Colloque Ou va lArabie saoudite B 2 640

 Poursuivant son travail d’analyse des grandes questions géopolitiques du monde d’aujourd’hui, l’Académie de géopolitique de Paris a organisé ce colloque international le 10 mars 2016 à l’Assemblée nationale 

Colloque Ou va lArabie saoudite d 640

Fidèle à sa vocation d’animer librement des débats aux thématiques inédites et originales, l’Académie de Géopolitique de Paris a choisi de faire bénéficier son auditoire des travaux des meilleurs spécialistes sur la position de l’Arabie Saoudite au milieu de drastiques changements dans une région instable et en pleine évolution. Le contexte général au Moyen et Proche-Orient est globalement catastrophique, avec une très nette tendance à l’escalade des tensions entre les puissances régionales soutenues par les superpuissances étrangères.

L’Arabie Saoudite mène aujourd’hui une politique très interventionniste qui se manifeste par une intervention militaire officielle illégale du point de vue du droit international au Yémen et un engagement de plus en plus visible dans la guerre par procuration menée en Syrie.

Se trouvant aujourd'hui dans l’œil du cyclone, le royaume se considère comme encerclé par des menaces aussi importantes les unes que les autres à ses frontières : le Yémen, l'Irak et la montée en puissance de l'Iran, favorisée par le récent apaisement des relations irano-américaines consacré par la signature d'un accord sur le nucléaire iranien. Cet accord, qui met fin à des années d’ostracisme de la République islamique, annonce le grand retour de Téhéran sur la scène régionale et internationale.

Dans une politique de fuite en avant, épaulé par ses alliés turque et américain, le royaume mène une politique régionale agressive et belliqueuse. Au Liban le régime saoudien cherche à affaiblir la capacité militaire du Hezbollah libanais en entretenant une politique de déstabilisation de ce pays, victime expiatoire des conflits qui secouent cette région si explosive. Le Liban est brutalement pris en otage par l’Arabie saoudite, qui lui reproche sa trop grande complaisance avec l’Iran sur fond de conflit, soigneusement entretenu, entre sunnites et chiites. Le royaume saoudien est une parfaite illustration de l'imbrication du politique et du religieux. Il en résulte que les conflits surgissant dans la région sont essentiellement parés de la cape confessionnelle.

Ce colloque a pour ambition de prendre en considération les nombreux et importants rôles que joue l’Arabie Saoudite sur la scène politique Arabe, régionale – en particulier avec les pays islamiques - et internationale. Il a également pour ambition, par une approche multidisciplinaire, de comprendre les mutations que vit la société saoudienne ainsi que l’évolution géostratégique régionale et internationale liées aux actions du Royaume Saoudite.

De nombreuses thématiques liées à cette question sensible ont été abordées par les analyses pertinentes des nombreux spécialistes universitaires, militaires, diplomates, journalistes, etc. qui ont participé à notre colloque dont voici le compte rendu :

Allocution de Jacques Myard, Député de la Nation, Président du Cercle Nation et République.

 

Jacques Myard8

https://www.youtube.com/watch?v=td09eGWJnng

Au-delà des problèmes de culture et des enjeux politiques, nous vivons aujourd’hui dans ce que nous appelons à juste titre un village planétaire. Nous sommes confrontés à la tyrannie de l’immédiateté, et nous, politiques, avons un objectif : celui de pouvoir analyser, sans sur-réagir et sans être entraînés par l’immédiateté, les éléments qui peuvent survenir partout sur la planète de façon à éviter d’aggraver des problèmes qui, parfois, peuvent s’avérer secondaires.

Je vous dis cela en propos préliminaire, car le sujet d’aujourd’hui sur un pays que nous connaissons tous est loin d’être neutre en termes de passion. Il est tout à fait légitime que l’on puisse avoir, sur l’Arabie saoudite, des approches passionnées ; mais il n’en demeure pas moins que nous devons faire l’effort d’analyser les enjeux de cette zone, de la manière la plus objective possible, et avec lucidité.

L’Arabie Saoudite est un pays que je connais un peu ; j’y étais encore récemment, au moment où Madame Merkel a fait l’annonce qu’elle allait accepter 100.000 réfugiés, ce qui, immédiatement, a eu un impact sur tout le Proche Orient.

L’Arabie Saoudite est un pays légendaire, grâce à Lawrence d’Arabie et à tout ce qui s’est passé à la chute de l’empire ottoman. C’est un pays qui fait quatre fois la France, plus de 2 millions de kilomètres carrés, et qui a deux fois moins d’habitants, soit 30 millions avec 10 millions de travailleurs étrangers. C’est un pays riche, qui dispose sans doute des réserves pétrolières les plus importantes de la planète ; même si l’on fait aujourd’hui de nouvelles découvertes de gisements et moyen d’extraction. L’Arabie Saoudite est donc un pays convoité, qui doit néanmoins faire face à de nombreux défis tant sur le plan interne que sur celui de la politique étrangère.

Soyons très clairs. Vous connaissez la Charte des Nations Unies sur l’égalité souveraine des Etats : chaque Etat a théoriquement le droit de choisir le régime qu’il souhaite. Et jusqu’à nouvel ordre - parce que c’est une critique que je fais à un certain nombre d’Etats - nous ne sommes pas là pour choisir les gouvernants des pays tiers. Le fameux gouvernement change cher à monsieur Bush, qui m’est complètement étranger, aboutit à des catastrophes. Donc je et nous ne sommes pas là pour dire ce qu’il faut changer en Arabie saoudite comme ailleurs. Il n’en demeure pas moins qu’il reste important de poser, et se poser, certaines questions, en particulier lorsque la politique locale et globale est impactée par les décisions et évolutions de certains pays, en particulier celles de l’Arabie saoudite.

