Colloque International

La nouvelle diplomatie française au Moyen-Orient
23 Juin 2016 

À LA SORBONNE  dans l’amphi Cauchy

Dans le cadre de ses analyses des grandes questions géopolitiques du monde d’aujourd’hui, l’Académie de Géopolitique de Paris, organise le jeudi 23 Juin 2016 de 14H00 à 19H00 à l’université de la Sorbonne, un colloque intitulé « La nouvelle diplomatie française au Moyen-Orient », à l’occasion duquel des personnalités de renom, académiciens, diplomates et des chercheurs spécialisés de la question apporteront leurs éclaircissements sur ce sujet.

L’objectif du colloque est d'analyser en profondeur l'évolution récente de la diplomatie française, en mettant en lumière ce qui a pu conduire le Quai d’Orsay et les responsables politiques gouvernementaux à donner une autre impulsion que celle qui l’avait précédée et qui avait caractérisée la recherche d’autonomie de la France vis-à-vis des têtes du condominium américano-soviétiques pendant la guerre froide, ainsi la continuité de sa politique arabe face aux stratégies anglo-saxonnes. Les contributions des intervenants permettront d'évaluer les effets, la crédibilité et l'avenir de cette nouvelle politique et de ces nouveaux développements sur la scène internationale, et ce, à l'égard des acteurs traditionnels et modernes, étatiques et non-étatiques.

L'Académie de Géopolitique de Paris reste fidèle à sa vocation d’animer librement des débats aux thématiques inédites et originales et c’est ainsi qu’elle a instruit que les travaux des meilleurs spécialistes sollicités reflètent l’indépendance et l’approche scientifiques de son comité d’organisation. Seront évoqués les raisons profondes de ces changements, voire bouleversements, qui ont conduit à de véritables renversements d’alliances pourtant traditionnelles et ancrées sur le long terme. L’intérêt de l’industrie d’armement pour les pays du Golfe Persique, un certain alignement sur le dispositif américain dans la zone et le mépris affiché pour certaines communautés alliées historiquement mais de peu de poids face aux enjeux financiers et de puissance, seront analysés. De même, la question de la légitimité de ce changement stratégique des acteurs français depuis quinze ans devra être posée notamment face à l’implication réelle de nombreux acteurs internationaux. L'Académie de Géopolitique de Paris fait le choix d’une approche pluridisciplinaire et bénéficiera d’expertises en pointe sur ce dossier

 

La France et le Moyen-Orient, Ali RASTBEEN , Président de l'Académie de Géopolitique de Paris : 


En tant qu’important acteur international, la France a été proche des événements qui se sont déroulés au Moyen-Orient et n’a pas pu échapper aux conséquences  du printemps arabe, du terrorisme et de la crise des refugiés. Par conséquent, à l'heure actuelle la France est extrêmement sollicitée par le Moyen-Orient.

À l'époque des colonialismes européens, l’empire britannique à la différence de la France, dirigeait ses propres colonies au Moyen-Orient par le biais de rois, de cheikhs et de princes locaux, tandis que la France régissait les siens directement de Paris. La stratégie britannique a permis que ses dirigeants locaux placés jadis restent toujours au pouvoir alors que ceux placés par la France ont disparu.
La France a été occupée à gérer ses colonies en Afrique du Nord au détriment de celles du Moyen-Orient.
L’attrait économique actuel du Moyen-Orient conduit la France à améliorer sa position dans cette région. Son influence diplomatique dans le monde arabe a dépassé celle de la Grande-Bretagne et, dans certains cas, a rivalisé avec celle des Etats-Unis.Si les récentes révolutions du printemps arabe, ont écarté la France, alors que la présence des Etats-Unis en tant que successeur de la Grande-Bretagne a été beaucoup plus notable.
Le refus de Paris de participer aux côtés de Washington à l’occupation de l’Irak en 2003, a préservé sa diplomatie moyen-orientale, contrairement à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.  Ceci avait crédibilisé l'influence française au Moyen-Orient. Cependant, la politique étrangère française a toujours été perturbée par ses relations privilégiées avec Israël. La France, a toujours entretenu des relations particulières avec Israël et a été son principal fournisseur d’armes. Israël doit le développement de ses armes nucléaires à la technologie française, alors que la France n'a pas traité de la même façon les pays arabes.

Les pétromonarchies du Golfe persique, à la tête desquelles se trouve l’Arabie saoudite passent actuellement des commandes commerciales de plus en plus importantes à la France. De même des contrats de ventes de Rafales conclus avec l’Egypte sur le compte de l’Arabie Saoudite. Les autorités saoudiennes et françaises ont effectuée des études préliminaires à la construction de deux centrales nucléaires.
La présence du président de la République française à la réunion extraordinaire du Conseil de coopération des États arabes à Riad, a conduit Paris à soutenir l’agression de l’Arabie saoudite contre le Yémen, et a transformé l’Arabie saoudite en associé privilégié de la France.

L’Organisation des Nations Unies a inscrit le nom de l'Arabie saoudite sur la liste noire des Etats qui violent les droits des enfants au Yémen. La coalition saoudienne mène, selon une stratégie délibérée, la moitié de ses frappes contre les écoles et les hôpitaux, là où les civils sont concentrés.
Le secrétaire général de l’ONU a affirmé que la décision de retirer le nom de la coalition saoudienne de cette liste noire a été prise à cause de la menace de certains pays arabes de couper leurs aides aux programmes de cette instance. Ban Kimoon a déclaré : « qu’il est inadmissible que certains pays membres fassent des pressions pour faire retirer cette coalition de la liste noire ».
La consolidation de l’alliance de l’Arabie Saoudite et des États arabes du Golfe Persique avec la France est la conséquence d’une grande déception ressentie contre Washington, dans des questions relatives aux droits de l’Homme : au réveil des arabes et à l’accord nucléaire avec l’Iran.
La France consolide volontairement ses relations avec ces Etats, dont certains soutiennent le terrorisme en fournissant des munitions et des armes, sans tenir compte des principes et des valeurs de la République en ce qui concerne les droits de l’Homme qui représentent la pierre angulaire de l’identité française.
Il est à noter que la France est signataire de l’accord sur la non-utilisation des bombes à fragmentation, mais reste silencieuse face à l’accusation déliée par les organisations des droits de l’Homme contre l’Arabie saoudite et ses alliés d’utiliser des bombes à fragmentation au Yémen. En même temps, l’amélioration des relations politiques et économiques entre la France et l’Arabie saoudite signifiait en quelque sorte, une revanche à l’égard des Etats-Unis , qui ont refusé d’accompagner la France dans la guerre contre la Syrie.  
L’ancienne secrétaire d'État et candidate démocrate à la Maison Blanche, après la fusillade meurtrière d’Orlando, a déclaré, que « Le Qatar, le Koweït et l’Arabie saoudite ne doivent pas permettre à leurs citoyens de financer les organisations terroristes ».
Suite aux attaques terroristes du 13 novembre à Paris, la politique française a connu une inflexion, qui s’est traduite par les attaques aériennes contre les bases militaire de l’organisation islamique, l’installation du porte-avions Charles de Gaulle dans la région et enfin la coopération avec les militaires russes.
Ces opérations ont impliqué la France qui restait jusque-là à l’abri des bouleversements au Moyen-Orient. Elle a fini par déclarer la guerre aux organisations terroristes et à réclamer la constitution d’une alliance générale entre Washington, Moscou et Paris.

Le renforcement de la puissance de l’Iran au Moyen-Orient préoccupe la France qui a opté pour des politiques très spécifiques en vue de préserver ses intérêts en s’opposant fermement au programme nucléaire iranien. Le soutien de l’Iran en matière nucléaire signifiait la perte de marché pour la France en matière d’armements. En effet, les pétromonarchies arabes sont des opposants farouches aux politiques iraniennes. Par ailleurs, l’échec occidental quant à une rapide victoire en Syrie et la conclusion des accords iraniens ont poussé la France à ne pas sous-estimer la puissance iranienne.

La France possède un poids économique, diplomatique, politique et militaire. Elle est l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. C’est une puissance nucléaire qui appartient aux cercles restreints où se prennent les décisions qui influent sur le monde : le Conseil de sécurité, le G8, le G20, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, l’Union européenne, l’OTAN, l’OCDE, le Conseil des gouverneurs de l’AIEA, elle dispose d’un réseau diplomatique qui reste le deuxième au monde.

Aujourd’hui la France fait face à des défis considérables, tel que l’augmentation du chômage, les bouleversements liés aux réformes de la loi travail , la crise des refugiés, et enfin surtout le terrorisme. Aujourd’hui notre monde fait face à un terrorisme sournois qui se sert de la foi et de la religion afin de commettre la violence et l’horreur. Si la France est une cible des terroristes, c’est en conséquence de son engagement dans une véritable guerre contre le terrorisme.
C’est pourquoi il est du devoir des institutions parlementaires nationales et européennes d’établir une commission d’enquête pour identifier les pays qui forment, financent, arment, soutiennent et achètent le pétrole vendu par les terroristes, et de mettre en place un embargo sur la vente d’armes et sur l’achat de pétrole, aux Etats potentiellement concernés ou qui peuvent l’être.

Je demande solennellement que cette commission d’enquête soit mise en place de toute urgence eu regard à l’importance de la menace terroriste. C’est uniquement grâce à une action collective, qu’il sera possible de mettre fin à ce danger qui menace l’humanité toute entière.Notre devoir est de combattre ce phénomène expansionniste qui se nourrit de la haine. Pour ce faire, la communauté internationale doit veiller à rétablir les piliers de respect mutuel entre les communautés, et reconstruire les pays déchirés en traitant les crises identitaires, et en installant des valeurs universelles, celles des droits de l’Homme.

 

 https://www.youtube.com/watch?v=hWCBtTS8oOI

 Quel politique indépendante pour la France au Moyen Orient ?,  Philippe de SAINT ROBERT

 https://www.youtube.com/watch?v=8C_GLCnzziA

    

Philippe de SAINT ROBERT, économiste et Politologue. Membre de la Fondation Charles-de-Gaulle. Il est le fondateur et président de l’Association pour la sauvegarde et l’expansion de la langue française (ASSELAF), qui publie la revue Lettre(s) et qui a participé à la création de Le Droit de Comprendre. Il préside annuellement l’Académie de la Carpette anglaise et est également président du « Jury des Nouveaux Droits de l’homme »

L’impasse où s’est engagée la diplomatie française dans tous les domaines est devenue une évidence pour tous, notamment dans sa politique proche-orientale. C’est l’ancien Secrétaire général du Quai d’Orsay, Francis Gutmann, qui l’écrivait récemment : « La France était un acteur majeur sur la scène mondiale. Quoi qu’il nous plaise de croire, ce n’est plus le cas aujourd’hui.  La France se caractérisait par son indépendance et son intelligence des situations. Elle n’a plus de vision en propre du monde. Si ses intentions sont souvent généreuses, elle définit sa politique moins par rapport à ce qu’il est qu’en fonction de ce qu’elle souhaiterait qu’il fût. Elle ne cherche pas à anticiper, elle réagit au coup par coup. » La dernière manifestation significative de notre politique internationale remonte à 2003, lorsque Jacques Chirac s’opposa à la seconde agression américaine en Irak : si elle eut lieu, elle dut passer outre au refus du Conseil de sécurité de la légitimer. On connaît aujourd’hui les effets de cette folie.

    Le désengagement de notre politique et de ses fondamentaux commença peu après, avec le retour inapproprié de la France dans l’Organisation militaire du Pacte atlantique, puis avec notre lamentable expédition en Libye, où notre action parvint même à outrepasser un mandat arraché à l’ONU, mandat qui ne nous donnait aucun droit de procéder à une intervention au sol et à l’assassinat d’un dirigeant en fonction. On sait les conséquences tant de l’intervention en Irak que de l’intervention en Libye.

    François Hollande et Laurent Fabius ont malheureusement mis leurs pas dans ceux de leurs prédécesseurs. Syndrome de Suez, néo-atlantisme, que sais-je ? Notre rupture diplomatique avec la Syrie allait à l’encontre de toutes nos traditions diplomatiques : à la différence des Etats-Unis, nous avons toujours reconnu des Etats et non des régimes ; il s’agissait donc d’un alignement de plus, qui aujourd’hui nous coûte cher dans le domaine des renseignements et de notre présence aux négociations. Pire, l’Exécutif français a couvert et soutenu toutes les initiatives guerrières de l’Etat d’Israël, pour se présenter ensuite en négociateur récusé.

    Comment feindre d’ignorer voire de récuser que le conflit israélo-palestinien est à l’origine et nourrit un désordre sanglant qui, de la région, s’étend au monde entier, et aux politiques intérieures des Etats ? Laurent Fabius, rendons lui cette considération, avait tenté une ultime démarche qui avait au moins une sanction à la clef : la reconnaissance par la France de l’Etat palestinien en cas d’échec du processus engagé. Son successeur a tôt fait de faire sauter la clef au vu des protestations de Benjamin Nétanyahou, qui n’a même pas crédité, en le recevant, Manuel Valls de son sionisme inconditionnel.

    Il faudrait peut-être revenir à la fameuse Déclaration de Venise, conclue fin 1980 par les Neuf qui composaient alors la Communauté européenne et qui visait à découpler la politique de l’Europe de celle des Etats-Unis. Accord qui fut malheureusement dénoncé par François Mitterrand dès son élection. Aller ensuite prêcher, et d’autres après lui, à la Knesset pour la création de deux Etats, se ramenait à des vœux pieux compte tenu du réalignement de l’Europe sur la politique américaine. Quel Etat palestinien est-il encore possible dans l’état d’occupation et de colonisation permanentes de la Palestine ?

    Revenons au projet Fabius de conférence internationale que nous venons d’évoquer. Il est vrai que l’Union européenne vient, ce 20 juin, de donner son aval à la démarche française au grand dam de Nétanyahou. Mais c’est lui, le problème et la majorité, qui ne se fragmente toujours pas qui le soutient, ainsi que les nouveaux bruits de bottes (c’est un euphémisme), que la nomination à la Défense de Lieberman semble bien annoncer.

    L’imbécile querelle qu’on nous fait en feignant de confondre toute opposition à la politique sioniste telle qu’elle se présente depuis près de dix ans, avec la résurgence de l’anti-sémitisme, est un scandale sémantique. Nous savons parfaitement qu’il existe en Israël, et même jusque dans la sphère la plus haute de l’armée, comme on vient de le voir, des réticences, voire des oppositions à cette politique qui ne respecte ni les droits de l’homme (internements administratifs, exécutions extra-judiciaires, …) ni les droits de la guerre, comme on l’a vu lors des récentes répressions à Gaza. Nétanyahou et Lieberman sont des personnages qui trahissent non seulement toutes les chances de la paix, mais les intérêts mêmes de leur pays.

    Les Américains, qui non seulement ont capitulé diplomatiquement, mais ne cessent d’encourager militairement l’Etat d’Israël à n’accepter aucun compromis, aucune négociation réelle, portent de toute évidence une responsabilité accablante dans la situation actuelle. Nétanyahou a proposé à Valls de remplacer la conférence internationale suscitée par Paris par une rencontre en tête-à-tête entre Mahmoud Abbas et lui-même à Paris. C’est une plaisanterie cynique. A quoi rimerait en effet une négociation du fort au faible entre Israéliens et Palestiniens, sans le moindre arbitrage ni la moindre garantie internationale ? Personne n’y peut croire. Cela n’a aucun sens, qu’un refus obstiné de la paix de la part d’une des parties, que j’invite, ainsi que les dirigeants de notre diplomatie, à relire la conférence de presse du général de Gaulle du 27 novembre 1967 dont je me permets de rappeler les termes de la mise en garde qu’il fit le 24 mai 1967 à Abba Eban : « Je ne doute pas que le cas échéant vous remporteriez des succès militaires, mais, ensuite, vous vous trouveriez engagés sur le terrain, et au point de vue international, dans des difficultés grandissantes, d’autant plus que la guerre en Orient ne peut pas manquer d’augmenter dans le monde une tension déplorable et d’avoir des conséquences très malencontreuses pour beaucoup de pays, si bien que c’est à vous, devenus des conquérants, qu’on en imputerait peu à peu les inconvénients. » Le Général soulignait ensuite qu’Israël organisait « sur les territoires qu’il a pris, l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions, et il s’y manifeste contre lui une résistance, qu’à son tour il qualifie de terrorisme. » Le Général ajoutait alors : « Il est bien évident que le conflit n’est que suspendu et qu’il ne peut avoir de solution, sauf par la voie internationale. » Quelle autre voie pourrait suivre aujourd’hui la France ?

