cette dernière à décider de suspendre son programme d'aide à l'armée libanaise d'environ 4 milliards de dollars et à menacer les banques libanaises à retirer ses dépôts, ainsi que ceux des autres pays du Golfe placés sous son autorité. Riyad ainsi que d'autres capitales des pays du Golfe ont demandé à leurs ressortissants de quitter le pays du Cèdre. Des centaines de milliers de libanais, qui travaillent aussi bien en Arabie saoudite que dans les autres pays de cette région, risquent d'être expulsés en cas d'aggravation de cette crise. En vue d'équilibrer cette situation, l'Iran vient de proposer au gouvernement libanais de pallier cette situation, en lui procurant une aide destinée à son armée.

Débat4 640

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Conclusion parSon Excellence Michel RAIMBAUD, ancien ambassadeur de France.

Michel RAIMBAUD 640

https://www.youtube.com/watch?v=KZLhiIC4QXI

 

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Actes du colloque

 

Le vendredi 15 janvier 2016

Organisation Internationale de la Francophonie

Poursuivant son travail d’analyse des grandes questions géopolitiques du  monde d’aujourd’hui, l'Académie de Géopolitique de Paris a organisé ce colloque international le vendredi 15 janvier 2016 au siège de l'Organisation Internationale de la Francophonie.

L’histoire récente a beaucoup contribué à faire comprendre aux Occidentaux en général et aux Européens en particulier, les blocages culturels mais aussi politiques qui ont amené au printemps arabe. La très grande richesse sociologique de la société civile proche et moyen-orientale a contribué au réveil de toute une partie de la population, surtout des jeunes, qui s’est levée contre les blocages et le poids de l’histoire face aux nécessités de l’ouverture politique et des droits de l’homme pour l’édification d’une société fondée enfin sur la notion de bien commun. Traditionnellement, le respect des droits de l’homme figure comme le préalable incontournable d’une stratégie de développement et d’épanouissement des sociétés civiles et l’efflorescence des initiatives citoyennes.  

C’est pourquoi l'Académie de Géopolitique de Paris a tenu à organiser un colloque international évoquant la nécessité d’un processus de libéralisation des forces vives et profondes des populations moyen-orientales, face aux blocages institutionnels et politiques des régimes de la zone. Les caractéristiques historiques, culturelles et politiques du phénomène de l’émergence d’une société civile arabe au sein des régimes en place et malgré la répression ont été soulignées dans les analyses des nombreux spécialistes (universitaires, personnalités, militaires, juristes de droit international, journalistes, etc.) qui ont été appelés à travailler sur ce sujet sensible dont voici le compte rendu :

 

       « Le processus de la société civile dans les pays moyen-orientaux »

Propos introductifs par Ali RASTBEEN :

https://www.youtube.com/watch?v=US-MDkN0KKs

L’interprétation du concept de société civile varie selon les époques et lieux, en explicitant des usages propres, des traditions, des institutions, des valeurs et des critères. Ces éléments peuvent être indépendants et refléter les points de vue des citoyens, mais relient l’Etat et le peuple par la liberté d’expression tout en permettant la détection et la suppression de l’injustice.

L’identité sociale et civile libre crée de divers mouvements tels : le droit de vote des femmes, les partisans de la fin de l’esclavage, les antiracistes, les syndicats ouvriers, les protecteurs de l’environnement, les démocrates…. En somme, la société civile a besoin de liberté de pensée, de parole et de rassemblement - toutes les libertés garanties par la déclaration universelle  des droits de l’homme.

Dans les sociétés autoritaires, autocratiques, et répressives, la démocratie institutionnalisée n’a pas encore vu le jour. Ces sociétés sont aujourd’hui proies aux extrémismes intégristes et rétrogrades. Les répressions, les différentes discriminations, l’absence de justice sociale et l’incapacité des gouvernements ont été à l’origine de la corruption financière, de la misère et des divergences profondes, par exemple dans la plupart des sociétés arabes, y provoquant une résistance identitaire au sein des différentes couches sociales.

Voilà l’émergence de groupes dits terroristes comme :

Ansar al-charia, en Tunisie. Ansar dine au Sahel,

Al-qaïda au Maghreb islamique en Algérie en Afghanistan, à l’Emirat du Caucase, dans la péninsule arabique et au Yémen.

Les Talibans en Afghanistan.

Boko Haram au Nigéria au Tchad et au Cameroun.

Jematol islamiya, en Malaisie en Thaïlande, à Singapour, en Indonésie, aux Philippines.  Chebabs  en Somalie.

Mouvement islamique d’Ouzbékistan dans l’Asie centrale entre la mer caspienne et le xinjiang dans l’ouest de la Chine, et mène des actions terroristes au Pakistan, au Tadjikistan, et au Kirghizstan.

le Mouvement islamique du Turkestan oriental.

Ansar Beït al-Maqdess (« les partisans de jérusalem »).

Le Front Al-nosra, branche d’al-qaïda en Syrie et Daech, en Irak  et  le projet du califat islamique associé à la manipulation des tensions entre chiites et sunnites, sont les manifestations d’une mobilisation identitaire intrinsèque au nom de religion. En principe et par définition, le terrorisme n’a ni religion ni frontière ni conscience, or le terrorisme contemporain a un prétexte religieux par le sectarisme wahhabite et salafiste. Hélas actuellement l’Occident observe dans le silence et dans l’apathie 47 décapitations dont des défenseurs reconnus des droits de l’homme et du pluralisme. Il est évident que dans ces conditions, la société civile, dont le composant principal réside dans son indépendance à l’égard du pouvoir, disparaît en même temps que le développement durable.

Par contre, en comparaison avec la Tunisie, la Jordanie, le Yémen, la Libye, le Bahreïn et l’Arabie Saoudite, où la possibilité de créer des partis, des médias, de la presse, des syndicats et d’autres symboles de la société civile n’a jamais été institutionnalisée, l’Egypte a toujours été le porte-drapeau de l’intelligentsia arabe notamment au cours des dernières décennies.

Au sein de la société égyptienne, différents groupes politiques ont toujours été actifs. Or, durant les trois dernières décennies, sous prétexte de lutter contre les groupes terroristes et en vue de la sécurité nationale, la société civile reste réprimée d’office.

En conclusion : Le monde d’aujourd’hui est celui de la démocratie, des droits de l’homme, de la multiplicité des partis, des élections libres, de la liberté de la presse, des syndicats ouvriers, de la pensée, de l’idéologie, de la religion et de l’égalité entre les hommes et les femmes en tant qu’êtres humains. Les régimes qui acceptent  ces principes font partie du monde d’aujourd’hui et de demain, et ceux qui les rejettent sont automatiquement voués à disparaître.

Une société civile doit incarner une culture, un état d’esprit favorisant le pluralisme, l’équilibre, le dialogue entre les forces constitutives. Ces principes démocratiques fondamentaux  constituent un fonds de valeurs communes que l’on peut qualifier de patrimoine commun de l’humanité.

PREMIER PANEL
Modérateur : Ali RASTBEEN

   

   « La société civile dans les processus de démocratisation au Moyen orient »

https://www.youtube.com/watch?v=TDSuQF61ktM

Par Jean-Antoine Duprat, ancien élu local et officier d’état-major honoraire, successivement conseiller auprès d’institutions nationales, de collectivités locales, professeur associé puis directeur adjoint de l’institut d’urbanisme et d’aménagement de la Sorbonne, délégué général de la revue scientifique européenne de géopolitique Outre-Terre.

 Jean-Antoine Duprat est l’auteur de plusieurs ouvrages et articles sur l’organisation territoriale, les institutions, la Ve République, la géopolitique  :

Parler de la société civile au Moyen orient et de sa place dans les processus de démocratisation nécessite une approche systémique comparative à travers trois domaines : historique, organisationnel et fonctionnel.

D’un point de vue historique, la notion de société civile est liée à l’émergence de la démocratie, même si cette notion de société civile a ensuite évolué. La société civile, politiquement organisée, est définie par certains en opposition à l’état de nature par d’autres comme l’ensemble des citoyens organisés par des règles, des lois et une gouvernance politique. Il est du devoir de l’État de garantir au citoyen l’égalité devant le droit, la liberté, l’intégrité et la propriété (comme le précise la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789) sous le contrôle la société civile. Si l’État manque à ses obligations les citoyens composant la société civile, ont alors le droit de se rebeller. Pour Montesquieu, il faut différencier la sphère du politique de celle de la société citoyenne. Hegel fait la distinction entre l'État et la société civile incluant notamment des mouvements de revendication présents dans les sociétés modernes. Au XXe siècle l’expression va ainsi désigner des mouvements de contestation dans les systèmes totalitaires. Dans les pays démocratiques, elle recouvre des groupes de citoyens s’opposant à la présence excessive de l'État, dans certains domaines notamment économiques. Les dernières décennies ont vu la montée en puissance de la « société civile », en taille, en moyens, en influence, notamment sous l'effet de la mondialisation, du développement de la gouvernance démocratique, de l'essor des techniques d’information, de l'intégration économique des personnes morales, en particulier des organisations non gouvernementales.

Si la société civile, selon les paradigmes occidentaux, a joué un rôle déterminant dans le processus de remplacement du système communiste, les pays devenus indépendants ayant redécouvert leur identité, à travers leur histoire, leur culture, la religion, qu’en est-il dans les États du Moyen orient sortis du jeu bipolaire de la guerre froide ? La plupart des pays du Moyen orient se caractérisent historiquement par une organisation fondée sur des traditions familiales, claniques, sur le communautarisme religieux qui ne saurait se limiter à l’islam dans ses différentes sensibilités.Parmi les éléments favorisant le développement fonctionnel de la société civile au Moyen orient, il faut mentionner, sans toutefois hiérarchiser ces phénomènes les uns par rapport aux autres : la généralisation de l’instruction, l’émancipation des femmes, la laïcisation, le développement des échanges et la libéralisation économique. Si les pouvoirs centraux tentent de canaliser ces évolutions ils n’ont pas les moyens de contrôler ces multiples organismes. L’émergence des sociétés civiles au Moyen orient, selon les paradigmes des démocraties occidentales, apparait d’abord comme le produit d’un activisme social intense favorisé par le fait que les pouvoirs centraux laissent de nombreux secteurs de la protection sociale ou de l’éducation à ces organisations de la société civile tolérées car elles servent d’amortisseur social dans un contexte économique souvent difficile. Les problèmes se posent avec les mouvements islamistes intégristes qui aspirent à prendre de contrôle des États en asservissant la société civile. Le positionnement des ONG occidentales par rapport et aux sociétés civiles locales peut aussi créer des difficultés. Au Moyen orient, le groupe, dominant est celui des pays où la société civile, même structurée, n’a que peu de libertés ; c’est le cas des monarchies sunnites : l’Arabie Saoudite, même si elle se positionne pour des raisons géostratégiques dans le camp occidental et, à un moindre degré, des émirats ; dans l’Iran chiite le rôle de la société civile s’accroit régulièrement. Dans les autres pays moyen-orientaux constitutionnellement plus proches des modèles occidentaux la société civile à une place importante ; c’est le cas en Israël, en Palestine, au Liban, en Turquie ou encore en Jordanie, même si des réserves peuvent être faite, notamment en raison de rivalités souvent fortes, inter ou intra-communautaires, et de situations conflictuelles latentes. Pour l’avenir, quatre facteurs majeurs vont certainement contribuer à renforcer le rôle de la société civile dans les processus de démocratisation au Moyen orient : le poids des acteurs économiques, les aspirations des jeunes, l’émancipation des femmes et de la circulation de l’information.

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« L'Islam et la société civile en Asie occidentale : quel Islam? »

https://www.youtube.com/watch?v=4LNKZPzr5Go

Par Mohammad Reza MAJIDIprofesseur au département de droit et des sciences politiques à l’Université de Téhéran,ancien ambassadeur et représentant permanent de la République islamique d’Iran auprès de l’Unesco. Il apublié plusieurs ouvrages et articles dont l’ouvrage sur « le rôle de l’Islam dans le rapprochement des cultures » paru en 2011.

   

Ces vingt à vingt-cinq dernières années après la Guerre froide et l’évolution politique des pays de l’Est des réflexions nouvelles ont vu le jour sur le rôle et le statut de la société civile. C’est l’un des concepts de base de la pensée politique dans l’Occident, qu’a bien abordé le Professeur Debré, et qui depuis deux ou trois siècles est sujet de débats dans le milieu académique, parfois même dans le foyer populaire.

Au sein de cette réflexion, un courant de pensée majoritaire s’est appliqué à mettre en avant le principe selon lequel la société musulmane, telle qu’elle se définie, n’a pas la capacité de produire des institutions ou des associations de contre-pouvoir, et d’introduire ainsi une forme de pluralisme démocratique.

Dans les pays islamiques, certaines caractéristiques d’une société civile se sont manifestées à certains moments de l’histoire, mais ce n’est que depuis les dernières décennies que l’on y développe ce sujet en tant que théorie politique. Ainsi se pose la question des rapports entre la société civile et l’Islam. Bien sûr, il faut rappeler que l’Islam est l’un des éléments-clé de la vie des musulmans des sociétés islamiques. Chaque phénomène, chaque question qui sort au niveau individuel, collectif ou social devraient être étudiés en rapport avec cet élément. Et la question : la société civile, on en est où ? Les intellectuels musulmans présentent-ils de différents points de vue concernant cette question ?

Cette intervention s'est proposée d’examiner ces diverses approches. Est-ce qu’on peut proposer ainsi de reconsidérer le rapport ambigu entre l’Islam et un modèle de société civile qu’il reste à définir ? Avant cela, il faut rappeler qu’il n’existe pas un Islam unique et homogène : presque un milliard et demi d’individus constituent le monde musulman d’aujourd’hui qui se caractérise par une diversité géoculturelle, une grande variété de niveaux de vie et de profils démographiques, et ceux-là ne permettent pas de mettre en avant un destin commun des populations musulmanes. Pour autant, il existe dans la société musulmane des éléments communs de définition de société civile spécifiques. L’amélioration des sphères civiques et religieuses est le point de départ de cette définition. De fait le rôle de la sharia ou loi islamique est un des éléments fondamentaux du débat.

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« Pétromonarchies, société et immigration »

 

https://www.youtube.com/watch?v=X6oT6cMi0RA

Par Bruno DREWSKImaitre de conférence à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO), directeur de la revue « La Pensée Libre », Rédacteur de Rubrique politique à Investig'Action, Rédacteur à Outre-Terre – Revue européenne de géopolitique :

La formation des pétromonarchies arabes contemporaines résulte de la présence coloniale britannique qui a dessiné les contours d'entités devenues formellement des États à la fin de l'ère coloniale. Parmi tous les États de la péninsule arabique, seuls le Yémen, Oman et Bahrein ont en fait une réelle tradition historique, tandis que l'Arabie saoudite, elle-aussi créée avec l'aval du colon britannique, a conquis des anciens pays abritant une forte population autochtone, Hedjaz, Asir, Hasa, Chammar. Ce qui explique que nous avons affaire pour ces États à des sociétés anciennes et relativement élaborées sur laquelle, dans le cas saoudien, est venue se plaquer une monarchie récente originaire du Nedj, territoire arabique traditionnellement marginal. Et dans le cas du Bahrein, d'une dynastie issue de la minorité sunnite dans un pays majoritairement chiite. Sur la côte orientale du Golfe persique et arabique, nous avons en revanche surtout affaire à un chapelet de principautés nées du caprice de l'ancien colonisateur qui s'était choisi des relais locaux. Relais bénéficiant pour le moment des mannes de la rente pétrolière et gazière.

Pour ces entités, la crainte omniprésente dans les années 1960/1970 face à la montée des mouvements révolutionnaires liés à la formation d'une classe ouvrière locale et à l'influence de la révolution palestinienne a poussé les monarques locaux à faire appel massivement à une main-d'oeuvre immigrée, sans statut permanent, quasiment sans droits et sans vie familiale. Main-d'oeuvre étudiée au préalable scientifiquement en fonction de ses différentes habitudes culturelles permettant d'imposer des conditions de travail plus ou moins dures, ce qu'on appelle là-bas « la stratégie du confort ajustable ». Ce qui explique une forte proportion d'Asiatiques venant de pays marqués soit par les traditions du système de castes soit de sociétés minées par l'atomisation et l'extrême pauvreté. Et une proportion relativement plus faible d'immigrés venant des pays arabes qui pourraient être plus exigeant.

Dans ce contexte, à côté de cette masse d'immigrés majoritaires en position de précarité et soumis à un « turn-over » constant, les autochtones sont la plupart du temps minoritaires et relativement favorisés, ce qui ne les pousse pas à oser faire montre d'une grande activité politique et sociale. Même si au Koweït et à Bahrein, on constate une plus grande capacité de mobilisation et l'existence d'embryon de société civile organisée. Qui permet au Koweït de jouir de droits démocratiques réels, ce qu'on trouve aussi à Oman, tandis qu'à Bahrein, la mobilisation populaire se heurte à une répression implacable rendue possible par l'occupation du pays par l'armée saoudienne et la présence militaire des Etats-Unis. En fait, dans la région, l'Arabie centrale, qui constitue aujourd'hui un royaume absolutiste vaste et relativement peuplé, pourrait jouer un rôle majeur dans l'éveil de la vie civile, si elle arrivait à dépasser sa situation à mi-chemin entre unpatchworkarchaïque et la formation d'une véritable société, par-dessus les clivages existant, régionaux, tribaux, claniques et religieux.

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« L'ingérence occidentale dans la société civile arabe »

https://www.youtube.com/watch?v=cc6-fnW_ScQ

parMajed NEHME, Chercheur, éditeur et Directeur de la revue"Afrique-Asie".

Au centre de toutes nos analyses, le rôle de la société civile, émergeait ; on n’a pas attendu que l’idée de société civile soit importée de l’Occident.  Je vous rappelle qu’en Iran par exemple, le mouvement de Mossadegh  a été élu démocratiquement et c’est l’Occident qui l’a cassé. 

Les syndicats, les associations, les partis politiques, tout cela existe dans le monde arabe, c’est vrai qu’il y a des régimes autoritaires, et que la société civile dans certains pays est fractionnée, composée d’une multitude d’ethnies, de communautés, et que face à cela, il faut un état centralisateur, toute l’Europe est passée par là, au cours de son histoire. Lors d’un échange avec l’ancien président ghanéen, ce dernier me confiait : « Si je laisse la démocratie à l’occidentale s’instaurer dans la ville d’Accra, j’aurais une tribu qui va dominer toutes les autres et qui éliminera ses rivales ».  N’empêche, même si on n’est pas conforme au concept européen, qui évolue régulièrement, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de société civile, qu’il n’y pas de contre-pouvoir même dans les pays présentés comme les plus dictatoriaux ou présentés comme tels par une certaine littérature occidentale. Que ce soit au Maghreb ou en Proche et Moyen Orient.

Je vais maintenant donner quelques exemples des Ingérences manifestes dans la fabrication des mouvements de déstabilisation de la société civile dans les pays qui ont vécu ces printemps arabes D’ailleurs je vous recommande la lecture d’un livre remarquable : « Arabesques, les révolutions made in USA ». Révélant comment les Etats Unis subventionnent des mouvements de déstabilisation dans nombre de pays qui tiennent tête à la politique américaine, et tour cela est voté, acté, officiel.

Dans nombre de pays ayant vécu le printemps arabe, pour la société civile, plus que le combat pour les Droits de l’homme, c’est le combat pour des réformes qui est prioritaire. Ainsi, en Tunisie, il y avait des syndicats sur le modèle allemand même sous la dictature de Ben Ali. Tout le problème, ce sont les ingérences extérieures, pour les pays qui refusent de se laisser dicter des politiques qui ne correspondent pas à leurs intérêts nationaux. Et cela concerne aussi bien, au-delà des pays arabes, la Russie de Poutine, une ancienne grande puissance.

Ici, Le concept même de société civile à l’occidentale s’est altéré sous l’emprise grandissante des media, y compris sur le Net, à travers la distribution et la production dominante.   Est ce qu’on peut alors parler encore de pluralisme ?  En France, même dans le service public, on a des exemples de censure, de tout ce que l’on reproche à ces pays que l’on qualifie de dictatures ? Voilà quelques pistes de réflexions que je livre, pour contribuer au débat de ce jour.

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« La géopolitique de la crise Arabie saoudite et Iran »

https://www.youtube.com/watch?v=rRkVTsdlrcQ

 

Richard LABEVIERE, journaliste et écrivain. Ancien rédacteur en chef à la Télévision suisse romande (TSR) et à Radio France internationale(RFI). Ancien rédacteur en chef de la revue de l'Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), consultant international et rédacteur en chef de l’Observatoire de la Défense et de la Sécurité «espritcorsaire». Depuis 2014, il est rédacteur en chef de l’Observatoire géostratégique prochetmoyen-orient.ch.

Les société civiles et les crises géopolitiques régionales au Moyen orient

Au Moyen orient la mise en rapport dialectique des société civiles et leurs confrontations avec les appareils d'état ramène fatalement a des situations de crises anciennes, durables et récurrentes.
Ce retour de confrontation société civile appareil d'état génère des situations de crise qui sollicitent la lecture et l'analyse géopolitiques plus larges régionales et internationales et l’éviction de cet ethnocentrisme des sociétés françaises de plus en plus fermées via des presses unilatérale qui nous ramène à une sorte de narcissisme proprement français qui fait connaître de moins en moins l'histoire des sociétés proches et moyen orientales.
De ce point de vue, on avait mi en cause la rédaction française privée ou des services publiques sur l'idolâtrie qu'on a pu faire dans notre pays des ong. Cette idéalisation naïve appelant d'affirmer une bonne volonté pour qu'elle s'impose dans l'histoire nous a amené à des contresens incroyables parmi lesquelles s’inscrit le printemps arabe ou la révolution arabe. Sommes nous face réellement à une révolution ? est-ce que cette révolution porte sur des revendications sur par exemple la position de la femme ? car les femmes sont souvent des indicateurs, des baromètres des sociétés des libertés civiles. Mai évidemment il n’y a rien de tel chez Jabhat Al Nosra ou Daesh...

Aux Proche et Moyen orient les catégorie de l’Etat ou de la société civile appareils d’état ne sont pas transposables avec les approches de Weber ou autre. Prenant exemple du Liban où l’on serait en présence d’un jeu des puissances économiques et politiques qui s’expriment en marge du fonctionnement des appareils de l’Etat qui font du Liban un Etat faillite où il n’y a pas de président de la république depuis mai 2014 et cela n’a pas l’air d’inquiéter les uns et les autres si ce n’est les partenaire internationaux qui essayent de régler les crise en Syrie et en Irak ou ailleurs... cette confrontation permanente société civile/appareil d’état ramène invariablement à des crises où la pertinence la plus aigue et la plus ténue de la société civile se trouve en Palestine avec une société civile récurrente qui, indépendamment des fatigues de l’autorité et de la casse du mouvement national palestinien entre le Fatah et le Hamas pour essayer de casser l’OLP...

Donc tout cela est le fruit non pas d’accidents de ces crises mais de politiques extrêmement construites, permanentes qui ramènent aux ingérences répétées des puissances occidentales.