Il est indéniable aujourd’hui qu’une question de gouvernance se pose en Arabie Saoudite. Non pas sur le régime, non pas sur le fait que ce pays soit gouverné par les Saoud depuis plus d’un siècle, mais la concurrence interne à la famille royale – composée de pas moins de 2300 membres - est de notoriété publique -. Je vous rassure, ce problème de concurrence intrinsèque n’est pas propre à l’Arabie Saoudite. Si j’en crois le débat qui va s’engager en France sur les primaires, les choses risquent de ne pas être facile non plus. S’agissant de l’Arabie Saoudite, on sait que le successeur désigné, Ben Naïf, est confronté à un autre membre de la famille royale, Ben Salman ; l’un et l’autre ayant des responsabilités gouvernementales différentes, l’un à l’Intérieur, l’autre à la Défense. On sait aussi - et malheureusement, cela devient un lot commun à beaucoup d’Etats de la région - qu’il y a des activités terroristes importantes, et qu’il existe vraisemblablement sur le territoire saoudien des unités dormantes de mouvements terroristes divers et variés.

Il y a des enjeux économiques aussi : pour avoir récemment échangé sur ce sujet avec des diplomates saoudiens, on sait que la question des dix millions de travailleurs étrangers nécessite d’envisager de remplacer petit à petit ces travailleurs étrangers par des saoudiens, ce qui nécessitera un effort de formation professionnelle de la part du gouvernement. Le gouvernement saoudien se pose la question.

L’Arabie Saoudite subit également des évolutions sociologiques : nombre d’étudiants, en particulier des femmes, ont une très solide formation, ayant étudié - souvent d’ailleurs à l’étranger -. Comme partout, les femmes semblent prendre la prééminence sur une société jusqu’alors à très nette dominante masculine. Dans le même sens, en Iran – pays que je connais un peu - 60% des étudiants dans les universités sont des femmes. Si cette évolution sociétale n’est pas propre à l’Arabie saoudite, il n’en reste pas moins qu’elle va poser, tôt ou tard dans ce pays la question du statut de la femme.

Et puis il y a des questions qui se posent sur le plan externe tant il est vrai que l’Arabie saoudite a et a toujours eu – à juste titre – la volonté de jouer un rôle important au Proche et au Moyen Orient. Pendant longtemps, le rôle prédominant dans la région était essentiellement dévolu à l’Egypte. Ce dernier pays ayant rencontré un certain nombre de difficultés et dans le contexte où l’Iran a longtemps été tenu dans la situation de ne pouvoir jouer aucun rôle important dans la région, la volonté de prédominance de l’Arabie Saoudite s’est réaffirmée. Depuis les récents accords sur le nucléaire, l’Iran se réaffirme comme un acteur majeur de la région. Je ne saurais oublier que le gouvernement saoudien avait mis en garde les Etats-Unis sur leur intervention en Irak. Si monsieur Bush avait écouté un peu plus les saoudiens, peut-être aurions-nous évité le chaos  ambiant qui règne aujourd’hui en Irak et ailleurs. Je remercie donc la lucidité du gouvernement saoudien de l’époque … il n’était pas le seul, Jacques Chirac avait également mis le monde en garde. Souvenez-vous que monsieur Bush avait alors dit avoir reçu un ordre de Dieu pour intervenir en Irak… J’en suis toujours aussi stupéfait ! Surtout venant d’un pays où la raison prétend l’emporter sur les thèses millénaristes, qui existent cependant un peu partout dans le monde.

​Il est vrai qu’aujourd’hui, l’Arabie saoudite joue un rôle officiel au Yémen – pays également soumis à critiques – plaçant ce pays dans une situation extrêmement difficile. Le Yémen est pratiquement détruit, la guerre civile y bat son plein. Il y a bien sûr une influence de l’Arabie saoudite, en lien avec la Turquie, dans le conflit syrien qui n’en finit pas. Et puis on peut s’interroger bien évidemment sur les relations de l’Arabie Saoudite avec l’Iran. Sachant ce qui s’est passé dernièrement, les relations avec ce pays sont-elles irrémédiablement compromises ? En Orient, et vous le savez mieux que moi Messieurs, rien n’est jamais définitif - je le souhaite - parce que l’on sait très bien que les choses peuvent évoluer. Il peut y avoir, à mon sens, des revirements - mais c’est une vue peut-être occidentale ou du moins française - : il n’est pas impossible que les deux pays puissent s’entendre, car il y a des défis importants à relever en terme de stabilisation de la région.

Monsieur le président Ali Rastbeen, je ne peux que vous féliciter d’avoir choisi ce thème. Même si vous ne pouvez pas épuiser le sujet, je vous encourage à le traiter avec objectivité, lucidité et sans passion, car je pense que ce sujet va nous accaparer pendant quelques années encore. Je reprendrai ce que, un jour, Elisabeth I avait dit à Sir Francis Drake : « Salut au Chercheur d’aventure !». Et dans l’Orient hyper-compliqué, il faut avoir du courage, vous en avez. Merci.

 

Le colloque a été organisé sous forme de deux tables rondes :

Première table ronde :Modérateur, Ali Rastbeen, Président de l'Académie de Géopolitique de Paris.

« L’Iran et ses voisins du Golfe Persique »

ali rastbeen 640

https://www.youtube.com/watch?v=PIj6XF5xhXw

La situation de crise au Moyen-Orient, en particulier en Irak, en Syrie en Lybie et au Yémen ainsi que le blocage des élections présidentielles libanaises depuis mai 2014 et le grand  retour de l'Iran au sein de la communauté internationale, sont des évolutions qui nous incitent à nous interroger sur la nature des relations entre l’Iran et ses voisins du Golfe Persique.

Le Proche et Moyen-Orient sont entrés dans une phase de mutations et de recomposition profonde, qu’il serait superficiel et dangereux de réduire à un conflit entre sunnites et chiites.

L’animosité entre l’Arabie saoudite et l’Iran se traduit notamment en Syrie, au Yémen et en Irak, ces deux puissances s’accusent mutuellement en cherchant à élargir leur influence.

Une question se pose: la détérioration des relations entre l’Iran et les pays arabes est-elle le résultat de l’émergence de l’Iran comme puissance régionale ou puise-t-elle sa source ailleurs ?

Pour répondre à cette question, il faut tout d’abord se demander à quel point les pays arabes agissent-ils de manière indépendante ? Ensuite, il faut aussi se demander si leurs actions sont destinées à préserver leurs propres intérêts nationaux ou sont plutôt dictées par d’autres motifs.

Enfin, une dernière question, comment doit réagir l’Iran pour répondre à ses propres intérêts nationaux dans un monde caractérisé par des rivalités et par l’instabilité ?