 

https://www.youtube.com/watch?v=iuSylb3CaAc

«Les relations franco  saoudiennes du point de vue de la sécurité et de la défense », François BELLIOTEcrivain et politologue  


Préambule : Etat des lieux des relations commerciales franco saoudiennes

Pour schématiser, les relations franco saoudiennes sous le mandat de françois Hollande peuvent être comparées aux relations franco qataries sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Dans les deux cas le rapprochement a été spectaculaire, se concrétisant par des alignements diplomatiques, et un accroissement des échanges commerciaux, notamment dans le domaine militaire. Il s'agit, pour reprendre les propres termes de l'Elysée lors de la visite du président Hollande à Riyad en novembre 2012, dans la foulée de son élection : « de faire autant avec le Qatar, et plus avec l'Arabie Saoudite ».
Alors que nous approchons du terme du quinquennat de Hollande les relations sont plus qu'au beau fixe entre les deux pays. La France est le 9ème investisseur en Arabie Saoudite, et celle-ci est devenue, supplantant la Russie, le premier fournisseur de pétrole de la France. La France exporte dans des domaines nombreux et variés (volailles, céréales, tuyaux, avions, produits cosmétiques, aéronautique et spatial, transports et électricité).
Les premiers accords de coopération entre la France et l'Arabie Saoudite datent de 1963, sous la présidence du général de Gaulle, mais c'est à partir de 2005 (date à laquelle l'Arabie Saoudite est admise à l'OMC) que l'on assiste à une progression spectaculaire des échanges commerciaux entre la France et l'Arabie Saoudite, qui va de pair avec un rapprochement diplomatique et militaire de plus en plus étroit, dans le cadre de ce que l'on pourrait appeler, pour reprendre l'intitulé du colloque, la « nouvelle diplomatie française au Moyen-Orient ».
Un premier train d'accord a été partiellement manqué par la France dans un premier temps. C'est l'époque (janvier 2008) où le roi Fahd qualifiait Nicolas Sarkozy de « cheval fougueux qui doit subir l'épreuve des rènes ».
La relation franco saoudienne prend donc son envol, dans tous les domaines, sous le mandat de François Hollande, avec en point d'orgue, fin 2015, la signature d'un méga contrat de 10 milliards portant sur les secteurs les plus variés. C'est en cette occasion que Manuel Valls tweetera : « France-Arabie saoudite: dix milliards d'euros de contrats! Le gouvernement mobilisé pour nos entreprises et l'emploi. » Cocorico auquel nous sommes de moins en moins habitués et qui se comprend fort bien dans le contexte de crise économique grave à deux ans de l'élection présidentielle.
Une phrase de conclusion du « bilan 2013 des relations commerciales franco saoudiennes, est on ne peut plus entousiaste : « Aussi bien le niveau excellent de la relation bilatérale que le nombre de grands projets, la stabilité du pays et les grands indicateurs macroéconomiques, presque tous dans le vert, devraient inciter les entreprises françaises à s’intéresser davantage au marché saoudien . » Le bilan de 2014 est encore plus positif .

Les ventes d'armes de la France à l'Arabie Saoudite sous le mandat de François Hollande

La France fournit des équipements militaires à l'Arabie Saoudite. Citons par exemple l'entrée en vigueur le 7 octobre 2013 du contrat Lex (Life Extension Sawari 1), pour rénover 4 frégates et deux pétroliers ravitailleurs de la flotte saoudienne. Son montant est de 1,1 milliards d'euros .
Après signature de ce contrat, le ministère de la défense français se félicite : « une étape majeure dans les relations franco-saoudiennes en matière de défense navale. Il témoigne du niveau élevé de confiance mutuelle et de coopération qu'entretiennent l'Arabie Saoudite et la France » .
Le ministère de la Défense cite par ailleurs en cette occasion les dossiers sur lesquels les deux pays sont au diapason. Les entretiens entre les deux pays, lit-on, « doivent permettre de conforter notre convergence de vues sur les grandes crises régionales, au premier rang desquelles figurent la crise nucléaire iranienne et la crise syrienne ».
L'alignement des deux pays s'est confirmé avec l'accord tripartite Liban/France/Arabie Saoudite de décembre 2013. Selon l'accord l'Arabie Saoudite doit verser 3 milliards de dollars au Liban (l'équivalent de trois fois le budget militaire annuel de ce pays) afin de permettre à ce dernier d'acheter des armes à la France. Achat prévu de missiles Milan, de véhicules blindés VAB mk3, de 7 hélicoptères Cougar, de systèmes d'artillerie Caesar, et de quatre corvettes. En février 2016, cet accord est annulé par l'Arabie Saoudite en raison de la trop grande influence du Hezbollah, allié de l'ennemi iranien, sur le gouvernement libanais . Finalement, l'accord n'est pas annulé, mais les armes seront achetées par l'Arabie Saoudite.
C'est de manière comparable que s'est conclue l'affaire des Mistrals

que les autorités françaises ont finalement refusé de livrer à la Russie en septembre 2014 : ils seront finalement vendus en octobre 2015 à l'Egypte, grâce à un apport financier significatif de l'Arabie Saoudite .
Ces deux derniers exemples montrent l'étroitesse des liens de confiance entre les deux pays.

La France, en outre envoie régulièrement des formateurs dans le domaine de la sécurité (gestion « démocratique » des foules , gestion des accidents de transports en commun , formation de formateurs au tir ), et des policiers et militaires saoudiens viennent régulièrement faire des stages dans l'hexagone (par exemple étude du fonctionnement des commisariats de police ).

Plus généralement, la France, depuis le mandat de Nicolas Sarkozy, qui a vu la mise en place de la nouvelle diplomatie française au Moyen-Orient, se rapproche militairement et diplomatiquement de tous les pays du Conseil de Coopération du Golfe, qui sont tous hostiles à la Syrie et à l'Iran. Symbole de ce rapprochement : en 2008, l'établissement d'une nouvelle base militaire à Abu Dhabi , près du détroit stratégique d'Ormuz, face à l'Iran.


L'alliance franco-saoudienne dans la guerre en Syrie

Les relations entre la France et l'Arabie Saoudite sont renforcées, au niveau militaire, par leur engagement commun et résolu dans la guerre en Syrie (avec les autres pays « amis de la Syrie » comme la Turquie, les Etats-Unis, le Qatar, etc). La convergence de vues est totale et en toutes occasions depuis 5 ans. Rappelons quatre dates clés :
- 24 février 2012 : rencontre de Tunis avec le Conseil National Syrien et les autres pays « amis de la Syrie ». En cette occasion aurait été décidé l'opération « Volcan de Damas et Séisme sur la Syrie » de juillet 2012, un coup d'état manqué contre le gouvernement syrien, dont une partie de l'état major a été décapité en cette occasion.
- fin mai 2012, accusations radicales contre le « régime syrien » pour le massacre de Houla et appel à une intervention militaire internationale pour un « changement de régime ».
- 6 septembre 2013, en marge du G20 de St Petersbourg, la France et l'Arabie Saoudite avec 12 autres pays se déclarent prêts à intervenir en Syrie sans l'aval de l'ONU .
- 20 septembre 2014, la France et l'Arabie Saoudite avec d'autres « amis de la Syrie » intègrent la coalition internationale contre l'organisation EI.

Les deux pays sont également adeptes des déclarations les plus fermes et les plus belliqueuses contre l'Iran, en particulier sur le dossier du nucléaire iranien.

Une relation renforcée par le refroissement des relations entre les Etats-unis et l'Arabie Saoudite

Un dernier facteur plus récent explique la « lune de miel » franco-saoudienne : le très net refroidissement, depuis un an, des relations étasuno-saoudiennes.
Les Saoudiens reprochent aux Etats-Unis l'accord nucléaire avec l'Iran de juillet 2015, accord que le gouvernement français, au contraire, a jusqu'au bout essayé de faire capoter.
Fin 2015 une série de rapports d'ONG / paraissent qui accusent l'armée saoudienne de crimes de guerre dans sa guerre contre le Yemen commencée en mars 2015. En mai 2016, les Etats-Unis, en écho à ces inquiétudes, cessent de livrer à l'Arabie Saoudite des bombes à fragmentation .
En avril/mai 2016, une grave polémique naît d'un projet de loi, qui vise à permettre à des familles de victimes des attentats du 11 sepembre 2001 d'attaquer en justice des dirigeants saoudiens pour responsabilité dans leur mise en œuvre et leur organisation. L'ancien chef des services de renseignement saoudiens, le Prince Turki Al-Faisal déclare en cette occasion : «Les jours heureux entre l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis sont terminés à jamais. Nous avons changé et l’Amérique aussi. Obama a le mérite d’avoir réveillé tout le monde chez nous sur le changement dont il nous faut désormais tenir compte. Il faut réévaluer nos intérêts communs . »
La presse saoudienne tire unanimement à boulets rouges sur les Etats-Unis qu'elle accuse d'avoir eux-mêmes organisé les attentats afin de justifier le lancement d'une guerre sans fin contre le terrorisme.
Ainsi par exemple le journal al Hayat, basé à Londres, publie-t-il le 28 avril 2016, le rapport du juriste saoudien Al-Shammari dans lequel on peut lire : « Le 11 Septembre est l’une des cartes gagnantes dans les archives américaines, parce que tous les gens avisés de par le monde qui sont des experts en politique américaine et qui analysent les images et les vidéos [du 9/11], conviennent à l’unanimité que ce qui est arrivé aux deux tours était une action purement américaine, planifiée et exécutée par les USA. La preuve en est la séquence d’explosions continues qui a découpé de façon spectaculaire les deux bâtiments […] les ingénieurs en démolition contrôlée les ont détruites avec des explosifs, tandis que les avions s’y écrasant ne donnaient que le feu vert pour la détonation – ils ne sont pas la raison de l’effondrement. Mais aux États-Unis se propage toujours le blâme dans toutes les directions. [Cette politique] peut être surnommée «la victoire au moyen des archives».
Tout débat public sur la version officielle de ces événements étant pour ainsi dire interdite en France, on peut s'étonner que les autorités françaises n'aient eu aucune réaction face à ces graves accusations « conspirationnistes » et que les médias aient complètement passé cette information sous silence.
Dans ce contexte de dégradation de ses relations avec les Etats-Unis, l'Arabie Saoudite cherche à diversifier ses soutiens, et la France se pose comme un partenaire encore plus privilégié.

La remise de la légion d'honneur, le 7 mars 2016, par François Hollande en personne, du prince Mohammed bin Nayef bin Abdelaziz Al Saoud, qui a suscité une belle polémique, se comprend beaucoup mieux si l'on a à l'esprit ce contexte de « lune de miel » à tous les niveaux entre la France et l'Arabie Saoudite. L'argument des emplois créés et des points de croissance sauvés par les méga contrats signés avec l'Arabie Saoudite invoqués par les dirigeants français a pu choquer l'opinion mais n'est pas dépourvu de sens si l'on considère l'ampleur des contrats, et la situation économique désastreuse de la France. Rappelons au passage que Nicolas Sarkozy avait été décoré, lors de son voyage de janvier 2008 à Riyad, du grand cordon du roi Abdel Aziz, l'équivalent de la légion d'honneur en Arabie Saoudite.

Problèmes que posent cette alliance

Cohérente jusqu'à un certain point la relation franco-saoudienne pose néanmoins un certain nombre de problèmes plus sérieux qu'une légion d'honneur, surtout si on l'envisage du point de vue des grands principes, et du point vue militaire et de la sécurité.

1) les grands principes

Nous connaissons l'adage de la realpolitik : « dans les relations diplomatiques il n'y a pas d'amis et d'ennemis, il n'y a que des forts et des faibles ». Cela ne poserait pas de problème si les grands principes n'étaient pas mensongèrement invoqués, par les médias et les politiques français, pour faire tomber d'autres « régimes » comme la Libye, la Tunisie, et la Syrie, l'Irak. Or l'Arabie Saoudite bafoue presque tous les principes invoqués incessamment depuis 5 ans pour justifier le renversement de Bachar el-Assad en Syrie. Rappelons-en quelques uns.
- C'est le nom de la famille régnante qui donne son nom au pays « Saoud », difficile d'aller plus loin dans l'autoritarisme clanique.
- une centaine d'exécutions par an y sont pratiquées, la plupart par décapitation.
- le statut de la femme y est rétrograde : le rapport mondial sur l'inégalité des sexes publié par le forum économique mondial en 2012 place l'Arabie Saoudite au 131ème rang sur 135.
- l'Arabie Saoudite est l'un des quatres pays arabes où l'homosexualité est non seulement interdite, mais punissable de mort. En France les centres LGBT sont financés par les pouvoirs publics et les opposants au « mariage pour tous » son unamimement désignés dans les médias comme des « fachos » et des arriérés « d'extrême-droite ».
- aucun parti politique n'y est autorisé
- l'Arabie Saoudite est accusée depuis fin 2015 par des ONG, comme on l'a vu, de commettre des crimes de guerre au Yemen. Les rapports de ces ONG (HRW et Amnesty) sont très semblables dans le fond et dans la forme à ceux brandis par les grands médias ces dernières années pour justifier une ingérence militaire internationale en Syrie.


2) la parenté idéologique entre les dirigeants saoudiens et les dirigeants de l'EI

Le second problème, est la parenté idéologique entre les dirigeants saoudiens et les chefs de l'organisation EI, l'ennemi que prétendent combattre la France et l'Arabie Saoudite au Moyen-Orient dans le cadre d'une coalition internationale mise en place en septembre 2014. Ces deux entités partagent exactement le même logiciel, le wahhabisme, qui prône la destruction des monuments religieux et des tombeaux de saints , qui érige cette branche de l'Islam, très majoritairement considérée comme une hérésie dans le monde musulman, au rang de seul Islam véritable, légitimant les meurtres et les massacres de non musulmans et de musulmans suivant d'autres traditions, en particulier les chiites.

3) la libre diffusion de l'idéologie wahhabite sur le sol français

Non seulement il existe de nombreuses preuves du soutien de l'Arabie Saoudite aux groupes armés semant la désolation en Irak et en Syrie (la même remarque pourrait certes être faite concernant la France ), mais l'Arabie Saoudite se permet d'exporter, avec le Qatar, son idéologie mortifère sur le sol français. L'Arabie Saoudite participe donc à la radicalisation de jeunes des « terriroires perdus de la République », qui iront au Moyen-Orient rejoindre des groupes armés, ou qui iront commettre des attentats comme ceux de Charlie Hebdo en janvier 2015 et du Bataclan en novembre 2016.
L'éventualité du retour de milliers « français » wahhabisés et aguerris sur les théâtres de guerre au Maghreb et aux Proche et Moyen-Orient, à terme est susceptible de poser un énorme problème de sécurité nationale.
La pénétration du wahhabisme en France est un peu plus ancienne et remonte aux années 1980. Quelques faits :
- la construction de la grande mosquée de Lyon est financée en 1990 sur la cassette personnelle du roi Fahd .
- En 1997, le fils du roi Fahd, le prince Abdelaziz ben Fahd ben Abdelaziz vient officialiser une mise sous influence saoudienne définitive de la mosquée de Mantes-la-Jolie .
- en 2014, la mosquée de Cannes reçoit un chèque de deux millions d'euros la part d'un mécène de Djeddah : Saleh Abdoullah Kamel, milliardaire président de la multinationale Dallah el Baraka .