Ces illusions sémantiques de révolution ou de printemps ont débouché sur des confrontation plus structurantes régionales importantes ou société civile appareil d’Etat se recompose et redessine un arc de crise une ligne de fracture plus générale. Dans l’exacerbation des crises régionales moyen orientales il est évident qu’on a vu émerger ou ré émerger la monarchie wahhabite comme un des acteurs principaux de cette polarisation. Le déclenchement de ce point de durcissement de l’Arabie a été l’accord sur le nucléaire iranien du 14 juillet à vienne et la volonté de la communauté internationale de renouer avec l’Iran comme un acteur incontournable dan la résolution de crise que connait le Moyen orient.

16h00 : Débat.

https://www.youtube.com/watch?v=POMPQq6bwhQ

Deuxième PANEL
Modérateur : Son Excellence Michel RAIMBAUD, ancien ambassadeur de France

 Propos introdutifs par son Excellence Michel RAIMBAUD

https://www.youtube.com/watch?v=yiaMsyvFi98

 

  « La Société Civile en Iran et en Arabie Saoudite »

https://www.youtube.com/watch?v=vPhyrh3bw_8

 

Par Ahmad Naghibzadeh,professeur de sciences politiques à l’Université de Téhéran. Ancien directeur du département de sciences po. Il est aussi l’auteur de 12  livres universitaires et traducteur de 10  livres du français vers lepersan :

La société civile en sens moderne se réfère directement à la construction de l’Etat-Nation. L’Arabie saoudite malgré le revenu national est le seul pays qui se dirige avec des formations politiquesprécapitalistes se référant à la loi de Shariat qui se caractérise par le code monistene prévoyant aucune place pour la société civile. Dans cette situation lesformations séparées de gouvernance ne peuvent qu’être marginalisées etprimitives avec un sens religieux par le manque d’esprit libre. En vérité le régime politique en Arabie saoudite se trouve dans une impasse car dans l’ère de la mondialisation on ne peut se plier  sur soi mais del’autre côté tout changement implique une redistribution des pouvoirs, ce que cerégime est incapable d’accepter.

L’Iran par contre connait depuis 1501, avec l’avènement de la dynastie Safavide,ce que l’on appelle la construction d’un centre unifié de pouvoir considéré comme lepoint de départ de l’Etat-Nation. Si on considère ladésignation de la religion chiite comme religion d’Etat à l’instar de l’abolition du décretde Nantes par Louis IVX, on peut dire que le processus de mise en marche de l’Etat-Nation a commencé en Iran en même temps qu’en Europe. Dès le départ lasociété civile iranienne a connu deux piliers principaux à savoir Bazar commel’incarnation du marché et Howzeh comme symbole de l’institution religieuse. Il yavait un troisième pilier d’ordre précapitaliste à savoir la société tribale commeune formation autonome.

Mais aujourd’hui le système politique se trouve devant une poussée des formations modernes telles que les partis politiques. Se trouvant ainsi à l’épreuve d’une poussée très forte pourl’ouverture, le système politique semi fermé que nous avons en croyant  qu’il yaura un relai entre les formations libres à l’intérieures et les ingérencesétrangères, se voit obligé de s’appuyer sur ses  force coercitives et sur lesgroupements fidèles aux idées de la révolution islamique ; sinon le terrain estfertile et tous les éléments nécessaires pour en faire une société civile forte etactive sont présents.

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« La société civile en Turquie »

https://www.youtube.com/watch?v=KDFC3ALgInk

Philippe KALFAYANJuriste, consultant en droit international public et ancien secrétaire général de la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme). Il est aussiexpert accrédité auprès du Conseil de l’Europe. Chercheur associé à l’Université Paris 2 Panthéon-Assas et spécialiste des pays d’Europe Orientale et d’Asie Centrale post-soviétiques et de la Turquie et il a réalisé de nombreuses missions d’enquête ou d’observation judiciaire dans cette région... Il vient de publier une monographie surLa France et l’imprescriptibilité des crimes internationaux(Ed. Pedone, 2015) :

Evoquer la société civile en Turquie et surtout son rôle relève du défi, tant la situation en Turquie a évolué rapidement ces dernières années, surtout ces vingt-quatre derniers mois. Alors qu’on a assisté entre 2000 et 2013 à une libéralisation dans tous les domaines : économique, politique, religieuse, et observer des concessions positives vis-à-vis des minorités, notamment kurde mais pas seulement, le pays vient de basculer dans l’inconnu, entraînant de facto la fragilisation du pouvoir d’une société civile divisée, dont la structuration et l’environnement sont influencés par le pouvoir exécutif.

La Turquie vit une crise multidimensionnelle aigue. Au-delà de la nécessité de définir la société civile, en remontant dans l’histoire jusqu’au 19èmesiècle, puis de brosser son tableau récent (à partir des années 1990, nous exposerons sa structuration, son environnement politique, ses valeurs, et son pouvoir réel. Ensuite nous analyserons la nature des crises vécues actuellement et les conséquences sur une société aux multiples lignes de fracture : constitutionnelle (entre Turcs musulmans et minorités non-musulmanes), confessionnelle (entre sunnites et alévis), sociale (entre laïques et non laïques), économique (entre les grandes métropoles occidentales et les régions du sud-est),  géopolitique (de la politique du « 0 » problème avec les voisins à des conflits avec la plupart de ses voisins) et politique. Depuis la dérive autoritaire et la personnalisation du pouvoir de Monsieur Erdogan, le pays se fracture au sein même du parti majoritaire, l’AKP, en plus de l’opposition frontale entre Gülen et Erdogan, ce qui a des répercussions importantes au sein des grands corps régaliens de la Justice, de l’Armée, et de la Police.

La structuration de la société civile est le reflet des mutations historiques, de l’arrivée au pouvoir de l’AKP, de l’islamisation de la société, et des lignes de fractures évoquées.

Les droits et libertés sont les grands perdants de cette crise grave. Et les minorités, et notamment les Kurdes seront les victimes de ce raidissement et de cette dérive. En effet, le nationalisme reste une idéologie forte, transcendant l’idéologie des partis traditionnels et ne faiblit pas causant des fractures plus graves encore, qui débouchent sur des arrestations massives de militants ou élus kurdes depuis quelques mois, des embargos et destructions de lieux de peuplement kurde, des meurtres.

La société civile, tout comme la religion, subit un contrôle étroit et administratif de l’Etat. Si elle est occasionnellement consultée sur certaines réformes, ses organisations ne sont pas en mesure d’influer de manière structurée sur les processus législatifs et politiques : il n’existe aucun mécanisme pour cela. L’allocation des fonds publics, qui repose sur des règles non établies et peu transparentes, favorise la fracture entre organisations de la société civile et fragilise donc le contrepouvoir, déjà bien faible, qu’elle est censée incarner.

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« L'analyse socio-culturo économique de la société civile yémenite »

https://www.youtube.com/watch?v=ARZEfAWCQI8

Par Elie HATEM, avocat et professeur à la Faculté Libre de Droit, d'Économie et de Gestion de Paris (FALCO)  :

La société yéménite est difficile à comprendre, loin des clichés simplistes, en raison de sa complexité culturelle et le poids des traditions incrustées en elle. Cela explique la difficulté de l'émergence d'une société civile telle que nous la concevons en Occident, voire dans les autres pays arabes.

Héritier de l'Arabie Heureuse, le Yémen a une position géopolitique importante qui a attiré les convoitises, depuis l'Antiquité. Pays de l'encens, de l'agriculture et des couleurs, il a permis la sédentarisation de populations sémites mais également d'origine indienne. Il a connu une prospérité économique et culturelle, notamment architecturale, dépassant celle du reste du monde. Ses immeubles (constructions en hauteur) sont inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Nous devons au Yémen l'émergence de la langue arabe, durant la période préislamique où les traditions se sont affirmées de plus en plus dans cette société de nature tribale, malgré les royaumes qui s'y sont constitués (royaume d'Awsaan, de Saba, de Katban, de Maïn, de Hadramout etc...). Des monarques juifs et chrétiens ont gouverné ce pays en s’entre-tuant, ce qui a permis aux Perses de le dominer durant presque un siècle, en l'effleurant par leur civilisation.

L'Islam est venu s'ajouter à cette mosaïque culturelle, sans néanmoins entacher les traditions tribales. La pratique de cette religion a composé avec ces facteurs. Les dissensions théologiques entre sunnites et chiites, voire au sein du chiisme entre duodécimains et ismaélites, ont permis au Zaïdisme de faire apparition : une école de pensée chiite proche des traditions sunnites. Les Zaïdites ont constitué le premier Etat yéménite contemporain (le Royaume mutawwakilite yéménite) qui, bien qu'appuyé par le royaume saoudien, a chuté en 1962 au cours d'un conflit nourri par les ingérences étrangères, durant la bipolarisation.

La division du Yémen entre « Nord » et « Sud » a renforcé la nature tribale de la société yéménite et mis en exergue la multiplication des traditions culturelles qui constituent un rempart à l'édification d'une communauté nationale, voire d'un Etat proprement dit et, par conséquent, à une société civile.

En réussissant la réunification du pays, en 1990, l'ancien Président Ali Abdallah El Saleh, était conscient du poids des traditions et du danger d'y toucher en vue de les modifier. L'Etat s'est donc superposé aux tribus et son autorité effective ne s'est imposée que sur la capitale, San'aa. Le succès de ce modèle étatique était dû au compromis entre l'Etat et les tribus qui ont maintenu, chacune, ses spécificités et son autorité : justice, traditions familiales, rapports sociaux, etc... D'origine préislamique, la polygamie et les mariages forcés n'ont pu être abolis ainsi que la consommation du Qat (une drogue), ce qui semble contradictoire avec les pratiques de l'Islam qui proscrit la prière en état d'altération des facultés mentales (les drogues sont formellement interdites dans l'Islam, sauf pour les usages médicaux).

Au poids des traditions s'ajoute un autre facteur rendant difficile l'émergence d'une société civile au Yémen : l'extrême pauvreté d'une grande partie de la population (même s'il existe une catégorie sociale aisée, concentrée surtout dans la capitale), en raison du conflit de 1962, mais aussi des conséquences du régime marxiste du « Yémen du Sud » dont la réunification a absorbé.

Ce n'est donc qu'à partir de 1990 que le Yémen a progressivement évolué, en retard par rapport aux autres pays arabes. Des ONG étrangères mais également des Etats, notamment l'Arabie saoudite, ont aidé une catégorie de la population. Mais ces aides sont animées par des intentions politiques. Parallèlement, quelques intellectuels et hommes d'affaires ont pris des initiatives qui caractérisent les sociétés civiles, à l'instar de Madame Khadija El Salmi qui s'est engagée dans un combat pour le droit de la femme et contre les mariages forcés. Des jeunes issus de familles aisées ou ayant effectué des études à l'étranger, notamment en Europe ou aux Etats-Unis, ont tenté, au cours des deux dernières décennies, de créer des associations, en particulier dans le domaine éducatif et médical, constituant l'ébauche d'une société civile dont l'instabilité et le clivage actuel vont certainement ralentir l'essor.

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Débat général

https://www.youtube.com/watch?v=_5D_NvSNg_Y

https://www.youtube.com/watch?v=Bj16Uz1DdJM

Conclusion par Alain CORVES, conseiller en stratégie internationale.

https://www.youtube.com/watch?v=vHTNI7wxfkI

La richesse et la variété des interventions sur le sujet essentiel proposé à notre réflexion par le Président de l’Académie de Géopolitique de Paris, M. Ali Rastbeen, rend la tâche difficile à celui qui doit conclure cette après-midi très dense, fertilisée par les débats avec le public présent, souvent très pertinents et parfois très vifs.

Je commencerai par donner quelques réflexions générales qui me sont venues en entendant les différents intervenants, concernant les origines, les structures et le rôle des sociétés civiles au Moyen-Orient, ainsi que la conception souvent erronée qui conduit les gouvernants occidentaux à promouvoir ce qui leur semble se rapprocher de leurs critères et à combattre ce qui s’en éloigne. Erreur fatale à la compréhension du monde multipolaire, engluée dans un narcissisme occidental qui prend la forme d’un impérialisme culturel avant de devenir économique, politique et militaire.

Le poète iranien Sépehri cité par le Professeur Mohammad Reza MAJIDI résume parfaitement cette notion :

« Il faut laver nos yeux. Il faut voir d’une autre manière. »

En effet quelle tragique erreur d’imaginer qu’une seule culture pourrait être supérieure aux autres et qu’elle devrait de ce fait s’imposer à la planète, alors que l’humanité doit s’enrichir de la variété de ses peuples, de leurs coutumes, de leurs civilisations, même si l’une de ces cultures, l’occidentale, a pu créer la société la plus opulente et la plus puissante du monde. Est-ce une richesse de l’esprit de nier l’intelligence, au sens étymologique du mot de connaissance, de compréhension, d’entendement, chez les peuples qui se sont interrogés par d’autres chemins que nous occidentaux sur les raisons de l’existence de l’homme, sa place et son rôle dans l’univers, ses rapports avec le cosmos, bâtissant des civilisations diverses appuyées sur des richesses spirituelles d’abord, les matérielles n’étant pas considérées comme une panacée mais comme une simple conséquence éventuelle des progrès du savoir ?

Rappelons-nous les Grecs, qui ont nourri notre pensée, cherchant d’abord le progrès de l’esprit avant l’aisance matérielle, dans des joutes verbales étonnantes d’agilité mais aussi de rigueur : « Nul n’entre ici s’il n’est géomètre » était écrit sur le fronton de l’Académie. Quelles énormes avancées de la pensée qui sont loin d’avoir toutes débouché sur des progrès matériels.

Les différents apports des orateurs de cet après-midi amènent à revoir nos conceptions de la démocratie, des droits de l’homme, de la femme et c’était aussi le sens du discours du Président Rouhani à l’ONU en septembre 2013 quand il a invité les nations à redéfinir les règles des relations internationales, précisant justement qu’aucune culture ne pouvait se prévaloir d’être supérieure aux autres et que les nations devaient se respecter dans leurs différences, proposant de remplacer le slogan : « L’option militaire est sur la table » par « La paix est toujours possible » et ajoutant déjà que le monde devait s’organiser pour lutter contre le terrorisme, initiant la formule : « Un monde contre la violence et le terrorisme » qui deviendra la résolution 68127 de l’ONU du 18 décembre 2013.

En février 2007 lors d’une conférence internationale de l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) à Munich, le Président Vladimir POUTINE a, lui aussi, prononcé un discours important sur le fonctionnement des relations internationales, rappelant à ceux qui l’avaient oublié que le monde n’était plus unipolaire et que les plus forts devaient respecter les justes aspirations des plus faibles. Il a rappelé que la démocratie n’était pas le droit pour une majorité d’imposer ses vues à des minorités mais, au contraire, de prendre en compte la multiplicité des opinions et des intérêts.

Dans son introduction, le Président de l’Académie de Géopolitique de Paris a montré que les sociétés civiles reposent sur une culture et sont issues de lois, écrites ou non, qui ont pour fondement la démocratie, les libertés publiques et la justice, s’attachant à préserver le patrimoine commun de l’humanité exprimé par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme : droit à la liberté sous toute ses formes, à la sécurité et à la résistance à l’oppression.

La société civile doit être indépendante du pouvoir, disposer de la liberté d’expression, prôner l’égalité des droits de l’homme et de la femme et la multiplicité des opinions et des partis.

Dans une analyse systémique, le Professeur Jean-Antoine DUPRAT a rappelé les fondements historiques et juridiques des sociétés civiles et l’apparition des ONG, Organisations Non Gouvernementales, indépendantes de l’état, le poids des églises et des syndicats professionnels en soulignant les différences entre la conception occidentale et occidentale. La généralisation de l’instruction est un facteur de renforcement des sociétés civiles qui jouent un rôle croissant dans la circulation de l’information. L’exigence de droits égaux pour l’homme et la femme est un pilier de ces revendications.

Le Professeur Mohammad Reza MAGIDI, a rappelé que l’Islam est central dans les sociétés moyen-orientales mais, n’étant pas homogène, il a entraîné de grandes variétés de modes de vie. Les sociétés civiles doivent exister en parallèle de l’état et non en opposition à lui. Il a distingué les différentes conceptions : traditionnelles, néo-traditionnelles, séculaires qui peuvent s’opposer aux sociétés civiles ou composer avec elles et rapprocher les sociétés civiles et religieuses. Le rationalisme laïque n’est pas obligatoirement opposé à la pensée religieuse. C’est lui qui a cité le poète iranien : « Il faut laver nos yeux. Il faut voir autrement » pour illustrer la nécessité d’ouvrir nos esprits à ce qui est différent.

Le Professeur Bruno DREWSKI a montré la différence importante entre les monarchies du Golfe aux histoires récentes issues des Ottomans et des colonisateurs occidentaux et les autres pays arabes. Chez les unes, absence de sociétés civiles car les populations ouvrières sont immigrées, souvent étrangères aux traditions islamiques, à l’exception d’OMAN, Bahreïn et Yémen, chez les autres traditions anciennes d’accueil car présence de sociétés civiles fortes, souvent issues de l’état, raisons de l’animosité des monarchies pour la Syrie, l’Irak, la Libye.

Les erreurs de l’Arabie Séoudite, en Syrie, au Yémen, ajoutées à ses ferments de discorde intérieure laissent penser que le royaume est au bord de l’implosion : son avenir décidera du sort futur de la péninsule.

Dans une étude fouillée sur la manipulation des sociétés civiles pour amener au renversement de pouvoirs jugés indésirables par l’Occident, le Directeur d’Afrique-Asie Majed NEHME a invité à se méfier de l’utilisation caricaturale des valeurs démocratiques face aux dictatures : les printemps arabes se sont transformés en hivers interminables.

La démocratie et les droits de l’homme ne sont pas la panacée car les ingérences extérieures utilisent ces principes vertueux pour fomenter des soulèvements, arrosant les médias et les sociétés civiles d’argent pour inciter à la révolte.

Revenant sur le narcissisme français et européen, sur le rôle des ONG dans les révolutions de couleur, Richard LABEVIERE a rappelé qu’en Palestine où existe une société civile, Israël a suscité l’islamisme pour diviser les Palestiniens, qu’en Irak les Etats-Unis ont détruit en 2003 la société civile issue du Baas de Saddam Hussein, créant ainsi le chaos dont le pays ne se relève pas. Il a insisté ensuite sur l’exacerbation par l’Arabie Séoudite de la « fitna » entre chiisme et sunnisme, qui est surtout entre le wahhabisme d’état et le chiisme, Arabie qui alimente la lutte armée contre l’état syrien, l’Iran se montrant plutôt modérateur.

Il a attiré l’attention sur le rôle que pourrait jouer l’Egypte comme pôle sunnite, non wahhabite et indiqué que l’accord du 14 juillet 2015 marquait le retour de l’Iran sur la scène internationale et avait donc des conséquences importantes pour le Moyen-Orient.

Dans son introduction à la deuxième Table Ronde, l’Ambassadeur Michel RAIMBAUD a rappelé l’importance des sociétés civiles, prédisant que les pays dépourvus disparaîtraient. Les sociétés civiles occidentales s’appuient sur le libéralisme, l’économie de marché et la démocratie parlementaire mais Il a insisté à son tour sur la nécessité de faire la différence entre l’Occident et le reste du monde, au moment où les rapports de force dans le monde étaient bouleversés. L’idéal onusien doit être reconsidéré.

Le Professeur Ahmed NAGHIBZADEH pense que la société civile est indissociable de l’état-nation.

Dans l’état absolu la société civile ne peut exister mais l’état démocratique n’est pas obligatoirement assorti d’une société civile : des degrés existent où l’on voit la société civile plus ou moins active dans les démocraties. En Iran, pays aux frontières réelles et anciennes, il voit l’état-nation naître avec la monarchie Safavi en 1501 puis s’effondrer au début du XVIIIème siècle, laissant un état non achevé mais avec deux piliers : le bazar avec sa force économique et le clergé religieux qui crée des écoles. Avec l’absolutisme des Pahlavi la société civile est empêchée de jouer son rôle. Aujourd’hui la démocratie s’est installée mais est encore incomplète. Face aux menaces sécuritaires les ONG inquiètent l’état : les pressions pour le changement et l’ouverture amènent le système politique à s’appuyer sur la force pour maintenir l’équilibre, mais tous les ingrédients sont présents pour qu’un état démocratique fort associé à une société civile forte également soient au service du peuple.

M. Philippe KALFAYAN voit la TURQUIE organiser la vie de ses associations à partir de 1850 sur la vie religieuse mais sans enregistrement administratif gérant les biens jusqu’à la fin de l’empire ottoman. De 2000 à 2013 sous la houlette du parti au pouvoir l’AKP, en même temps qu’elle se libéralise sur le plan économique, elle s’islamise fortement et nombre d’ONG sont d’inspiration religieuse. (En 2016 : 200.000 enregistrées pour 80.000 actives). La constitution est laïque mais la religion est contrôlée par l’état avec un ministère des affaires religieuses qui ne subventionne que les sunnites. Les alevis sont donc exclus des subsides. Ses relations avec l’UE ont toujours été ambiguës mais l’UE lui a donné 1,5 milliards d’euros pour prendre des mesures d’ouverture : 1350 ONG ont participé cette ouverture. Le pays pourrait être au bord du chaos.

Rappelant l’histoire très ancienne du Yémen, berceau de l’arabisme, là d’où la civilisation arabe est née et a essaimé avant l’époque islamique, Maître Elie HATEM a expliqué que la monarchie zaïdite de 1918 avait créé un compromis entre les différentes tribus et composantes de la population. Ce sont les influences extérieures qui ont cherché à détruire le pays, comme le fait actuellement l’Arabie Séoudite mais si l’Egypte de Nasser avait soutenu autrefois le pays, l’Egypte de Sissi qui fait seulement mine d’être l’alliée de l’Arabie pourrait changer un jour de position.

Pour conclure ce colloque très instructif je rappellerai ce que Malraux, qui était agnostique, affirmait que toutes les civilisations se sont appuyées sur une religion. Constatant que la civilisation occidentale, la plus puissante que l’homme ait créée, était matérialiste, il prédisait qu’elle devrait trouver sa métaphysique ou devrait disparaître.

« Jusqu’ici, il n’y a que les religions qui aient fondé l’absolu des civilisations. Il serait très certainement très imprudent de dire qu’une civilisation comme la nôtre ne pourra pas trouver son absolu, puisque ce serait de la pure prophétie et que personne n’en sait rien. Seulement, ce que nous pouvons dire d’une façon tout à fait sérieuse, c’est qu’il n’y a pas d’exemple d’autre chose avant nous. Ou peut-être quelques siècles romains – et vraiment « peut-être » car ce n’est pas sûr –quelques années grecques, et c’est tout. Le passé du monde, c’est le passé religieux. La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’grège autour d’une religion, et le phénomène que nous sentons très bien depuis que la machine est entrée en jeu (pas la science, la machine), c’est la fin de ce qu’on pourrait appeler la valeur suprême, avec en même temps quelque chose qui semble tout le temps la rechercher.