La détérioration des relations entre le monde arabe et l’Iran est en grande partie due à la position géopolitique et géostratégique du Golfe Persique. Car le pays qui dominerait la région du Golfe Persique, aurait la possibilité et la capacité d’influencer le monde.

La question de la sécurité et de la paix durable dans la région du Golfe Persique et dans les Etats arabes, devient alors abordable.

Une autre considération est la diversité des acteurs, alors qu’il est clair qu’un vide au pouvoir permet à d’autres acteurs de s’imposer.

Ce phénomène n’est pas nouveau. Par le passé, les rivalités entre la Grande-Bretagne, l’Union soviétique et les États-Unis faisaient rage dans le Golfe Persique et lorsque la Grande-Bretagne instaura sa domination, les autres puissances se retirèrent.

Lorsqu’en 1968, le gouvernement britannique a évacué ses forces du Golfe Persique, de la mer d’Oman, de l’océan Indien et de la mer Rouge, une situation de vide a succédé et a conduit à l’apparition d’autres acteurs qui voulaient remplacer la Grande-Bretagne, ce qui a favorisé des rivalités de pouvoir . Pendant cette époque, l’Union soviétique et les États-Unis se présentaient comme acteurs puissants et déterminants au niveau international, tandis qu’au niveau régional l’Iran, l’Arabie saoudite et l’Irak assumaient leurs rôles, aussi bien directement qu’indirectement.

Dans le nouveau statut quo qui s’est établi à cette époque, l’Iran et l’Arabie saoudite, alliés de l’Occident, ont fait face à l’Irak qui a été soutenu par l’Union soviétique. Cette rivalité s’est  poursuivie jusqu’en 1975 jusqu’à ce que l’Iran devienne la première puissance régionale.   

La révolution islamique en Iran a provoqué un nouveau vide dans la région, auquel sont venus s’ajouter d’autres événements : la guerre Iran-Irak, la bataille des tankers fut le prétexte pour la pénétration et la présence des forces étrangères dans la région afin d’y assurer la sécurité d’approvisionnement. L’occupation du Koweït par l’Irak et le changement de position des autres pays de la région à l’égard de l’Iran furent d’autres éléments qui peuvent nous aider à comprendre les raisons de la détérioration des relations entre l’Iran et le monde arabe.

L’Iran se trouve au centre de la plupart des évolutions survenues dans la région : le départ des forces britanniques en 1968, le traité de 1975 et le rôle joué par l’Iran au niveau régional et extrarégional, et ainsi de suite. Par ailleurs, l’occupation de l’Afghanistan par l’Union soviétique et la formation des Moudjahédines afghans sont d’autres événements clés qui continuent à préoccuper le monde. 

Encore d’autres facteurs sont en cause de cette détérioration : l’occupation de l’ambassade des États-Unis, l’agression du régime baasiste irakien contre l’Iran, la présence des forces étrangères dans la région, l’acceptation de la résolution 598, l’agression de l’Irak contre le Koweït, la libération du Koweït par les forces de coalition jusqu’à la désintégration de l’Union soviétique en 1991 et la disparition du système bipolaire dans le monde.

Dans une étape avancée, la région été bouleversée par les événements du 11 septembre, l’attaque des forces de coalition sous l’égide des États-Unis contre l’Afghanistan , la chute des talibans, et l’apparition d’une nouvelle coalition mondiale contre le terrorisme, enfin, les soulèvements populaires arabes et l’émergence récente de l’extrémisme religieux .

Dans ces conditions-là, reprenons la question : est-ce que l’Iran peut établir des relations stables avec ses voisins arabes ?  Il existe plusieurs dimensions à notre question :

-La première considère que compte tenu de la dépendance des pays arabes, à l’exception de quelques-uns, à l’égard des États-Unis et de l’Occident, on ne pouvait espérer une amélioration des relations, tant que l’Iran ne réussissait pas à normaliser ses relations avec l’occident.

- La deuxième considère que l’Iran ne peut développer ses relations avec les Etats arabes sauf, si elle deviendra une réelle et grande puissance régionale dans les domaines politique, militaire et économique. Ce qui conduira les pays arabes, à améliorer de bon gré leurs relations avec l’Iran.

une troisième affirme que compte tenu de la permanence des tensions entre l’Iran et les pays arabes, l’établissement d’une relation stable devienne irréalisable.

enfin, la dernière position, qui semble plus acceptable réside dans le fait que, compte tenu du grand retour de l'Iran au sein de la communauté internationale, les pays arabes, par le biais de la détente et de la confiance, peuvent fonder de solides relations dans le respect mutuel, l’assurance des intérêts communs, l’entraide et la coopération, transformant les rivalités en amitié et concurrence positive.

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Monsieur Rastbeen a ensuite donné la parole à monsieur Troudi Mohamed,

Chercheur en relations internationales et stratégiques, associé à l'Académie de Géopolitique de Paris, Pour parler de" la politique de l’Arabie Saoudite au Moyen-Orient "

Mohamed Troudi 640

https://www.youtube.com/watch?v=o-P_LzmCgJ4

Depuis le remaniement dynastique en Arabie saoudite début 2015, le royaume saoudien mène une politique ouvertement plus interventionniste, elle se manifeste par une attitude très hostile envers l'Iran, par une intervention militaire meurtrière et illégale du point de vue du droit international au Yémen et un engagement de plus en plus visible dans la guerre par procuration menée en Syrie.

Le royaume se considère comme encerclé par des menaces aussi importantes les unes que les autres à ses frontières, le Yémen, l'Irak et la montée en puissance de l'Iran, notamment après l’apaisement dans les relations irano américaines depuis peu,  consacrée par la signature d'un accord sur le nucléaire iranien, annonçant le grand retour de Téhéran  sur la scène régionale et internationale, après avoir mis fin à des années d'ostracisme, touchant la république islamique.

Dans une politique de fuite en avant, épaulé par son allié turque et américain, le royaume mène une politique régionale agressive et belliqueuse. Au Liban  le régime saoudien  cherche à affaiblir la capacité militaire du Hezbollah libanais en entretenant  une politique de déstabilisation de ce pays victime expiatoire des conflits qui secouent cette région si explosive, chemin faisant le Liban est brutalement pris en otage par l’Arabie saoudite, qui lui reproche sa trop grande complaisance avec l’Iran sur fond du conflit entre sunnites et chiites Le royaume saoudien est par conséquent une parfaite illustration de l'imbrication du politique et du religieux et que les conflits surgissant dans la région sont essentiellement voire exclusivement d'essence confessionnelle.