Plus généralement, on apprend en novembre 2015, par une note de DGSI qu'une soixantaine de mosquées françaises seraient sous influence wahhabite, 25 en Île de France, 20 dans la région lyonnaise, 12 dans les environs de Marseille, une dizaine dans le Nord entre Lille et Roubaix . Le chiffre aurait doublé en cinq ans.
Ces lieux de culte seraient fréquentés par 15 à 30000 personnes et le mouvement serait en pleine expansion.
Signalons que cette pénétration du wahhabisme, via la prédication et la construction de mosquées, n'est pas propre à la France. Il s'agit d'un mouvement mondial. Prenons l'exemple de l'Allemagne. Ainsi, en décembre 2015, le vice chancelier allemand Sigmar Gabriel, également ministre de l'économie appelle à agir contre les mosquées salafistes en Allemagne, et leur financement par l'Arabie Saoudite, non seulement en Allemagne mais dans le monde entier . Il dénonce également le fait que le wahhabisme d'Arabie Saoudite est l'idéologie de l'organisation EI.
Il n'est pas inutilé de rappeler que dans le même temps la contruction de lieux de culte autres que wahhabites est interdite en Arabie Saoudite, de même que le prosélytisme religieux. Les dirigeants français, massivement et fanatiquement anticatholiques, n'en ont peut-être cure, mais ce deux poids deux mesures mérite d'être souligné.

4) la gestion des « migrants »

l'Arabie saoudite jusqu'à présent refuse d'accueillir des « migrants » sur son sol, alors qu'elle pourrait mettre à disposition le site de Mina, qui ne fonctionne que 5 jours par an à l'occasion du pélerinage, vaste de 20 km², qui peut accueillir jusqu'à 4 millions de personnes dans des conditions plus qu'acceptables. A comparer avec le Liban voisin qui accueille plus d'un million de réfugiés, pour une population de 6 millions d'habitants.
Alors que médias et politiques dans de nombreux pays d'Europe tentent de convaincre leurs populations d'accepter d'accueillir en masse les « migrants », avec une rhétorique culpublisatrice, et de massives opérations de propagande comme l'exploitation du cadavre du petit Aylan début septembre 2015, pourquoi l'Arabie Saoudite refuse-t-elle absolument, avec les autres pays du Golfe, d'en accueillir sa part, alors qu'elle en a largement les moyens ?
Une des raisons avancées par les autorités saoudienne est la crainte d'importation d'idées subversives, et que leur pays soit victime d'un scénario à la Libanaise, quand un soudain afflux de réfugiés palestiniens avait été l'étincelle du déclanchement de la guerre civile en 1975... comme si ce problème de sécurité par excellence ne se posait pas pour des pays comme la France et l'Allemagne, dont la culture et les traditions sont encore plus différentes...
A défaut d'accueillir sa part de migrants, l'Arabie Saoudite propose à l'Allemagne, en septembre 2015, de financer la construction de 200 mosquées pour les besoins des migrants .


Conclusion

En guise de conclusion, je souhaiterais citer les propos du waqf chiite que nous avons rencontré à Bagdad il y a près d'un mois et qui a spontanément exposé devant nous les graves problèmes de sécurité que posent à terme la lune de miel franco saoudienne . Tous les éléments évoqués dans cet exposé s'y trouvent résumés, de la part d'un éminent représentant d'une communauté qui a payé un tribut extrêmement lourd dans sa guerre contre l'EI, suite à l'invasion de l'Irak par ce dernier en juin 2014, et l'appel au jihad contre l'EI lancé en réponse par la plus haute autorité chiite d'Irak, l'ayatollah al-Sistani .

« Le wahhabisme est un problème qui se pose pour le monde entier. Avec tristesse nous constatons que les Etats européens se sont trompés sur le sens de Daech ; ils se sont attardés jusqu'à ce qu'ils fassent à leur tour l'épeuve du terrorisme que nous subissons. L'erreur des Européens, c'est qu'ils ont ouvert leurs pays, et leurs villes, aux grands centres religieux wahhabites et aux grandes mosquées. Ils ont laissé des gens faire jusqu'au recrutement des gens qu'ils envoient pour combattre avec Daech et qui reviennent par la suite semer le désordre parmi les populations civiles et paisibles en Europe. Jusqu'à présent, on le remarque, malgré ce désastre, en Europe et spécialement en France les autorités agissent timidement avec ces gens et avec cette pensée qui est destructrice. Et je pense particulièrement que la cause de cet aveuglement vient beaucoup plus de considérations économiques et financières qui sont imposées par ceux qu'on connaît : l'Arabie Saoudite et ses moyens financiers énormes. Nous constatons avec tristesse que le gouvernement français préfère l'argent sale des pays qui exportent le wahhabisme, à la sécurité et à la valeur du sang de leurs citoyens. (…) Ce qui est étrange c'est que ces pays européens imposent des embargos sur des états moins dangereux, alors qu'ils savent que l'Arabie Saoudite est plus dangereuse pour la sécurité du monde que ces pays-là ; pourtant ils laissent faire. S'il y a bien une liste d'états terroristes, et une liste noire au Conseil de Sécurité pour les pays européens, normalement la première place devrait revenir à l'Arabie Saoudite. Je vous dis cela avec connaissance et certitude parce que les méthodes d'enseignement en Arabie Saoudite, ce qui se remarque dans les manuels scolaires, vise à imprimer dans l'esprit des élèves, du primaire jusqu'à l'université, que celui ne pense pas comme eux n'a pas droit à la vie. Toutes les mosquées en Arabie Saoudite sont sous l'autorité des wahhabites, et la portée et les principes du wahhabite, c'est qu'eux-seuls sont les vrais croyants et que seuls parlent au nom de Dieu. Tous les moyens des médias, tous les écrits comme les livres, les journaux, et autres, ils axent leurs articles et leurs moyens d'information sur ce point : takfiri. Takfir c'est :« tu ne crois pas comme moi, donc tu n'as pas le droit à la vie ». Nous savons que tout l'argent des hommes d'affaire saoudiens dont les fortunes sont énormes, quand ils donnent ce qu'ils appellent Zaket ou les dons, l'aumône, tout cet argent qu'ils réunissent est envoyé à ces terroristes. Je ne pense pas que les politiciens en France ignorent cela, et ils savent exactement ce qui se passe en Arabie Saoudite (...), mais ils ferment les yeux pour des intérêts économiques. »

               

 

https://www.youtube.com/watch?v=XceF__-jNGo

«La politique étrangère de la France au Moyen Orient »

Gérard BAPT,Président du groupe d'amitié France-Syrie de l'Assemblée nationale, membre du Parti socialiste et médecin-cardiologue.

Merci monsieur le Président, vous vous êtes évertué à me présenter… dans votre papier jaune comme dans votre présentation… comme un vieux barbon ; je vais essayer de pas trop confirmer cette présentation… même s’il est vrai que j’ai quelques années d’expériences parlementaire. Être parlementaire c’est intéressant si on va chercher l’information qui peut vous parvenir… bon, je l’ai fait surtout moi en matière de santé, je sors d’ailleurs de l’enregistrement d’un film que je vous recommande quand il paraîtra – puisque c’était une frondeuse remarquable, Dr. Irène Frachon, sur l’affaire du Médiator – et puis moi je ne suis pas frondeur au plan de la politique intérieure parce que je pensais effectivement qu’il fallait restaurer la compétitivité dans nos entreprises – peut-être qu’aujourd’hui d’ailleurs ça donne quelques résultats – mais, je dois vous dire que je suis frondeur sur le plan de la politique extérieure. Je ne suis pas du tout formé à la diplomatie, mais il se trouve que - je suis depuis très longtemps - j’ai été président du groupe d’amitié France-Liban – j’ai connu le Liban dans la pleine guerre civile. J’ai lourdement senti la présence Syrienne au Liban et je suis devenu président du groupe d’amitié France-Syrie par un hasard de circonstances qui fait que – en 92, quand on a perdu la majorité, la nouvelle majorité qui s’appelait déjà UMP à l’époque, a voulu reprendre la présidence du groupe d’amitié France-Liban… et, hasard des choses, le président du groupe socialiste à l’époque s’appelait Jean-Marc Ayrault, il m’a appelé en disant « tu sais Gérard, on n’a pas pu garder la présidence France-Liban par contre ils laissent la présidence de France-Syrie, alors je voudrais que ce soit quelqu’un qui connaisse un peu la région » ; moi au départ, ça m’a un petit peu surpris, on n’était pas encore dans une phase historique nouvelle. Et puis, j’ai accepté et puis j’ai vécu l’histoire tumultueuse des relations entre la France et la Syrie, la lune de miel lorsque Bachar El Assad est arrivé, même si j’avais rencontré Hafez El Assad auparavant au quai d’Orsay… cette lune de miel qui s’est terminée brutalement avec l’assassinat de Rafic Hariri, et qui, à mon sens, coïncide avec le revirement de la présidence française - qui a quitté la position Gaullo-Mitterrandienne classique de notre diplomatie originelle et qui était de se tenir toujours dans une position avant tout de médiation, d’amitié avec l’ensemble des Etats, de développement des relations culturelles, économiques avec l’ensemble des courants – qui a quitté donc à ce moment-là cette position qu’elle avait pourtant assumé avec beaucoup de brio au moment de la guerre en Irak puisque son ministre des affaires étrangères à l’époque – Dominique De Villepin – avait prononcé un discours historique à l’ONU en dénonçant à l’avance ce qui allait se passer comme catastrophe après l’intervention américano-anglaise et les pays du Golfe en Irak.
Je crois que c’est à partir de l’assassinat de Rafic Hariri que le président Chirac a basculé et a rejoint d’ailleurs dans cette fameuse Résolution à l’ONU qui demandait le départ immédiat de la présence syrienne - qui avait été demandé auparavant par l’ONU pour stabiliser le Liban - ; il s’est rapproché à ce moment-là, notamment au G8 à Evian, du président Bush et il s’est rapproché de ce qui est une philosophie diplomatique américaine, qui a culminé au moment de Bush avec Kissinger, c’est ce qu’on appelle le « néo-conservatisme », c’est-à-dire des valeurs de la diplomatie qui font passer les valeurs occidentales comme supérieures, les valeurs de la démocratie à l’européenne et à l’occidentale, les valeurs aussi du libéralisme, de l’échange économique et, y compris donc, cette prééminence donnant le droit à l’ingérence. Mais on ne va pas le faire sous l’ingérence politique, on va le faire sous l’ingérence du « droit humanitaire » - et ça a progressé chez nous avec Bernard Kouchner notamment –. Le droit humanitaire, la possibilité de s’ingérer pour « protéger les populations civiles » et c’est au nom de cela que d’ailleurs l’intervention franco-anglaise – avec malgré tout la bénédiction américaine – s’est produite en Lybie… en Lybie où on a reproduit la raison de « protection des populations » sous prétexte qu’on avait commencé à mitrailler des populations civiles à Benghazi par l’aviation de Kadhafi… ce mitraillage n’a jamais eu lieu ! Il a été indiqué par Al Jazeera, qui a tout de suite été repris par la secrétaire d’Etat britannique de l’époque et qui a donné donc la possibilité – en grugeant au passage la Russie et la Chine – d’aller non pas faire une protection de population mais aller renverser le régime, jusqu’à aller tuer Kadhafi alors même que l’on savait qu’à l’époque Kadhafi était déjà d’accord pour – mais avec un certain nombre d’égards – quitter le pouvoir.
Et ensuite, on s’est heurté à la Syrie. Alors on s’est heurté à la Syrie pourquoi ? Sans doute parce que, lit-on, depuis 2006, la CIA et un certain nombre de services de renseignement, voyaient dans l’arc chiite – l’Iran, l’Irak, la Syrie alliée, le Hezbollah – un danger à la fois pour Israël et pour l’Arabie Saoudite. Le facteur déclenchant ayant été peut-être – c’est à peu près certain - le fait que Bachar El Assad a refusé le passage d’un pipeline qui venait du Qatar vers la méditerranée en préférant un pipeline qui lui venait d’Iran et serait passé donc par l’Irak et par la Syrie – alors que celui du Qatar serait passé par la Jordanie. Ça a peut-être été un des facteurs déclenchant décisif de la décision de profiter de manifestations - qui à certains égards se sont très certainement rapprochés des « printemps arabes » – mais dont on a pu juger, en revoyant les câbles diplomatiques de l’ambassadeur de l’époque – Eric Chevallier – que pourtant il attirait l’attention sur le fait que ce n’était pas tout à fait la même chose que ce qui se passait pour les autres « printemps arabes » ; ce n’était pas tout à fait la jeunesse estudiantine, les intellectuels, la bourgeoisie éclairée… que ces manifestations venaient après un grand épisode de sécheresse en Syrie, de populations déplacées qui s’étaient localisées dans les faubourgs et qui étaient en situation sociale difficile… et puis très certainement aussi, depuis un certain temps, de l’influence de fonds sociaux qui venaient du Golfe et qui expliquaient notamment que l’on avait vu progressivement de plus en plus de femmes voilées à Damas – ce qui n’était pas le cas quelques années auparavant.
En ce qui concerne la France - puisque c’est un petit peu le sujet que vous m’avez confié – l’engagement de François Hollande le numéro 57, à l’élection présidentielle, c’était une « aide accrue aux pays en développement et un renouveau du multilatéralisme ». Bon, « l’aide accrue aux pays en développement », on sait ce que c’est. Mais « le renouveau du multilatéralisme », on voit que c’est l’inverse qui est pratiqué par l’Elysée et le Quai d’Orsay puisqu’on a un club qui est le club « franco-anglo-américain », allié bien entendu aux pays du Golfe - qui ont l’avantage de pouvoir financer à fonds perdus - qui aujourd’hui est à la manœuvre.
Et, à cet égard, où est la politique étrangère de la France ? C’est la question qui m’était posée dans cette réunion. Une politique étrangère ça sert, d’une part à assurer la sécurité intérieure, d’autre part aussi, à concourir à la stabilité de ses voisins – puisque la déstabilisation d’un voisin peut entraîner l’insécurité intérieure – et puis aussi à protéger l’identité nationale. Et nous en France on a quand même une tradition qui veut que on a une identité un petit peu particulière ; alors on se… plume du coq parfois avec les valeurs de la Révolution française, le « message universel » de la France… Aujourd’hui on peut encore s’en réclamer mais il est trop d’occasions où on ne le voit plus à mon sens.
Ce multilatéralisme donc il est mort ; non seulement il est mort mais en plus il a conduit à ce qu’on se mette en opposition de plus en plus dure avec un autre pays, qui est d’Europe du nord mais qui fait partie néanmoins de notre continent, qu’est la Russie. Alors il y a non seulement l’adhésion à l’OTAN sous Sarkozy effectivement mais il y a le fait que l’OTAN a fait adhérer des pays de l’Est en remplaçant en quelque sorte un glacis soviétique par un autre glacis qui serait otanien. Ça a marché tant que la Russie était faible, ça commence à trouver des résistances… et Poutine n’accepte plus. Mais au lieu de traiter ça par le dialogue et la coopération, on traite ça par des sanctions. Or les sanctions elles pénalisent qui ? – c’est vrai dans tous les pays, ça a été le cas en Iran bien entendu, c’est toujours le cas en Syrie pour la partie qui relève de l’Etat syrien – c’est toujours le peuple qui pâti de ces sanctions-là. Mais en l’occurrence, les sanctions avec la Russie… ; la Russie est un grand pays et les sanctions occidentales néanmoins mettront du temps, ça ne fait que créer quelques difficultés économiques. Par contre, on se sanctionne nous-même puisque c’est l’agriculture française qui a le plus de dommage des sanctions avec la Russie ; sans compter bien entendu l’affaire des « Mistrals », où heureusement avec l’Egypte et les fonds saoudiens on a trouvé une porte de sortie.
Alors la politique arabe de la France ancienne, elle a disparu et à l’heure actuelle on se demande s’il y a une politique étrangère française pour le Moyen-Orient… si ce n’est - ce que moi j’avais dénoncé dans un communiqué parce que ça m’avait fait beaucoup de peine en pensant à mon frère qui a eu la légion d’honneur sur un lit d’hôpital au moment de l’évacuation des allemands vers la Normandie, blessé qu’il était pendant la Résistance – lorsqu’on a remis la légion d’honneur au ministre saoudien de la défense. Et, si ce n’est que peu après la visite d’un ministre - qui venait dans le cadre du groupe des amis de la Syrie – on a vu une grande interview, en page deux du Monde, intégralement consacrée à ce ministre saoudien et dans laquelle – il faut le retrouver – dans laquelle, dans le dernier paragraphe, ce ministre se félicite de « l’alignement de la France sur tous les aspects de la politique saoudienne » ; c’est la conclusion ! Et il n’y a jamais eu aucune réaction. Moi je l’ai gardé parce que c’est bon pour l’histoire… mais malheureusement, c’est triste pour l’actualité.
Alors le deuxième élément concernant cette question syrienne c’est que on a cru aider une révolution populaire qui allait conduire rapidement à la chute de Assad… tous les quinze jours on disait « ça y est, ça arrive, c’est tout de suite ». Comment notre diplomatie a-t-elle pu se tromper à ce point sur la situation intérieure syrienne ? Comment a-t-elle pu penser que la bourgeoisie sunnite, et notamment commerçante et industrielle d’Alep, les minorités religieuses – et pas seulement les chrétiennes – allaient pouvoir risquer la charia – dont la majorité sunnite ne veut pas puisqu’ils sont toujours du côté de l’Etat – et sans compter les minorités religieuses, sans compter ceux à qui on a déjà promis la décapitation - et qu’ils allaient donc ne pas faire front autour du régime ? Alors certes le régime, à mon sens, a fait d’énormes fautes de répression dans les premières semaines de ces manifestations – il y a eu d’ailleurs des désertions dans l’armée, au départ – qui expliquent la création de cette « armée syrienne libre » qui a rapidement été submergée. Et ça, on aurait dû le voir, d’autant plus que… alors j’ai retrouvé ça dans Marianne (un hebdomadaire que je vous conseille de lire de temps en temps), le 11 au 17 mars 2016 le numéro 987 révèle (alors je n’ai pas réussi à obtenir l’original parce que le journaliste il ne donne jamais ses sources ; c’est dommage mais on a quand même la page), qu’une note au Quai d’Orsay du 15 octobre 2012 à Fabius écrit « le piège islamiste vient du Golfe », écrit et pointe clairement la responsabilité de l’Arabie Saoudite et du Qatar dans le financement des groupes djihadistes luttant en Syrie – il n’y avait pas encore Daesh – « la visibilité croissante des islamistes dans l’opposition armée est un phénomène marquant depuis quelques semaines ; même s’ils ne sont pas dominant dans le champ de l’opposition syrienne ceci pose toutefois la question du poids réel de l’islamisme dans ses différentes composantes ». Tout était dans cette note du 15 décembre 2012 qui a fait l’objet d’un « classement vertical ». Donc, il s’agit là d’une volonté et d’un parti pris d’une alliance, qui devient stratégique, avec les Etats du Golfe ; et pourtant j’entendais d’un orateur qui était assis ici – monsieur Belliot je crois – parler du financement par les Etats du Golfe du terrorisme.
Sur Médiapart vient de paraître un article sur la fortune d’un ancien Emir du Qatar ou de… oui je crois que c’est du Qatar oui. Alors il a abandonné le pouvoir cet ancien Emir, et il est dit dans Médiapart – c’est ces jours-ci que ça vient de paraître – que cet Emir a quatre milliards et demi de dollars à l’extérieur pour son, sa propriété personnelle. Et toujours on nous répond : mais on n’a aucune preuve que les Etats du Golfe financent les groupes terroristes, ou les groupes islamistes ! Mais quand il y a une telle confusion entre les fonds privés et les fonds d’Etat dans ces pays, comment peut-on avoir cette certitude-là ?
Je pense que l’on se fourvoie, que l’on s’est complètement fourvoyé et que l’on n’a pas su voir par ailleurs - deuxième grosse erreur de la diplomatie française – la solidité des liens qui unissaient la Syrie avec ses alliés. On aurait pu commencer à le voir lorsque Hassan Nasrallah, annonçant l’intervention du Hezbollah en Syrie, avait dit « pour nous c’est une lutte existentielle » ; parce qu’il savait très bien que de la Syrie on allait pouvoir troubler l’équilibre communautaire qui existe au Liban. On n’a pas su le voir non plus, parce que ce lien existait entre l’Iran et la Syrie de manière très formelle. On n’a pas su le voir non plus quand on a pensé que la Russie, prise dans ses problèmes, ne s’intéresserait pas à ce qui était pourtant son implantation, et la seule, en méditerranée – le port de Tartous – et… comme des liens et non pas des contrats mais des… - comment dit-on en diplomatie ; voyez je ne suis pas un diplomate – des… oui des accords ou des – voilà – des traités ; des traités à de multiples titres qui unissaient la Syrie et la Russie.
Et donc aujourd’hui et bien la France est totalement hors du jeu ; ça se passe entre Kerry et Lavrov, ça se passe entre Obama et Poutine mais la France ne peut plus peser. Alors moi ce que je souhaiterais, si elle ne pèse pas, au moins qu’elle arrête de favoriser les menées et qu’elle arrête de s’agenouiller devant les chantages extraordinaires que peut faire la Turquie à propos des migrants ; et vous avez vu aussi le fait que la Turquie vient de refuser l’accès à son sol au secrétaire d’Etat allemand à la défense ainsi qu’à une délégation parlementaire allemande - alors même qu’il y a des avions allemands qui vont stationner avec les américains sur une base aérienne en Turquie - ; la Turquie vient de refuser l’accès de son sol pour, en quelques sortes, avoir une mesure de rétorsion par rapport au vote du Bundestag sur le génocide arménien. Alors un petit mot quand même - parce que moi je suis toujours très en relation avec des familles franco-syriennes ou franco-libanaises toulousaines qui sont issues d’Alep, qui ont toujours de la famille à Alep – quand je pense qu’en 1915 il y a eu le génocide arménien et syriac et qu’en 2015 ce sont les hommes du même sultan qui, en quelques sortes, veulent achever le combat à Alep. Voilà pourquoi je souhaite que rapidement la paix revienne à Alep.