Quand vous prenez le mois de mai (68), que constatez-vous que font les étudiants ? Ils vont inscrire des phrases, des mots, des lettres sur les murs. Or, bien entendu, ce que faisaient les religions, ce n’était pas d’inscrire des lettres sur des murs, c’était d’inscrire des choses dans le cœur des hommes. Et vous sentez bien le décalage. Notre civilisation, dans la mesure où elle est la première qui soit, mettons, une civilisation agnostique, qui ne soit pas une civilisation religieuse, pose, d’une façon plus brutale que n’importe quelle autre, le problème de la religion. (Entretien du 5 mai 1969 avec Komnen Becirovic sur la radio-télévision yougoslave)

La civilisation occidentale, au lieu de rechercher le choc avec les autres, doit ouvrir ses yeux sur les richesses des autres cultures du monde et cesser de se croire la meilleure parce qu’elle est la plus forte matériellement et militairement. Comme l’a dit l’Ambassadeur Michel Raimbaud les rapports de force changent et l’on voit un grand chef d’état comme Vladimir Poutine reconstruire son pays ruiné par le chaos post-soviétique sur des fondements et des valeurs religieuses et morales que l’Europe veut non seulement oublier mais même éradiquer. Parce qu’il a le sens des réalités avec des visions lointaines, il peut amener les européens à enfin comprendre que leur avenir est vers l’est et non vers l’ouest. Les sociétés civiles européennes sont désormais de plus en plus conscientes de l’impuissance de l’UE à faire face à leurs vrais problèmes, car cette organisation lourde et exsangue bruxelloise ne leur semble plus à leur service mais au service de technocrates apatrides, ou de la finance mondiale dirigée en dehors de notre continent qui stagne de plus en plus. C’est elle qui pousse à la belligérance avec la Russie, au risque d’une guerre mondiale puisque l’OTAN renforce sans cesse son déploiement et son intégration.

On ne peut s’empêcher de penser aux impulsions que donnait périodiquement le général de Gaulle, préconisant les échanges culturels, le respect de l’autre, la coopération, et le droit des peuples à disposer souverainement de leur destin, sans se laisser imposer de sujétion quelle qu’elle soit.

 

COLLOQUIUM : Yemen in war 

مؤتمر دولي حول اليمن  في حرب

Actes du colloque   

      Conference proceedings

وقائع المؤتمر

La Sorbonne - Mercredi 17 Juin 2015

يوم الأربعاء 17 يونيو 2015،  بجامعه السربون-  باريس

Le Yémen subit une guerre effroyable qui ne dit pas son nom. La majeure partie de l’Armée et de la population yéménites subit actuellement les effets dévastateurs de bombardements de grande ampleur et de toutes les retombées d’un embargo économique et stratégique. Le rationnement en nourriture, médicaments et biens de première nécessité est une réalité quotidienne pour les civils des grandes villes et des villages du pays. Contre une espèce de censure autour de ces faits d’une extrême gravité ayant provoqué de très nombreuses victimes, l'AGP reste fidèle à sa vocation d’animer librement des débats aux thématiques actuelles inédites et originales. Les travaux des meilleurs spécialistes sur l’opération en cours de déstabilisation du Yémen dans le cadre d’une stratégie régionale de grande ampleur, ont été sollicités. De même, la question du statut et de la légitimité de l’intervention saoudienne et occidentale a pris toute sa place ainsi que les nombreuses analyses géopolitiques sur l’implication réelle de nombreux acteurs internationaux. Les caractéristiques particulières de cette agression, laquelle a vu se constituer une coalition des pétromonarchies, ont été soulignées tout comme l’aspect technique du recours manifeste à des armes de haute technologie particulièrement destructrices. Comme à son habitude, l'AGP a fait le choix d’une approche pluridisciplinaire et a bénéficié de l’expertise d’analystes en pointe sur ce dossier sensible. Il a été nécessaire de se pencher sur la déclinaison des forces en présence, Etats commanditaires, fondations de financement et groupes terroristes, tel qu’Al Qaïda, ce qu'ont couvert également les analyses pertinentes des nombreux spécialistes, universitaires, personnalités, militaires, diplomates, journalistes, etc. qui ont participé à ce colloque.

 

 The Yemen is undergoing an inglorious and frightful war. Most of the Yemeni army and population are at this very moment suffering the devastating effects of repeated large-scale bombings and of economic and strategic embargos. The rationing of food, medicine, first-aid products and services is currently a daily reality for the inhabitants of the country’s large cities and small villages alike. Acting now against the censorship surrounding occurrences of such extreme gravity, the PAG remains faithful to its vocation of freely animating debates on current unedited and original themes. The works of the best specialists, on this destabilizing of Yemen within the framework of regional strategies of far larger scope, have been solicited.

Likewise, the question of the status and of the legitimacy of the Saudi and Western intervention has assumed its full import, along with numerous geopolitical analyses on the complete implications of many international actors. 

The particular characteristics of this aggression, that saw the constitution of a coalition of petro-monarchies, has been underlined as has the technical aspect of manifest recourse to particularly destructive arms of high technology. True to its habit, the PAG has chosen a pluridisciplinary approach and has benefited from the expertise of top analysts informed on this sensitive dossier. It has been necessary to apply oneself on the decline of the indigenous forces, the conniving States, the financing of the terrorist groups such as Al-Qaida … all these have been covered by the pertinent analyses of numerous specialists, academicians, military personalities, diplomats, journalists, and so on, who participated in this symposium.

يعاني اليمن  من حرب رهيبة لا يجرؤ العالم التحدث باسمها. يواجه معظم الشعب اليمني وعناصر الجيش الآثار المدمرة للقصف على نطاق واسع ، وكذلك يواجه الآثار المترتبة على الحصار الاقتصادي والاستراتيجي. انعدام الغذاء والدواء والسلع الأساسية واقع يومي يواجهه المدنيين في المدن والقرى الرئيسية،

و ضد نوع من الرقابة حول هذه الحقائق التي تسبب خسائر فادحة في الأرواح  تبقى أكاديمية الجيوسياسة في باريس، مخلصة لمهنتها  في مناقشة حرة لموضوعات جديدة.  حيث تم استدعاء اعمال  أفضل المتخصصين في الأوضاع التي تتسبب الان في زعزعه الاستقرار في اليمن  في اطار استراتيجية محلية واسعة النطلق.

وبالمثل مشكلة وضع و شرعية التدخل السعودي والغربي  اخذت  كل معناها و كذا تم تسليط الضوءعلى العديد من التحليلات الجيوسياسية بشأن الإشراك حقيقي للعديد من الجهات الدولية الفاعلة. السمات الخاصة بهذا العدوان، الذي شهد وضع تحالفات الدول الملكيكة، مثل الجانب التقني من استخدام اضح من الأسلحة المتطورة المدمرة بشكل خاص. كالعادة، اختارت AGP نهج متعدد التخصصات واستفادت من خبرات محللين خبراء في هذه القضية الحساسة.

وكذلك تم النظر في تحالفات القوى المتواجدة، والدول الراعية والجماعات الممولة والمؤسسات الإرهابية، مثل تنظيم القاعدة و كلها نقاط غطتها التحليلات الواضحة والجليه من المتخصصين والأكاديميين ورجال جيش ودبلوماسيين وصحفيين الذين شاركو في هذا المؤتمر

***

Monsieur Ali RASTBEEN, président de l’Académie de Géopolitique de Paris (AGP), et afin d’introduction s’est adressé ainsi à la salle. 

قام  الدكتور علي راستبين رئيس أكاديمية الجيوسياسة في باريس بالتقديم للمؤتمر والترحيب بالحضور 

 

Depuis le mois de mars de cette année, le Yémen est transformé, en théâtre de combats sanglants qui ont déjà causé de nombreuses victimes. Une guerre destructrice illicite est menée par l'Arabie saoudite et ses alliés occidentaux et arabes contre son pays voisin, certes pauvre, mais important d’un point de vue géopolitique, ce qui justifie à leurs yeux de porter atteinte à son intégrité territoriale, d’y bafouer les principes élémentaires des droits de l’homme et de donner une occasion en or à la prolifération du terrorisme au sein de ce pays meurtri et même dans toute la région.

En fait parmi les pays de la Péninsule Arabique, le Yémen se distingue par plusieurs aspects importants. Tout d’abord il occupe une position géographique stratégique, au carrefour de trois continents : L’Asie, L’Afrique et L’Europe. Or les indicateurs de développement sont préoccupants et le Yémen serait parmi les pays les plus pauvres du monde tout en étant le deuxième pays arabe le plus peuplé de la péninsule.

Toutefois le Yémen maintient par son attitude politique, l’unique démocratie de la péninsule, permettant notamment aux femmes de voter depuis 1970, droit alors inexistant dans les pays du Golfe.

Hélas plus tard dans l’année 1990, le Yémen s’oppose à l’intervention militaire occidentale dans le Golfe, et soutient officiellement Saddam Hussain : les conséquences socio-économiques sont désastreuses pour ce petit pays déjà pauvre : quelques 900.000 Yéménites installés dans divers pays du Golfe sont refoulés sur leurs terres d’origine. L’équilibre politique fragile est maintenant brisé, facilement exploitable de l’extérieur. Il s’en suivit la guerre civile de 1994.

Avec Al-Qaïda installé fermement dès les années 2000 au Yémen en y faisant sa base arrière  centrale pour toute la péninsule, depuis l’année 2001 ce pays fait aussi l’objet d’une attention particulière de la part des Etats-Unis et de leurs alliés, notamment du fait des attentats du 11 septembre 2001.

Ces éléments confondus par les convoitises de l’Arabie Saoudite et de leurs alliés ont fourni les acteurs de la révolution yéménite de 2011. Dont les buts étaient :

-                     la chute du régime oligarchique oppressif d’une famille unique,

-                     la construction d’un état civil démocratique 

-                     adapter l’enseignement national aux besoins et aspirations du peuple

-                     une structure économique nationale n’écartant aucun citoyen

-                     une armée nationale moderne qui serve la nation

-                     et garantir l’indépendance et l’impartialité du pouvoir judiciaire.

L’attaque militaire récente par l’Arabie saoudite contre le Yémen suit celles  perpétrées en 2009 et 2010 et qui ont fait 1.600.000 victimes, et abouti au retrait des troupes saoudiennes..

Cette guerre est devenue un cas de figure à part, aucun principe ni valeur militaire international n’y trouve son compte. 

Si l'on examine la situation qui prévalait, au Yémen, entre janvier et mars 2015, on observe que le mandat du Président Mansour Hadi s'est achevé en février. Or, celui-ci démissionna de son poste en janvier, avant de se réfugier à l’extérieur du pays : ce serait alors un président contesté, démissionnaire et en exil qui aurait demandé une intervention militaire étrangère … non pas à l’Organisation des nations unies dont le Yémen est membre, mais à l’Arabie saoudite, pays répressif, en matière de droits de l’homme et qui  n’expose à ce jour aucun plan de paix clair pouvant prendre le relais d’une intervention militaire.

 De fait, beaucoup d'incohérences sont relevées, dans la manière de laquelle le cas du Yémen a été traité, singulièrement, par le Conseil de sécurité de l'ONU, qui semble donner quitus à ceux qui veulent remodeler [par la force] le Moyen-Orient.

Alors, avant d’analyser ce qui se cache vraiment derrière cette guerre illégale au Yémen, qui ne promet que d'autres bouleversements  pour le monde arabe, il paraît clair, que le dialogue inter-yéménite est le seul moyen de sortir de la crise et de rétablir la paix et la stabilité: la formation d'un gouvernement d'unité nationale est nécessaire pour représenter le Yémen par-devant les instances internationales et sans aucune ingérence étrangère.

Alors dans tout ce chaos, il convient de se demander où sont les instances international qui veillent à la justice,  à la liberté et  à la paix, éléments indispensable  à la dignité humaine, au sein de toutes les nations ?

 Mr. Ali Rastbeen, President of the Paris Academy of Geopolitics (PAG), by way of introduction, addressed the conference room.

Since the month of March this year, Yemen is transformed into a theatre of bloody combats that have already caused numerous victims. An illicit and destructive war is waged by Saudi Arabia and its Western and Arab allies against its neighbouring country, which is surely poor but important from an eventual geopolitical point of view, and this justifies to the warmongers attacking its territorial integrity, flouting there even the very elementary principles of human rights, and thereby providing the ideal opportunity for proliferation of terrorism and smuggling throughout this wounded land and even throughout the region.

In fact, amongst the Arabian Peninsula countries, the Yemen has been distinguished by several important aspects. First of all it occupies a strategic geographic position, at the crossroads of two continents: Asia and Africa, and with sea access. However, the development indicators are preoccupying: Yemen is apparently one of the world’s poorest countries, although it’s the second most populated Arab country of the peninsula.

However, Yemen maintains by its political attitude, the peninsula’s unique democracy, permitting the right for women to vote since 1970, this right being hitherto unknown in the Gulf countries.

Unfortunately, later in the 1990s, Yemen was against Western military intervention in the Gulf, and officially supported Saddam Hussain: just the socio-economic consequences were disastrous for this already impoverished country: some 900.000 Yemenis already settled throughout the Gulf countries, were forced to return to their own homeland, where the fragile political balance was shattered, became easily exploitable by any predating interest. The country mired into civil war in 1994.

With Al-Qaida firmly installed in Yemen since the year 2000, and maintaining there its central secondary base for the entire Peninsula, therefore as from year 2001 the United States and its allies were displaying a particular attention on the country, notably in the wake of the 11th September 2001 attacks. The country was further solicited by Saudi Arabia’s geostrategic interest, along with its allies, creating such anarchy that the country was forced into its 2011 Revolution, whose aims were:

         - the fall of the oppressive oligarchical one-family regime

         - the construction of a democratic civil State

         - the adaptation of national education, to the needs and aspirations of the indigenous population

         - a national economic structure incorporating every citizen

          - a modern national army that serves the nation

- to guarantee the independence and impartiality of the judiciary power

The recent military attack by Saudi Arabia against Yemen just follows on those perpetrated in 2009 and 2010 that caused 1.600.000 victims, and ended up with the withdrawal of the Saudis, troops and all. This recent war has become a distinct case study, since no modern international principle or military value is accounted for.

If one examines the prevailing situation in Yemen between January and March 2015, we note that President Mansour Hadi’s mandate ended in February, however the latter resigned in January, and took refuge outside the country. Therefore it was apparently a contested exiled ex-President that required foreign military intervention into his ex-country – not from the United Nations of which Yemen is member, but from Saudi Arabia, a repressive country with regards human rights and that to date has exposed no clear peace project to follow up its military intervention.

 

In point of fact, many incoherencies are noted in the way that Yemen has been treated, singularly, by the UN Security Council that is apparently giving its approval to any and all armies to maintain forced armed crisis throughout the Middle East.

 

Therefore, before analysing what is really masked by this illegal war in Yemen and that only promises further upheavals for the Arab world, it seems clear that inter-yemeni dialogue must be firmly established as a prerequisite for extinguishing the crisis and for favouring durable stable peace. Then, the formation of a government of national unity is necessary to represent Yemen before the international instances, without foreign interference.

 

However, in all the present chaos in Yemen, it is convenient to ask oneself where are the international instances who are supposedly watching over justice, liberty, peace … elements indispensable to human dignity at the heart of all nations. 

منذ شهر مارس من هذا العام،  تحولت اليمن إلى مسرح قتال دامي تسبب بالفعل العديد من الضحايا. هذه الحرب المدمرة غير قانونية تشنها المملكة العربية السعودية والدول الغربية وحلفاءها العرب ضد جارتها الفقيرة، ولكن المهمة من وجهة نظر جيوسياسية، وهو ما يبرر بالنسبة لهم تقويض سلامة أراضيه، و إنتهاك المبادئ الأساسية لحقوق الإنسان، واعطاء فرصة ذهبية لانتشار الإرهاب في هذا البلاد المنكوب وحتى في جميع أنحاء المنطقة.

وفي الواقع تتميز اليمن على بلدان شبه الجزيرة العربية بالعديد من الجوانب الهامة، أولاً تحتل موقع جغرافي استراتيجي على مفترق ثلاث قارات : آسيا وأفريقيا وأوروبا. لكن مؤشرات التنمية مثيرة للقلق واليمن من افقر دول العالم، وفي حين انها ثاني دولة عربية من حيث عدد السكان في شبه الجزيرة العربية. ومع ذلك تحافظ اليمن على مواقفها السياسية، الدولة الوحيدة الديمقراطية في المنطقة، بما في ذلك السماح للنساء بالتصويت منذ عام 1970، و هذا الحق غير موجود في دول الخليج.

وللأسف في وقت لاحق في عام 1990، اليمن يعارض التدخل العسكري الغربي في الخليج، وتدعم رسميا صدام حسين : نتج عنها عواقب وخيمة اجتماعية واقتصادية لهذا البلد الفقير : تم ترحيل اكثر من 900000 يمني مقيمين في دول الخليج إلى بلدهم الأصلي.  وهو ما كسر التوازن السياسي الهش، يستغل بسهولة من الخارج. وتلا ذلك الحرب الأهلية عام 1994.

منذ عام 2000 وجد تنظيم القاعدة بقوة في اليمن و جعلها قاعدة خلفية مركزيه لشبه الجزيرة بأكملها، منذ عام 2001، بقيت اليمن موضع اهتمام خاص من الولايات المتحدة و حلفائهم، وخاصة بسبب هجمات 11 سبتمبر 2001.

هذه العناصر مجتمعة بأطماع المملكة العربية السعودية وحلفائها الذين مولو أطراف الثورة اليمنية في 2011، للأهداف التالية:

-         سقوط نظام الأقلية الاستبدادي من عائلة واحدة

-         تكوين دولة مدنية ديمقراطيه

-         تكييف التعليم الوطني لاحتياجات وطموحات الشعب

-         هيكل اقتصادي وطني لا يقصي أي مواطن

-         جيش وطني حديث يخدم البلاد

-         وكذلك ضمان استقلال ونزاهة القضاء. 

الهجوم العسكري الأخير من قبل المملكة العربية السعودية ضد اليمن، بعد التي ارتكبت في عامي 2009 و 2010، التي خلفت 1.600.000 ضحية، وأدت إلى انسحاب القوات السعودية... أصبحت هذه الحرب سيناريو جزئيا، لا يوجد لها أي مبدأ ولا قيمه عسكريه دولية تستفيد منها.

وعند النظر إلى الوضع في اليمن بين يناير ومارس 2015، نلاحظ إن نهاية فتره حكم الرئيس عبدربه منصور هادي في فبراير، ولكنه استقال عن الحكم في يناير، قبل أن يلجأ إلى خارج البلاد : سيكون الرئيس متنازع عليه، مستقيل وفي المنفى الذي يطلب التدخل العسكري الأجنبي... واليمن لم يطلب التدحل من منظمة الأمم المتحدة بالرغم من انه عضواً فيها ، ولكن من السعودية دوله قمعية في مجال حقوق الإنسان، والتي لم تكشف إلى الآن أي خطة سلام واضحة، و يمكن أن تحل محل التدخل العسكري.

في الواقع هناك العديد من التناقضات في الطريقة التي كان يعامل بها اليمن وخاصة من قبل مجلس الأمن الدولي، الذي ويبدوا أنه يمنح التصرف لهؤلاء الذي يريدون إعادة تشكيل [بالقوة] الشرق الأوسط..

لذا وقبل تحليل ما هو حقاً وراء هذه الحرب غير المشروعة في اليمن، الذي هو واحد من الاضطرابات في العالم العربي. يبدو واضحا أن الحوار بين اليمنيين هو السبيل الوحيد للخروج من الأزمة واستعادة السلام والاستقرار: هناك حاجة لتشكيل حكومة وحدة وطنية لتمثيل اليمن في الهيئات الدولية الأمامية ودون أي تدخل خارجي. 

في كل هذه الفوضى، يحق لنا أن نتساءل أين هي الهيئات الدولية التي تكفل العدالة والحرية والسلام، والعناصر الأساسية لكرامة الإنسان، في جميع الدول؟

 

Premier Panel

Modérateur : Ali Rastbeen, président de l'AGP

First Panel

Moderator: Ali Rastbeen, president of the AGP

الجلسة الاولى

رئيس الجلسة : الدكتور علي راستبين رئيس أكاديمية الجيوسياسة في باريس

 

 

Monsieur le président de l’AGP a alors modéré la Première Table Ronde, le premier intervenant étant le Général Henri PARIS, président de Démocraties, qui a prononcé un discours sur DAESH, Yémen et Moyen-Orient 

Au début des années 2010, le monde arabe fut secoué par une série de troubles dont l’épicentre se situait en Tunisie. De proche en proche, l’agitation gagna tous les pays arabes.

L’agitation a gagné, entre autres, le Yémen où elle se doublait d’une guerre civile intertribale depuis une trentaine d’années. Et comme il se doit, à cette guerre civile se mêlait une intervention étrangère, tant des Américains que des Saoudiens prenant la tête du Conseil de Coopération du Golfe (CCG). Cette intervention armée revêtait l’aspect d’une première innovation car si les Saoudiens étaient déjà intervenus militairement, c’était bien la première fois, qu’entraînant le CCG en tant que tel, ils se lançaient dans une lutte armée massive, après leur intervention au Bahrein qui, de fait, n’était qu’une opération minime de maintien de l’ordre, un ordre troublé par une minorité chiite se drapant des couleurs de la démocratie.

Le Yémen unifié offre une surface sensiblement égale à celle de la France continentale. Il est peuplé de 26 millions d’habitants en 2012, égaux pour moitié entre sunnites chafistes et chiites zaydites. L’immense majorité du pays est désertique. Cependant, les ressources pétrolières sont prometteuses, découvertes datant des années 1980 et attirant bien des convoitises. L’instabilité politique et économique chronique du pays le conduit à être en guerre civile permanente. Aucune solution n’apparaît. Le président Al-Saleh, pourtant zaïdiste, est détrôné à son tour, au profit d’Al-Rabbo Mansour Hadi, zaïdiste lui aussi, au pouvoir donc en juin 2015, mais pour combien de temps ?

Les salafistes et les wahhabites sont venus ajouter à la confusion par leurs interventions armées. APQA est venu insérer une dose de confusion supplémentaire. Les houtis, du nom de leur premier dirigeant, s’appuient sur les tribus chiites du sud de l’Arabie saoudite et n’ont pas hésité à porter la guerre sur le territoire saoudien. De fait, le pays est le théâtre d’une guerre par procuration entre Saoudiens et Iraniens. Chacun des camps soutient matériellement les siens, notamment par des envois d’armement. Les Américains, en soutien des Saoudiens et en opposition aux Iraniens, ne sont pas en reste.

Cette région du globe offre essentiellement l’intérêt, par la base et le port d’Aden, de commander le détroit de Bab el Mandeb, avec Djibouti, c’est-à-dire les débouchés de la mer Rouge.

Le Conseil de coopération du Golfe (CCG) regroupe 6 pétromonarchies de la péninsule arabique : l’Arabie saoudite, Oman, le Koweït, les Emirats arabes unis (EAU) Barheïn et le Qatar. Cela représente 49 millions d’habitants en 2015, et beaucoup de pétrodollars.

Le Yémen, trop instable et imprévisible, demeure écarté du CCG qui très exactement cherche à promouvoir et contrôler la stabilité régionale. En revanche, une intervention militaire au Yémen entrait parfaitement dans le cadre politique du CCG. 

Le 2 juin 2015, la coalition des 22 Etats réunis contre Daech tient ses assises à Paris et met à nu les contradictions qui surgissent à la suite de la défaite irakienne à Ramadi. Les Américains sont les plus réticents, par ailleurs, en accord avec les Français et les autres membres de la coalition, ils se refusent à envoyer des troupes au sol. Ils se contentent de bombarder à outrance les positions de Daech. 

L’imbroglio provoqué par Daech n’est pas à la veille d’être levé, surtout au Yémen, si tout n’est pas fait pour sauver ce petit pays d’importance géopolitique mondiale reconnue.