On retrouve cette même : volonté d'intervenir dans les affaires intérieures des États de la région, c'est le cas en Irak, les saoudiens cherchent à lutter autant que faire se peut contre l'influence iranienne dans ce pays depuis l'intervention américaine en Irak, intervention qui constitue depuis  source de détérioration de ses relations avec son alliée stratégique les États Unis.

Depuis l’arrivée de la nouvelle administration saoudienne conduite par le roi Salman, on assiste à l'adoption d'une politique étrangère proactive , amenant la Turquie (qui a ses propres calculs) à rejoindre l'alliance sunnite avec l'imbrication de différents objectifs à la fois du royaume saoudien, de la Turquie et de l’Égypte, ce qui laisse supposer qu'on s'achemine vers un rapprochement de type gagnant turco saoudien. Les saoudiens ont peut-être simplement compris ou supposent qu'ils ne peuvent plus résoudre les nombreux problèmes de la région les concernant directement par des moyens traditionnels, mais via des alliances.

En ce qui est du Qatar, vue de loin, les deux pays ont davantage de points communs que de divergences, à voir de près ce ne sont que des cliché car non seulement les différences existent, mais ce sont parfois de profondes divergences qui opposent ces deux royaumes,  depuis  que le petit émirat du Qatar a décidé d'exister sur l’échiquier régional et par conséquent de rivaliser avec le deuxième plus grand pays arabe sunnite  après l'Algérie à savoir l'Arabie saoudite.

En décidant de passer d'un statu de pétrolochimie insignifiante à celui d'un acteur important sur la scène régionale et internationale, le Qatar défie l'hégémonie de  l'Arabie saoudite qui surveille de près son désormais rival et non moins allié du Conseil de Coopération du Golfe ou CCG.

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Le deuxième intervenant Mme Safaa AL-HAMAYDEH AL-SATARI,Organisatrice des Pèlerins Musulmans de France a abordé  « Les enjeux et paramètres de l’organisation de pèlerinages en Arabie saoudite »

Safaa AL HAMAYDEH AL SATARI 640

https://www.youtube.com/watch?v=2yxq6MTI-bc

Le contexte international du tourisme religieux, dans une époque où les individus cherchent un sens à accorder à leur existence, la question française des voyagistes du Hadj. Sujet épineux, presque tabou en raison du fait que le fait religieux « islam » suscite une défiance et une absence de commande politique, il n’en demeure pas moins qu’il revêt un substrat économique particulièrement puissant au regard des chiffres en constante croissance.

Parmi les sites touristiques religieux les plus reconnus, on observe notamment la Mecque, Rome, Jérusalem et Lourdes.

La Mecque est l’une des plus grandes destinations de tourisme religieux. En 2012, elle a attiré 12 millions de pèlerins musulmans, représentant des dépenses touristiques de 16,5 milliards de dollars.

La Mecque et Médine sont les deux villes saintes de l’islam. En 2013, 6,9 millions de touristes ont visité l’Arabie Saoudite pour des raisons religieuses, soit près de 41 % de l’ensemble des touristes du pays.

Pour l’Arabie Saoudite, le tourisme religieux représente la deuxième plus importante source de revenus derrière le pétrole, selon Géopolis.

Le Hadj

Cinquième pilier de l’islam, le Hadj rassemble chaque année de 5 à 6 millions de pèlerins. Il faut y ajouter un nombre équivalent de visiteurs dans le cadre du « petit pèlerinage », l’Omra, qui peut être réalisé à n’importe quel moment de l’année. Considéré comme l’étape finale dans la vie spirituelle du musulman, le Hajj confère à La Mecque et, par extension, à l’Arabie Saoudite et à son souverain, un prestige et un statut uniques. Le titre officiel du roi est celui de « Serviteur des deux Lieux saints » (La Mecque et Médine, où est situé le tombeau de Mohamed).

L'industrie touristique est d'autant plus importante pour la prospérité du Royaume qu'elle est actuellement le deuxième secteur économique du pays en termes d'emploi pour ses habitants, faisant travailler près d'un millions de Saoudiens au total. Selon le président de la Saudi Commission for Tourism and Antiquities, le Prince Sultan Bin Salman, le secteur devrait devenir le premier employeur national au cours des prochaines années.

Débat :

Débat 1 640

https://www.youtube.com/watch?v=xSe2fqpMv8E

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La parole a ensuite été donnée à M. Karim IFRAKIslamologue, historien des Textes et de la vie de la pensée dans les mondes musulmans C.N.R.S, ParisQui a traité le sujet du wahhabisme et ses ramifications régionales et internationales.

 Karim IFRAK 640

https://www.youtube.com/watch?v=nQ_Dks6b74U

La disparition du Califat en 1924, la reconquête du pouvoir avec le soutien de « l’Ordre des Frères » en 1927, l'exploitation des gisements pétrolifères en 1938, permirent au royaume d'Arabie saoudite de s’imposer sur l’échiquier régional puis mondial grâce au pacte « pétrole contre protection » conclu en 1945. Mais la conquête du pouvoir, dans un contexte arabo-musulman, ne peut se pérenniser, sans une légitimité et un rayonnement religieux. Une légitimité que va se forger le royaume d'Arabie saoudite en s’appuyant sur l’idéologie wahhabite, celle-là même qui a soutenu la genèse du royaume, deux siècles auparavant.

Portée par le rayonnement de la monarchie dans la région, cette nouvelle idéologie musulmane toute saoudienne, ne manquera pas de se propager au sein des pays voisins, lentement mais inexorablement. Soutenue par un apport financier de plusieurs milliards de dollars, elle s’attela à contaminer, le plus possible, le reste du monde musulman et pas seulement. Une ambition qui passera d’une orientation locale à une orientation régionale, avant de muter vers un plan international, le tout par une simple advertance.