https://www.youtube.com/watch?v=13URMgVzVec

Cinq ans de politique étrangère aux printemps arabes », Fayçal JALLOUL, Ecrivain et spécialiste du Monde arabe 

Le printemps arabe a bouleversé la grande majorité des pays influents du monde arabe et a plus généralement pris radicalement de cours nombre d’Etats,  surtout la France, jusque-là sure de sa politique arabe séculaire.  

Le premier des mouvements populaires s’est déclenché spontanément à Sidi Bouzid en Tunisie où un marchand ambulant s’immolait par le feu après avoir été maltraité par la police : un événement qui, comme beaucoup d’autre avant lui, aurait dû rester inaperçu mais qui est finalement devenu historique. Compte tenu de sa politique bien installée dans la région, la France ne pouvait aborder ce déclenchement insurrectionnel de façon nouvelle. Sans surprise, Michèle Alliot-Marie alla jusqu’à proposer aux autorités tunisiennes l’aide de l’Etat français pour réprimer le soulèvement.   

La chute rapide de Ben Ali coïncida avec le commencement de la révolte populaire en Egypte. Or, le président Moubarak était comme Ben Ali, un grand ami de la France. Il co-présidait avec Nicolas Sarkozy l’Union de la Méditerranée. La France se trouvait dans la situation délicate de devoir soutenir le renversement de deux de ses amis historiques sans savoir par qui les remplacer. C’est ce qui explique que la politique de Sarkozy s’est caractérisée par une sorte d’acrobatie de l’accompagnement sans gloire. Une politique marquée d’un côté par l’hésitation puis le suivisme en Tunisie et en Egypte, et de l’autre par l’interventionnisme en Lybie et en Syrie, deux pays considérés comme anti-occidentaux.

La France avec la Grande Bretagne et l’alliance atlantique menait une vraie guerre contre le colonel Mouammar Kadhafi jusqu’à sa chute et sa mort. Elle est toujours en guerre contre le président syrien Bachar el Assad. Au Yémen comme au Bahreïn, la France s’alignait sur la politique des pays du Golfe supervisée par les Américains.

Dans tous les cas, la France sort affaiblie du passage du Printemps arabe dans une région importante à sa frontière. Non seulement sa politique arabe a reçu un coup fatal mais l’Etat français doit en plus faire face au terrorisme émanant du Printemps syro-libyen devenu un véritable cauchemar international.

 

https://www.youtube.com/watch?v=GSxy7xn9eFA

« La politique française dans le Golfe Persique », Talal ATRISSI, Doyen de l’école doctorale des lettres et sciences humaines et sociales à l’Université Libanaise.

La Région du Golf Persique a vécu des tensions remarquables ces dernières années, entre l’Iran et les pays Arabe du Golf.
Cette région  a toujours attiré  l’attention internationale (des grandes puissances) depuis des décennies.
Cela revient à la géostratégie de cette région, où le pétrole, les voies  maritimes, le conflit Israélo-Arabe, et l’Islam avec toutes ses mutations et ses différentes tendances (surtout l’Islam violent aujourd’hui).  
Ce qui peut être noté en ce qui concerne les tensions aux Golf  Persique, c’est plutôt leurs restrictions durant ces dernières années entre l’Arabie Saoudite et l’Iran.
La crainte du royaume  des résultats des négociations nucléaires Iraniennes avec l’Occident a  poussé les Etats-Unis à adopter deux lignes en parallèles :
1- Poursuivre les négociations pour un « Accord Historique » avec l’Iran.
2- Rassurer le Royaume Saoudien de la permanence de leur alliance stratégique.
Mais la politique Française a adopté  envers ces négociations  une seule direction ferme et  radicale comme celle de  l’Arabie Saoudite.
La politique de la France qui était plutôt équilibrée a changé envers l’Iran ces deux dernières décennies pour devenir  après 2003 (l’occupation de l’Iraq) plus conforme à celle des Etats-Unis dans le Golf Persique.

Suite aux achats d’armes et du Pétrole, la France  ferme les yeux sur tout ce qui se passe dans les royaumes du Golf concernant les droits de l’Homme, les droits de la femme, et de la participation politique.
Pourtant, cette même Politique Française est devenue rigoureusement radicale et ferme envers l’Iran sur tous les niveaux.
Le royaume Saoudien était extrêmement fâché et perturbé, après la signature de l’Accord  nucléaire  avec l’Iran.
Cette perturbation  a été précédée par une grande  angoisse de la déclaration de Washington  de transmettre sa stratégie à l’Océan Pacifique.

Le président américain Barack Obama, est devenu, après l’accord avec l’Iran et la montée du terrorisme (Daech) plus critique envers le royaume Saoudien et son « Wahhabisme ». Obama a même considéré que le danger sur le Royaume Saoudien provient de l’intérieur, de son « Wahhabisme » et non pas de l’Iran. Mais la politique de la France n’a pas changé et a resté  la même avec l’Arabie Saoudite et contre l’Iran.

Certains pensaient que la France héritera les relations enracinées depuis plus de 60 ans, des Etats-Unis avec l’Arabie Saoudite. Ceci  a notre avis n’est pas possible, parce que le Royaume lui-même n’est pas convaincu de cette protection, ni de la France, ou de l’Union Européen, ni de la Russie ou même de la Chine.
En effet, la France n’est plus cette force qui dispose des capacités lui permettant de jouer un tel rôle.

Cette tension Saoudienne- Iranienne est une source d’inquiétude régionale et internationale, par peur de glisser vers ce qui est encore plus grave.
Le rassurement de cette inquiétude et de cette angoisse Saoudienne, ne doit pas être la  proclamation  de l’hostilité contre l’Iran. C’est un comportement qui n’a même pas été le choix d’Obama lui-même. D’autre part  le pari français ou occidental sur la monté des réformistes ne pourra aboutir à un changement du comportement Iranien.

Est-ce que la France, qui a dépassé son  rigorisme nucléaire avec l’Iran  pourra  prendre l’initiative pour  un rapprochement ou une  entente Saoudienne-Iranienne. ?
Surtout qu’une telle entente pourra aider à lutter contre le terrorisme, et préservera en même temps la stabilité, et les intérêts communs et mutuels entre la France et tous  les Pays du Golf Persique.

 

 

 https://www.youtube.com/watch?v=xAL0pXneue0

    « La France et l'Union Européenne – Quelle diplomatie au Moyen   Orient? »,


Ana GOMES, Ancienne diplomate et ambassadrice du Portugal, Anne Gomes est aujourd’hui député du Parlement européen et membre de la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures, et du Sous-comité pour la sécurité et la défense, ainsi que membre à part entière de la délégation pour les relations avec les États-Unis et la délégation à l’Assemblée parlementaire du Union pour la Méditerranée. Elle est membre suppléant du Comité des affaires étrangères et de la Sous-commission des droits de l’homme. Son travail à la main met l’accent sur la justice et des affaires intérieures, de la sécurité et de la défense, la justice fiscale et de transparence, les droits humains et la primauté du droit. En 1980, elle a servi dans les missions portugaises de l’ONU à New York et à Genève.

Comment s’ajuster contre le terrorisme ?
…On ne sait pas du tout on espère mais en tant que diplomate portugaise socialiste qui joue son rôle, fait son boulot en tant que membre du parlement européen, membre de la commission des relations extérieures aussi de la commission des libertés civiles et sécurité intérieure qui essaye de réconcilier droit de l’homme et sécurité de défense et donc depuis 2004 depuis que je suis entrée au parlement européen, j’ai travaillé sur des sujets du Moyen-Orient, en rentrant au parlement en tant que diplomate de carrière j’étais convaincu que la question du conflit israélo palestinien étais absolument capitale, l’expression que j’utilise à l’époque et que j’utilise aujourd’hui, c’est que le concert des relations internationales, le manque de réglementation mondial sur cette question et c’est une perception qui m’est venue déjà d’avoir travaillé en tant que diplomate au début du processus des pays du Moyen orient 1991, et très impliqué dans ce que c’était la présidence portugaise 92 qui a mis en place toutes les structures qui ont découlé de la conférence de Madrid, et aussi a cause de mon expérience de mon dernier poste diplomatique.