 

 The moderator of the First Panel then left the floor to the first speaker, General Henri Paris, President of Démocraties magazine, who gave a speech on DAESH, Yemen and the Middle-East.

 

Early in 2010, the Arab world was shaken by a series of disturbances whose epicentre was in Tunisia. Progressively, agitation won over successive Arab countries, and eventually Yemen where there was already an intertribal civil war since 1980.

And as can be expected in contemporary times, the Yemeni civil war was troubled by foreign intervention, as much by the United States as by Saudi Arabia that was at the head of the Gulf Cooperation Council (GCC). These armed interventions were innovative, in that if the Saudis had already intervened militarily in Yemen, it was indeed the very first time that the GCC was dragged into the conflict and approved massive armed intervention just after having already intervened in Qatar where the question was a small one of law and order “disturbed by a Shiite minority draped in the colours of democracy”.

Unified Yemen has a surface area closely as large as continental France. It is populated by 26 million inhabitants in 2012, half are of the Sunni Chafi persuasion, and the other half are Shiite Zaydis. The immense majority of the country is desert, however petrol reserves are promising, discovered in the 80s and attracting all kinds of covetousness. The country’s chronic political and economic instability imposes permanent civil disturbances. There is no solution, even on the horizon. President Al-Saleh, a Zaydi, was ousted in favour of Al-Rabbo Mansour Hadi, also a Zaydi and back in power since this month, but for how long?

The Salaffis and Wahhabis have added their share of confusion, by episodic armed intervention. The Houtis (named after their first leader), depend on Shiite tribes from South Saudi Arabia who have not hesitated to spread the war into Saudi Arabia. As a result Yemen is the theatre of a war of mercenaries between Saudis and Iranians. Each side supports materially its own, including in weaponry. Americans, in support of Saudis against Iranians, are not outdone in these respects.

This region of the globe offers as of essential interest, the naval base and sea-port of Aden, command over the Bab-el-Mandeb Straits and Djibouti, all giving onto the Red Sea.

The Arabian Peninsula GCC has 6 petro-monarchy members: Saudi Arabia, Oman, Kuwait, United Arab Emirates, Bahrain and Qatar. This presents 49 million inhabitants in 2015, and a lot of petrodollars.

Yemen being too unstable and unpredictable is kept out of the GCC whose aim is very exactly to promote and control regional stability. On the other hand, military intervention into Yemen is perfectly in keeping with GCC political ambitions: Saudi Arabia has taken charge of this aspect, under the pretext that the Yemeni Houtis had attacked Saudi Arabia.

On 2nd June 2015, the coalition of 22 States united against Daesh held a meet at Paris and exposed the anxiety felt at Irak’s Ramadi defeat. The Americans are the most reticent, besides, in agreement with the French and other coalition members, they refuse to send in ground troops and content themselves with bombing excessively Daesh positions.

The embroglio launched by Daesh isn’t about to be lifted, especially in Yemen, if all is not done to save this small country of recognized global geopolitical. 

الدكتور و رئيس الاكاديمية ترأس الجلسه الاولي للمؤتمر، كان أول المتحدثين الجنرالهنري باريس رئيس النادي السياسي للديمقراطية، الذي ألقى مقالته حول داعش : اليمن والشرق الاوسط 

في بداية عام  2010، اهتز العالم العربي من خلال سلسله من الهيجان التي بدأت من مركز الزلزال تونس ثم ازدادت الاضطرابات تدريجياً في جميع الدول العربية.

وصلت هذه الاضطرابات ومن بين بلدان أخرى، الى اليمن اين كانت مصحوبة بحرب أهليه بين القبائل لمده ثلاثين عاماً. و كالعادة، صحبت هذه الحرب الأهلية بالتدخل الاجنبي من قبل امريكا و السعودية التي اخت رئاسة مجلس التعاون الخليجي. هذا التدخل العسكري كان الابتكار الاول، حيث بالرغم من ان السعوديين تدخلوا بالفعل عسكرياً، فهذه المرة الأولى التي يتدخل فيها مجلس التعاون الخليجي في صراع مسلح على نطاق واسع، بعد التدخل في البحرين، في الواقع لم يكن سوى عملية صغيره للحفاظ على النظام من اضطرابات اقليه شيعية  تتغطي بألوان الديمقراطيه.

إن مساحه اليمن الموحد متساوي إلى حدي كبير من فرنسا، وعدد سكانه 26 مليون ساكن في عام 2012، نصفهم من السنيين الشافعيين والنصف الاخر زيديين  شيعيين، الغالبية العظمى من البلاد هي صحراء. ومع ذلك، موارد النفط واعدة. الاكتشافات، التي تعود الى الثمانينيات من القرن الماضي والتي تجذب العديد من الاطماع. عدم الاستقرار السياسي والاقتصادي المزمن في البلاد يؤدي به إلى أن يكون في حرب أهلية دائمة. حتى الآن لا يلوح أي حل في الأفق. الرئيس علي صالح زيدي خلع هو بدوره لصالح عبد ربه منصور هادي هو ايضاً زيدي في السلطة حتى يونيو 2015، ولكن إلى متى؟ 

وقد جاء السلفين والوهابين بالمزيد من الارتباكات من خلال تدخلاتهم المسلحة. ويعتمد الحوثيين (باسم زعيمهم الأول)، على القبائل الشيعية من جنوب المملكة العربية السعودية، كما لم يترددو من شن الحرب على الأراضي السعودية. في الواقع، اليمن هي مسرح حرب بالوكالة بين السعوديين والإيرانيين. كل طرف يدعم مادياً الطرف الموالي له، بما في ذلك إرسال الأسلحة، الأمريكيون بدعمهم للسعوديين ومعارضتهم للإيرانيين،  لا يبتعدون عن ذلك.

هذه المنطقة من العالم تقدم فائدة أساسية من خلال قاعدة وميناء عدن، والسيطرة على مضيق باب المندب وجيبوتي، الذي يؤمن البحر الأحمر.

يضم مجلس التعاون الخليجي ست ممالك نفط في شبه الجزيرة العربية: المملكة العربية السعودية وسلطنة عمان والكويت والإمارات العربية المتحدة والبحرين وقطر وهذا يمثل 49 مليون شخص في عام 2015، والكثير من دولارات النفط.

لا يزال اليمن، كونه غير مستقر للغاية لا يمكن التنبؤ به،معزول عن دول مجلس التعاون الخليجي التي تهدف بجد إلى تعزيز الاستقرار والسيطرة على المنطقة. ومع ذلك، فإن التدخل العسكري في اليمن يتفق تماما مع الطموحات السياسية لدول مجلس التعاون الخليجي.

كاناجتماع التحالفالدولي لمكافحةداعشالمؤلف من 22 دولة + الأمم المتحدة والاتحاد الأوروبي الذي انعقد بباريس في 2 يونيو 2015، كشف التناقضات التي ظهرت نتيجة للهزيمة بالرمادي  في العراق. الأميركيون أكثر ترددا، من جهة أخرى بالاتفاق مع الفرنسيين وغيرهم من أعضاء التحالف، ، يرفضون إرسال قوات برية. وهم يكتفو بقصف مواقع داعش بشكل مبالغ.

ليست الفوضى الناجمة عن داعش على وشك ان تنتهي وخصوصاً في اليمن، إذا لم يتم القيام بكل شيء لإنقاذ هذا البلد الصغير ذات الأهمية الجيوسياسية المعترف بها عالمياً.  

***

Ensuite, monsieur Alain CORVEZ, conseiller en stratégie internationale, a présenté son étude sur Le Yémen. Erreur stratégique de l'Arabie saoudite et faute contre le berceau de l'arabisme

 

Le 26 mars dernier, en déclenchant des frappes aériennes meurtrières sur le Yémen, sans l’autorisation d’aucune organisation internationale et même, selon toute vraisemblance, sans en référer à son grand allié d’outre-atlantique, l’Arabie Saoudite a entamé une agression contre un pays membre de l’ONU qui n’a  déclenché aucune dénonciation du viol du droit international dans le camp atlantique, alors que la Russie et la Chine ont attiré l’attention du Secrétaire Général de l’ONU sur les dangers et les drames que ces frappes aériennes décidées unilatéralement  provoquaient.

Les Etats-Unis, mis devant le fait accompli, ont dû rapidement réagir en soutenant leur allié mais le général Lloyd Austin, chef du commandement central à Washington, reconnaissait fin mars qu’il ne connaissait pas les buts de guerre ni les cibles à atteindre. Depuis le soutien américain se limite à du renseignement, faisant contre mauvaise fortune, bon cœur, pour ne pas perdre la face. Il est clair qu’au moment où ils sont prêts de signer un accord avec l’Iran, ils veulent, là encore, assurer leurs alliés du Golfe, et sans doute aussi Israël, qu’ils ne les abandonnent pas.

Mais tous les experts stratégiques savent que ces frappes qui détruisent l’infrastructure d’un pays pauvre, tuant des civils innocents , privant les populations des moyens élémentaires de vivre, notamment de l’eau en détruisant des barrages, ne mèneront à rien et qu’elles ne font que faciliter la tâche d’Al Qaïda qui avait été chassé de nombreuses positions par les rebelles. La guerre que voudrait faire l’Arabie, avec le soutien de ses alliés du GCC, pour remettre au pouvoir son protégé qu’elle accueille chez elle, Abed Rabo mansour Hadi, ne peut être gagnée que sur terre, ce qu’elle est incapable de faire. D’autant plus que des révoltes à l’intérieur de ses frontières la menacent  désormais.

Les rebelles Houthis alliés de l’ancienne armée du Président Saleh, qui avait accepté de se retirer du pouvoir, dans la foulée des révoltes arabes initiées en 2011, avec  un compromis politique, ont montré qu’ils savaient faire la guerre et possédaient des chefs aux connaissances stratégiques sans commune mesure avec leurs opposants. Les bombardements des provinces frontalières au sud de l’Arabie, d’ailleurs historiquement contestées, qu’ils ont déclenchés en représailles aux frappes aériennes sont efficaces et les seules frappes aériennes n’en viendront pas à bout.

L’Arabie veut voir dans les Houthis des chiites d’Iran, ce qui est totalement faux, mais elle reprend ainsi le discours de Netanyahou à Washington, pour caricaturer son action comme une défense des sunnites de la péninsule contre les ambitions iraniennes, alors que ce conflit n’a rien à voir avec une rivalité religieuse.

 

Les négociations engagées à Genève ont peu de chances d’aboutir à un accord tant que l’Arabie restera sur sa position pourtant intenable longtemps, surtout si la situation sur le terrain se détériore et si les Etats-Unis devaient les ramener à la raison. Elle ne peut pas gagner cette guerre qui résulte des rivalités internes à la famille royale et ne s’en sortira qu’humiliée mais après avoir commis des crimes contre un pays qu’elle a agressé parce qu’elle se sent acculée du fait de la distance prise par son grand allié depuis 1945. A partir du 30 juin, si l’accord nucléaire avec l’Iran est signé, les forces en présence ne seront plus les mêmes au Moyen-Orient.

 

 Next, Mr. Alain Corvez, Adviser in international strategy, presented his study on the Yemen: Strategic error by Saudi Arabia and injury to the cradle of Arabism. 

Last 26th March, by unleashing murderous air-strikes on Yemen without the authorization of any global organization and even, according to reports, without even consulting its great far-Atlantic ally, Saudi Arabia initiated military strikes against a UN member-State that didn’t provoke any claim of violation of international law against the Atlantic camp, whereas Russia and China drew the attention of the UN General Secretary on the dangers and drama that these air-strikes, decided unilaterally, provoke.

The United States, put to responsibility, had to react rapidly by supporting their ally, however General Lloyd Austin, Chief of Central Command at Washington, recognized at the end of March that he had no idea of the goals of the war or of the intended targets. Since then, American cooperation limits itself to information, exposing charitable intentions in the face of bad luck, just not to lose face. It’s clear that at the moment they are ready to sign an agreement with Iran, they want, yet again, to assure their Gulf allies, and without doubt Israel also, that they are not abandoning anyone.

However, all the strategy experts know that these strikes that are destroying the infrastructure of an impoverished nation, murdering innocent civilians, depriving populations of basic life support, notably water by destroying dams, would lead nowhere good, indeed only facilitate proliferation of terrorism (especially Al-Qaida, in that region) and anarchy. The war that Saudi Arabia wants, with the support of its GCC cronies, aiming to keep in power its protégé Abed Rabo Mansour Hadi currently a refugee on its soil, can only be won on land, and it is incapable of that. All the more so that revolts in the interior threaten every land tactic.

The Houti “rebels” trying to survive in their own country are allied to the former army of President Saleh who had accepted to retire from power, in the stride of the Arab revolts initiated in 2011, with political compromise, and have shown that they know how to war and have strategy experts better aware than those of their opponents. The bombings of the frontier provinces in South Arabia, territory moreover historically contested by both sides, that they have unleashed in reprisal to air strikes are efficient, and further air strikes won’t put an end to that.

Arabia wants to see in the Houtis the trademark of Iran’s Shiites, that being entirely wrong, but it processes thus Netanyahou’s speech in Washington, to mock his action as a defence for the Peninsula’s Sunnis against Iranian ambitions, whereas the Yemen conflict is not based in religious rivalry.

Negotiations under way at Geneva have little chance of finalizing any agreement, so long as Arabia remains in its indefensible position, especially if the situation on the terrain deteriorates and if the United-States could bring them back to reason. It cannot win this war that results from the Royal Family’s internal rivalries, and can only find a humiliating way out and only after committing crimes against a country it has aggressed.

And bearing in mind that, as from 30th June 2015, if the nuclear agreement with Iran is signed, the main forces in the Middle-East shall no longer be the same.

ثم قدم آلان كروفز، مستشار في الاستراتيجيات الدوليةـ قدم دراسته حول اليمن خطأ استراتيجي من المملكة العربية السعودية وخطأ ضد مهد العروبة

في 26 مارس الفارط، من خلال إطلاق ضربات جوية قاتلة على اليمن دون الحصول على أي إذن من اي منظمة دولية، في جميع الاحتمالات، دون استشارة حليفه الكبير عبر المحيط الأطلسي، استأنفت المملكة العربية السعودية العدوان ضد بلد عضو في الأمم المتحدة و الذي لم يثير اي تنديد بانتهاك القانون الدولي في الجانب الأطلسي، في حين وجهت روسيا والصين انتباه الأمين العام للأمم المتحدة حول مخاطر وكوارث هذه الغارات الجوية، التي قررت من جانب واحد.

وضعت الولايات المتحدة في الأمر الواقع، فكان عليها التحرك بسرعة من خلال دعم حليفهم لكن الجنرال لويد أوستن، قائد القيادة المركزية في واشنطن، اعترف بأنه حتى نهاية مارس لم يعرف أهداف الحرب ولا الأهداف التي يراد تحقيقها. ومنذ  ذلك، يقتصر الدعم الأمريكي على الاستخبارات. فمن الواضح أنه عندما يكونون على استعداد لتوقيع اتفاقية مع إيران، مره أخرى يريدون أيضاً تامين حلفائهم في الخليج وربما أيضاً إسرائيل، بانهم لن يتخلو عنهم.

ولكن كل الخبراء الاستراتيجيين يعرفون أن هذه الضربات التي تدمر البنية التحتية لبلد فقير وتقتل المدنيين الأبرياء، وتحرم الناس من الوسائل الأساسية للمعيشة، بما في ذلك المياه وخصوصا بتدمير السدود، لن تحقق شيئا، وإنما مجرد تسهيل مهمة تنظيم القاعدة الذين طردوا من العديد من المواقع من قبل المتمردين. فالحرب التي تؤديها السعودية بدعم من حلفائها من دول مجلس التعاون الخليجي، من اجل استعادة السلطة لعبد ربه منصور هادي للذي تستقبله لديها و تحميه ، لا يمكن أن يفوزو بها إلا إذا كانت برية، وهي غير قادرة على ذلك. ولا سيما وان الثورات الداخلية في تهدد السعودية حالياً.

المتمردين الحوثيين الذين تحالفوا مع الجيش السابق للرئيس صالح، الذي وافق على التنحي من السلطة في وسط الثورات العربية التي بدأت في عام 2011، مع تسويه سياسيه، أظهروا أنهم يعرفون كيفية شن الحرب وفي صفوفهم قادة يعرفون الإستراتيجية احسن بكثير من خصومهم. حيث ان القصف الذي ادوه في المحافظات الحدودية في جنوب السعودية، و المتنازع عليه تاريخياً، ردا على الضربات الجوية  هي فعّالة، والضربات الجوية وحدها لا تكفي لافشالهم.

تريد السعودية أن ترى في الحوثيين شيعة إيران، وهذا خطأ تماما، ولكنها أخذت من خطاب نتنياهو في واشنطن للتعبير عن افعالها كدفاع على السنة في شبه الجزيرة العربية ضد الطموحات الإيرانية، في حين أن هذا الصراع ليس له أي علاقة بالتنافس الديني. 

إن فرصه الوصول إلى اتفاق في جنيف طفيفة وخاصة ما دامت السعودية ستظل على موقفها غير إنها لا يمكن أن تتحمله كثيراً، وخاصة إذا تدهور الوضع على الأرض و واذا كان على الولايات المتحدة إن تعيدهم الى صوابهم. ولا يمكنها أن تكسب هذه الحرب الناتجة عن التنافس داخل الأسرة الملكية و لن تخرج إلا ذليلة منها ولكن بعد أن ارتكبوا جرائم ضد دولة هاجمتها لأنها تشعر بأنها محاصره بسبب المسافة التي أخذتها حليفتها منذ عام 1945. واعتبارا من 30 يونيو، إذا تم التوقيع على الاتفاق النووي مع إيران، فان القوى لن تكون هي نفسها في الشرق الأوسط.

 

 ***

Monsieur Ugo FERACCI, Saint-Cyrien et spécialiste dans la Défense Nucléaire biologique et chimique au sein de l’Armée de Terre, a alors exposé son appréciation de La Guerre au Yémen, quelles en sont les véritables causes ?


Un grand nombre d’informations relayées par les médias sont depuis quelques mois disponibles sur le Yémen. Le Yémen, qui n’avait fait parler de lui qu’épisodiquement ces dernières années - souvent à l’évocation d’Oussama ben Laden - est plus que jamais en 2015 au centre des attentions. En effet, une guerre se déroule sur le sol Yéménite et ses implications sont pour le moins complexes et inquiétantes. Quelles sont les véritables causes de cette guerre ? C’est à cette question qu’il semble primordial de pouvoir répondre.

S’il s’avère possible de déterminer avec précision et subtilité les causes de ce conflit, alors, anticiper ses conséquences sur la région et sur les relations internationales sera peut-être un peu moins hasardeux.

L’objet de cet exposé est donc de tenter de réduire l’incertitude et le brouillard dérobant à nos yeux l’avenir à court et moyen terme du Yémen. Premièrement, une analyse de l’espace, tant physique que civilisationnel, sera l’occasion de présenter les disparités Nord/Sud du Yémen. Dans un deuxième temps, le chemin vers l’islamisation du Yémen qui n’interviendra qu’au IXème siècle, est un pan de l’histoire complexe et structurant qu’il s’agira d’aborder.

On découvrira alors les relations particulières entretenues avec la Perse, ou bien encore les turbulences économiques traversées par un pays riche. Le chiisme fait l’objet d’un troisième développement afin de couvrir la période allant de 897 à 1839. Durant cette partie, c’est l’évolution du Yémen chiite qui doit retenir l’attention : ses dynamiques et les obstacles à son expansion. Enfin, une partie dialectique opposant la théorie dichotomique –que celle-ci soit une partition Nord/Sud ou bien une partition Sunnisme/Chiisme – et la théorie tribale ou identitaire mettant en jeu plusieurs acteurs fait office de conclusion et ouvre un débat.

Il est alors bienvenu de tenter de répondre aux questions suivantes :

-          L’Iran est-il véritablement la clé du conflit ?

-          Quelle place pour l’Etat Islamique dans la guerre au Yémen ?

-          Quelle stratégie l’Arabie Saoudite devrait-elle adopter vis-à-vis du Yémen ?

-          Le pétrole joue-t-il un rôle important dans la crise au Yémen ?

-          Quelle attitude pourrait adopter la communauté internationale ?

-          Quelle attitude devrait-elle adopter ? 

-          Enfin, cette guerre est-elle au cœur de la problématique orientale du 21ème siècle ou bien n’est-elle qu’un de ses épiphénomènes, un de ses dommages collatéraux ?

 

 Mr. Ugo Feracci, Saint-Cyrian and Specialist in Biological and Chemical Nuclear Defence at the National Infantry Installations, thereupon exposed his report on The Yemen War: What are the true causes?

A large amount of information relayed by media has become available since some months. Yemen that had only attracted episodic attention these past years – often upon evoking Oussama Ben Laden – is more than ever before the centre of news in 2015. In effect, war unfurls on Yemeni soil, and its implications are for the least complex and worrisome. What are the true causes of this war? It’s this question that it seems primordial to answer.

If it’s proving possible to determine with precision and intricacy the causes of this conflict, then, to anticipate its consequences on the region and on international relations shall perhaps be less hazardous.

The object of this exposé shall therefore be to attempt to reduce the incertitude and the mist that steals from our sight Yemen’s short and long term future. First, an analysis of space, as much physical as civilizational, shall be the opportunity for presenting Yemen’s North-South contrasts. Second, the road to Islamization of Yemen that set out only in the IXth Century is one side of the complex and structuring history that it is question of reviewing.

One shall then discover particular relations entertained with Persia, or even the economic turbulence ruining an otherwise rich country. Shiism shall be the object of a third subject development in order to have covered the period going from year 897 to 1839: in this part it’s the evolution of Shiite Yemen that shall have to retain our attention: its dynamics and the obstacles to its expansion. Finally, a dialectic section opposing dichotomous theory – whether this be a North/South partition or a Sunni/Shiite partition – and tribal or identity theory implicating several actors shall officialise as conclusion and lead to debate. 

So it will be welcome to attempt to answer the following questions:

Is Iran really the key to the conflict?

What place for Islamic State in the Yemen war?

What strategy should Saudi Arabia adopt with regards Yemen?

Does petrol play an important role in the Yemen crisis?

What attitude could the international community adopt, and/or what attitude should it adopt?

Is this war at the heart of 21st Century Western problematics or is it but one of its epiphenomena, one of its collateral damages? 

السيد أوجو فيراتشي، متخرج من سان سير العسكرية ومتخصص في الدفاع النووي البيولوجي الكيميائي في القوات البرية الفرنسية، ساهم بمداخلة حول الحرب في اليمن، ما هي الأسباب الحقيقية؟

نقلت وسائل الاعلام الكثير من المعلومات خلال الأشهر الاخيره حول اليمن هذا البلد الذي لا نتحدث عنه الا عرضياً وبشكل متقطع في السنوات الاخيرة- في كثير من الاحيان عند ذكر أسامه بن لادن. ويعتبر اليمن عام 2015 مركز الانتباه أكثر من أي وقت مضى. والواقع ان هناك حرب تدور رحاها على التراب اليمنى وتورطاتها معقدة و مقلقة للغاية. فما هي الأسباب الحقيقية لهذه الحرب؟ هذا هو السؤال الذي يبدو ضروريا للرد عليه.