Dans son combat à mort contre le communisme, particulièrement, celui soutenu par Gamal Abd Nasser, au nom du panarabisme, le royaume d'Arabie saoudite, aidé de certains pays amis, se tourna vers « La Société des Frères Musulmans », fondée par Hassan al-Banna. Le choc avec la mécanique nassérienne, soutenue par le bloc communiste, fut brutal, anéantissant, dans son raz de marée, une bonne partie de la « Confrérie ». Complice des actions fréristes contre l’Égypte Nassérienne, l’Arabie saoudite, accueilli, en contrepartie, des milliers de « Frères » venus d’Égypte, mais également de Syrie et de Palestine. Aussitôt installés, les « Frères » se remirent au travail en faisant ce qu’ils savent faire le mieux : répandre leur idéologie islamiste qui appel à la renaissance du califat. Craignant le pire, les Al-Saoud décidèrent de réinvestir le terrain, en propageant, avec force, leur idéologie maison : le « salafisme wahhabite ». Grâce à l’apport des pétrodollars et en se reposant sur des infrastructures telles que les universités islamiques, la Ligue Islamique Mondiale et autres O.N.G à partir des années 60, les Al-Saoud disputèrent, à l’aide de cette nouvelle arme, chaque mètre carré conquis ou à conquérir par la « Confrérie ». Toutefois, l’idéologie wahhabite originelle, loin de savoir que le combat sera à la mesure des enjeux, allait faire face à trois opposants « maison » qui manqua la faire déraciner. Le wahhabisme de la « Jamaâ al-salafia al-mohtasiba », le  wahhabisme «  sourourite » et enfin le wahhabisme « sahawite ».

Quelle est donc cette arme idéologique qui n’a pas fini de noyauter une grande partie du monde musulman, mais également d’Europe et d’Afrique ? Quels sont les mécanismes qui ont permis sa propagation et les moyens humains et financiers investis par le royaume pour la développer et la pérenniser ? Mais surtout, victime de son propre succès, comment procède le royaume, aujourd’hui, à contrer ses effets indésirables et à soigner, autant que faire se peut, son image de marque ô combien ternie.

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Le quatrième intervenant, Mme Patricia LALONDE, Chercheure associée, IPSE a parlé "des droits humains en Arabie saoudite."

Patricia LALONDE 640

 https://www.youtube.com/watch?v=EdXS51yPXO0

D’après Mme LALONDE traiter des droits de l’homme en Arabie Saoudite nécessite de s’étendre sur la doctrine de l’Etat saoudien : le wahhabisme. La raison d’être de l’Etat Saoudien est d’appliquer les lois de l’Islam et la volonté de Dieu.  Le pays est dirigé par une monarchie absolue où le pouvoir est concentré dans les mains du souverain et du cercle familial.

Les partis politiques et les syndicats sont interdits ; Toute autre religion est bannie et dès le plus jeune âge, les Saoudiens apprennent que le chiisme est une religion de mécréant : En 2014, selon Human Right Watch, le roi Abdallah a introduit un certain nombre de lois considérant comme terroristes les athées. La récente décapitation du Cheik Nimr Barq El Nimr, opposant chiite pacifique en est l’illustration. Ou encore l’exemple du bloggeur Raif Badawi, emprisonné depuis 2012, et est contraint de recevoir régulièrement des centainesde coups de fouets en attendant une éventuelle décapitation ou même la crucifixion. Ou encore le cas d’Abdallah Al Zaher, adolescent torturé en prison et dont le verdict  de condamnation à mort doit être confirmé en 2016 ; Il risque la pendaison ou la décapitation…

Les inégalités entre les sexes restent très importantes : Malgré une nette volonté réformiste de Mohamad ben Abdelazziz- al-Saoud, les femmes saoudiennes restent des «  dépendantes », recluses de la société. Elles sont  par la suite confrontées à un fort taux de chômage…Les femmes représentent 60% de l’ensemble des diplômé[e]s, mais moins de 15% ont accès au marché du travail.  Les femmes doivent avoir un tuteur masculin (Mahram) : Elles ne peuvent sortir seules sans être accompagnées d’un tuteur masculin. Elles doivent recevoir l’autorisation de leur tuteur pour se marier, voyager, s’inscrire à l ‘école, ou à l’université et accéder aux services de santé. La polygamie des hommes est permise. La ségrégation des sexes est de rigueur dans les espaces publics et les femmes ne peuvent sortir qu’entièrement recouvertes de l’Abaya, tunique noire ne découvrant que les yeux.

Les milices de la Commission pour la prévention du vice et la promotion de la vertu ( Muttawain) surveillent dans chaque quartier la bonne application de ces règles.

Par ailleurs, l’Arabie Saoudite a récemment obtenu la présidence du conseil consultatif de la commission des Droits de l’Homme des Nations Unis !!

Pour conclure, il est à craindre que cette stratégie d’ouverture ne s’arrête depuis que le Prince Mouqrine, réformateur et réformiste a été écarté du pouvoir au profit de Mohamad ben Salman : rappelons que les Salman font partie[s]  de la tribu des «  Soudayris » plus proches des thèses fondamentalistes des wahhabites Mohamad ben Salman (MBS) n’a pour le moment pas brillé par sa volonté d’ouvrir le royaume aux réformes, obsédé par une frénésie de guerres contre les chiites, la première en Syrie contre le pouvoir de Bachar al Assad et la seconde, plussilencieuse, au Yémen contre les Houtis, guerre qui se déroule dans le silence où les pires atrocités sont permises.

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Deuxième table ronde, Modérateur, M. Alain Corvez, Conseiller en stratégie internationale

Colloque Ou va lArabie saoudite d 2 640

Débat 2 640

https://www.youtube.com/watch?v=FigoJLHClU8

Le cinquième intervenant, M. Hall GARDNER directeur du département politique comparée internationale à l'Université américaine de Paris a traité le sujet " des relations entre l’Arabie Saoudite et les USA"

Hall GARDNER 640 

https://www.youtube.com/watch?v=8TcHxMAB8n8

M. Gardner a noté que les relations USA-Arabie Saoudite peuvent être qualifiées par l’abus et la manipulation mutuelle mais accompagnée de méfiance réciproque. Le discours s’interroge si ces relations ont commencé à se détériorer suite aux attentats du 11 septembre 2001 et en raison de l’approchement irano-américain.
Ajoutons à cela, la différence entre l’approche américaine et l’approche saoudienne en ce qui concerne la guerre mondiale contre le terrorisme. La politique Saoudienne qui poursuit son soutien aux factions socio-politique wahhabites dans le Grand Moyen-Orient ne convient plus aux Etats-Unis.
La nouvelle guerre des prix et les rivalités qui en résulte de la concurrence du pétrole de schiste américain dans le marché pétrolier couplé avec l’absence de vraies réformes et la violence permanente des droits de l’homme mène certainement a une possibilité d’instabilité socio-économique et politique au sein du Royaume lui-même. 