Réflexions personnels
Ambassadeur de l’Indonésie en 2003 quand l’Indonésie a connu sa transition démocratique, l’Indonésie étant le plus pays le plus peuple de musulmans au monde et il ya une démocratie comme toute les démocraties en construction démocratique, en tant voie démocratique, est déjà heurté au terrorisme notamment à la branche de Al Quaida, Jammaa Islamiya qui frappait souvent et nous en Europe on s’est pas rendu compte que quand il y a eu la grande bombe de Bali en 2012. Et donc beaucoup d’australiens et d’européens sont morts mais entre temps des indonésiens n’ouvraient tous les jours sous les bombes de Jamaa Islamiya, et à l’époque déjà les spécialistes et les imams, les oulémas locaux disaient à nous les diplomates, c’est l’Arabie Saoudite qui finance, qui fait le prosélytisme du wahhabisme.
Ça na rien à voir avec l’Islam tel que nous le concevons dans un pays assez diverse et tel que nous le pratiquons ici etc., et c’est pourquoi je me suis occupée de ces questions au parlement européen, j’étais rapporteur pour l’Arabie Saoudite, le premier rapport qui a été fait en 2016, avant déjà en 2008, j’ai fait un rapport sur l’Irak en partant du fait que nous les européens, on était divisé à cause de l’invasion de l’Irak en 2003 mais il fallait ne pas se laisser mangeoter par ces divisions et aller de l’avant on ne peut pas ignorer l’Irak, on ne doit pas ignorer l’Irak et on doit s’engager avec l’Irak pour une voix disons démocratique, moi je crois à fermement l’union européenne, à ses principes et ses propos. Et donc parce que je crois je suis très critique, constructivement critique mais très critique et ce que je vous dis que malheureusement je n’ai vu que la négociation qui a conduit à une certaine normalisation qu’on a vu avec l’Iran, c’était important, je crois que l’union européenne a joué un rôle important même que je ne crois pas que l’union européen a été décisive, non c’est les Etats unis mais l’union européenne a joué un rôle important la dessus et c’était comme vous le savez sans manque de contradiction, au sein même des européens même au sein des européens même notamment des positions ici de la France à l’époque.
Mais à part ca je regarde autour et c’est très décevant le bilan, même si avec notamment le traité de Lisbonne et la création du poste de Haut représentant pour la politique extérieure et le fait que ce poste avait quelque chose très important par rapport à ce qu’on avait avant avec Solana, c’est que on faisait la fusion entre le rôle de hauts représentants pour la politique extérieure, une espèce des ministres des affaires étrangères, on l’appelait mais ces affaires étrangères dans ce qu’on appelait à l’époque de la constitution de l’Europe, on a après changé pour hauts représentants pour la politique mais ce qui est assez important c’est que ce rôle de haut représentant vient aussi avec le chapeau de vice président de la commission et là c’est la différence avec Solana parce que en tant que vice président de la commission européenne, c’est l’argent, c’est le fric, ça fait énormément de différence, c’est les moyens financiers, mais aussi les ressources humaines pour faire en sorte que nos visions, notre rhétorique en matière de politique extérieure puisse devenir une réalité.
Je veux vous convaincre d’un certain nombre de choses….
Mais pour ça il faut déjà comprendre que et ça était aussi en des défis lancés en haut représentant c’est d’assurer la coordination entre les différentes politiques – des politiques extérieures parce que bien sûr on ne peut pas avoir des idéaux fantastiques, des objectifs durables, mais avoir d’autres politiques qui font le contraire au niveau commercial au niveau de la politique énergétique au niveau et bien un autre défi, très important à mon avis avec la création de ce poste c’est serait de doter l’union européenne pas seulement d’une politique essayer d’organiser de coordonner et de mettre en place une politique cohérente, consistante, extérieure avec toutes ses domaines commerciaux, développement énergie mais aussi le volet sécurité de défense, parce que on ne peut pas se tromper on a beau avoir du soft power, mais il faut quand même surtout avoir du hard power, surtout dans un monde déréglé, où l’on a envie, c’est très important d’avoir du hard power, surtout dans un monde déréglé où l’on vit, comme on le voit bien et ça sera aussi le grand défi pour le Haut représentant de aussi pousser sur une politique commune sécurité défense.
C’était mon espoir, mais jusqu’ici je suis très déçue, la première question, parce que Mme Ashton avait beaucoup de difficulté puisqu’elle n’était pas préparée du tout même du point de vue de la géographie, enfin elle était anglaise et on sait très bien que les anglais bon surtout par exemple en matière politique, sécurité et défense ils pouvaient faire une grande différence mais ils ont choisi jusqu’ici de ne pas aider dans ce domaine-là, au contraire de mettre des bâtons dans les roues, ou de choisir à la carte quand ça les arrange.
Et maintenant nous avons Mme Mogherini, qui est plus préparée notamment en ce qui concerne le Moyen orient et donc le voisinage sud et beaucoup plus préparée de sa sensibilité italienne, mais plus que ça parce qu’elle a fait des études la dessus et s’est engagée toute sa vie en tante qu’académique et puis comme parlementaire avec le Moyen orient, je crois qu’elle est vraiment préoccupée passionnée même des questions notamment des question israélo palestiniennes.
Mais je dois dire aussi jusqu’ici je reste dans l’attente parce que il y a toute sorte de contrainte et surtout des contraintes qui tiennent bien sur à la direction politique de l’union européenne, et tous ce qu’on a vu ces années, et ce n’est pas par hasard que l’on voit tous ces xénophobes, extrêmes droite, etc. s’insuffler dans nos pays, ça a beaucoup à avoir au lieu de signifier un pas en avant dans un approfondissement de l’union européenne et donc dans l’intégration y compris dans la politique extérieure.
C’est la renationalisation, la « regouvernementalisation » de beaucoup de domaines et dans ces domaines critiques toutes les avancés sont très à la carte et pas vraiment cohérente donc c’est évident que ca particulièrement dans les défis au Moyen orient et qui ont de retombées énormes chez nous notamment dans le domaine de notre sécurité parce que l’une des choses que le terrorisme nous a fait tous découvrir que notre sécurité intérieure dépend de la sécurité de notre voisinage, dans le monde où l’on vit aujourd’hui un monde globalisé, un monde qui est un village, même le voisinage immédiat, donc la sécurité globale qui a des implications chez nous et là ce que je continue de voir c’est que justement la question du conflit israélo-palestinien tout le temps a alimenté même de façon instrumentale toutes sortes de groupes terroristes déjà en Indonésie avec la jamaa isalamiya mais aujourd’hui on a des conflits comme le conflit syrien qui alimente encore plus davantage, peut-être pour un moment.


Et quoi de la Palestine ?
Mais je pense qu’à tout moment et avec la situation se détériorant de façon accélérée, en Palestine et donc entre Israël et Palestine, ca peut avoir des conséquences terribles chez nous et partout dans le monde et je ne vois pas que l’union européenne, et les pays membres s’y intéresse a part donc cette flore qui est maintenant faite par la France que je salue parce que ca vaut mieux que rien du tout même si j’ai des doutes que ca soit une initiative cohérente. Aujourd’hui on a écouté au parlement européen, Mr. Mahmoud Abbas, président de l’autorité palestinienne, hier c’était le président de Israël Mr. Rivlin qui est venu, bon j’ai l’impression que c’est une histoire, on essaye d’équilibrer mais sans cet équilibre je crains parce que vraiment la situation est telle, et moi j’ai été en Palestine depuis deux mois, j’ai visité des campements de bédouins qui étaient démolis, d’ailleurs l’union européenne investit pour financer pour et puis viennent les troupes israéliennes et écrasent, l’histoire de « we want to be a player not a payer », ils viennent toujours détruire tout le temps détruire et rien ne se passe, j’ai vu la progression du mur et des colonies de façon incroyable par rapport à ce que j’avais vu la dernière fois quand j’avais été et ce qui m’a frappé beaucoup c’est le sentiment complètement apathique de la plupart des israéliens, il y a le mur il voit pas, la vie est facile de leur coté, sauf quand il y a des attaques, même si ces attaques sont démonstratifs du désespoir total des gamins, etc., que la situation est terrible et le coté des palestiniens c’est le désespoir, moi j’étais là quand il y avait eu ce terrible incident à Hébron ou un soldat avait été blessé au sol et tué et j’ai passé là bas ; c’était horrible moi j’ai senti l’humiliation que les palestiniens éprouvent tous les jours il faut être humain pour le sentir et savoir que ça ne peut pas donner de bons résultats et les palestiniens sont très désespérés parce qu’ils ne croient plus à leur propre leadership, il n’y croient plus, il n’ y a pas de résultat, leur vie et puis c’est vraiment j’ai eu de mal, je n’ai pas rencontré même un seul palestinien qui me dise qu’il croit toujours à la solution des deux Etats, donc moi je suis inquiète aussi parce que je pense que c’est une question existentielle pour Israël mais c’est une question existentielle pour tout le monde dans le région.
L’Europe a son mot à dire sur Israël et le Moyen Orient, Moi aussi
Ça c’est vraiment à quel point la situation est terrible, c’est pourquoi je dis je salue l’initiative française parce qu’elle est comme disent les américains… Mais elle est en soi démonstrative du manque de tout parce qu’elle est le manque de tout, de manque d’une… C’est la plaisanterie, c’est le manque de l’Europe, bon je crois l’Europe aussi regardons la France et Mme Mogherini s’attend à ce que cette initiative française nous mène quelque part, mais on voit bien sur les relations d’Israël, on voit que ceux qui pouvaient mettre de la pression sur Israël ne le font pas certainement pour les américains qui se rapprochent de la période des fêtes. Et certainement pas les européens parce que on est dans une Europe allemande et l’Allemagne est un pays bien sûr très chantagé tout le temps par Israël et ça explique beaucoup l’inaction et en plus avec l’élargissement à l’Est donc de l’Union européenne, le camp ou il ya des soutiens, des alignements acritiques, parce que je ne trouve pas qu’ils soient vraiment amis d’Israël parce que je trouve qu’il y a un vrai problème existentiel en Israël à cause de la démographie et tous les enjeux et donc voilà je suis très préoccupée là dessus, et d’autant plus qu’on sort aussi de l’union européenne, il y a un autre équilibre de force qui se dégage avec l’histoire des réserves de gaz naturel autour de l’île de Chypre et avec bien sur les alignements qui vont dérivés avec de l’intérêts soit du point de vue de financement, soit de la technologie pour exploiter ces gisements, et de l’intérêt qui sont entrain de s’établir de quelques pays européennes de la région notamment Chypre et Grèce avec Israël, la dernière chose qu’on me dit c’est que M. Erdogan a causé toutes ces difficultés et ce manque d’ami il essaye de rebâtir une relation avec Israël, la Syrie….
Je crois que le débat que j’ai écouté avant, vous savez plus que moi, c’est un cas que ça me choque terriblement, que toute la rhétorique de l’union européenne et donc de chacun de ses états membres, d’avoir cette union pour essayer de résoudre des conflits, pour les droits de l’homme, pour the rule of law etc., en Syrie tout dans le sac, on a rien fait même contradiction vous savez mieux que moi, la France a peut être essayé mais aussi a ses propres contradictions, ses reculs, ses faiblesses.
La Syrie je n’en vois pas la fin et surtout bien sûr quand on sait très bien que le conflit en Syrie est beaucoup plus que le conflit syrien en soi ça a beaucoup avoir dans ce conflit profond sunnite chiite, j’ai pensé que l’Iran pourrait être poussé à jouer un rôle positif mais bien sur ça impliquerait une initiative européenne que je ne vois pas du tout là, ce que je vois en ce qui concerne l’Iran c’est que c’est un nouveau pays tous intéressé à faire en Iran ce qu’ils font en Europe du business sans se poser des questions, droit de l’homme ou autres, bon je ne dis pas que ça n’a pas aussi de retombées positives, mais de pousser l’Iran à jouer un rôle positif dans ce conflit, je ne vois pas, même si je crois que par rapport à l’Arabie Saoudite je pense que l’Iran est une puissance qui a une logique, qui peut délivrer, on a une structure de l’Etat qui peut délivrer et qui veut s’engager dans la politique régionale et globale donc à mon avis, il y a de l’intérêt à cultiver et à développer des liens avec l’Irak, l’Iran la pousser à une position plus constructive qu’ elle l’est en ce moment, mais par contre, je ne vois pas qu’on le fasse et je pense qu’au contraire avec toutes nos politiques de business et normalement à cause du pétrole et de vente d’arme on fait même pas la différence avec l’Arabie Saoudite, et donc pour rééquilibrer cette relation très compliquée entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, et par rapport à l’Iran je pense que l’Arabie Saoudite et c’est ce que j’ai vu quand j’ai fait mon rapport et quand j’étais là bas et j’ai parlé avec tout le monde, c’est que c’est une puissance, plutôt ce n’est pas une puissance du tout, c’est quelque chose de dysfonctionnel, qui est maintenu par nous tous qui faisons avec parce que on a des intérêts économiques mais à mon avis ces intérêts économiques ne sont pas en ligne avec nos intérêts de sécurité au contraire comme je vous ai dit. Je vais peut être m’arrêter là je peux parler sur beaucoup d’autres contradictions – la Lybie, etc… mais je garderai pour le débat si vous êtes intéressés.

 

https://www.youtube.com/watch?v=z2TqKNN_GZo

La politique étrangère de la France à l’égard du Liban », Adel KHALIFEProfesseur de sciences politiques, Université libanaise

La France qui a offert l’indépendance au Liban en 1943 malgré la lutte de certains libanais contre la présence militaire française, a perdu de son influence dans ce pays considéré jadis la base de la politique française au proche orient. La question qui se pose maintenant : y-a-t-il encore une politique étrangère de la France au Liban ?

La réponse est non. La visite du président Hollande au Liban le mois dernier (avril 2016) a montré l’affaiblissement du rôle de la France au Liban et dans la région. Cette visite incolore et inodore fut vouée à l’échec, dans un pays sans chef d’état, meurtri affaibli et affecté par la crise syrienne. Elle n’a pas donné aucun espoir pour les libanais de changer leur situation vers l’élection d’un président de la république et les aider à sortir de la crise. La France perd aussi de sa grandeur en faveur de la politique américaine gestionnaire avec les russes du dossier syro-libanais. Après le mandat français sur le Liban, la France est devenue la mère tendre (selon l’expression de certains libanais) avec laquelle les libanais ont eu des relations culturelles diplomatiques privilégiées. Avec la conclusion de l’accord nucléaire iranien, la France est reléguée au second plan, également elle a perdu de son influence en Syrie et au Liban, et elle n’a plus aucune influence dans les négociations au proche orient malgré sa position de principe avec deux états palestinien et israélien. Laurent Fabius est resté jusqu’au dernier moment contre l’accord iranien le 13 juillet 2015, le lendemain, il était à Téhéran pour signer des accords commerciaux, il considérait peut-être que les contrats commerciaux sont plus importants que la devise de la république « liberté égalité fraternité ». François Hollande et Fabius ont signé aussi des contrats commerciaux avec l’Arabie Saoudite et Qatar, deux pays qui financent le terrorisme en Syrie et au Liban. Le président Chirac sur pression américaine et pour des raisons personnelles (son amitié avec le premier ministre libanais Rafic Hariri) a choisi de se rapprocher de la politique américaine surtout en ce qui concerne la gestion du dossier syro-libanais. Avec le président Sarkozy la politique française au Liban est remise en cause et remplacée par un cadre euro-méditerranéen avec un alignement atlantiste géré par les Etats Unis, dans son discours devant les ambassadeurs arabes à paris Sarkozy a déclaré « je suis un ami à Israël et j’ai une grande admiration pour la politique américaine ». Le Liban est délaissé alors pour son sort et surtout ses chrétiens, de même les chrétiens d’Orient qui se voient menacés par leur présence en Irak et en Syrie. Et enfin, avec Hollande, la politique française au Liban s’est encore affaiblie au profit de la politique américaine et d’un alignement sur Washington.

La conscience politique des libanais et des peuples arabes exige une présence française, une initiative de la France en faveur du Liban et de la Syrie car la France est solidaire de leurs causes à travers une histoire commune.

 

https://www.youtube.com/watch?v=lc2yyi1kwcI

La politique française vis à vis de l'Iran entre dessein d'un nouvel équilibre stratégique et stabilité régionale.

Emmanuel DUPUY, Président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE). Il est, par ailleurs, responsable des questions internationales et de défense de La Gauche Moderne. Il fut Conseiller politique (POLAD) du Commandant de la Task Force Lafayette (Forces françaises en Kapisa et en Surobi) en Afghanistan, de février à juillet 2011. Avant cela, il fut Chargé d’Etudes à l’Institut de Recherche Stratégiques de l’Ecole militaire (IRSEM) en 2010. Chargé de mission « Recherche – défense » auprès du Secrétaire d’Etat à la défense et aux Anciens combattants (2008-2010).

A quelques jours du premier anniversaire de l’accord sur le nucléaire iranien, entre l’Iran et les membres du groupe dit « P5+1 » (regroupant les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies auquel il convient d’ajouter l’Allemagne et l’UE), l’Iran semble reprendre toute sa place sur l’échiquier international. Néanmoins, bien des écueils demeurent pour un retour sur le plan géoéconomique, géopolitique et géoculturel, que d’aucuns, dans le voisinage moyen oriental, notamment, voient toujours d’un mauvais œil.

Il aura fallu, en effet, douze années de crise sur le nucléaire, près de deux ans de négociations intenses ponctuées d’un nombre record de rencontres bilatérales entre l’Iran et les membres du groupe dit « P5+1 » pour que l’on parvienne, enfin,  à Vienne -siège de l’Agence Internationale de l’Energie Atonique (AIEA) - à un accord complet ouvrant ainsi une nouvelle ère des relations internationales entre l’Iran et la « Communauté internationale ».