إذا ثبت أن من الممكن التحديد بدقه اسباب هذا الصراع، فان توقع تأثيره على المنطقة  و على العلاقات الدولية محفوف بالمخاطر.

والهدف من هذا العرض هو محاولة للحد من الغموض والضبابية على رأينا المستقبلي على المدى القصير والمتوسط في اليمن, أولاً تحليل الفضاء، سواء المادي والحضاري، مناسبة لتقديم الفوارق بين شمال وجنوب اليمن. ثانياً، إن الطريق نحو إضفاء الطابع الإسلامي على اليمن التي كانت في القرن التاسع هو جزء من التاريخ المعقد و الهيكل وهي امور تم التطرق اليها.

يعد ان اكتشفنا العلاقات المميزة مع بلاد فارس، أو حتى الاضطراب الاقتصادي التي تجتازها البلد الغني. تم التطرق الى التشيع في المرحلة الثالثة لتغطيه الفترة  897-1839. وخلال هذه الفترة كان التطور الشيعي في اليمن يحتاج إلى اهتمام :  ديناميكياتها والعوائق التي تحول دون التوسع. أخيراً،  جزء جدلي بين نظريه تقسيم ثنائي شمالي جنوبي أو تقسيم سني شيعي - و في الخلاصة نوقشت النظرية القبلية أو الهوية التي تنطوي على عدة جهات فاعلة

من المستحسن محاولة الإجابة على الأسئلة التالية:

-        هل إيران حقا المفتاح للصراع؟

-        ما هو وضع الدول الإسلامية في الحرب في اليمن؟

-        ما هي استراتيجيه المملكة العربية السعودية التي يجب أن تتحلى بها في وجه اليمن؟

-        هل البترول يلعب دوراً هاما في أزمة اليمن؟

-        ما هو الموقف الذي يمكن أن يتبناه المجتمع الدولي؟

-        ما هو الموقف الذي ينبغي اعتماده؟

وأخيراً، هل هذه الحرب هي قلب المشاكل في المشرق في القرن الواحد عشرين أو هي أحدى الظواهر و الأضرار الجانية؟

 

 ***

Le quatrième orateur, monsieur Youssef HINDI, écrivain politique, a alors voulu rapporter ses connaissances sur Le Yémen, théâtre d'opposition des puissances régionales

Comprendre la situation au Yémen et anticiper les conséquences de son évolution nécessite de faire un zoom arrière sur l’ensemble du Proche-Orient ; de la même façon, la confrontation des puissances régionales au Yémen, si l’on y est attentif, offre une clé de compréhension quant à l’avenir  de cette Région.

Sous un certain angle, le conflit en cours au Yémen nous en dit plus sur la situation géopolitique régionale que sur celle du Yémen même. La crise actuelle au Yémen étant la miniaturisation de l’échiquier géopolitique local impliquant d’un côté l’Arabie Saoudite – avec Israël et les États-Unis en arrière-plan – et de l’autre, l’Iran et ses alliés, ainsi que la Russie en arrière-plan.

La principale motivation de l’agression de la coalition “otanesque” arabe menée par l’Arabie Saoudite est la suivante : ramener le Yémen dans le giron atlantiste et sioniste, de la même manière que les saoudiens l’avaient fait – avec entre autres le Qatar – au Bahreïn, en écrasant la révolte de 2011 qui menaçait le régime, dont le renversement était vu d’un mauvais œil par les États-Unis qui possèdent une base militaire sur l’île.  

L’action de la coalition arabe est conforme aux intérêts géo-énergétiques américains dans la région. Par ailleurs, du point du vu saoudien, il est vital d’empêcher que la révolution yéménite n’aboutisse totalement. Ceci aurait un effet de contagion dans le royaume saoudite, qui menace déjà d’imploser, non seulement en raison des luttes de pouvoir au sein de la famille régnante, mais aussi par la nature profondément tribale de l’Arabie qui  menace de ressurgir.

La révolution yéménite représente un danger pour la famille des Saoud, qui redeviendrait ce qu’elle fut avant d’avoir conquis l’Arabie : une tribu parmi d’autres. Nous pouvons ainsi, d’ores et déjà, anticiper l’éclatement en sous-régions tribales de l’Arabie.

Les deux principales puissances qui s’affrontent au Yémen sont l’Arabie Saoudite et l’Iran qui soutiennent activement ansarullah. Leur confrontation au Yémen entre dans le cadre de l’échiquier moyen-oriental, en particulier en Syrie, où Assad, l’allié de l’Iran (et de la Russie), aidé par le Hezbollah, est au prise avec Daech, que l’Iran combat directement en Irak. Si l’Arabie Saoudite perd le contrôle de Daech, l’on ne doit pas cependant surestimer l’autonomie de cet état dit islamique que les États-Unis et le gouvernement de Maliki, Premier ministre irakien jusqu’en 2014, ont laissé se constituer par le retrait volontaire de l’armée irakienne. 

Les saoudiens ont certes avancé un pion au Yémen, mais en abaissant leur garde. Une occasion pour l’Iran qui, par le bras d’ansarullah, pourrait leur infliger un échec cuisant, qui redessinerait la carte de l’Arabie et par suite redéfinirait les rapports de forces dans tout le Proche-Orient.  

 

 The fourth speaker, Mr. Youssef Hindi, a political writer, has wished to provide his knowledge of The Yemen, Interaction Playground for Regional Powers.

To know the Yemen situation and to anticipate the consequences of its evolution necessitates a background close-up of the entire Near East; likewise, regional power confrontation in Yemen, if we examine closely, offers a key to understanding the future of this Region.

Seen from one angle, the conflict underway in Yemen informs us more about the regional geopolitics of the situation than about Yemen itself. The current crisis in Yemen being a miniaturization of the local geopolitical chessboard implicating on the one hand Saudi Arabia – with Israel and the United States in the background – and on the other Iran and its allies, with Russia in the background. The main motivation behind the “Nato-style” Arab coalition aggression led by Saudi Arabia is the following: to bring the Yemen back into the Atlantic and Zionist bosom, just as the Saudis had done to Qatar and also Bahrain where they crushed the anti-regime revolt in 2011 because the United States had been granted an army base on the island.

The Arab coalition action is conform to American geo-energetic interests in the region. Moreover, from the Saudi point of view, it’s vital to prevent the Yemeni revolution from succeeding totally, as it would have a contagious repercussion in the Saudi Kingdom that is already threatening to implode, not only because of power struggles within the reigning family, but also because of the profoundly tribal nature of Arabia that threatens to reappear.

The Yemen revolution represents a danger for the Saud Family, which would become again what it was before having conquered Arabia: just one tribe among so many others. We can therefore, as from now anticipate the bursting of Arabia into tribal sub-regions.

The two main powers confronting each other in Yemen are Saudi Arabia and Iran (the latter actively supporting the Ansarrulah revolutionaries in Yemen). This confrontation enters into the Middle-East chessboard framework, in particular in Syria where Assad, an ally of Iran and of Russia supported by the Hezbollah, combats Daech that Iran is fighting directly in Iraq. If Saudi Arabia loses control of Daech, one must nevertheless not overestimate the autonomy of this State qualified as Islamic that the United States and the government of Maliki (Iraqi Prime-Minister till 2014) have let come about by voluntarily retreat of the Iraqi national troops.

The Saudis have certainly advanced one of their pawns in Yemen, but have let their guard down. An opportunity for Iran, by Ansarullah’s arm, to inflict on them a resounding defeat that would redesign the map of Arabia’s and thereafter redefine the relationships between forces throughout the Middle East.

المتحدث الرابع: السيد يوسف هندي، كاتب سياسي أفادنا بمحاضره من خلال اليمن : مسرح القوى ألإقليمه المعارضة. 

فهم الوضع في اليمن وتوقع النتائج المترتبة على تطورها يتطلب النظر عن بعد علي جميع ما يحدث في منطقة الشرق الأوسط. 

و في نفس الوقت، ما يحدث من مواجهة القوى الإقليمية في اليمن، إذا أردنا ان نكون منصفين، لتقديم  مفاتيح لفهم أساسي حول مستقبل هذه المنطقة.

من زاوية أخري، الصراع الدائر في اليمن يظهر لنا  الوضع الجيوسياسي الإقليمي. فالأزمة الراهنة في اليمن هي تصغير للعبه الشطرنج الجيوسياسية المحلية اللاعب فيها المملكة العربية السعودية وحلفائها  - مع إسرائيل والولايات المتحدة من  وراء الكواليس - ضد الطرف الآخر، إيران وحلفائها مع روسيا من خلف الكواليس.

الدافع الرئيسي للعدوان التحالف العربي الاطلسي بقيادة المملكة العربية السعودية هو : وضع اليمن فيحجر الأطلسية والصهيونية، بنفس الطريقة التي قامت بها  السعودية  - مع غيرها  كقطر في جزيرة  مملكه البحرين، وذلك من خلال سحق انتفاضة 2011 التي هددت النظام و كانت أمريكا تنظر لهذا الانقلاب بعين الريبة والخوف بسبب وجود  قاعدة عسكرية لها في هذه الجزيرة.

ما يقوم به التحالف العربي يخدم ويحافظ علي المصالح الأمريكية الجغرافية في المنطقة. وعلاوة على ذلك، من وجهه نظر السعودية انه من المهم جدا منع نجاح الثورة اليمنية  تماما تخوفا من أثر العدوى في أراضيها، الأمر الذي يهدد بالفعل انهيارها، ليس فقط بسبب الصراع على السلطة داخل الأسرة الحاكمة، ولكن أيضا بسبب الطبيعة القبلية السعودية التي ممكن أن تطفو وتظهر كما هو حال الواقع في القبائل اليمنية .

الثورة اليمنية تشكل خطرا على أسره آل سعود، التي كان من الممكن أن ترجع  وتظهر  في السعودية بشكل سريع لولا  تدخلها و غزوها علي اليمن لان أي قبيلة تتبع القبائل الأخرى . يمكننا، بالفعل، توقع ظهور مرض عدوي الثورة داخل المناطق  القبلية السعودية.

القوتان الرئيسيتان المتوجهتان في اليمن هي المملكة العربية السعودية وإيران التي تدعم نشاط أنصار الله في اليمن. هذه المواجهة في اليمن هي جزء من رقعة ولعبه الشطرنج في الشرق الأوسط، وخاصة في سوريا، حيث حليف الأسد إيران  وروسيا  بمساعده حزب الله، تتصارع  مع الدواعش و  إيران تقاتل مباشرة في الأراضي العراقية. إذا كانت السعودية تفقد السيطرة على الدواعش، و جب علينا ألا نبالغ في تقدير الحكم الذاتي للدولة الإسلامية في العراق. فالولايات المتحدة وحكومة المالكي، رئيس الوزراء العراقي حتى عام 2014 سمحوا لتواجدهم و تكوينهم قبل الانسحاب الطوعي للجيش العراقي. 

السعودية تسرعت في رمي حجر الشطرنج  في اليمن ولكنها أخفقت. فرصة لإيران من خلال ذراعها أنصار الله أن تلحق هزيمة ساحقة بهم لإعادة رسم خريطة شبه الجزيرة العربية وبالتالي إعادة توازن القوى في جميع أنحاء الشرق الأوسط.

 

*** 

Le dernier conférencier de cette Première Table Ronde fut Jean Michel VERNOCHET, journaliste, écrivain et politologue de pointe, qui nous a enrichis de son appréciation particulière sur Le silence des occidentaux face aux hostilités de l'Arabie Saoudite et d'Al-Qaïda contre le Yémen


Comme le dit si bien le texte introductif de ce colloque « le Yémen subit une guerre effroyable qui ne dit pas son nom » ! Guerre d’autant plus effroyable ces événements sont l’objet dans la presse internationale, comme de la part des chancelleries occidentales, d’une « censure d’une extrême gravité ». En conséquence de quoi c’est toujours avec une sorte d’émerveillement que l’on relèvera - dans le contexte des guerres du Proche-Orient - les différences de traitement de l’information selon les cas.

Ainsi avons-nous été tous témoin de l’émoi qui s’est emparée des médias lorsque les troupes de Daech se sont approchées, puis emparées, des élégantes ruines de Palmyre. Ou lorsqu’il s’est agi d’Hatra, au sud de Mossoul, ou du monastère de Mar Benam à proximité de Karakosh au nord de Mossoul (Mar Benam contenait l’une des plus exceptionnelles bibliothèques syriaques), détruit à la mi-mars par l’État islamique [The Indépendant, 21mars15] … ou encore du sanctuaire arménien de Deir Ez-Zor dépositaire des archives de l’holocauste de 1915, mémorial annihilé un mois plus tard, en avril, dans l’indifférence la plus absolue.

Il faut d’ailleurs bien chercher sur Google pour trouver trace de ces exactions principalement révélées par le discret truchement des réseaux sociaux. Il est assuré que ces informations n’ont évidemment fait qu’effleurer les couches les plus superficielles et les plus averties de l’opinion. 

Or il en va de même au Yémen où les équipes occidentales de télévision ne se bousculent pas. Nous avons donc avec le conflit yéménite une sorte d’angle mort de la géopolitique, une zone d’ombre à peine perceptible en marge des péripéties affectant la Fédération mondiale de football… un point aveugle dont ni traitement, ni le volume ne peut à aucun moment se comparer à ceux consacrés aux naissances princières.
  Certes pour illustrer les énormes carences de l’information – défaillances la plupart du temps de toute évidence délibérées – nous avons commencé par prendre trois exemples dans les zones de conflit d’Irak et de Syrie, mais c’est parce que ces exemples sont a priori illustratifs d’une attitude générale qui ne peut totalement ignorer des faits criminels concernant  le domaine archéologique et  patrimonial mondial. De la même façon le Yémen - autrement oublié - est arrivé ces jours derniers très fugacement sur la scène médiatique en raison des bombes  que l’aviation de Riyad a larguées sur un quartier de Sanaa inscrit à l’inventaire de l’Unesco parmi les trésors architecturaux de l’humanité [nytimes.com/2015/06/13]. Un fait éminemment dommageable qui a traversé espace médiatique à l’instar d’un météore. Fait qui a fortiori n’a suscité aucune indignation intempestive chez ceux qui s’effrayaient hier encore de l’avancée de l’État islamique au milieu des champs de vieilles pierres. Il est vrai qu’un voile pudique – ignorant les morts et les dévastations - entoure les événements du Yémen depuis l’ouverture de ce nouveau front de guerre.

 

 The last speaker of this First Round Table was Jean Michel Vernochet, journalist, writer and recognized political scientist, who enriched us with his particular perspective on The Silence of the West in the face of Saudi Arabia and Al-Qaida hostilities against Yemen.

As is eminently exposed by the introduction to this symposium: “Yemen is undergoing an inglorious and frightful war!” A war all the more frightful that these events “of extreme gravity” are ceaselessly censured by Western Chancelleries in the international press. In consequence of which it’s always with some sort of wonder that one notes – in the context of wars in the Middle-East – the differences in information-processing from case to case.

Thus have we not all been witness to the anxiety and commotion that overwhelmed the media when Daech troops approached then seized the elegant Palmyra ruins. Or when, in the case of Hatra south of Mossoul or of the Mar Benam monastery (containing one of the most exceptional Syriac libraries) near Karakosh north of Mossoul, destroyed in mid-March by the Islamic State (The Independent, 21st March 2015) … or yet again of the Armenian sanctuary of Deir Ez-Zor (custodian of the Holocaust archives of 1915) that was annihilated a month later, in April, to the tune of the most absolute indifference.

One must, moreover, seek well on Google to locate any trace of these demands mostly revealed by discrete involvement of social networks. It is ensured that this information has evidently not done more than graze the more superficial and best-informed levels of opinion.

The same is true for Yemen, where Western television teams are not prevalent. So for the Yemen conflict we have a sort of geopolitical blind-eye, a shady area barely perceptible in the margin of misadventures affecting the World Football Federation … a blind-eye whose treatment and damage can at no moment compare to exposure consecrated to Royal births!

Certainly to illustrate the enormous information void – a lack that most of the time is evidently deliberate –we have begun by taking three examples primarily to illustrate a general attitude that cannot totally ignore criminal facts related to world archeology and heritage. Likewise the Yemen, otherwise forgotten, has in recent days been rather fleetingly propelled into media theatre because of bombs that apparently Riyad aviation dropped on a Sanaa neighbourhood registered on the Unesco inventory of humanity’s archeological treasures [nytimes.com/2015/06/13]. An eminently prejudicial fact that has crossed media space like a meteor. A fact that a fortiori hasn’t raised any inopportune indignation amongst those who just yesterday feared the Islamic State advancing through fields of old rocks. It’s true that a discreet veil – ignoring the dead and the devastation – surrounds Yemen events since the opening of this new war front.

وكان المتحدث الأخير في  الجلسة الأولى للمؤتمر جان ميشال فيرنوشي، صحافي وكاتب ومحلل سياسي، أفادنا و وأثرانا وتكلم عن  الصمت الغربي اتجاه العدوان السعودية وتنظيم القاعدة ضد اليمن.

كما جاء في مقدمه هذا المؤتمر "اليمن يعاني من الحرب الرهيبة البشعة التي لا نجرؤ على التحدث باسمها" !لا سيما أن الحرب فضيعه جدا، تركز الصحافة الدولية على هذه الأحداث وكذلك سفارات الحكومات الغربية، وهذه الأحداث »بالغه الخطورة «.والجدير بالذكر إن نتيجة ذلك هو دائما التعجب- في سياق الحروب في الشرق الأوسط – الاختلافات في معالجة المعلومات من حالة إلى أخرى.

لذلك شاهدنا جميعاً قلق واضطرابات وسائل الإعلام عندما اقتربت قوات داعش ثم استولوا على أطلال مملكة تدمر. أو عندما في الحضر في جنوب الموصل أو من ديرمار كوركيس الواقع شمال مدينةالموصل(واحدة من المكتبات السريانية الأكثر استثنائية) التي دمرتها الدولة الإسلامية (داعش)  ] الاندبندنت، 21 مارس 2015[، وتدمير كنيسة ارمينية في دير الزور تحتفظ بأرشيف محرقه 1915، وبعد شهر في ابريل تم تدمير النصب التذكاري للمحرقة ، واللامبالاة المطلقة.

علاوة على ذلك، يجب على المرء البحث في موقع جوجل لتحديد أي اثر لهذه المطالب وكشف معظمها عن طريق المشاركة المحدودة في الشبكات الاجتماعية، ومن المؤكد  أن هذه المعلومات، ولم تكن ترعي بطبيعة الحال إلا الطبقة السطحية والاطلاع على الرأي العام.

وينطبق الشيء نفسه على اليمن، حيث طواقم التلفزيون الغربي لا يتزاحمون، حتى بالنسبة للصراع اليمني لدينا نقطه عمياء في الجيوسياسية، وهي منطقة ظليلة بالكاد ملحوظة على هامش الأحداث التي تؤثر على الاتحاد الدولي لكرة القدم ... النقاط المغفلة التي لا علاج لها ولا حجم.

بالتأكيد لتوضيح الفراغ الهائل من المعلومات- نقص كبير معلومات في معظم الوقت- بدأنا بأخذ ثلاثة أمثلة في مناطق الصراع في العراق وسوريا، لتوضيح الموقف العام التي لا يمكن تجاهلها الحقائق الجنائية المتعلقة بالمجال الآثار والتراث العالمي. ومن ناحية أخرى أن اليمن منسية –  وفي الأيام الأخير نشهد ان الطيران السعودي اسقط قنايل على حي القاسمي بصنعاء القديمة  والمسجلة في قائمة التراث العالمي باليونسكو وهو من الكنوز الأثرية البشرية [nytimes.com/2015/06/13].

 

هناك حقيقة بارزة بان الإضرار التي عبرت نقلت عبر وسائل الإعلام مثل نيزك. ومن باب أولي لا تثير باب السخط المفاجئ بين اولئك الذين يخشون أمس عن التقدم المحرز للدولة الإسلامية في وسط الحقول الحجرية. وصحيح ان الستار غير ظاهر- تجاهل القتلى والدمار التي تحدث في اليمن منذ فتح جبهة الحرب الجديدة. 

 

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Monsieur le modérateur a alors annoncé un débat, qui fut vif et animé, et fort intéressant.

Mr. Moderator then announced a debate, that was lively, animated and very interesting. 

 

رئيس الجلسة فتح باب النقاش، التي كانت مشرقة وحيوية، ومثيرة للاهتمام

 

 

Deuxième panel

Modérateur : Christophe Reveillard, directeur de recherche au CNRS à la Sorbonne

Second panel

Moderator: Christophe Reveillard, research director at the Sorbonne's National Center for Scientific Research

رئيس الجلسة :كريستوف ريفيار، مدير البحوث في جامعة السوربون  بالمركز الوطني للبحوث العلمية

La Deuxième Table Ronde était modérée par Christophe REVEILLARD, responsable des recherches à la Sorbonne et au CNRS. Il a passé la parole à monsieur Elie HATEM, avocat et professeur à la Faculté Libre de Droit, d'Économie et de Gestion de Paris (FALCO), qui a présenté  Les aspects juridiques de l’intervention saoudienne au Yémen : illégalité de cette intervention.

The Second Panel was moderated by Christopher Reveillard. After a brief introduction, he handed over to Mr. Elie Hatem, LLB, Lawyer, Professor at the Free Faculty of Law, Economics and Management of Paris (FALCO), who presented The Juridical Aspects of Saudi Intervention in Yemen: the Illegality of this Intrusion.

وقد أدار المائدة المستديرة الثانية كريستوف ريفيار، مدير البحوث في جامعة السوربون  بالمركز الوطني للبحوث العلمية CNRS الذي اعطى الكلمة الى إيلي حاتم، وهو محام وأستاذ محاضر في الكلية الحرة للقانون والاقتصاد والإدارة باريس (FALCO)، الذي قدم الجوانب القانونية للتدخل السعودي في اليمن: عدم مشروعية هذا التدخل قانونياً

Depuis le 26 mars dernier, l'armée saoudienne s’entraîne dans un conflit militaire contre le Yémen, et dans le cadre d'une coalition militaire régionale, bombarde le territoire de son pays voisin, provoquant des dégâts matériels et humains.

Cette intervention militaire porte atteinte à deux principes de droit international public : celui de la non-ingérence et le non recours à la force dans les relations internationales.

L'article 2 paragraphe 7 de la Charte des Nations Unies dispose : « Aucune disposition de la présente Charte n'autorise les Nations Unies à intervenir dans des affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d'un État ni n'oblige les Membres à soumettre des affaires de ce genre à une procédure de règlement aux termes de la présente Charte; toutefois, ce principe ne porte en rien atteinte à l'application des mesures de coercition prévues au Chapitre VII ».

Cette disposition découle d'un principe jus cogens : une norme impérative qui s'impose à la communauté internationale dans son ensemble.

Toute intervention ou ingérence dans les affaires internes d'un autre Etat transgressent le jus cogens, y compris les interventions dites « humanitaires ». Ainsi, la théorie de l'ingérence humanitaire (ou d'humanitude) a vite été invalidée par la doctrine pour les raisons précitées. 

La pratique internationale a démontré que même la demande faite par des autorités internes à un autre Etat pour intervenir militairement sur leur territoire national est illégale si la légitimité de ces dernières est contestée (affaire de l'intervention militaire soviétique en Hongrie en 1956). Par conséquent, il n'est pas inintéressant d'examiner la légitimité du Président démissionnaire yéménite, Abd Rabo Mansour Hadi. Ce dernier, dont l'élection en 2012 dans un contexte de guerre civile est contestée, avait démissionné le 22 janvier 2015.