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Le sixième orateur, M. Honoré LE LEUCH, Expert et Conseiller Pétrolier International a traité  le sujet de «La géopolitique pétrolière saoudienne»

 Honoré LE LEUCH 640

https://www.youtube.com/watch?v=T6rVu0f7Umc

Pour M. Le Leuch, la chute actuelle du prix du pétrole ainsi que la grave situation géopolitique au Moyen-Orient font à nouveau beaucoup parler de la place essentielle de l’Arabie saoudite sur le marché mondial des hydrocarbures et de son rôle majeur historique au sein de l’OPEP.

L’objet de la présentation est d’abord d’expliquer les raisons principales ayant conduit à cette forte baisse du prix du pétrole de 70% en 18 mois depuis l’été 2014, puis d’essayer de mieux comprendre la politique et la stratégie pétrolière adoptée par l’Arabie saoudite. Cette compréhension permettra d’imaginer les conséquences probables sur les marchés de l’énergie, à court terme et à moyen terme, ainsi que les conséquences directes pour l’Arabie saoudite, notamment financières et géopolitiques.

En particulier, il sera montré pourquoi la crise pétrolière de 2014-2016 est différente des autres chutes brutales du prix du pétrole qui ont eu lieu au moins une fois durant chacune des décennies précédentes, à savoir celle de 1985-1988, celle de 1998-1989, puis celle de 2009-2010. A chacune de ces crises antérieures, due à une offre supérieure à la demande de pétrole, les pays de l’OPEP avaient décidé de réduire leur production globale pour mettre fin à la crise, et notamment l’Arabie saoudite, premier pays exportateur mondial agissant en tant que « swing producer » préférentiel.

Pour la crise actuelle, l’Arabie saoudite a décidé de privilégier sa « part de marché » en gardant son niveau de production, ceci pour pousser entre autres les producteurs concurrents  à coût élevé à réduire pour des raisons financières leur production et leurs investissements, d’abord ceux alloués aux activités des pétroles non conventionnels dont la part dans l’offre mondiale a fortement progressé en cinq ans, surtout aux Etats-Unis et au Canada. L’effet du ralentissement des investissements devrait être de favoriser à moyen terme une nouvelle hausse du prix du pétrole et d’entrer dans un nouveau cycle de prix.

Les ressources financières accumulées par l’Arabie saoudite ces dernières années lui permettront-elles de maintenir cette stratégie audacieuse jusqu’au nouveau cycle du prix du pétrole ? Nous donnerons des éléments de réponse au cours de la présentation.  

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Troisième débat

Débat 3 640


https://www.youtube.com/watch?v=RsJpx5mgZ0Y

Le septième intervenant, Général Elias FARHAT, Général des armées libanaises a traité"  les relations entre l’Arabie saoudite et Israël"

 Elias FARHAT 640

https://www.youtube.com/watch?v=VyFjpSije04

Pour M. Farhat, Le royaume d'Arabie saoudite joue plusieurs rôles importants sur la scène politique Arabe, régionale et internationale, notamment avec les pays islamiques. Israël est conscient que s’il réussit à établir des relations normales avec l'Arabie Saoudite, il verra s’ouvrir devant lui les portes du monde arabe et musulman.

Récemment, des informations ont circulé relatant des contacts officiels et des rencontres publiques, entre l'Arabie Saoudite et Israël dont les faits sont rapportés par les mass media. Considérées par les uns comme un début d’ouverture entre les deux pays ennemis, qui prélude à des contacts officiels, ces rencontres sont interprétées par d’autres, comme un contact sans lendemain, parce qu’elles n’aboutiront jamais à développer des relations de rapprochement politique entre les deux états. D’autres encore, considèrent que les rencontres israélo-saoudiennes nécessitent beaucoup d’efforts et une longue marche vers la normalisation des relations entre ces deux pays.

Pendant son assistance au Forum économique mondial à Davos, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré à CNN : "Dans ces derniers temps, il y a eu un changement radical dans les relations étrangères d’Israël, et entre Israël et ses voisins arabes. L’Arabie Saoudite, comme d’autres états, nombreux dans le monde arabe, considère l’Israël comme un allié et non pas comme une menace".

La plus importante de ces réunions est la rencontre en Israël, entre Yair Lapid qui a œuvré pour l’initiative de paix en tant que chef du parti future, et le prince Turki al-Faisal, ancien chef des renseignements, ancien ambassadeur à Washington et à Londres, fils du défunt roi Faisal bin Abdul Aziz, et frère du ministre des Affaires étrangères Saud al-Faisal.

Les rencontres entre chercheurs appartenant à des centres de recherche divers dans les deux pays. La plus importante de ces rencontres a réuni le chercheur et ancien militaire saoudien Anwar Al Ochqui, et Dori Gold, conseiller auprès du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

L’Arabie saoudite ne fait pas partie des pays arabes qui avaient ouvert sur leurs territoires des bureaux de représentation israéliens ; elle n'a non plus annoncé des réunions officielles avec Israël.

L'Arabie saoudite, Israël et le dossier iranien

Un croisement des positions saoudiennes et israéliennes sur la question du programme nucléaire de l'Iran, et à propos de l'ingérence de l'Iran dans la région arabe. L’Arabie saoudite considère que l'Iran représente un danger aussi bien pour elle que pour d’autres pays arabes. Elle accuse l'Iran de s'immiscer dans les affaires intérieures des pays de la région, et de soutenir les chiites et la foule populaire en Irak, mais aussi le régime en place, en Syrie, Hezbollah au Liban, et les Houthis au Yémen. Quant à l’Israël, il a toujours considéré que l'arme nucléaire iranienne constitue une menace pour son entité et pour sa sécurité nationale. L’Israël a œuvré activement auprès des États-Unis et du groupe 5 + 1 afin d'arrêter les négociations avec l'Iran, et de recourir à l'option militaire.