L’accord est non seulement « historique » pour l’avenir du système de régulation de la non-prolifération et du désarmement - au regard du Traité de non-prolifération (TNP), depuis son entrée en vigueur en 1970 -, il l’est aussi eu égard à une prise en compte de la Realpolitik au Proche et Moyen-Orient, en Asie du Sud-Ouest, en particulier.

Au-delà, cet accord vient confirmer une nouvelle « gouvernance » dans les relations internationales caractérisée par l’émergence de Nations aux ambitions, contributions, actions et besoins qui iront crescendo.

L’accord scellé à Vienne est aussi déterminant, car il confirme urbi e orbi, l’Iran comme une puissance régionale, globale, tant sur le point stratégique qu’économique. Si, bien que des obstacles demeurent, néanmoins, il convient surtout, pour la France de ne pas manquer ce « momentum ».

En effet, une fois l’accord mis en œuvre, le succès de la diplomatie du « compromis acceptable » entre Téhéran et les capitales occidentales, au premier chef desquels, Washington, Londres, Berlin et Paris, est une chance inédite à ne pas manquer, car une telle configuration stratégique est unique.

Aujourd’hui, la principale menace qui préoccupe l’Iran est la même que celle qui obère la sécurité des pays occidentaux, à savoir Daesh et sa cohorte de groupes terroristes se revendiquant de l’idéologie takfiriste et prônant un wahhabisme djihadiste, dont l’Arabie Saoudite est le centre névralgique.

Les dossiers, qui pourrait rapprocher diplomaties et communautés stratégiques françaises et iraniennes sont, en effet, nombreux, dont l’incidence est fortement liée à l’accord de Vienne :

    convergence d’intérêt à lutter contre Daesh en Irak comme en Syrie, tout en veillant à juguler son expansion sur le continent africain, notamment en Libye ;
    nécessité de stopper un conflit  au Yémen qui s’enlise au prix de nombreuses vies humaines ;
    opportunité d’œuvrer de concert à des médiations, facilitations en faveur de la résolution et prévention, des conflits (à l’instar de la récente crise au Haut-Karabakh entre Arménie et Azerbaïdjan voisins)
    urgence de trouver enfin une issue politique et institutionnelle au Liban après plus de 35 tentatives infructueuses d’élire un Président depuis près de deux ans ;

    perception commune du besoin de stabiliser la situation en Afghanistan, à l’aune d’un nouveau cycle électoral toujours aussi fragilisé par la puissance retrouvée des talibans et une conflictualité-concurrence croissante entre Daesh et Al Qaida ;
    nécessité de penser les relations énergétiques et économiques sur une base nouvelle, à mesure que d’autres acteurs, à l’instar de la Chine,  de l’Inde, de la Russie, témoignent elles aussi d’une volonté de mise en exergue d’un approfondissement des interdépendances eurasiatiques…

Bref, l’Iran, forte de ses 80 millions d’habitants, 100 millions en 2050, compte-tenu de son PIB à parité de pouvoir d’achat qui la place au 17ème rang, offre nombre de garanties pour qui veut bien s’en saisir, avec réalisme et pragmatisme.

C’est désormais à ce chantier que la France doit s’atteler avec célérité, mais délestée des obstacles institutionnels et  des perceptions idéologiques qui l’ont contrainte ces dernières années.

Il y a urgence, car la diplomatie française a placé nos intérêts stratégiques et économiques en positions inconfortables, et ce, par ses positions plus intransigeantes que celle de ses partenaires couplée à sa fermeté affirmée - qui a pu certes séduire nos alliés « diplomatiques » traditionnels en Israël et « commerciaux » avec lesquels la France s’est rapprochée, à l’aune d’une coopération militaire inédite, à l’instar de l’ Arabie Saoudite et vis-à-vis des Emirats, sultanats du sud du Golfe Persique - mais qui marque une rupture récente dans notre politique d’équilibre au Levant et au Moyen-Orient.

Situation quelque peu paradoxale quand on sait que les entreprises françaises ont parfaitement saisie l’importance des enjeux et ont déjà commencé à se repositionner sur le marché iranien. Notre « diplomatie économique » ne saurait donc être pervertie par une certaine idéologisation de notre diplomatie, encore faudrait-il faire plus désormais qu’en témoigner…

S’il est indéniable que la position géostratégique de l’Iran est un facteur clé de la sécurité régionale, alors le commerce et les échanges économiques, scientifiques et culturels poseront un socle permettant d’ancrer ses voisins d’Asie du Sud-Ouest (Afghanistan et Pakistan en lutte avec les talibans, les narcotrafiquants ou encore des groupes armés sunnites comme Jundullah dans le Baloutchistan), comme ceux du Moyen et Proche Orient (principalement l’Irak qui lutte contre son délitement politique et militaire) dans une aire de stabilisation - à court terme - et de prospérité - à plus long terme.

Sachons, accompagner ce mouvement, car la France a une place particulière en Iran. Nos entreprises sont bien implantées et connaissent bien le marché iranien et son potentiel exponentiel. A elle seule, l’Iran possède les réserves de pétrole de l’Arabie Saoudite, les réserves de gaz naturel de la Russie, le potentiel commercial de la Turquie et les réserves en minerai de l’Australie...

Il faut donc faire, désormais, la part des choses et retrouver les ressorts d’une longue et riche tradition diplomatique entre nos deux nations, et ce, trois cents ans, après l’établissement des relations diplomatiques entre la France et la Perse.

La position du gouvernement français sur les questions de non-prolifération ne doit pas freiner les intérêts de la France et la volonté de nos industriels de s’implanter à nouveau dans ce marché de 80 millions d’habitants, au très fort potentiel issu d’une jeunesse instruite et formée, qui représente 60% de la population, avide de biens de consommation comme en attente impatiente d’infrastructures.

La bonne exécution de l’Accord du 14 juillet, et sa mise en œuvre concrète permettra de sortir de cette confrontation qui a, du reste davantage frappée nos entreprises que celles de nos partenaires d’Outre-Atlantique !

 

https://www.youtube.com/watch?v=uoD4wzYeBxo

 La France au Moyen orient :  De la politique arabe, à la politique sunnite à la politique wahhabite

René NABA,Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l'AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l'information, membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme et de l'Association d'amitié euro-arabe. Auteur de "L'Arabie saoudite, un royaume des ténèbres" (Golias), "Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l'imaginaire français" (Harmattan), "Hariri, de père en fils, hommes d'affaires, premiers ministres (Harmattan), "Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David" (Bachari), "Média et Démocratie, la captation de l'imaginaire un enjeu du XXIme siècle (Golias). Depuis 2013, il est membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme (SIHR), dont le siège est à Genève et de l'Association d'amitié euro-arabe. Depuis 2014, il est consultant à l'Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l'Homme (IIPJDH) dont le siège est à Genève. Depuis le 1er septembre 2014, il est Directeur du site Madaniya.

En un demi siècle (1967-2017), la diplomatie française en direction de la rive méridionale de la Méditerranée a subi des infléchissements successifs pour déboucher sur une alliance contre nature avec le pays le plus antinomique de son héritage politique, passant ainsi par dégradés successifs de la politique arabe, à la politique sunnite à la politique wahhabite.

Démonstration

 Au XXème siècle, la politique arabe de la France

Dans la première partie du XXème siècle, la politique arabe de la France que Nicolas Sarkozy, pourtant issu de la famille gaulliste, a cherché à déconstruire avec le soutien actif des transfuges atlantistes philosisonistes, notamment Dominique Strauss Khan et Bernard Kouchner, a surtout consisté pour les pays arabes à voler au secours de la France, à deux reprises, au cours du XX me siècle, pour l'aider à vaincre ses ennemis, notamment en 1939-1945, en l’aidant à se débarrasser du joug nazi dont une fraction importante de la communauté nationale de confession juive en avait lourdement pâti.

Avec en contrepoint et pour prix de la contribution arabe à la libération de l’Alsace-Lorraine, l'amputation de la Syrie du district d’Alexandrette et sa cession à la Turquie, l'ennemi de la France lors de la Première Guerre Mondiale (1914-1918), et la carbonisation au napalm des habitants de Sétif, en Algérie, (1945), le jour même de la victoire alliée dans la deuxième Guerre Mondiale (1939-1945), ainsi que la fourniture dans la foulée à Israël la technologie nucléaire du centre de Dimona (Néguev).

IV - 1967-2017! La Grande politique arabe du général De Gaulle

Le grand tournant de la «Grande politique arabe» du Général de Gaulle est intervenu, en 1966, dans la foulée de l'indépendance de l'Algérie, clôturant une rupture quasi générale de la France avec le Monde arabe de dix ans, consécutive  à l'expédition de Suez (1956), une agression tripartite des  deux anciennes puissances coloniales de la zone (France-Grande Bretagne)  de concert avec leur créature Israël.

Elle impliquait une politique d'ouverture sur l'ensemble de la rive sud de la Méditerranée, le Monde arabe, indépendamment de leurs systèmes politique-monarchiques ou républicains, progressistes ou conservateurs, aussi bien le Maroc que l'Algérie, la Libye que l'Arabie saoudite, mais aussi les autres puissances régionales musulmanes du Moyen Orient: la Turquie (sunnite et laïc) et l'Iran (chiite).

Signe de la bonne entente Paris-Téhéran, le premier ministre de l'époque Georges Pompidou représentait la France aux festivités de Persépolis célébrant les fastes de l’empire perse achéménide. La France, l'un des plus importants pollueurs nucléaires de la planète, équipementier d'Israël (Dimona) et de l'Apartheid d'Afrique du sud, nouait, parallèlement, une coopération nucléaire avec l'Iran impériale via le consortium EURODIF.

1-L'Irak (1968) et la Libye (1969), deux percées majeures de la diplomatie gaulliste dans d'anciennes chassées gardées anglo-saxonnes.

En treize ans (1966-1979), la diplomatie gaulliste a permis deux percées majeures de la France dans d'anciennes chasses gardées anglo-saxonnes: en Libye (1969) avec le «contrat du siècle» de 105 Mirage conclu par le gouvernement de Jacques Chaban Delmas avec le colonel Kadhafi. Et la préservation de la quote-part de Total lors de la nationalisation de l'IPC (Iraq Pétroleur Company), en Irak, par Saddam Hussein.

2-1979: Valéry Giscard d'Estaing, les prémisses d'une politique sunnite en substitution à la politique arabe.

Le premier infléchissement à la politique gaullienne a été, naturellement, le fait de Valéry Giscard d'Estaing, un  «gaulliste sous toute réserve («Oui Mais»), en 1979, sous l'influence du complexe militaro industriel français qui conduira la France à perdre délibérément le bénéfice de l'hospitalité qu'elle avait accordée à l'Ayatollah Ruhollah Khomeiny (Neauphle-le-château).

Initiée par le néogaulliste Jacques Chirac (1974), le partenariat stratégique avec l'Irak  fera de la France un  «cobelligérant de l'Irak» dans sa guerre contre l'Iran Khomeyniste chiite (1979-1989), par ricochet   l'alliée du bloc des pays sunnites arabes qu'ils soient Républicains (Irak, Égypte) ou monarchistes (les pétromonarchies du Golfe).

3- La France, fer de lance du combat contre le Monde chiite

Sous le tandem Chirac-Giscard et son prolongement socialiste animé par François Mitterrand (1979-1995), la France se positionnera en fer de lance du combat contre le Monde chiite. D'abord en tant que cobelligérant de l'Irak contre l'Iran (1979-1989), deux décennies plus tard, dans la guerre contre la Syrie (2011-2016), le maillon intermédiaire de «l'Axe de la Résistance» à l'hégémonie israélo-occidentale;

4 -Le printemps arabe (2011-2016), le saccage des atlantistes philo sionistes, Nicolas Sarkozy et François Hollande.

La Libye, le deuxième infléchissement de la politique arabe du Général de Gaulle.

Percée de la diplomatie gaulliste dans la décennie 1070, la Libye sera détruite et le pré carré français en Afrique durablement déstabilisé, 40 ans plus tard, par Nicolas Sarkozy un post gaulliste, «le premier président de sang mêlé» de France, tel qu'il s'est défini avec ce terme de grande ambigüité, sans préciser la nature de ce métissage: Franco hongrois? Ou Judéo chrétien?

Menée contre un pays sunnite à structure républicaine en coalition avec les pétromonarchies wahhabites, la guerre contre la Libye a marqué un nouvel infléchissement de la «politique arabe du Général de Gaulle», réduite désormais à une solidarité avec les pays musulmans sunnites d'obédience exclusivement wahhabite,  à structure monarchique.

5 - La diplomatie française au XXIe siècle: Une diplomatie atlantiste par un couplage wahhabisme et droite israélienne.

De solidarité avec les pays sunnites (Guerre contre de l'Iran 1979-1989), la diplomatie française en direction du Moyen orient s'est ainsi réduite à une solidarité avec les pétromonarchies et les pays se réclamant du néo-islamisme (Turquie).

La Libye a en effet scellé la nouvelle politique arabe du pouvoir français dans ses deux versions -post gaulliste et socialo-motoriste. Une politique de substitution.

Une politique d'alliance avec le wahhabisme (Arabie saoudite, Qatar et le néo islamiste Erdogan) en substitution à la politique sunnite, prolongée par une solidarité avec la droite israélienne.  .

La guerre de Syrie accentuera cette tendance, particulièrement amplifiée avec l'entrée en scène de Laurent Fabius, le petit télégraphiste des Israéliens dans les négociations internationales sur l'accord sur le nucléaire iranien.

Le retour sur investissement de la politique arabe de Bonaparte a eu pour nom Lesseps, Canal de Suez, Champollion, hiéroglyphe....un rayonnement qui perdure encore de nos jours.

Le retour sur investissement de la politique arabe du tandem philo sioniste atlantiste Sarkozy-Hollande a eu pour nom Mohammed Merah, les Frères Kouachi, Hédi Nemmouche, Si Ahmed Glam, Salah Abdel Salam, Charlie Hebdo, Paris Bataclan etc.. Un bain de sang qui déshonore les stratèges en chambre du nouveau cours de la diplomatie française.

Pays européen disposant de la plus importante façade maritime face la rive musulmane de la Méditerranée, abritant de surcroît la plus importante communauté arabo musulmane de l'Union Européenne, ces deux paramètres commandent à la France de définir une stratégie à long terme en direction de son environnement méditerranéen et non de réduire sa «politique arabe» à une variable d'ajustement conjoncturel de la compétitivité de son complexe militaro-industriel et du train de vie des dirigeants français, et des béquilles financières dont ils escomptent se doter du fait de leur mansuétude à l'égard de leurs mécènes, Valéry Giscard D'Estaing du diamantaire Bokassa, le sang mêlé Nicolas Sarkozy de l'Emir du Qatar et Jacques Chirac de son hébergeur posthume Rafic Hariri.

https://www.youtube.com/watch?v=aNlOTpPb-24

« La France et la Palestine »

Bruno GUIGUE, Haut fonctionnaire d’Etat français, essayiste et politologue, professeur de philosophie dans l’enseignement secondaire et chargé de cours en relations internationales à l’Université de La Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont « Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002 », et d’une centaine d’articles.

Même si elle prolonge celle de la présidence précédente, la politique proche-orientale de François Hollande accentue les traits d’un parti-pris pro-israélien jamais vu depuis la IVème République. Emboîtant le pas à un prédécesseur qui jeta aux orties les derniers oripeaux du gaullisme, le nouveau président a poussé le reniement des meilleures traditions diplomatiques de la France jusqu’au point de non-retour. Même Nicolas Sarkozy, lorsqu’il était président de la République, s’était abstenu d’effectuer en Israël une « visite d’Etat ». François Hollande l’a fait en novembre 2013.