Par ailleurs, dans l'affaire chypriote de 1974, il a été considéré que l'intervention militaire de la Turquie était illégale. Pourtant, la Turquie s'était fondée sur les dispositions de l'article 4 du Traité de Garantie signé entre Chypre, la Grèce, la Grande Bretagne et la Turquie. Cet article permet à l'une des trois puissances dites « garantes » de Chypre (la Grèce, la Grande Bretagne et la Turquie) d'intervenir militairement quand le statu quo chypriote est mis en cause. Ce Traité a été invalidé en raison de cette disposition qui viole le jus cogens.

La Charte des Nations Unies a cadré les interventions dans les affaires internes des Etats. Le paragraphe 7 de l'article 2 précité renvoie à cet effet aux dispositions du Chapitre VII de la Charte qui délimite la procédure d'intervention en cas de « menace de la paix, de rupture de la paix et d'acte d'agression ». Seul le Conseil de Sécurité des Nations Unies est habilité à autoriser la prise de mesures coercitives pour faire cesser un acte manifestement illicite, menaçant la paix et la sécurité internationale.

Ces dispositions découlent d'un autre principe reconnu et édicté dans les dispositions du paragraphe 2 de l'article 2 de la Charte, s'agissant du principe du non recours à la force dans les relations internationales.

Ce paragraphe dispose : « Les Membres de l'Organisation s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force, soit contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies ».

Par conséquent, l'intervention de l'Arabie saoudite ainsi que la Coalition des pays participants à cette opération est en violation de ces deux principes.

Cette intervention dans les affaires internes du Yémen, caractérisée par l'usage de la force, excluant une autorisation préalable du Conseil de Sécurité tel que prévu dans les dispositions du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, en l'absence d'une attaque du territoire saoudien excluant donc l'argument de la légitime défense (auquel cas la riposte devant être proportionnelle à l'attaque et contrôlée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies) est considérée donc comme une agression au sens que le droit international public donne à ce type d'interventions (résolution 3314 (XXIX) de l'Assemblée générale des Nations Unies du 14 décembre 1974, article 5 du Statut de Rome de 1998 de la Cour pénale internationale : l'agression est qualifiée de « crime » par les dernières définitions).

 Since 26th March last, the Saudi Army has been bogging down in military confrontation against Yemen nationals, and within the framework of a regional military coalition has been bombarding this territory of a neighbouring country, provoking material and human destruction.

This military intervention offends two principles of public international law: that of non-interference, and that of no-force treatment of international relations.

Article 2 Paragraph 7 of the United Nations Charter expresses: “No disposition of the present Charter authorizes the United Nations to intervene in affairs that are essentially of a State’s national competence, nor obliges Member-States to submit this kind of matter to s settlement procedure in the terms of the present Charter; all the same, this principle bears no prejudice against applying coercion measures foreseen in Chapter VII.”

This disposition ensues from the jus cogens principle: an imperative standard that is imposed on the international community in its entirety.

Any intervention or intrusion in the internal affairs of another State transgresses the jus cogens principle; including intervention labelled as “humanitarian”. Thus, the theory of humanitarian interference (or “humanitude”) has been rapidly invalidated by the doctrine upon the cited grounds.

International practice has shown that even the application by another State’s authorities in order to intervene militarily on another’s national territory is illegal in cases of contested legitimacy (eg. Soviet military intervention in Hungary). In consequence there is no interest in examining the legitimacy of the resigned Yemeni president Abd Rabo Mansour Hadi. The latter, whose election in 2012 within a civil war context is contested, has effectively resigned on 22nd January 2015.

Moreover, in the Cypriot Affair of 1974, it has been established that military intervention by Turkey was illegal. However, Turkey had been motivated by the dispositions of Article 4 of the Guarantee Treaty signed by Cyprus, Greece, Great Britain and Turkey. This Article permits any of the three powers (Greece, Great Britain and Turkey) named as guarantors of Cyprus to intervene when the Cypriot status quo is in peril. Therefore this Treaty has been invalidated because of this principle that violates the jus cogens principle.

The United Nations Charter has treated intervention into a State’s internal affairs. Article 2 Paragraph 7 quoted above refers in this effect to the dispositions of the Charter’s Chapter VII which delimits the intervention procedure in case of “threat to peace, peace break-up and act of aggression”. Only the United Nations Security Council is entitled to authorize coercion measures to bring about the end of a manifestly illicit act that is threatening international security.

This stems from another recognized and decreed principle of the dispositions of the Charter’s Article 2 Paragraph 2, that of the principle of not using force in international relations. The paragraph stipulates: “The Organization’s Members abstain, in their international relations, from having recourse to threat or to the use of force, whether against the territorial integrity or the political independence of any State, or of any other matter incompatible with the goals of the United Nations.”

In consequence, the intervention by Saudi Arabia and the coalition of participating countries in the aggression violates these two principles.

This intervention into Yemen’s internal affairs, characterized by the use of force, excluding any prior authorization by the Security Council as foreseen in the dispositions of the United Nations Charter’s Chapter VII, in the absence of any attack against Saudi territory therefore excluding the self-defence argument (in which case the reprisal should be in proportion to the attack and controlled by the United Nations Security Council as foreseen in the Charter’s Chapter VII) is therefore considered as an aggression in the sense that public international law attributes to this type of intervention (Resolution 3314 (XXIX) of the United nations General Assembly of 14th December 1974, Article 5 of the 1998 Rome Statute by the International Penal Court: the aggression is qualified as “crime” in the light of the latter definitions). 

منذ 26 مارس الفارط، تورط الجيش السعودي في صراع عسكري ضد اليمن، وكجزء من تحالف عسكري إقليمي، يقصف أراضي جاره، مما تسبب في أضرار مادية وبشرية.

هذا التدخل العسكري ينتهك مبدأين من مبادئ القانون الدولي العام : مبدأ عدم التدخل وعدم استخدام القوة في العلاقات الدولية.

المادة 2، الفقرة 7 من ميثاق الأمم المتحدة تنص على: ليس في هذا الميثاق ما يسوغ ”للأمم المتحدة“ أن تتدخل في الشؤون التي تكون من صميم السلطان الداخلي ‏لدولة ما، وليس فيه ما يقتضي الأعضاء أن يعرضوا مثل هذه المسائل لأن تحل بحكم هذا الميثاق، على أن ‏هذا المبدأ لا يخلّ بتطبيق تدابير القمع الواردة في الفصل السابع

وينبع هذا الحكم من مبدأ القواعد الآمرة: قاعدة آمرة تفرض على المجتمع الدولي ككل.

أي تدخل في الشؤون الداخلية لدولة أخرى ينتهك القواعد الآمرة، بما في ذلك التدخلات المسماة "بالإنسانية". وهكذا ابطلت نظرية التدخل الإنساني بسرعة عن طريق هذه التعاليم وذلك للأسباب المذكورة أعلاه.

وقد أظهرت الممارسة الدولية أنه حتى الطلب الذي تتقدم به السلطات المحلية الى دولة أخرى لكي تتدخل عسكريا على ترابها الوطني غير قانوني إذا تم الطعن في شرعية هذة السلطات (حالة التدخل العسكري السوفيتي في المجر في عام 1956). وبالتالي، فإنه من المهم فحص شرعية الرئيس المستقيل اليمني ، عبد ربه منصور هادي. هذا الأخير، الذي شكك في انتخابه في عام 2012 في سياق الحرب الأهلية ، استقال في 22 يناير 2015.

وعلاوة على ذلك، في حالة قبرص في عام 1974، اعتبر أن التدخل العسكري التركي غير قانوني. بالرغم من ان تركيا إستندت على أحكام المادة 4 من معاهدة الضمان التي وقعتها قبرص واليونان وبريطانيا وتركيا. تسمح هذه المادة لواحدة من السلطات الثلاث المسماة ب "ضامنات" قبرص (اليونان وبريطانيا وتركيا) للتدخل عسكريا عندما يتم الطعن في الوضع الراهن القبرصي. تم إبطال هذه المعاهدة بسبب هذا الحكم المخالف للقواعد الآمرة.

وقد أطر ميثاق الأمم المتحدة التدخل في الشؤون الداخلية للدول. الفقرة 7 من المادة 2  المذكورة تشير في هذا الصدد إلى أحكام الفصل السابع من ميثاق الأمم المتحدة الذي يحدد إجراءات التدخل في حال وجود "تهديد السلم والإخلال به ووقوع العدوان" .

مجلس الأمن للأمم المتحدة هو الوحيد الذي بامكانه اتخاذ التدابير القسرية لوقف عمل غير قانوني واضح، مما يهدد السلم والأمن الدوليين.

تستمد هذه الاجراءات من مبدأ آخر معترف به و معمول به في أحكام الفقرة 4 من المادة 2 من ميثاق الأمم المتحدة، بشأن مبدأ عدم استخدام القوة في العلاقات الدولية.

تنص هذه الفقرة: " يمتنع أعضاء الهيئة جميعاً في علاقاتهم الدولية عن التهديد باستعمال القوة أو استخدامها ضد سلامة الأراضي أو الاستقلال السياسي لأية دولة أو على أي وجه آخر لا يتفق ومقاصد "الأمم المتحدة".

ولذلك، فإن تدخل المملكة العربية السعودية وكذلك تحالف الدول المشاركة في هذه العملية يشكل انتهاكا لهذين المبدأين.  

هذا التدخل في الشؤون الداخلية لليمن، والذي يتميز باستخدام القوة، دون إذن مسبق من مجلس الأمن على النحو المنصوص عليه في أحكام الفصل السابع من ميثاق الأمم المتحدة، في غياب هجوم الأراضي السعودية مما أدى إلى استبعاد حجة الدفاع عن النفس (في هذه الحالة الاستجابة لا بد ان تكون متناسبة مع الهجوم ومسيطرة عليها من قبل مجلس الأمن التابع للأمم المتحدة) يعتبر هجوما بموجب ما يعطيه القانون الدولي لمثل هذه التدخلات (القرار 3314 (التاسع والعشرين) للجمعية العامة للأمم المتحدة في 14 كانون الأول عام 1974، المادة 5 من نظام روما الأساسي لعام 1998 للمحكمة الجنائية الدولية: وصف الهجوم بأنه "جريمة" ب أحدث التعاريف).

 

 ***

L’intervenant suivant fut Pierre-Emmanuel DUPONT, directeur du département de droit international public et de règlement des différends au London Centre of International Law Practice (LCILP)  et chargé de cours à la FALCO, qui s’est prononcé sur L'intervention saoudienne au Yémen et le droit international

Si l’on cherche à se prononcer sur la légalité, au regard du droit international, de l’intervention militaire dirigée par l’Arabie Saoudite au Yémen, il importe avant tout de qualifier les faits, en examinant la nature du conflit et les forces en présence. Il importe également d’examiner la justification juridique invoquée par les Etats participant à cette intervention militaire.

Pour justifier d’un point de vue juridique l’intervention militaire au Yémen, le Conseil de Coopération du Golfe a invoqué plusieurs arguments. Ceux-ci sont reflétés dans une déclaration conjointe de l’Arabie Saoudite, des Emirats Arabes Unis, de Bahrain, du Qatar et du Koweit en date du 26 mars 2015.

À la lecture de ce document, il apparaît que la justification de l’intervention militaire repose sur deux arguments distincts :

1)   Il s’agirait pour la coalition arabe d’un cas de légitime défense (couvert par l’article 51 de la Charte des Nations Unies), mais plus précisément d’un cas particulier de légitime défense « collective » (une intervention « par invitation », ou intervention « sollicitée »), au profit du Yémen et de son gouvernement légitime, objet d’une « agression » et dont l’intégrité territoriale est menacée ; l’intervention serait ainsi justifiée en tant que réponse à la demande expresse formulée par le président Hadi le 24 mars 2015.

2)   Il s’agirait également, pour l’Arabie Saoudite en particulier, d’un cas de légitime défense préventive, celle-ci étant directement menacée par le déploiement des forces militaires des Houtis à proximité de ses frontières.

L’orateur s’est efforcé de déterminer la pertinence de chacune de ces deux assertions au regard des règles issues de la Charte des Nations Unies, à la lumière de la jurisprudence de la Cour internationale de justice et de la pratique étatique. 

The next speaker was Pierre-Emmanuel Dupont, Director of the Department of Public International Law and of Dispute Settlement at the London Centre of International Law Practice (LCILP) and Official Lecturer at the FALCO, who examined The Questions of International Law Raised by the Saudi Invasion of Yemen.

If, in respect to international law, one seeks to pronounce oneself on the legality of the military intervention directed by Saudi Arabia against Yemen, it is of primary importance to qualify the acts by examining the nature of the conflict and the forces involved. It is equally of import to examine the juridical justification invoked by the States participating in this military intervention.

The regional authority known as the Gulf Cooperation Council (GCC) approved that several member-States invade Yemen militarily, upon the basis of several arguments invoked in the Common Declaration by Saudi Arabia, the United Arab Emirates, Bahrain, Qatar and Kuwait, made on 26th March 2015. Two arguments specifically authorize the armed invasion:

1) the invading coalition invoked self-defence covered by Article 51 of the United Nations Charter, but more precisely a particular case of “collective” self-defence (intervention “upon invitation”, or “solicited” intervention) in favour of Yemen and of its legitimate government that had supposedly been “aggressed” and whose territorial integrity remained “threatened”; these arguments were justified by the aggressors, on the basis that on 24th March 2015 President Hadi had formally petitioned for the intervention.

2) there was also the element, invoked in particular by Saudi Arabia, of “preventive legitimate defence” because of direct threats by armed Houthi forces along Saudi frontiers.

I shall attempt to determine the pertinence of each of these two excuses, in the light of rules emanating from the United Nations Charter, from jurisprudence of the International Court of Justice.

وكان المتحدث التالي بيير إيمانويل دوبون، مدير إدارة القانون الدولي العام وتسوية المنازعات في مركز لندن لممارسة القانون  الدولي (LCILP) و محاضر في كلية  FALCO، قد تحدث 

عن التدخل السعودي في اليمن والقانون الدولي

إذا حاولنا ان نحزم بموجب القانون الدولي في شرعية التدخل العسكري بقيادة المملكة العربية السعودية في اليمن، الشيء الأكثر أهمية يتمثل في وصف الحقائق من خلال دراسة طبيعة الصراع والقوى الفاعلة فيه. ومن المهم أيضا فحص المبرر القانوني الذي تذرعت به الدول المشاركة في هذا التدخل العسكري.

لتبرير التدخل العسكري السعودي في اليمن من وجهة نظر قانونية استذكر مجلس التعاون الخليجي العديد من الحجج التي انعكست في بيان مشترك من المملكة العربية السعودية والإمارات العربية والبحرين وقطر والكويت في 26 مارس 2015.

عند قراءة هذه الوثيقة، يبدو أن تبرير التدخل العسكري بني على حجتين منفصلتين:

1-  يتعلق الامر بالنسية للتحالف العربي بحالة الدفاع عن النفس ( التي تغطيها المادة 51 من ميثاق الأمم المتحدة)، ولكن على نحو أدق بحالة خاصة للدفاع عن النفس "الجماعية" (التدخل عن طريق الدعوة، " أو تدخل " مطالب به ") لصالح اليمن وحكومته الشرعية، الذي خضع " لعدوان " يهدد سلامة أراضيه. كان التدخل اذن يبرر كرد على طلب صريح صاغه الرئيس هادي في يوم 24 مارس 2015.

2 - يتعلق الامر أيضا، بالنسبة للمملكة العربية السعودية على وجه الخصوص، بقضية الدفاع عن النفس الوقائي،  لان المملكة مهددة مباشرة من قبل نشر القوات العسكرية الحوثية بالقرب من حدودها.

حاول المتحدث تحديد أهمية كل من التصريحين التاليتين بموجب القواعد المستمدة من ميثاق الأمم المتحدة، في ضوء تشريع محكمة العدل الدولية والممارسات الدولية.

 

*** 

Ali AL-YAQOOBI, avocat, chercheur associé au Centre Michel de l'Hospital auprès l’Université d'Auvergne, qui a cru devoir poser la question : Y-a-t-il une base constitutionnelle ou légitime à la demande, faite par Hadi, d'intervention saoudienne au Yémen ?  

Au moment où il est devenu l’arène des luttes de concurrence pour l’influence internationale, demeure la question la plus importante : Y-a-t-il une base constitutionnelle ou légitime à la demande, faite par Hadi, argument sur lequel s'appuierait l'Arabie Saoudite pour justifier son intervention au Yémen?

Le Président de transition Hadi a été mis en place grâce à une décision prise par des pays étrangers au Yémen, « l'Initiative de Golfe ».

Il devait rester au pouvoir deux ans.

Sa demande d'intervention saoudienne a été faite trois ans après son arrivée au pouvoir, donc alors qu'il aurait dû l'avoir quitté.  Est-il légal de demander à une puissance étrangère d'intervenir sur le territoire national contre ses propres ressortissants?

À la lumière de ces trois données on peut répondre que la demande de Hadi pour une intervention saoudienne est illégitime et anticonstitutionnelle que ce soit au plan proprement yéménite, cœur de mon sujet, ou international. 

 Then Mr. Ali Al-Yaqoobi, Lawyer, Research Associate at Auvergne University’s Michel de l’Hospital Centre, felt he should ask the question: Is there any constitutional or other internal Yemeni basis for the petition made by Hadi for Saudi intervention into Yemen?

At the time it became a conflict arena competing for international influence, the most important question remains: Is there any constitutional or legitimate internal Yemeni basis for the petition made by Hadi and that became the argument upon which Saudi Arabia leaned in order to justify its intervention into Yemen?

Hadi was installed as Yemen’s Transition President, by decision of the “Gulf Initiative Council” composed of several countries though not Yemen democratically speaking. Hadi was at that time limited to a 2-year mandate.

However, his “petition for Saudi intervention” was made three years after the start of his 2-year non-extended mandate, indeed Hadi had already resigned and was hotly contested by the majority of the Yemeni populace.

So the question arises: can any citizen require armed foreign intervention into his/her country against the majority of his/her compatriots?

In the light of these three points alone, we can note unequivocally:

1)        Hadi’s petition for Saudi intervention was illegitimate

2)        Hadi’s petition for Saudi intervention was unconstitutional

3)        Hadi’s petition for Saudi intervention into Yemen was non-Yemeni

4)        Hadi’s petition for Saudi intervention was not in conformity with any international law

د. علي اليعقوبي، محامي و باحث في مركز ميشال اوسبيتال في جامعه اوفيرن الذي وجد انه من الاجدر دراسة

ما مدى الشرعية الدستورية او القانونية لطلب عبد ربه منصور هادي التدخل السعودي في اليمن ؟

"ثورة الشباب اليمني" لعام 2011 و ما تلاها من احداث متلاحقة، بما في ذلك هجوم التحالف السعودي، وضع اليمن في دائرة الاهتمام العالمي.

ففي الوقت الذي اصبح فيه اليمن ساحه للتنافس على النفوذ الدولي يبقى السؤال الاهم الذي تطرحه الاحداث الاخيرة : هل هناك شرعية دستورية او قانونية لطلب التدخل العسكري الذي تقدم به هادي؟ هذا الطلب الذي اتُخذ ذريعه للتبرير الهجوم السعودي على اليمن .

الرئيس الانتقالي عبد ربه منصور هادي وصل الى منصبه بموجب اتفاق سياسي رعته دولة اجنبية "المبادرة الخليجية" التي عطلت بنود الدستور اليمني لعام 1990، و كان ينبغي بموجب هذا الاتفاق ان يبقى الرئيس الانتقالي في منصبه لعامين فقط.

طلب الرئيس هادي من السعودية التدخل جاء بعد ثلاثة اعوام من وجوده في السلطه، و بعد استقالته ، و بهذا فان هذا الطلب جاء من رئيس مستقيل و خارج مدته القانونية.

من جانب اخر لا يوجد اي سند دستوري يبرر لرئيس دولة ان يطلب تدخل دوله اجنبية و على تراب دولته الوطني لحل مشكله داخليه.

بموجب هذه المعطيات و غيرها تطرح هذه المداخلة جوابا على هذا التساؤل : بأن التدخل السعودي في اليمن غير شرعي سواء على مستوى الدستور و القوانين اليمنية (محور المداخله) او على المستوى الدولي، ،و جاء من رئيس لاجئ مستقيل و خارج مدته القانونية.  

 

 

***

La parole est alors passée à Mohamed AL-SHAMI, journaliste yémenite et président de l'Alliance internationale pour la défense des droits et libertés. Il a contribué son savoir concernant : Les crimes de guerre et la situation humanitaire au Yémen 

The Moderator then requested that Mr. Mohamed Al-Shami, Yemeni journalist and President of the International Alliance for the Defence of Rights and Liberties, address the hall, which he did by contributing his awareness of War Crimes and the Humanitarian Situation in Yemen.

سلمت الكلمة بعدها لمحمد اسماعيل الشامي، صحفي يمني و رئيس التحالف الدولي للدفاع عن الحقوق والحريات. ساهم بعلمه في مناقشة موضوع جرائم الحرب والوضع الإنساني في اليمن

Bien que ces deux axes, à savoir les crimes de guerre et la situation humanitaire au Yémen, soient très importants, ils ne sont toutefois pas traités de manière suffisante

D’abord il faut décrire l'intervention militaire saoudienne au Yémen. Selon la caractérisation du droit international et d’après ce qui est stipulé dans le chapitre VII de la Charte des Nations Unies « toute intervention militaire doit passer par le Conseil de sécurité de l'ONU » condition qui n’a pas été respectée dans ce cas.

L’application des peines demeure l’un des problèmes les plus complexes en raison de nombreux facteurs parmi lesquels les positions politiques des grandes puissances, en particulier les États-Unis d’Amérique et l'impact de son hégémonie sur le Conseil de sécurité, ce qui rend le renvoi ou l’application de la peine pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité soumise à des considérations politiques plus que des considérations juridiques.

Le crime de guerre se compose de deux conditions :

1. Le fait d’être en guerre. Ce qui est le cas au Yémen.

2. Le fait de commettre l’un des actes proscrits par les lois et coutumes de la guerre.

Et de trois principaux éléments :

 A. L’élément matériel : parmi les actes matériels les plus importants qui constituent un crime de guerre:

- Les infractions graves aux Conventions de Genève

-  L'homicide intentionnel

-  Le fait de causer intentionnellement de grandes souffrances ou de porter gravement atteinte à l'intégrité physique ou à la santé;

- La destruction et l’appropriation des biens de l'ennemi.

B - L’élément moral : L’Appréciation du critère de l’intention générale suffit pour la commission du crime. L'intention générale peut être révélée par la connaissance et la volonté.

C - L’élément International : Un conflit armé entre deux ou plusieurs Etats menaçant la paix et la sécurité internationales.

Le Yémen a été bombardé à l’horizontal et à la verticale : 15 stations de transformation et de production d’électricité et de gaz de ville, des stations d'essence, des locomotives de transport de blé, de farine et de nourriture, des instituts, des facultés et des établissements d'enseignement dont certaines ont été bombardées alors que les étudiants étaient dedans, comme ce qui est arrivé à la Faculté de médecine de l'Université de Hodeidah. Les ports commerciaux vitaux, les aéroports civils, 10 avions civils, 32 installations et usines commerciales civiles, des réservoirs alimentaires, 92 marchés populaires, 11 établissements médiatiques, 55 ponts, des places publiques, des fermes des élevages de volailles, des tours et des centres de communication, des clubs sportifs et des installations de la jeunesse, des jardins et des parcs sont autant d’exemples sur les cibles bombardées par les saoudiens.