L’Israël et l’Arabie Saoudite se partagent les mêmes anxiétés et les mêmes soucis vis à vis de l’Iran. Mais aussi, les deux parties savent que leur coopération sur ce dossier ne pourra pas réaliser leurs buts respectifs.

Concernant la crise syrienne, A plusieurs reprises l’armée israélienne est intervenue en bombardant des cibles jugées par lui des sites militaires appartenant à Hezbollah.  Du coté saoudien, le royaume a publiquement exprimé son soutien à l'opposition syrienne, tout en réclamant le départ du président al-Assad. Il a également reçu dans sa capitale l'opposition syrienne, et n’a jamais caché qu’il la soutient  en matière de financement et d’armement.

Dans la crise yéménite, l'Arabie saoudite a lancé une guerre surprise sur le Yémen pour frapper les Houthis, et les soumettre. Elle visait par cela contrecarrer linfluence iranienne sur son voisin yéménite. Pour l’Israël, géographiquement distant du champ de bataille, le plus important dans cette guerre, est de préserver la libre navigation à Bab al-Mandeb ; cette préoccupation israélienne est partagée par d’autres pays de la mer Rouge, à savoir L’Arabie Saoudite et l’Égypte. Aussi, les Etats-Unis cherchent à protéger la libre navigation maritime des dangers qui menacent le commerce mondial.

Quels horizons pour les relations israélo-saoudiennes ?

L’Arabie Saoudite, n’attache à l’Israël aucune importance pour améliorer ses relations avec les États-Unis. Elle n’a non plus aucun besoin d’Israël pour consolider sa position internationale, les relations américano-saoudiennes étant bien solides, comme nous l'avons mentionné. C’est plutôt l’Israël qui a souvent besoin de l’Arabie Saoudite pour l’aider à sortir de son isolement au niveau des pays arabes, et des pays musulmans. Il est difficile pour le leadership du Royaume de mener la normalisation avec Israël, car l'établissement religieux allié avec l'établissement politique, ne peut pas permettre une telle action. Toute décision de normaliser les relations avec l’Israël provoque la colère des clercs saoudiens, et produit des réactions violentes. N’oublions pas que le wahhabisme puritain incarné par l’organisation des "Frères de celui qui obéit à Dieu" a rejeté la décision que le Roi Abdul Aziz avait prise, pour arrêter l'expansion en Irak et en Syrie. Ils avaient mené contre lui une guerre qui s’est soldée par leur défaite, dans la bataille de sabilah en 1928.

En brève conclusion, on peut dire que le Royaume n’a pas intérêt à développer ses contacts avec Israël, car c’est inutile, et provoque le puritanisme wahhabite diffèrent de l'establishment wahhabite qui participe actuellement au gouvernement. En plus, l’Israël voit dans la relation avec l’Arabie une introduction obligatoire dans le règlement de la cause palestinienne, et selon des conditions Israéliennes. 

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Le huitième intervenant, M. Fayçal Jalloul, écrivain et journaliste libanais, a parlé sur "Les enjeux des relations entre l’Arabie saoudite, la Syrie et le Yémen"

 Fayçal Jalloul 640

 https://www.youtube.com/watch?v=IdkXIliDar8

M. Jalloul note qu'il y a un an, l’Arabie Saoudite a formé une alliance militaire pour se lancer dans une guerre sans merci contre le Yémen. Justifiée au nom du soi-disant maintien de la « légitimité yéménite » démocratique, la poursuite de cette guerre est conditionnée par le retour au pouvoir à Sanaa du président Abed Rabbo Mansour Hadi et de son gouvernement dit « légal ». Les Saoudiens prétendent agir au nom des principes inscrits dans l’Accord du Golfe unanimement soutenu sur le plan international, y compris par la Russie.

En Syrie, l'Arabie Saoudite mène presque la même politique. Elle finance, forme et envoie des combattants dans ce pays et prend en charge un certain nombre de mouvements d'opposition armés afin de changer le régime syrien et de mettre en place un régime démocratique. Dans un cas comme dans l’autre, les guerres menées par l’Arabie saoudite soulèvent toujours la même question : pourquoi un régime monarchique se bat-il pour la démocratie partout ailleurs mais jamais chez lui ? En réalité, les raisons de l’engagement militaire de l’Arabie saoudite dans ces pays sont avant tout de nature géopolitique, historique et communautaire.

On peut en effet expliquer la guerre de l'Arabie saoudite contre le Yémen et la Syrie par la conflictualité traditionnelle entre républiques et monarchies. Cette dualité de régime est un héritage du colonialisme : les Français ont construits les régimes républicains, les Britanniques les Etats monarchiques, et l’antagonisme entre ces deux systèmes a perduré jusqu’à nos jours. La fin de la Guerre froide a rendu possible une guerre de l’Arabie saoudite lancée contre ces deux pays, désormais dépourvu de la protection de l’Union soviétique, jusqu’alors garante du maintien de l’équilibre régional et interarabe. Les Etats-Unis, après l’échec de la guerre en Afghanistan et en Irak, annoncèrent leur intention de quitter le Moyen-Orient. Ce tournant majeur dans la stratégie américaine s’est accompagné du déclenchement des Printemps arabes et a offert à l’Arabie saoudite une occasion rêvée pour en finir avec ses rivaux yéménite et syrien. 

L’Arabie Saoudite espère gagner la guerre au Yémen et en Syrie pour pouvoir remodeler tout l’espace régional, signer la paix avec Israël aux conditions de l’Etat juif et mettre ainsi fin à l’influence iranienne dans la région, en grande partie alimentée par la colère anti-israélienne. Au Yémen, le régime saoudien espère aussi assurer l'exportation du pétrole à l'étranger sous un régime sûr et fédéral, et mettre la main sur le détroit de Bâb el Mandeb. Il entend également protéger sa rive de la Mer rouge et, peut-être, annexer la région stratégique du Hadramaout. Il n’en reste pas moins que la guerre menée par les Saoudiens dans ces deux pays se déroule très mal et qu’en cas d’échec, le prix à payer sera très cher, et ira peut-être jusqu’à la perte du trône de leur Royaume.