Ruinant l’édifice diplomatique bâti par le Quai d’Orsay depuis un demi-siècle, et sans doute inspiré par son illustre prédécesseur socialiste, Guy Mollet, le président actuel a renoué les fils de l’alliance franco-israélienne. Lors des affrontements de Gaza, en novembre 2012 et en juillet 2014, le ministre français des affaires étrangères a accusé la résistance palestinienne d’avoir provoqué Israël. Entre l’occupant et l’occupé, la diplomatie française ne cherche même plus à préserver un équilibre en trompe-l’œil.

Or cet engagement politique au côté d’Israël, parfaitement explicite, se paie du sacrifice délibéré de la Palestine. La France a beau verser 400 millions d’euros en 5 ans à l’Autorité palestinienne, cet effort financier ne saurait constituer une politique.

-       Sur le plan extérieur, non seulement la France s’aligne sur les positions israéliennes en cas de conflit, mais elle refuse toujours de reconnaître l’Etat de Palestine. Purement verbales, ses déclarations hostiles à la colonisation demeurent des vœux pieux qui ne trompent personne. Enfin, l’inscription du Hamas sur la liste des organisations terroristes fournit un alibi commode au déni de légitimité opposé à la résistance palestinienne. La solution « à deux Etats » dont se réclame la diplomatie française ressemble, à cet égard, à une incantation stérile.

-       Sur le plan intérieur, les déclarations officielles assimilant antisémitisme et antisionisme, l’interdiction de rassemblements en faveur de la Palestine dans certaines villes, la pénalisation de la campagne pacifique Boycott-Désinvestissement-Sanctions, les propos équivoques du président français lors de la cérémonie en hommage à Stéphane Hessel ont créé un climat délétère.

On mesure quelle régression historique représente cet emballement pro-israélien de la politique française. Car, jusqu’au quinquennat de Jacques Chirac inclus, Paris sut maintenir le cap d’une promotion du droit international qui lui servait de fil conducteur. Et la nation qui se veut la « patrie des droits de l’homme » ne venait guère apporter sa caution morale à un Etat dont la politique consiste à les ignorer.

https://www.youtube.com/watch?v=borVnAnDQnc

« La diplomatie française au Moyen-Orient », Jean-Pierre CHEVENEMENT, Ancien Ministre d'Etat, de l'intérieur, de la Défense et de l'Éducation nationale, en 1971, il participe a la fondation du Parti socialiste, successivement député, président du conseil régional, ministre de la Recherche et de l’industrie, de l’Education nationale puis la Défense sous l’ère Mitterrand, maire de Belfort, il est également nommé ministre de l’intérieur par Lionel Jospin en 1977. Aujourd’hui sénateur, Jean-Pierre Chevènement s’est retiré de la course à la présidentielle de 2012 en soutenant la candidature Hollande.

Pour se projeter dans l’avenir il faut savoir aussi d’où l’on vient… Donc on ne peut pas éviter de faire un rappel, même bref, du passé. Je ne remonterai pas non plus aux croisades, je commencerai par la « politique arabe de la France » ainsi dénommée du Général de Gaulle pour rappeler dans quelles conditions elle a été formulée.
Le Général De Gaulle a voulu refonder entièrement la politique étrangère française après 1958, il a donné le branle à un certain nombre d’initiatives, la création d’une force nationale de dissuasion, pour affirmer l’indépendance de la France sur l’échiquier international, il est sorti de l’organisation militaire intégrée de l’OTAN, que monsieur Sarkozy nous a fait réintégrer, dans un contexte il est vrai différent. Je pense que si l’on veut comprendre cette, comme disent les allemands « so genannte » (soit-disant), ainsi dénommée politique arabe de la France, en réalité elle s’adresse comme vous l’avez dit précédemment à tous les pays de la méditerranée et même au-delà du Moyen-Orient, sans distinction de régime, qu’il soit Républicain ou Monarchique.
Bien entendu, cette politique arabe s’insérait dans le cadre d’une politique que je qualifierai de tiermondiste, c’est-à-dire d’ouverture vers le Sud. La France se voulait à l’époque indépendante des blocs… et par conséquent, les arabes étant notre plus proche voisin vers le sud, une longue histoire nous ayant rattachée les uns aux autres, qui n’a pas toujours eu que les aspects déplaisants que monsieur Naba a rappelé tout à l’heure ; bien sûr, c’est vrai, mais il y a aussi des lumières, il n’y a pas que des ombres : il y a Champollion, il y a Lesseps, il y a beaucoup d’autres choses que je ne veux pas rappeler.
Disons que pour le Général De Gaulle, l’action décisive a été la paix en Algérie, que lui seul pouvait ramener en tranchant le nœud gordien et d’ailleurs au prix d’une guerre civile avec l’OAS. J’ai vécu ces évènements, me trouvant moi-même à l’époque en Algérie puisque j’étais appelé du contingent, et comme j’étais détaché au cabinet du préfet d’Oran, j’ai pu voir arriver l’armée algérienne du Maroc, j’étais le premier français à rencontrer Ben Bella et Boumediène à Tlemcen le 10 juillet 1962. Donc, j’ai vécu de près cette période et je pense qu’il faut dire que c’était un affrontement très dur parce que nous avions à faire à des forces puissantes, qui avaient marqué la politique de la France pendant presque un siècle, le parti Colonial. Il y a eu un livre de Charles-Robert Ageron (je ne suis pas sûr du prénom) qui s’appelle « la France pays colonial ou parti colonial » où il montre le rôle qu’a joué le parti colonial qui était très influent sous la IIIème et la IVème République étant donné la faiblesse des institutions. Mais la France profonde n’était que superficiellement engagée, vous savez que les français émigrent peu, c’est une de leur caractéristique, et finalement même encore aujourd’hui, ils ne comprennent pas très bien le lien entre ce qui peut se passer à Paris, Bataclan etc. et puis les évènements du Moyen-Orient ; évidemment le chaos du Moyen-Orient les interpelle, m’enfin ils le voient comme un chaos totalement incompréhensible. Déjà la France ressemble à un chaos, mais quand même beaucoup plus, je dirais, vivable à tous égards (que le Moyen-Orient), même si l’on évoque les manifestations de la CGT, Notre-Dame des Landes, l’euro 2016, les attentats, les manifestations etc. Tout cela est un gros souci pour le ministre de l’intérieur mais c’est quand même relativement gérable. Le Moyen-Orient, c’est quelque chose de terrifiant que les français ne comprennent absolument pas, même s’ils ont eu leur part de responsabilité. Mais quand on dit la France, il faut toujours se rappeler que c’est un homme politique et que les hommes politiques changent. Le Général De Gaulle n’est pas tout à fait Nicolas Sarkozy : ils s’expriment au nom de la France parce qu’ils sont élus au suffrage universel mais ce n’est pas la même chose, je dirais même à bien des égards c’est le contraire. François Hollande, Laurent Fabius : ils expriment leur point de vue, parce qu’ils sont en fonction ; on peut dire qu’ils engagent la responsabilité politique de la France puisqu’ils sont le gouvernement de la France, donc ils se prêtent aussi à la critique mais ils sont dans l’arène démocratique ; ils peuvent être critiqués comme moi j’ai pu être critiqué au moment de la guerre du Golfe - je ne vous fait pas état du courrier que j’ai reçu, à l’époque, puisque j’avais jeté mon sabre de ministre de la Défense pour ne pas cautionner une guerre que je considérais comme contraire aux intérêts de la France.
Parce que moi je vais vous parler des intérêts de la France et des principes qui doivent gouverner notre politique ; mais la France a aussi des intérêts, ne soyons pas naïfs, dans la vie politique internationale, il y a des intérêts et il y a des réalités, il faut partir des réalités. Et moi je voudrais vous perler des réalités.
La politique arabe de la France c’était d’abord la paix en Algérie et c’était ensuite la déclaration très forte que le Général De Gaulle a faite - il me semble que c’était au mois de septembre 1967 - pour tirer les leçons de la guerre des Six Jours et de la colonisation des territoires palestiniens par Israël. Et son propos évidemment est prophétique, il dit, malheureusement, ce qui va se passer. Et il le dit pour éviter que ça aille dans ce sens-là, mais force est de considérer aujourd’hui, malgré l’action de la France et les initiatives qui ont été prises, que voilà : un Droit à deux vitesses au plan international s’est instauré qui est, évidemment, une insulte à l’esprit de justice. Alors la France porte plus ou moins cet héritage, elle ne le porte pas toujours très bien, mais elle le porte encore, même si on peut critiquer, je dirais, je pense que la France va reconnaître l’Etat palestinien ; je suis d’ailleurs surpris d’apprendre qu’elle ne l’a pas encore fait. Moi je croyais que c’était fait, et pourtant je suis, en principe, bien informé mais je suis même surpris que ce ne soit pas le cas.
Revenons à la politique arabe du Général De Gaulle : elle s’insérait dans le cadre d’une politique étrangère plus vaste. « Je me dirige vers l’orient compliqué avec des idées simples » disait le Général De Gaulle, c’était une autre époque – 1941 - mais disons que c’était une idée assez simple que la France tende la main au monde arabe pour l’aider à se moderniser et pour encourager les facteurs de progrès. Une des choses qui fait que souvent ces questions sont obscures aux yeux de nos compatriotes, et pas seulement de ceux qui, je dirais, n’ont pas une culture politique étendue mais même des autres : c’est qu’on ne voit pas assez que les quarante dernières années c’est l’échec de ce que les arabes appellent la « Nahda » - la Réforme, la Modernisation - qui avait été pensée par de grands intellectuels et qui était le courant dominant de la politique dans le monde arabe il y a encore cinquante ans. Cette politique a échoué et elle a échoué au moment de la guerre des Six Jours. Je suis allé en Tunisie il n’y a pas très longtemps, j’ai rencontré le président de la République nouvellement élu, monsieur Beji el Sebsi, et la veille j’avais rencontré - il était encore en fonction - monsieur Marzouki, et j’ai vu aussi monsieur Ghannouchi , et je lui ai dit mais « Comment pouvez-vous être islamiste ? » ; alors il m’a répondu, tout à trac, « Mais, moi j’étais nassérien, et après la guerre des Six Jours je suis devenu frère musulman » et j’ai interrogé d’autres députés de Ennahdha qui m’ont fait la même réponse. Ce qui montre bien que l’échec du courant modernisateur, qui au départ était dominant dans le monde arabe, s’est accompagné de la montée d’un courant adverse qui était le fondamentalisme religieux qui existait depuis longtemps – je rappelle que les frères musulmans ont été créés quatre ans après la chute du califat, en 1928, par Hassan el-Banna, et que bien entendu il y a en Egypte, au Pakistan, d’autres noms qui symbolisent, en quelques sortes, cette vision du monde : « Sayyid Qutb » pendant la période nassérienne, en Egypte, et puis « Mahdoudhi »  au Pakistan et d’autres encore qui ne me viennent pas immédiatement à l’esprit.
Ce courant fondamentaliste existait, simplement il n’avait pas pignon sur rue parce que les éléments modernisateurs étaient aux affaires. Il suffit de voir un petit film sur l’Egypte ou l’Algérie dans les années 1960 ou début des années 1970 : évidemment c’est un spectacle très différent de celui que l’on voit aujourd’hui, toutes les filles sont... en Egypte… Oui, et en Algérie aussi… Ah, en minijupe oui : je dois avoir l’audition qui baisse... Pour moi qui ai vécu en Algérie dans les années 1970 - dans les premières années de l’indépendance - évidemment c’était la capitale du tiermondisme ; ça n’avait pas grand-chose à voir avec le GIA, le FIS, et tout ce qu’on a connu par la suite.
Donc il y a un renversement et je voudrais dire que l’année tournante c’est 1979. Il faut bien le comprendre, 1979, c’est l’arrivée de Khomeyni au pouvoir en Iran. C’est une Révolution conservatrice - au sens qu’on donnait à ce mot dans les livres de sciences politiques et plutôt à propos de l’Allemagne - c’est-à-dire que ce sont des forces conservatrices – le clergé, les ayatollahs – c’est pas du tout le parti Tudeh, ce ne sont pas les partis modernistes qui prennent le pouvoir, ce ne sont pas les héritiers de Mossadegh, non, ce sont les Ayatollahs, mais avec une composante tiermondiste - Alî Sharî’atî – qui fait un peu penser à la théologie de la Libération en Amérique latine, toutes choses égales par ailleurs puisqu’il ne s’agit pas de la même religion. Mais, c’est quelque chose de très original, on ne sait pas ce que c’est… il y a l’affaire des otages américains, enfin ça ne se passe pas très bien… et il y a la guerre Irak-Iran sur laquelle je reviendrai parce que cette guerre va être soutenue du côté irakien par la quasi-totalité des grandes puissances. Elle est menée par l’Irak parce que l’Irak craint beaucoup - étant donné que la majorité de la population irakienne est chiite - que l’Iran parvienne à mettre l’Irak sous son obédience, ce qui est le moteur fondamental de Saddam Hussein ; outre le fait que, naturellement, entre les deux pays c’est l’eau et le feu - d’un côté un nationalisme arabe laïc dictatorial, n’hésitons pas à le dire, et de l’autre un régime religieux, une théocratie révolutionnaire avec ses Pasdaran etc. –… un affrontement terrible ; bon je ne vais pas vous raconter une histoire que vous connaissez.
Mais, 1979, c’est aussi l’occupation des lieux Saints de la Mecque par des gens qui se veulent plus royalistes que le Roi d’Arabie, plus Wahhabites que les Wahhabites, et qui sont l’embryon, je dirais, de ce qui va devenir, plus tard, le djihadisme. Et puis en même temps, c’est le début du Djihad en Afghanistan, sponsorisé par les Etats-Unis, le Pakistan, l’Arabie Séoudite, Ben Laden : une sorte de légion arabe et turque qui va appuyer les moudjahidines afghans, en particulier les premiers, qui n’étaient pas les talibans mais ceux de « Gulbuddin Hekmatyar» que nous retrouverons plus tard en Afghanistan puisque nos soldats ont été tué par les siens en 2009 ou 2010.
Donc, 1979, c’est l’année tournante ; la guerre Irak-Iran s’enlise, une résolution est votée par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies – elle ne sera acceptée qu’en 1988 par l’ayatollah Khomeyni qui dira « Je la bois comme je bois une coupe de poison ».
Mais après, il y a un étrange retournement de la politique américaine. C’est-à-dire que les américains vont entraîner Saddam Hussein dans ce qui ressemble à un piège, c’est l’affaire du Koweït. Car, naturellement, l’Irak a agi comme verrou du monde arabe sunnite contre l’Iran et l’Irak a été subventionné par toutes les monarchies pétrolières, par tous les pays arabes, qui lui ont fait remises de ses créances, sauf le Koweït… ce qui a été le prétexte à l’invasion qui a provoqué évidemment la première guerre du Golfe. Une guerre parfaitement évitable mais décidé dès le premier jour – et ça, j’ai des documents qui me permettraient de le démontrer – par le président Bush et madame Thatcher dès les 2-3 août 1990, parce que je pense les Etats-Unis voulaient se passer d’un gendarme régional, il y a eu le pacte de Bagdad, le Shah d’Iran, Saddam Hussein n’est quand même pas très fréquentable… et, ils préféraient avoir des forces sur place, et ils ont pensé que cette guerre leur en donnerait l’occasion. En même temps il y avait un problème lancinant qui était le problème israélo-palestinien, qu’ils estimaient pouvoir régler, et puis, par-dessus tout, il y avait la fin de l’URSS qui approchait et si le Conseil de Sécurité a pu  voter une résolution autorisant l’emploi de la force, non, autorisant « l’emploi des moyens nécessaires » - c’est l’amendement que monsieur Chevardnadze a fait passer au Conseil de Sécurité des Nations-Unis à la fin du mois de novembre 1990 – à l’exécution des Résolutions 688 , 689, 690 etc. Donc voilà, c’était une URSS à bout de souffle, qui allait s’effondrer l’année suivante et, naturellement, la première guerre du Golfe a été l’occasion de marquer, comme l’a dit d’ailleurs le président Bush père, que « le syndrome du Vietnam était enfoui pour toujours dans les sables de l’Arabie » - cette parole a été prononcée je crois le 3 mars 1991, après la fin des hostilités ou le lendemain de la fin des hostilités.
Donc, il y a cette première guerre qui va entraîner à terme la deuxième, il y a douze ans de blocus – c’est-à-dire l’encagement de l’Irak, l’embargo, une famine provoquée de l’extérieure - et une affaire qui n’est pas réglée. Aucun effort n’est fait pour réintégrer l’Irak dans la communauté internationale. Je me rendrais en Irak en 1994 et d’ailleurs dans tous les Etats de la région, je rencontrerais tous les chefs d’Etats mais, malheureusement, en vain. En 1998, il y a encore des incidents, une Résolution « pétrole contre nourriture », mais en 2003, après l’affaire des attentats contre le World Trade Center, il y a la deuxième guerre du Golfe, l’invasion de l’Irak et sa destruction.
Alors je voudrais quand même rappeler que la première guerre du Golfe a abouti à deux résultats qui n’étaient pas délibérés : elle a bâti l’Iran comme principale puissance régionale, et elle a donné le signal du djihad planétaire puisque Oussama Ben Laden a retourné ses armes contre la main qui le nourrissait, c’est-à-dire que l’URSS étant tombée, il s’est retourné contre les Etats-Unis, pensant qu’il allait pouvoir en venir à bout facilement… les premiers attentats démarrent en 1992, au Yémen, dans l’Afrique orientale, à New-York même – c’est les sous-sols du World Trade Center qui sont l’objet de ces premiers attentats.
Mais ce que je voudrais marquer c’est que la chute de l’URSS bouleverse complètement la donne car nous rentrons dans l’ère de l’hyper puissance américaine ; on croit que c’est le monde unipolaire, en fait c’est le chaos qui commence parce que, comme l’a dit un professeur de sciences politiques, deux mois un ne fait pas un mais zéro. C’est-à-dire qu’il n’y a plus de puissance dominante, il n’y a plus que des puissances qui se tirent dans les pattes et qui aboutissent à ce chaos que nous voyons aujourd’hui au Moyen-Orient. Je passe sur la Conférence de Madrid, le processus d’Oslo, qui n’ira pas loin puisque Rabin, qui était le garant de son succès a été assassiné comme vous le savez par un extrémiste juif.
Je reviens sur l’intervention en Irak, la deuxième guerre du Golfe ; elle est la réponse totalement inappropriée aux attentats contre les deux tours jumelles de New-York, elle aboutit à la destruction de l’Etat irakien et à livrer les populations de l’ouest irakien, populations sunnites, à Al-Qaïda contre un gouvernement à dominante chiite dirigé par – au début c’est pas al-Maliki m’enfin Maliki se montrera comme particulièrement vindicatif et particulièrement dur à l’égard des populations sunnites. Donc, les américains vont reprendre en mains les tribus sunnites de l’ouest irakien mais comme entre temps, Obama est arrivé et ordonne le retrait, ils se retirent alors que al-Maliki voit son mandat à la tête du gouvernement irakien renouvellé ; d’où Daesh qui est la création de la politique américaine au Moyen-Orient, il faut le dire. Daesh, on dit toujours c’est la Syrie, mais non, c’est d’abord l’Irak et ensuite, du fait, de la guerre civile qui s’est développée en Syrie, évidemment, Daesh s’étend aux confins orientaux de la Syrie, Palmyre, Rakka etc.
Donc, je voudrai souligner l’échec de la politique américaine. Le fait que la politique française à ce moment-là prend ses distances en 2003 mais se rapproche très vite des Etats-Unis parce que Chirac a un peu peur de l’antagonisme qu’il a créé entre la France et les Etats-Unis - c’est la conférence d’Evian – et le rabibochage se fait au Liban, il est suivi de l’assassinat de Rafiq Hariri en 2005. En 2008, Obama est élu, sa politique étrangère est profondément modifiée, c’est le pivotement de l’Amérique vers l’Asie, c’est le retrait de l’Irak, que j’ai déjà évoqué, et c’est le retrait de l’Afghanistan qui n’est pas terminé… qui d’ailleurs n’est qu’un demi retrait parce que les américains restent présents, avec des effectifs réduits, mais pour appuyer le nouveau gouvernement Afghan. En 2009, c’est le discours du Caire d’Obama, qui est plombé par le fait qu’il ne se passe rien en Palestine, dans les territoires palestiniens, et par conséquent toute cette orientation, qui paraît à première vue généreuse, est évidemment obérée par le fait qu’elle ne débouche sur rien, sauf les printemps arabes. Alors la France est complètement dépassée.
Je vais venir peut-être si vous voulez – je sais que je dois conclure – au fait que la France prend avec retard le train des révolutions arabes et elle, enfin, monsieur Sarkozy, intervient en Libye et en Syrie où il surajoute à la guerre civile entre le pouvoir et l’opposition une ingérence qui va de pair avec celle des puissances sunnites, la Turquie – sa politique néo-ottomane – et puis les monarchies pétrolières. De sorte qu’évidemment la guerre se développe, les victimes se multiplient et je pense qu’Obama est quand même un grand homme parce que on peut être grand par ce que l’on ne fait pas autant que par ce que l’on fait. Et finalement, le refus de frapper l’armée syrienne le 30 août 2013 a abouti effectivement à un retournement de situation qui a laissé, il faut le dire, la France de François Hollande dans un corner. Je me suis exprimé à ce moment-là à la tribune du Sénat et j’ai dit au ministre des affaires étrangères, monsieur Fabius que je pouvais quand même critiquer : « Mais, monsieur le ministre, comment pouvez-vous nous expliquer que votre politique se situe à l’ouest de l’ouest ? » ; il m’a répondu de manière extrêmement « enveloppée »…
Et vous connaissez la suite, l’Etat islamique, le conflit avec sunnites et chiites, l’accord avec les iraniens auquel la France ne contribue pas beaucoup – c’est une litote – disons que quand même elle est obligée d’accepter parce que c’est Obama qui le veut et parce que le président Rohani le souhaite également ; finalement la France emboîte le pas et je pense que nos relations avec l’Iran s’amélioreront durablement parce que je pense que l’avenir est en effet à un rôle positif de la France au Moyen-Orient, un rôle qui reposerait sur des principes et, en particulier s’agissant de l’Iran, sur un rôle de médiation entre l’Iran et les puissances sunnites, et notamment l’Arabie Séoudite. Rôle nécessaire et je ne propose pas que l’on rompe nos relations avec l’Arabie Séoudite, l’Arabie Séoudite est ce qu’elle est mais c’est une réalité. Et par conséquent la France peut être utile dans ce rôle de médiation. Je pense que voilà, puisque vous m’avez demandé de faire des propositions, nous devons essayer de reprendre le fil de la politique dite « politique arabe » du Général De Gaulle, politique d’aide aux éléments de modernisation dans le monde arabe parce que je crois que le triomphe du fondamentalisme religieux n’est pas définitif et que le mouvement de la Réforme, qui correspond aux aspirations d’une grande majorité des populations, peut reprendre le dessus. Et par conséquent, j’inscris la politique de la France dans un contexte qui est celui d’un renouveau des forces de progrès et de démocratie même si ça prend du temps à être construit. Il ne suffit pas de faire des élections, on l’a vu avec les printemps arabes ; sauf que la Tunisie a montré quand même une certaine résilience, il faut le dire. Il faut avoir cette vision, si l’on veut pouvoir travailler, si on ne le veut pas on ne le peut pas. Avoir une politique c’est déjà la définir et la vouloir. L’objectif c’est de ramener la paix - c’est le bon sens -… d’aider à restaurer une bonne gouvernance mondiale entre la Russie et les Etats-Unis, nous ne devons pas y faire obstacle mais au contraire y contribuer. Et c’est ce que j’essaye de dire parce que nous avons à faire face aux mêmes menaces, nous avons des intérêts communs et ne devons pas contrarier le rapprochement entre la Russie et les Etats-Unis ; heureusement, monsieur Kerry a très bien fait le travail, et je dois dire que j’apprécie ce qu’il a fait. Question de principe : est-ce que nous devons favoriser la fragmentation du Moyen-Orient ou au contraire aider à restaurer les Etats ? Mon avis est qu’il faut aider à restaurer les Etats, qui ont peut-être seulement un siècle mais qui correspondent quand même à une certaine réalité, en les rendant vivables pour leurs populations. Je suis allé à Téhéran, il y a quelques mois, j’ai vu monsieur Velayati, je lui ai dit « vous savez, il faudrait quand même que l’Irak soit un Irak fédéral et que les sunnites puissent avoir le sentiment, dans leurs provinces occidentales, d’être quand même chez eux, d’avoir une certaine autonomie », il m’a dit « oui, il est tout à fait exact que les irakiens doivent être traités de la même manière qu’ils soient chiites, sunnites, kurdes ou arabes ». Alors aider à restaurer l’intégrité territoriale des Etats c’est un Irak fédéral, c’est une Syrie dont le gouvernement sera rendu représentatif, c’est une Turquie dont je pense que le problème kurde doit être résolu en interne, on ne va pas créer un nouvel Etat kurde indépendant, ceux qui veulent faire ça sont des fous… hein… mais c’est absurde, enfin, c’est une guerre de cent ans. L’Arabie Séoudite : il faut aider la monarchie à se moderniser, notamment ses règles successorales, bon, elle a déjà commencé. L’Egypte, c’est un grand pays, c’est le cœur du monde arabe ; alors l’Egypte et l’Arabie Séoudite ont des relations étroites, il faut le savoir. La Libye, bon, c’est le désordre, nous y sommes pour quelque chose ; je dois dire que je n’ai pas joint ma voix à celle de ceux qui demandaient la prorogation de la mission des forces armées françaises en Libye parce que j’avais trop de réserves à faire. Et je crois qu’aujourd’hui il ne faut pas intervenir en Libye, il faut aider ce gouvernement d’union nationale qui dispose de maigres forces à reprendre le dessus et faire en sorte que la Libye puisse construire enfin un Etat. Le Maghreb est un enjeu très important pour la France et pour l’Europe parce que nous sommes des voisins. Nous devons aider l’Algérie à se stabiliser, c’est très important, nous ne devons rien faire qui puisse déstabiliser si peu que ce soit l’Algérie. Elle a un contentieux avec le Maroc mais nous devons faire en sorte que ce contentieux puisse se régler par la négociation. La Tunisie, il faut espérer que cette fleur arrivera à pousser au milieu de difficultés. Je pense que la géographie fait que nous sommes des voisins, nous nous connaissons depuis longtemps, j’ai été moi-même un ami d’un grand orientaliste qui était Jacques Berque, je trouve que nous avions une école d’orientalistes remarquable… ceux que nous avons aujourd’hui sont un peu prisonniers, je dirais, du contexte d’affrontement avec le fondamentalisme religieux et s’intéressent beaucoup trop à l’islam et insuffisamment au monde arabe… je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire ; si je ne me fais pas bien comprendre, vous voudrez m’en excuser, je ne suis tout de même pas un grand spécialiste mais j’ai voulu vous donner tout de même l’éclairage d’un homme politique indépendant s’exprimant à titre personnel car bien évidemment je n’engage pas la responsabilité du gouvernement ni d’aucun parti, je n’engage que la mienne ; simplement, j’essaye de faire en sorte que les principes qui sont ceux que la France a hérité de la Révolution, et qui restent à beaucoup d’égard actuels, puissent encore trouver matière à s’appliquer dans un monde évidemment où nous ne pesons plus tout à fait aussi lourd qu’autrefois mais enfin nous ne pesons pas rien non plus.