Selon le dernier rapport de l'UNICEF, on fait état de 2 288 personnes tuées, dont 279 enfants  et 9755 blessés dont 402 enfants.

Et de notre côté, à l'Alliance internationale pour la défense des droits et libertés, nous avons mis en garde contre la poursuite des bombardements des civils et avons exigé une enquête internationale urgente en considérant que les agissements de l’Arabie Saoudite constituent des violations graves des droits de l’Homme atteignant le stade des crimes de guerre et de génocide.

La liste des crimes de l'agression saoudienne est longue et multiple et nous allons publier bientôt, un rapport détaillé, car nous travaillons au sein de l'Alliance internationale pour la défense des droits et libertés sur la collecte et la documentation de ces crimes et la préparation d'un fichier intégré pour le présenter devant la cour pénale internationale pour demander d'enquêter et de poursuivre les auteurs de crimes.

Selon le rapport de l'UNICEF, plus de 80% de la population yéménite souffre à présent d'une grave pénurie de fournitures de médicaments, de nourriture, d'eau potable et d'énergie. Plus de deux millions et demi de personnes dont 15 000 enfants souffrent de malnutrition, et nous pensons que le nombre est beaucoup plus élevé que cela.

Il y a aussi un manque total d’opération chirurgicale en raison du manque d’outils et de médicaments qu’elles nécessitent. Aussi plus de 53 centres de dialyse fermés causant la mort de plusieurs personnes.

Les Nations Unies décrivent la situation au Yémen suite au blocus, de catastrophique. Diverses organisations internationales la qualifient de dangereuse et tragique il est donc urgent de nous mobiliser pour le retour à paix au Yémen.

 

Although these two axes – war crimes, and the humanitarian situation – in Yemen are very important, they have still not been treated sufficiently.

First of all, in what consists the “Saudi military intervention in Yemen”? Well, according to international law precepts, and following on the stipulations of Chapter VII of the United Nations Charter: “any and all military intervention must be previously approved by the United Nations Security Council”. This condition has not at all been respected in the case of Yemen.

Sentencing remains one of the most complex problems, because of numerous factors of which the different and differing political positions taken by the “Great Powers”, in particular the United States of America and its hegemonic impact on the Security Council: in fact, all processing of war crimes and crimes against humanity becomes more political than juridical.

In fact, war crimes are function of two facts: 

1° the fact of being at war – which is indeed the case in Yemen

2° the fact of committing any of the acts forbidden by modern laws and customs of war – this is very clearly the case in Yemen

and function of three main elements:

A-       The material element. Amongst the most important material acts constituting war crime are:

-            serious breaches of the Geneva Convention

-            intentional homicide

-            intentionally causing great suffering or seriously compromising physical integrity or health

-      the destruction and misappropriation of the “enemy’s” belongings

B-       The moral element:

-            The appreciation of the general intention criterion suffices for crime to exist: general intention is said to exist by knowledge, awareness and intention or will.

C-       The international element: for example an armed conflict between two or more States and threatening international peace and security. Yemen has been being bombarded horizontally and vertically: 15 city electricity and gas stations, various petrol stations and food-transporting locomotives, some Institutes, faculties and other teaching establishments – some of these targets were populated, for example the Hodeidah University Medical Faculty in which the bombing killed several dozen students and staff.

Also bombed: vital commercial ports and terminals, civilian airports (including 10 civilian aircraft), 32 civil commercial installations and factories, food reserves, 92 popular markets, 11 media establishments, 55 bridges, some public places, poultry-raising farms, communication towers and centres, sports clubs and youth installations, gardens and parks … all bombed by Saudi air and land craft.

In UNICEF’s last report, the casualty inventory showed 2 288 persons killed of which 279 children, and 9755 injured of which 402 children.

And on our side, at the International Alliance for the Defence of Rights and Liberties, we have warned against pursuit of civilian bomb targets and have demanded an urgent international inquiry considering that the acts perpetrated by Saudi Arabia constitute grave offences against Human Rights, this has reached the level of war crimes and even genocide.

The list of Saudi crimes and aggression is long and varied, and we shall soon manage to publish all of it in a detailed report, because we at the International Alliance are working on collecting traces and compiling files in preparation for the integral crime dossier to be presented before the International Penal Court with the petition to inquiry and pursue the criminals.

According to the UNICEF report

a)      over 80% of the Yemeni population are currently afflicted by great shortage of medicine, food, drinking-water and energy

b)      over two and a half million persons of which 15 000 children suffer from malnutrition

but we have reason to believe that the damage is far more than that.

There is also a dearth of medical surgery, because of lack of equipment and medicine. Also, 53 dialysis centres have closed down. Many deaths are thus caused. 

 The United Nations describes the situation in Yemen under embargo, as catastrophic. Various international organizations qualify it as dangerous and tragic, it is therefore urgent to mobilize for return of peace to Yemen.

سلمت الكلمة بعدها لمحمد اسماعيل الشامي، صحفي يمني و رئيس التحالف الدولي للدفاع عن الحقوق والحريات. ساهم بعلمه في مناقشة موضوع جرائم الحرب والوضع الإنساني في اليمن

على الرغم من أن هذين المحورين، اي جرائم الحرب والوضع الإنساني في اليمن، هامين يعتبران من اهم المحاور ، ولكن لم يتم التطرق لها بشكل كافي وهى "جرائم الحرب والوضع الإنساني في اليمن :

التدخل العسكري السعودي باليمن:

في البداية يجب ان نوصف التدخل العسكري السعودي باليمن فوفقا لتوصيف القانون الدولي وماينص عليه الفصل السابع من ميثاق الامم المتحدة والذي يبين بأن"أي تدخل عسكري يجب ان يمر عبر مجلس الامن الدولي "وهو مالم يتم وبالتالي فالتدخل العسكري السعودي باليمن يعد جريمة وعدوان سافر علي سيادة دولة وشعب .

جرائم الحرب المرتكبة من قبل العدوان السعودي باليمن :

تعريف: يعرف الجميع ماحدث أثنــاء الحــرب العالميــة الثانيــة مــن جــرائم مروعــة وخطيــرة والتي حــدثت بعدها وفي وقت لاحق محاكمــات عديــدة لمجرمــي الحــرب الا انها جوبهــت بــالكثير مــن الصــعوبات والمعوقات الامر الذى ادى لاستمر حصول الانتهاكات الخطيرة لحقوق الانسان خلال النزاعات الدولية والداخليـة ، ومنها التـي جـرت حتــى أواخـر القـرن الماضـي حيـث حصـلت جــرائم و أعمـال إبـادة جماعيـة جعلـت المجتمـع الـدولي يطالـب بمحاكمـة مرتكبيهـا حيث أنشاء لهذا الغرض محكمة متخصصه تسمى محـاكمة الجنائيــات الدوليــة في لاهاي، ورغــم وجــود المحــاكمة ولجــان التحقيــق لجنائيــة الدوليــة ولكــن موضــوع تنفيــذ العقــاب علــى مرتكبيهــا كــان و لا زال أحــد المشــاكل البالغــة التعقيــد نتيجــة العديد من العوامل أهمها المواقــف السياسية للدول الكبرى لاسيما الولايات المتحدة الامريكية وتأثير هيمنتها على مجلس الأمن ممـا جعــل أمــر إحالــة أو معاقبــة مرتكبــي جــرائم الحــرب والجــرائم ضــد الانســانية يخضــع للاعتبارات السياسية أكثر من خضوعه للاعتبارات القانونية.

جريمة الحرب في القانون الدولي الجنائي:

تعريف جريمة الحرب :هي كل فعل صادر عن أشخاص مدنية او عسكرية تنتمي لأحد أطراف النزاع (تقع في النزاعات ) ضد أشخاص أو ممتلكات افراد العدو العامة والخاصة إبان النزاع المسلح مع كون هذه الأفعال تشكل انتهاكا صريحا لقوانين وأعراف الحرب والمنصوص عليها بالمواثيق الدولية والتي وضعت قواعد الحرب ونذكر منها :

*إتفاقية باريس 1856

*إتفاقية جنيف 1864

*إتفاقيتي لاهاي 1899 و 1907

*إتفاقيات جنيف الأربعة 1949

*البروتوكولين الإضافيين لإتفاقية جنيف1977

ثانيا - أركان جريمة الحرب     

يتكون من عدة اركان وعنصرين وهما:1 :* توفر حالة الحرب .وهو ما يتوافر وتنطبق عليه الحالة باليمن.

*2 ارتكاب أحد الأفعال التي تمنعها قوانين الحرب وأعرافها. التي تم ذكرها والاشارة اليها سابقا".

أ- الركن المادي :ومن أهم الأفعال المادية التي تشكل جريمة حرب :

- الانتهاكات الجسيمة لاتفاقيات جنيف.

- القتل العمد .

- تعمد إحداث معاناة جسيمة أو إلحاق أذى خطير بالجسم أو الصحة

- - تدمير ممتلكات العدو  او الاستيلاء عليها

- بـ - الركن المعنوي :

توفر القصد الجنائي العام فقط يكفي لقيام الجريمة و يتمثل القصد العام في العلم والإرادة

جـ - الركن الدولي :

نزاع مسلح بين دولتين أو أكثر يهدد السلم و الأمن الدوليين .

اما فيما يخص نظام روما الاساسي ( النظام الاساسي للمحكمة الجنائية الدولية ) فقد نصت المادة 5 و 8  على جرائم الحرب و جاء في المادة 8 النص على الأفعال التي تشكل جريمة حرب و هي تخص الانتهاكات لكل من اتفاقيات جنيف الاربعة و البروتوكولين الاضافيين للاتفاقيات ذات الصلة .

جرائم الحرب والإبادة ضد الإنسانية التي ارتكبها العدوان السعودي باليمن:

ومن خلال ماتم ذكره وتفصيله وفقا"للقوانين والمواثيق الدولية واذا ماتم اسقطها على مايحدث باليمن فأننا نكون وبشكل واضح امام ارتكاب جرائم حرب واباده ضد الإنسانية قامت بها وارتكبتها السعودية باليمن توجب المحاكمة والملاحقة الدولية لمرتكبها.

فقد قامت المملكة العربية السعودية وبتاريخ 26-3-2015م بشن حرب مباشره علي الجمهورية اليمنية بشكل مباشر وذلك بشن غارت جويه يوميه مستمرة وفرض حصار كامل جوي وبحري على اليمن وتم قصف غالبيه المناطق المدنية المؤهلة بالسكان دون ادني مراعاه لذلك ,الامر الذي ارغم ملايين المدنيين من اليمنيين العيش تحت خطر الاستهداف بالقصف والذي حول جل مناطقهم بالخطرة , فقد تعرض 504 تجمعاً سكانياً للقصف و4898 منزلا منها 129 مسكنا تم تدميرها بشكل كامل على رؤؤس ساكنيها , تدمير 857 منشأة مدنية ومرفق خدمي ومؤسسة عامة , استهداف 51 مشفى ومرفق صحي و 23 مسجداً و 155 منشأة تعليمية منها ثلاث 3 مدارس تم قصفها بالكامل استهداف مخيمات اللاجئين ومخازن الأدوية والغذاء حتى الطرقات المناطق الأثرية المقابر ,حيث تم استهدف كل شيء بطول اليمن وعرضها .. قصف 15محطة تحويلية ومحطات توليد الكهرباء محطات تعبئة غاز منزلي محطات وقود قاطرات نقل قمح ودقيق وأغذية ,معاهد وكليات ومؤسسات تعليمية منها تم قصفها والطلاب يدرسون فيها كما حصل بكليه الطب بجامعه الحديدة ,قصف موانئ بحرية تجارية حيوية, قصف مطارات مدنية ,قصف32 مصنع ومنشات تجاريه مدنيه,قصف مخازن مواد غذائية , قصف 92أسواق شعبية ,قصف 11مؤسسات إعلامية وقنوات ,قصف55 جسور وساحات عامة  قصف 10طائرات مدنية ,مزارع دواجن ,محطات وأبراج ومراكز اتصالات ,أندية رياضية ومرافق شبابية  ,حدائق ومنتزهات .

ووفقا لآخر تقرير منظمة اليونسف التابعة للأمم المتحدة اشارت لسقوط 2,288شخص قتلو منهم 279 طفل ..وجرح 9,755 منهم 402 طفل ..ومن جانبنا في منظمه التحالف الدولي للدفاع عن الحقوق والحريات حذرنا من استمرار استهداف المدنيين وطالبنا بتحقيق دولي عاجل في ذلك باعتبار ماتقوم به السعودية انتهاكات جسيمه لحقوق الانسان تراقي لجرائم حرب واباده ضد الإنسانية ,كما اصدرت منظمه العفو الدولية عدد من التقرير اشارت ايضا للانتهاكات والجرائم التي ارتكبها الطيران السعودي وذلك بقصف مخيم اللاجئين التابع للأمم المتحدة بمنطقه المزرق بمحافظه حجه خلف قاربه اربعين قتيل ,وقالت منظمة العفو الدولية في خلاصه تقريرها بانه ينبغي التحقيق في الضربات الجوية الوحشية على اليمن والتي خلَّفت مئات القتلى من المدنيين ,كما ذكرت منظمة "أوكسفام" العاملة في مجال الإغاثة الدولية أن إحدى الضربات الجوية أصابت مخزناً للإمدادات الإنسانية التابع لها دون ان يكون هناك أهداف عسكرية واضحة في المنطقة المجاورة للمخزن ,كما ادانت مؤخرا منظمه اليونسكو التابعة للأمم المتحدة قصف الطيران السعوي لمدينه صنعاء القديمة وهي منطقه مدنيه ومدرجه ضمن التراث العالمي عمرها2500عام وسبقها استهدف خمس مواقع اثرها وتدميرها.

قائمه جرائم العدوان السعودي طويله ومتعددة ولايتسع المجال لسردها حيث لم تقف عند الحد الذى ذكرنه ,ولكننا سنقوم بأصدر تقرير منفصل في وقت لاحق حيث نعمل في منظمه التحالف الدولي للدفاع عن الحقوق والحريات بجمع وتوثيق تلك الجرائم واعداد ملف متكامل لتقديمه للمحكمة الدولية لطلب التحقيق وملاحقه مرتكبي الجرائم ونامل من جميع القانونيين والناشطين مساندتنا لتحقيق العدالة.

الوضع  الانساني في اليمن :

خلف العدوان السعودي ومن خلال الحصار الجوي والبحري الخانق الذى فرضته على اليمن منذ بداية العدوان وضع كارثي وخطير للغاية وفي تدهور مستمر حتى اللحظة, خلف اكثر من ثلاثة مليون نازح,وحسب تقرير منظمة اليونسيف فان اكثر من 80بالمائه من السكان يعانون من نقص حاد في امدادات الدواء والغذاء ومياه الشرب والطاقة, كما يعاني اكثر من اثنين مليون ونصف منهم15,000طفل من سوء تغذيه ونعتقد بان العدد يفوق ذلك بكثير..

 

كما هناك انعدام تام لأجراء العمليات الجراحية نظرا لنقص مستلزماته والأدوية كما ان اكثر 53 اقفل بسبب ذلك ,كم اقفلت مراكز الغسيل الكلوي وتعرض المرضي للموت جراء ذلك.وقد وصفت الامم المتحدة الوضع باليمن جراء الحصار بالكارثي كما وصفته مختلف المنظمات الدولية بالخطير والمأساوي المتدهور ..كما خلف الحصار 10.000عالق بمطارات العالم يرغب بالعودة لليمن وتقطعت به السبل .

*** 

Monsieur le modérateur a ensuite donné la parole à Latéfa BOUTAHAR, chercheure associée à l’AGP, qui a retenu toute l’attention sur son exposé du zaydisme : Mouvement théologique et politique

Mr. Moderator then invited Latéfa Boutahar, Associate Researcher at the PAG, who retained all our attention on her exposé of Zaidism: Theological and Political Movement.

ثم القى السيد رئيس الجلسة الكلمة للطبفة بوطهارباحثة في الاكاديمية  AGP، التي جذبت كل الاهتمام بعرضها حول الزيدية: حركة دينية و سياسية

 

Baptisée « tempête de fermeté », la guerre menée par la coalition arabe pilotée par le royaume saoudien contre le Yémen et décidée de concert avec les Etats-unis, est soumise - comme tous les conflits de cette région du monde -  à une grille de lecture et d’analyse confessionnelles. En effet, le  Yémen est divisé entre un nord chiite d’obédience zaydite et un sud sunnite chaféite ; le régime de l’ancien président Abdallah Saleh a mené de 2004 à 2010 six guerres contre les Houthis accusés de vouloir rétablir l’imamat zaydite et de servir de pion permettant aux iraniens d’agir par procuration.

La propagande médiatique  pro-guerre dénonce la montée en puissance d’un Iran safavide aux ambitions hégémoniques et dont le commandant des gardiens de la révolution, Mohamed Ali  Jafar  claironne  que « Téhéran contrôlait quatre capitales arabes (Beyrouth, Damas, Baghdâd et  Sana’a) et conclut  « La question de qui doit diriger la communauté musulmane (oumma) ne se pose plus ! ». Désormais, le zaydisme est part d’un conflit qui aggrave le clivage voire la fracture entre sunnisme et chiisme, et relègue au dernier rang les analyses politiques et géopolitiques qui en découlent.

Une question : Qu’est-ce que le Zaydisme ?

Ramification du chiisme, le Zaydisme est un courant de pensées dont les disciples suivent et voient en Zayd ben Ali as-Sajjad petit-fils d'al-Hussein et demi-frère de Mohamed al Bâqir, le Véritable Cinquième Imam "celui qui a fendu le noyau de la connaissance", empreinte son chemin et travail à asseoir les bases de ce qui deviendra l'imamisme, le courant, orthodoxe et majoritaire du chiisme".

Vénéré par les chiites pour son érudition et sa grande piété, les sunnites reconnaissent en lui le grand maître d’Abou Hanifa, le fondateur du rite sunnite du même nom. Or se détournant à son tour de toute activité  politique, il aurait déconseillé à son frère Zayd de se rendre à Kufa pour mener la révolte contre le calife omeyyade hicham ibn AbdelMalek. Zayd est alors est confronté à un double défi :

-les pressions incessantes des partisans Alides pour la révolte contre une dynastie usurpatrice  et tyrannique ;

- un frère qui a renoncé à toute implication dans l’action politique, est plongé dans la théorisation  de l’imamisme et est déjà reconnu imam (guide au sens spirituel), empêchant ainsi toute autre prétention.

Pendant que Mohamed Al Baqir désigné Imam abandonne toute activité politique, se consacre totalement à la théorisation du culte du secret du message prophétique, Zayd verse dans le Mu’utazilisme auquel il va emprunter les méthodes d’argumentations rationnelles. Défenseurs de la transcendance divine que rien ne peut altérer, rejetant tout panthéisme consistant à identifier Dieu à ses émanations, les mu’utazilistes ont aussi adopté la théorie des cinq principes : l’unicité de Dieu, la justice divine, la menace et la promesse divine, la situation intermédiaire et le commandement du bien.

Zayd sera séduit par ces thèses et appellera le droit à la révolte armée comme condition pour la revendication de l’imamat. Toutefois ayant atteint une maîtrise avérée des sciences religieuses, on peut déjà prétendre à l’imamat. Le candidat doit se déclarer auprès des croyants en lançant un appel (da’wa) au jihad contre l’injustice. 

La théologie politique du Zaydisme se présente comme une théologie du pouvoir qui opère une incursion rationnelle dans le chiisme. Sa conception de l’imam savant/ guerrier déconstruit  l’imamisme, s’impose comme une critique rationnelle. Il parait comme le premier schisme dans le chiisme ouvrant la voie à une réconciliation avec le sunnisme.

Ne faut-il voir dans la révolte houthie une tentative de réhabiliter l’esprit Zaydite ? N’est-t-il pas une arme théologique contre le wahhabisme ? Voilà un problème de fond qui persiste au Yémen depuis des siècles.

 

Baptized “Tempest of Firmness”, the war led by the Arab coalition and piloted by the Saudi Kingdom against Yemen, all decided in concert with the United States, is submitted – as all conflicts in this part of the world – to a confessional reading grid and analysis. In effect, Yemen is divided into a Shiite North of Zaidi obedience, and a Sunni South of Chafeite obedience. Between years 2004 and 2010, the regime of former President Abdallah Saleh led 6 wars against the Houthis accused of trying to establish a Zaidi Imamate and of playing pawn for the Iranians to progress in the country.

Pro-war media propaganda denounces the rise in power and influence of a Safavid Iran with hegemonic ambitions and about whom Mohamad Ali Jafa, Commander of the Guardians of the Revolution, bellows that “Tehran controls 4 Arab capitals: Beirut, Damas, Bagdad et Sanaa!” and concludes: “The question as to who should lead the Moslem community (oumma) need no longer be asked!” Henceforth, Zaidism is part of a conflict that aggravates the split between Sunnis and Shiites, and relegates to the back row all political and geopolitical analyses that issue therefrom.

One question: What is Zaidism?

A ramification of Shiism, Zaidism is a current of thought whose disciples believe they are following Zayd, the True 5th Imam in line from the Prophet Mohamad himself, and the man who has “split the atom of knowledge”, leaving his mark and his way as the bases of what becomes “imamism”, Shiism’s orthodox majority tendency.

Venerated by Shiites for his erudition and great pity, the Sunnis call on him as the Great Master of their Abou Hanifa, founder of the Sunni rites of his own name. And upon ceasing he too all political activity, he advised his brother Zayd not to revolt against the Umayad Caliph Hicham. At that juncture, Zayd had to decide between two challenges:

- unceasing pressure from Ali’s partisans to revolt against a tyrannical dynasty

an elder brother – Mohamad Al Baqir who had already abandoned politics, shrouded himself in imamism theory, was already recognized as an Imam (spiritual guide) and could no longer assume any other activity

Whilst Mohamad Al Baqir as recognized Imam devotes himself to theorization of the cult of secrecy in the Koranic message, Zayd moves into Mutazilism from which he borrows rational methods of argumentation. Defenders of the divine transcendental that nothing can alter, rejecting all pantheism consisting in identifying God to his emanations, the Mutazili also adopted the Theory of the Five Principles: Unicity of God, Divine Justice, Threat and Divine Promise, the Intermediary situation and the order to do well.

Zayd is quite seduced by these theses, and calls upon the right to armed revolt as condition to lay any claim to imamship. Nevertheless, having reached a recognized mastery in religious science, one can already claim imamship. The candidate must declare himself before some believers by launching the da’wa (sacred call) to jihad (holy war) against injustice.

The political theology of Zaidism presents itself as a theology of power that operates a rational incursion into Shiism. Its conception of the wise-warrior Imam decomposes Imamism, imposes itself as rational criticism. It appears as the first schism in Shiism opening the way to reconciliation with Sunnism.

So is one not to see in the Houthi revolt an attempt to rehabilitate the Zaidi spirit? Is it not a theological weapon against Wahhabism? There is the base problem that has been persisting for centuries in Yemen.

الزيدية:حركة دينية وسياسية

سوق الاعلام المؤيد لعا صفة الحزم ,الحرب على اليمن با نها حرب من أجل اعادة الشرعية  للبلد.

شرعية انتهكها الحوثيون الزيديون الساعون لا عادة الامامة الزيدة و العاملون بالوكالة على ايران الصفوية التي تطمح لبسط سيطرة كاملة على المنطقة.

أقحم اليمن في تأجيج صراع طائفي ظل تاريخيا في منآى عنه.أخذت الحرب بذلك بعدا مهمشا  للقراءة والتحليل الجيو سياسي.                                                                          

وصلت الزيدية  شمال اليمن هاربة من القمع العباسي سنة 897 ، على يد الإمام يحي بن الحسين الراسي الذي لقب " بالهادي إلى الحق" وقام بصياغية "المذهب الهداوي" أعطى بذلك خلفية مذهبية لإطارسياسي أصبح من حينها يعرف با لإمامة الزيدية التي ا ستمرت إلى أن أسقطتها ثورة 1962.

وقد قامت في بدايتها كحركة تمرد ضد  الأمويين أيام هشام بن عبد الملك،ونادت  بالجهاد للإطاحة بحكم ظالم و سالب لحقوق أهل البيت في خلافة المسلمين.

فالزيدية حركة شيعية تنسب لزيد بن علي زين العابدين بن الحسين بن علي،ويعتقد أتباعه أنه خامس وآخر الأئمة  الشيعة.ظهر زيد في مرحلة دقيقة من تاريخ يرزخ تحت و طأة مأساة كرباء التي شهدت استشهاد الحسين بن علي، وما تلاها من هول في نفو س المسلمين  المنقسمين ا   مذهبيا منذ  وفاة الرسول الأكرم.

تميزت المرحلة أيضا ببزوغ تيارين فكريين على جانب كبير من  العمق و التعقيد.

-التنظير للأ مامية على يد محمد الباقر بن علي،

-الدعوة  المعتزلية الى اعتماد العقل و المنطق في التعامل مع الاسلام ومعتقداته وأحكامه شرحا و تفسيرا.

تأثر زيد بأفكار هذه المدرسة وقد كان تلميذا لواصل بن عطا مؤسسها.

قادته  الفكرة حول تفويض الانسان في جميع  أفعاله بصورة مطلقة، و كذا الأمر بالمعروف و النهي على المنكر  الى  اعلان الثورة -الخروج- على هشام بن عبد الماك لظلمه .

و أسسس بذلك لفهوم ا مامة تشكل نقيضا لما بدأ أخوه الباقر ينظر له ليأخذ صيغة كاملة مع جعفر الصادق.

 على غرار كل الشيعة اسماعليين و جعفريين،قال زيد أن عليا بن أبي طالب كان أحق  من يخلف الرسول، وأن أهل بيته  هم من تجب فيهم الامامة، ولكن خا لفهم في و جوب حصرها في نسل الامام الحسين و أدخل مايعرف ب"شرط البطنين".

أجازت الزيدية  اعتمادا  على  ذلك لإمامة في كل أولاد فاطمة، سواء  من نسل  الحسن  والحسين شرط أن يكون أهلا لها بالعلم، الاجتهاد و الشجاعة لا علان الجهاد.

والإمامة  ليست بالوصية  التي  ينص  فيها الإمام السابق على الإمام اللاحق، بمعنى أنها ليست وراثية بل تقوم على البيعة  التي تشرع الجهاد.

أدخلت الزيدية مفهوما قارب بينها وأهل السنة وهو ا جازة الامام المفضول مع وجود الافضل.يمكن للأمة ان أرادت أن تبايع اماما  فاضلا مع وجود أفضل منه.حدث الأمر عندما بايعت أبا بكر و عمر و عثمان رغم وجود علي,

تجيز أيضا وجودإمامين  في وقت واحد في قطرين مختلفين  وتوجب الطاعة لهما

لا يقولون بعصمة الأئمة من الخطأ، كما لا يغالون في رفع أئمتهم على غرار ما تفعله معظم فرق الشيعة الأخرى.

للزيدة خلفية عقلانية تؤهلها للتفاعل مع  تيارات فكرية متنوعة خضعة لقراءة نقدية استطاعت ان تشكل تيارا دينيا متنورا يعا كس التيارات المتطرفة والظلامية الجاثمة على  المنطقة

 

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Est alors intervenu monsieur Faiçal JALLOUL, journaliste libanais, qui a enrichi les interventions avec son rapport détaillé sur LemouvementAnsarAllah  « ElHouthiste »  quelprojet  politiquepourleYémen? 

 

ثم تدخل السيد فيصل جلول ، صحفي لبناني الذي أثرى التدخلات بورقته المفصلة حول الحركة الحوثية لانصار الله : برنامجهم السياسي لليمن

Contrairement aux attentes, le programme Houthi pour l'Etat et la société au Yémen ne comporte ni d'objectif monarchique, ni d’hégémonie iranienne rappelant le système zaïdite. Les Houthis veulent leur propre identité locale, nationale, régionale et internationale, et se distinguent en ce sens sur tous les plans.

Par exemple, sur le plan social ils ont remplacé le samedi comme jour de repos, par le jeudi, tout en conservant vendredi un jour férié. Ils ont exigé de réduire les voix des chansons et des mariages en public et ont exigé  le respect de « la tenue légitime » dans certains endroits surtout à Sanaa et dans les régions du nord Zaidi. Ils n'ont pas réussi à imposer la prière, par une « police religieuse ».

Il est peu probable que ces distinctions houthies dérangent l’Arabie saoudite ou les zones sunnites dans le sud ou même dans les régions nordistes du pays. Mais leur projet pour l'État implique l’adhésion massive aux différentes institutions et l'engagement directe dans l’exercice du pouvoir régional – ça, les Saudis refusent sec.

Il est clair que les Ansarallahis aspirent à récupérer l'influence d'al-Zaidi au Yémen après avoir été menacés et marginalisés à leurs yeux au cours de l'ère républicaine - il en subsiste la preuve que le wahhabisme a été planté de force dans leur fief de Saada, ce qui a poussé de nombreuses tribus de passer de la communauté Zaidi aux wahabisme grâce à l'aide saoudienne et le soutien de l'ancien régime yéménite.

Le plus important dans leur plan de développement économique et leurs aspirations a des mesures de nature revendicative et loin d’être révolutionnaires, se situe en général dans le domaine des services et des infrastructures -là aussi ils sont loin du projet de l'économie islamique comme le suggèrent leurs détracteurs. Tout ce qu'ils veulent est l'intégration de l’économie du  marché avec une réforme de tendance de  près du socialisme.

Les houthistes insistent sur la reconstruction de l'infrastructure de leur bastion à Saada, après de longues années d’isolement et de privations qui ressemblent aujourd’hui à la punition….

 d’autre part ils comptent tolérer dans leur bastion frontalière les réseaux de contrebande avec l’Arabie Saoudite.

Les Houthistes rejetent le projet des provinces au Yémen, ils ont peur d’être isolés et la crainte dans un territoire chiite montagnard sans accès à la mer.

Les AnsarAllahis ont choisi le système démocratique pour remplacer le régime actuel faisant appel. On peut trouver toutes ces revendications dans l’accord de paix et de partenariat qu’ils ont signé avec le président Hadi et les partis du Yémen peu après  leur contrôle de Sanaa en septembre 2014.

Dans le domaine de la politique étrangère, les Houthis sont proches de l'axe de la dissidence et de la résistance, englobant l'Iran, la Syrie et la résistance libanaise des Hezbollahis. 

En bref, on peut dire que le projet des Houthis au Yémen implique un retour en force du zaydisme religieux yéménite pour qu’il soit au centre du pouvoir comme il avait été au cours d’un peu plus d'un millier d'années.

Les AnsarAllahis voudront bien engager leur pays dans une économie de marché à leurs propres conditions plus proches de la démocratie socialiste colorée par certains principes Zaidi. Ils sont dans tout cela plus proche de Hezbollah au Liban et non pas du modèle iranien. 

Cela signifie que le projet du mouvement politique de ce mouvement n’a rien à avoiravec l'image puritaine véhiculée par leurs détracteursdans les médias.

 

 Thereupon intervened Mr. Faiçal Jalloul, Lebanese journalist who enriched our interventions with his detailed report on The Al-Houthist Ansarallah Movement: What is Yemen’s political project for the Yemen?

 

Contrary to expectations, the Houthi program for a State and for Yemeni society has no contact has no monarchical objective, nor Iranian hegemony calling for a Zaidi system. Houthis want their own local, national, regional and international identity, and distinguish themselves in this sense, in every dimension.

 

For example, at the social level they have replaced Saturday as day of rest, by Thursday, and still keep Friday as Day Off. They have also demanded that public singing volume even at marriages must not disturb, also “decent clothing” must be respected, especially in Sanaa and in the North Zaidi. They have succeeded in imposing prayer, by a “religious police”.

It’s not that probable that these Houthi distinctions disturb Saudi Arabia or the Sunni zones in the South, or even the North of the country. However, their project for State implies massive adhesion to different institutions and engaging directly in the exercise of regional power – but that is straightaway rejected by the Saudi State.

It’s clear that the Ansarallahi aspired to recover the Al-Zaidi influence in Yemen, after having been threatened and marginalized throughout the Republican era – there subsists the proof that Wahhabism has been installed by force in their Saada stronghold, which just pushed several tribes to leave the Zaidi sect for the Wahhabite orthodoxy, thanks to Saudi support and to that of the former Yemeni regime.

The most important part of their economic development plan and of their aspirations to measures of a protest nature and far from being revolutionary, is situated in general in the domain of services and infrastructures – there yet again they are far from the Islamic economy program that their opponents suggest. All they really want is to integrate a market economy with a trend reform close to socialism.

The Houthis insist on reconstruction of their Saada stronghold infrastructure, after long years of isolation and deprivation that today resemble more punishment than anything else…. And on the other hand, they intend to tolerate frontier smuggling with Saudi Arabian counterparts.

The Houthis reject the Yemen province project, they are afraid to be fragmented and isolated on mountain territory and without access to sea.

The Ansarallahi have chosen the democratic system to replace the current regime, one can find all these claims in the peace and partnership agreement  they had signed with President Hadi and the Yemen parties shortly after their control of Sanaa in September 2014.

In the field of foreign policy, the Houthis are close to the dissident and resistant axis englobing Syria, Iran and the Lebanese Hezbollahi Resistance. In brief, one can say that the Houthi project in Yemen implies a forceful religious return of Yemeni Zaidism to the centre of power, as it was for over a millennium.

The Ansarallahi would love to get their country into a market economy on their own conditions that are closer to socialist democracy coloured by some Zaidi principles – in all that they are closer to the Lebanese Hezbollah than to the Iranian model. That means that this movement’s political project has nothing to do with the Puritan image exploited by their foes in the media.

 

بخلاف التوقعات المسبقة لا ينطوي البرنامج الحوثي للدولة والمجتمع في اليمن على اهداف مونارشية او امامية على قياس نظام الامامة الزيدي الذي دمره الجمهروبن في العام 1962

على الصعيد الاجتماعي استبدلوا العطة من يوم السبت الى يوم الخميس مع الابقاء على الجمعة يوم عطلة رسمي.

وطالبوا بخفض اصوات الاغاني والاعراس وطالبوا واحترام اللباس الشرعي في بعض الاماكن وكل ذلك في صنعاء والمناطق الشمالية الزيدية حيث يتمتعون بنفوذ معين لكنهم لم يصلوا الى حد فرض الصلاة بواسطة جهاز ديني ومن المستبعد ان يسيروا على النهج السعودي في هذا المجال والراجح انهم سيطبقون الاجراءات المذكورة وهي مخففة بالقياس الى بلدان ومجتمعات مسلمة من المستبعد ان يطبقوها في مناطق الشوافع في الجنوب او حتى في المناطق الوسطى الشافعية.

اما مشروعهم بالنسبة للدولة فيقضي بان ينخرطوا فيها مباشرة وان يكون لهم وزن في قراراتها وهم يعتبرون ان النظام الجمهوري استبعدهم من وظائف الدولة والجيش بوصفهم من انصار النظام الامامي السابق وان عليهم اليوم ان ينالوا حصتهم منها عبر تعيينات كثيفة في كافة المرافق لا بل يقدمون انفسهم كضامنين لعدم تفاقم الفساد ولحسن ادارة المرافق العامة

والواضح ان هذه الاجراء تهدف الى اعادة الاعتبار للنفوذ الزيدي في اليمن بعد ان كان مهددا بنظرهم خلال العهد الجمهوري بدليل ان الوهابية تمركزت في معقلهم في صعدة في منطقة دماج وحملت قبائل عديدة على الانتقال من المذهب الزيدي الى الوهابي بفضل المساعدات السعودية ودعم النظام السابق لهم.

البارز في مشروعهم الاقتصادي هو نزوعهم المطلبي والامتناع عن طرح مشروع الاقتصاد الاسلامي بل كل ما يريدونه هو الاندماج باقتصاد السوق مع نزعة اصلاحية اقرب الى الاشتراكية الامر الذي يتناسب مع البيئة الاجتماعية الفقيرة التي وردوا منها لذا نراهم يركزون على اعادة اعمار منطقتهم صعدة بالبنية الخدماتية التحتية بعد عزلة طويلة والراجح ان يواصلوا في معقلهم الاعتماد على شبكات التهريب الحدودية مع المملكة السعودية.

 يرفض الحوثيون تقسسيم اليمن الى اقاليم ويخشون من عزلهم في اقليم شيعي لا يمتلك منفذا بحريا ويريدون الانخراط في اقتصاد السوق ويطرحون النظام الديمقراطي بديلا عن النظام الحالي ويطالبون بالاحتكام الى صناديق الاقتراع ونجد كل هذاه المطالب في اتفاقية السلم اوالشراكة التي وقعوها مع الرئيس هادي والاحزاب اليمنية فور سيطرتهم على صنعاء في سبتمبر 2014

اما في مجال السياسة الخارجية فهم اقرب الى محور الممانعة والمقاومة الذي يضم ايران وسوريا والمقاومةاللبنانية.

باختصار يمكن القول ان مشروع الحوثيين في اليمن ينطوي على اعادة الاعتبار للزيدية الدينية في السلطة وان تكون في مركز الحكم الفعلي كما كانت منذ اكثر من الف عام ويدعون الى احترام بعض القواعد الاخلاقية الدينية في مناطقهم ويريدون انخراط بلادهم في اقتصاد السوق بشروطهم الاقرب الى الاشتراكية الديمقراطية الملونة ببعض المباديء الزيدية وهم في ذلك كله اقرب الى حزب الله في لبنان منهم الى النموذج الايراني

هذا يعني ان مشروع الحركة السياسي لا يتناسب ابدا مع الصورة المتزمتة المرتسمة حولها في وسائل الاعلام .

 

 

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Le dernier conférencier fut Jean-Maxime CORNEILLE, spécialiste reconnu du monde arabe et fin connaisseur des implications géopolitiques de l'histoire pétrolière, qui n’a pas du tout déçu par son discours éloquemment et brillamment rendu sur L’Arabie saoudite, prochaine victime du renversement du monde : Vers une guerre de mille ans pour laMecque ?

 

I-Rivalité Saoud-Iran à travers une nouvelle guerre par procuration...

A-                La glorification des conflits inutiles :

Comprendre la situation yéménite au-delà du conflit sunnite/chiites : la confluence de deux facteurs distincts (Iran/Arabie Saoudite) qui s’affrontent dans le cadre de la grande guerre mondiale contre le terrorisme (oxymore), et dans un contexte d’Etat défaillant. Les deux mêmes types d’extrémisme artificiel : des milices chiites supplétives héritiers de la Révolution  iranienne, et la monarchie wahhabite, après une récente révolution de palais.

B-                La vision manichéenne du monde : la guerre perpétuelle comme but ?

Au-delà de l’illisibilité des alliances américaines, la culture « Gun &  God » américaine ne laisse place qu’à des situations chaotiques, mythifiée et qui permettent des conflits sans fin prospérant sur la démolition d’Etat : tradition non pas américaine mais britannique. Plus que de manichéisme il faut parler de Balkanisation encouragée : pas de gagnants, que des perdants.

II- Le Lâchage de l’Arabie Saoudite au Yémen... et le sabotage connexe des Etats-Unis.

A-                Le renversement des alliances en faveur de l’Iran contre les Saouds

L’ardeur saoudienne tempérée par une confluence d’intérêt Américano-sino-russe : retour de la Realpolitik et indice d’un renversement du monde, en coopération avec les autres états sunnites. Des indices notables d’un lâchage à venir de l’Arabie saoudite, qui nécessitent de se demander d’où vient le wahhabisme : un outil historiquement anglais pour la conquête du pétrole.

Mais on ne pèse pas encore le mouvement de balancier en sens inverse, parallèlement au rapprochement entre Etats-Unis et Iran : les extrémismes des deux bords vont servir de « carburant » pour la balkanisation du MO, qui peut aller très loin.

Elément majeur en toile de fond : la nouvelle route de la soie à travers l’Eurasie : une promesse nouvelle ouverte à tous les pays, un renversement pacifique du monde qui est possible en même temps qu’une revanche du modèle « allemand ». La grande leçon ? L’hégémonie implique la prévention des conflits, une leçon que les Etats-Unis ont perdue...

 

B-                Le changement de nature des Etats-Unis et le renouveau de l’Arc de Crise.

L’Amérique détournée par ses propres intérêts privés : la ruine de l’Etat conséquence du capitalisme moderne. Un système qui génère l’incompétence, les crises et les guerres.

Une Lutte d’influence au plus haut entre les patriotes et les fossoyeurs de l’Amérique : les mêmes qui balkanisent délibérément le Moyen-Orient.

 

The last lecturer was Jean-Maxime Corneille, recognized specialist of the Arab World and well-versed in the geopolitical implications of petroleum history, and he did not deceive at all with his eloquently and brilliantly rendered speech on Saudi Arabia, Next Victim of World Upheaval: Towards a Thousand Years’ War for Mecca?

 

I-                    Saudi-Iran Rivalry across another war by proxy…

A-     Glorification of Useless Conflicts

 

To understand the Yemen situation beyond the Sunni-Shiite conflict: convergence of two distinct factors (Iran/Saudi Arabia) that confront each other in the framework of the great world war against terrorism (Oxymore), and in a context of defective State. Same two types of artificial extremism: reservist Shiite militia who have inherited the Iranian Revolution, also: the Wahhabi monarchy after recent Palace disturbances.

B-     Simplistic vision of the world: perpetual war as goal?

 

Beyond the illegibility of American alliances, the American “Gun & God” culture only leaves chaotic situations, mythified and that permit endless conflicts that prosper on State demolition: this tradition is British, not American. Rather than Manichaenism, one must talk of encouraged Balkanization: no winners, no losers.

II-                  Saudi Arabian abandon in Yemen … related sabotage by the United States

A-     Alliance overthrow in favour of Iran against the Saudis

Saudi fervour tempered by convergence of Americano-Sino-Russian interests: return of Realpolitik and index of world upheaval, in cooperation with other Sunni States. Notable indices of imminent abandon of Saudi Arabia, which requires that we ask ourselves: Whence cometh Wahhabism?... in fact it’s just a historically British tool to conquer petroleum access.

But one does not yet measure the movement of the scales in an opposite direction, parallel to Iran and America coming closer together: extremists on both sides are going to serve as “fuel” for the Balkanization of the Middle East, and those things can go very far.

A major background element: the new silk route across Eurasia: a new promise open to all countries, an accessible pacific world metamorphosis, and at the same time revenge on the “German model”. The big lesson in all that? Hegemony implies conflict prevention - a lesson that the United-States lost out on….

B-     Change in nature of the United-States – Renewal of the Crisis Arc

America uprooted by its own private interests: the ruin of the State created by modern capitalism: a system that generates incompetence, crises and war.

An influence-struggle at the highest level between America’s patriots and grave-diggers: the same who deliberately Balkanize the Middle-East.

وكان المتحدث الاخير جان ماكسيم كورناي، وهو متخصص معترف به في العالم العربي و خبير في التداعيات الجيوسياسية للتاريخ  النفطي، الذي لم يخيب على الإطلاق أمل الجمهور بخطابه البليغ و المقدم ببراعة حول المملكة العربية السعودية، الضحية المقبلة لانعكاس العالم: نحو حرب ألف سنة لمكة المكرمة؟

I - التنافس السعودي الإيراني من خلال حرب جديدة بالوكالة...

أ- تمجيد الصراع العقيم :

فهم الوضع في اليمن بعيدا عن الصراع السني / الشيعي: التقاء عاملين متميزين (إيران / المملكة العربية السعودية) يتنافسون في اطار الحرب العالمية الكبيرة ضد الإرهاب (تناقض ظاهري) وفي سياق دولة فاشلة. هذين النوعين  المتطابقين من التطرف الاصطناعي: الميليشيات الشيعية تكميلية ورثة الثورة الإيرانية و النظام الملكي الوهابي، بعد انقلاب اخير في القصر.

ب- الرؤية المانوية للعالم: الحرب الدائمة كهدف ؟

وراء عدم وضوح تحالفات الولايات المتحدة، فان الثقافة الأميركية "السلاح و الدين" لا تخلق إلا حالات الفوضى التي تتسبب بصراعات لا نهاية لها تزدهر على هدم الدولة: و هذه عادة  ليست أميركية ولكن بريطانية. أكثر من المانوية يجب أن نتكلم عن بلقنة مشجعة: ليس هناك من منتصر، الكل خاسر.

II- التملص السعودي لليمن ... والتخريب المتعلق بالولايات المتحدة.

A- انعكاس التحالفات لصالح إيران ضد ال سعود

الحماس السعودي المخفف بالتقاء المصالح الامريكية الصينية الروسية : عودة السياسة الواقعية (الريال بوليتيك) ودلالة على وجود انعكاس العالم، بالتعاون مع الدول السنية الأخرى. مؤشرات هامة عن الهجر القادم من المملكة العربية السعودية، والذي بحاجة إلى أن نسأل من أين جاءت الوهابية: أداة إنجليزية تاريخيا للاستيلاء على النفط.

لكننا لا نقيم بعد الاتجاه المعاكس للارجوحة المتزامن مع التقارب بين الولايات المتحدة وإيران متطرفي كلا الجانبين سيكونون بمثابة "وقود" لبلقنة الشرق الاوسط، التي يمكنها أن تذهب بعيدا جدا.

يتمثل العنصر الرئيسي في الخلفية في : طريق الحرير الجديد عبر أوراسيا: وعد جديد مفتوح لجميع البلدان، و امكانية الإنعكاس السلمي للعالم بالتزامن مع انتقام الطراز "الألماني". الدرس الكبير؟ تتضمن الهيمنة منع نشوب الصراعات، وهو الدرس الذي فقدته الولايات المتحدة ...

ب- تغيير طبيعة الولايات المتحدة وتجديد قوس الأزمات.

تحويل أمريكا بمصالحها الخاصة بها: تدمير الدولة نتيجة الرأسمالية الحديثة. النظام الذي يولد عدم الكفاءة والأزمات والحروب.

محاربة النفوذ على أعلى مستولى بين الوطنيين وحفارو القبور الأمريكية: نفس الأشخاص الذين يبلقنون عمدا الشرق الأوسط.

 

 

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Monsieur le modérateur a alors annoncé le très suivi débat général qui a clos le colloque.