https://www.youtube.com/watch?v=Sv3KU-QW0i0

 Les conséquences de la politique française en Syrie 

Dr. Elias LAHHAM Chef du service de chirurgie à l'hôpital français de Damas, Président du conseil d'administration du Forum National Syrien, Spécialiste des universités de Strasbourg et  Président du conseil d'administration de forum syrien nationale société civile indépendante.

En un siècle de 1916 à 2016 la diplomatie française en Syrie a connu des hauts et des bas successifs, de l'amour et de la haine des relations basées sur l'émotion et la réaction.
De bonnes relations avec les gouvernements du parti Baath allant au soutien aux islamistes radicaux même les wahhabites takfirists par son alliance avec le Qatar et l'Arabie saoudite.

Démonstration :

En 1916 les accords de Sykes-Picot et le mandat de la société des nations ont attribué la Syrie à la France dont la présence a duré de 1920 à 1946.
Les mouvements de résistances ont rapidement actionné le combat contre l'occupation française, et la plus importante était la grande révolution syrienne de 1925 à 1927. Cette révolution a été suivie par des pourparlers et d'autres mouvements de résistances jusqu'à la grande grève de 1936 et d'autres négociations aboutissants à l'indépendance en 1946.
Après l'indépendance en 1946 les relations entre la France et la Syrie ont connu des infléchissements successifs et ont été basées sur l'émotion et la réaction et n'ont pas sur les intérêts de deux pays.

Première exemple :

La Syrie rompe ses relations diplomatiques avec la France en 1956 à la suite de la crise du canal de suez et qui ne sont rétablis que en 1961 avec la République arabe unie de Nasser.

Deuxième exemple :

Après avoir approuvé l'intervention syrienne au Liban en 1976, la France a rapidement tournée la page et critiquant l'ingérence dans les affaires internes du Liban, Notamment du fait de l'alliance de la Syrie avec l'Iran chiite après 1979 et à partir de ça on peut penser que la France a pris part du côté de pays sunnites et par conséquent ce que nous subissons actuellement en Syrie.

Le troisième exemple :

L'assassinat de l'ambassadeur de France au Liban Louis Delamare en 1981 le doigt pointé tout d'abord à la Syrie et puis l'Iran pour faciliter la visite de président Mitterrand en 1982.

Dernière exemple mais le plus important est en 2005 à l'occasion de L'assassinat de premier ministre libanais Rafic Hariri. Après avoir accuser la Syrie d'exécuter cet assassinat et rectifier par la suite la direction du tribunal spécial vers le Hezbollah-tout cela n'a pas empêché le président Sarkozy d'inviter le président Assad comme personnalité d'honneur au défilé du 14 juillet en 2008.

En septembre 2008 a eu à Damas un sommet plutôt étrange pour moi, réunissant 4 chefs d'état Assad Sarkozy-Erdogan-Hamad, deux laïques français et syrien les deux autres islamistes sunnites.Le but de ce sommet a été d'extraire la Syrie de l'alliance avec l'Iran chiite. L'échec de ce sommet a clarifié le positionnement de la France du côté des pays sunnites et en plus de soutenir les wahhabites saoudiens contre l'Iran chiite et ses alliés notamment la Syrie.

Depuis les accords de Sykes-Picot et le mandat français, les relations franco-syriens était globalement bonnes avec des nuances liées au courant politique au pouvoir.
Le point critique dans cette relation a été le sommet de Normandie entre Chirac et Bush et la résolution 1559.Le changement radical qui en résulte a eu des conséquences désastreuses sur les relations et surtout en Syrie. Je note que deux pays laïques "France et Syrie " s'affrontent depuis 2005 ayant chacun des alliés gouverné par les religieux ou pro-religieux.

Le printemps arabe utilisait comme couverture afin de mettre la main sur la Syrie
Les conséquences immédiates sont :

1- plus de 300000 morts
2- 1 million de blessés et handicapés
3- 7 millions des réfugiés interne et externe
4- 300 milliards de dollars le coût provisoire de la reconstruction
5- le plus grave est les divisions apparus entre les différents composants de la société soit ethnique ou religieux
6- réveil de la question de l’identité.
7- l'exode massif des chrétiens dans le cadre d'évacuer L'orient du christianisme
En conclusion

Des conséquences très graves et qui ne s'arrêteront pas à la fin de la guerre mais se poursuivrons durant des décennies en prenant le Liban comme exemple.

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=8qSeOCDbr3A

Conclusion : Christophe REVEILLARD,

UMR Roland MOUSNIER CNRS/Université Paris-Sorbonne.