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 Le neuvième orateur, Elie HATEM, Avocat, professeur à la FALCO (Faculté Libre de droit, d’économie et de gestion de Paris) a traité " le sujet des rapports géostratégiques entre l’Arabie saoudite et le Liban"

Elie HATEM

 https://www.youtube.com/watch?v=LpcYZBxlfC0

M. Hatem déclare que les rapports entre l'Arabie saoudite et le Liban illustrent ces ambiguïtés et subtilités auxquelles s'ajoutent les intrigues des interventions occidentales, notamment américaines, dans cette région du monde. C'est à partir de la déstabilisation du Liban, en 1975, que l'Arabie saoudite a entrepris des rapports avec lui. A l'issue des sommets de la Ligue arabe, de Ryad et du Caire, cette dernière décida la création d'une force d'intervention militaire composée essentiellement de soldats syriens avec d'autres contingents : saoudien, émirati, soudanais et libyen. Néanmoins, le rôle politique et militaire de l'Arabie saoudite était restreint. En 1979, alors que le mandat de cette force était prolongé, les troupes saoudiennes ont quitté le Liban, ainsi que les trois autres contingents émirati, soudanais et libyen. Seul le contingent syrien composa alors la Force de dissuasion arabe dont les financement était supporté par les Emirats et l'Arabie saoudite : 80 millions de dollars par mois. Le rôle de l'Arabie saoudite était alors édicté par la Ligue des pays arabes et concentré sur des efforts pacificateurs du pays du Cèdre. Riyad se contentait d'envoyer des aides aux populations civiles (aussi bien libanaise que palestinienne) ainsi que des émissaires pour calmer les tensions.

Progressivement, le Royaume saoudien lié, aux Etats – Unis par le Pacte de Quincy, s'est vu attribué un rôle plus important au Liban.

L'Arabie saoudite s'est vue confiée ce rôle de pacification du Liban. Ces dispositions des « Accords de Taëf », obtenus sous l'impulsion de Riyad, ont donné à l'Arabie saoudite un rôle actif dans ses relations avec le Liban. Ce rôle s'est renforcé par l'attribution du poste de Premier ministre, en 1992, à Rafiq Hariri, de confession sunnite, qui avait fait fortune au Royaume saoudien et en a obtenu la nationalité. Il avait renoncé à celle de son pays d'origine, le Liban, ce qui est obligatoire en cas d'acquisition de la nationalité saoudienne : le droit saoudien n'admet pas la double nationalité. Loin encore d'un scénario d'un conflit sunnite-chiite dans la région, l'Arabie saoudite soutenait Rafiq Hariri, inféodé alors à la Syrie et en bons termes avec le Hezbollah. Cela ne peut s'analyser et s'expliquer que par le fait qu'il était nécessaire, à l'époque, en permettant au Hezbollah de garder son organisation militaire,de laisser une mèche de conflit allumée à la fois entre le Liban, la Syrie et Israël mais aussi de préparer les germes d'un conflit ultérieur entre les sunnites et les chiites que les Etats-Unis prévoyaient depuis 1979 à grande échelle au Moyen - Orient.

Le 14 février 2005, un attentat – suicide d'une très grande ampleur visa Rafiq Hariri qui fut tué sur le champ avec le cortège qui accompagnait son véhicule blindé. Le conflit l'opposant au Président de la République, Emile Lahoud, proche de Damas, a tourné les regards vers la Syrie aussitôt accusée de ce meurtre. Un Tribunal international et exceptionnel fut alors créé pour déterminer les responsables de cette opération.

Dès cet attentat, les relations entre l'Arabie et la Syrie ont connu une rupture. En mars 2005, le Président de la République syrienne, Bachar El Assad, a été convoqué par le roi Abdallah. Ce dernier lui demanda le retrait de ses troupes du territoire libanais, en application de la résolution 1559 de l'ONU, mais aussi de cesser l'aide de son pays au Hezbollah ainsi qu'au Hamas palestinien.

Les rapports entre le Liban et l'Arabie saoudite s’inscrivirent dans cet état d'esprit d'un conflit irano-saoudien par Etats ou groupes militaires et politiques interposés

Les troupes syriennes quittèrent alors le Liban définitivement.

L'Arabie saoudite soutient alors la « coalition du 14 mars », dirigée par le fils de Rafiq Hariri, Saad (né à Ryiad), qui a été nommé Premier ministre en 2009. La tension a augmenté entre les deux nouveaux courants libanais. Après avoir proféré des accusations à l'encontre de la Syrie relativement à l'assassinat de Rafiq Hariri, le Hezbollah est pointé du doigt. Cela s'analyse par une volonté de créer de nouvelles tensions au Liban entre les deux communautés sunnite et chiite.

En 2006, en prétextant d'attaques contre son territoire par le Hezbollah, Israël est intervenu militairement au Liban. Il s'est attaqué aussi bien aux régions où se situent les positions du Hezbollah qu'aux autres régions libanaises, détruisant toute l'infrastructure du pays qui s'est reconstruit progressivement depuis 1990. L'objectif de cette opération était également de créer une véritable dissension entre les Libanais, en imputant au Hezbollah (qui représente désormais la communauté chiite) la responsabilité du désastre subi par le pays, en raison de ses provocations de l'Etat hébreu. Mais cette tentative s'est vouée à l'échec et n'a pas conduit à un affrontement franc entre chiites et sunnites.

Dépourvue de milice, la communauté sunnite s'est néanmoins vue constituer une organisation militaire issue du « Mouvement du Futur » dirigé par Saad Hariri : Fath Al Islam. Ce groupe a reçu de la part de Saoudiens des aides financières en vue d'octroyer des armes à ses membres mais aussi une formation religieuse dispensée par des imams salafistes, à l'instar du Front Al Nosra. Des heurts sporadiques ont alors éclaté aussi bien dans la capitale que dans le nord du pays, aux alentours de la ville de Tripoli. Les relations entre le Hezbollah et ses alliés avec la Syrie se sont alors renforcés. Le Hezbollah envoyait des troupes pour aider l'armée syrienne dans sa lutte contre le terrorisme mais aussi pour protéger les communautés chrétiennes victimes, en premier plan, des attaques terroristes.

Dans ce contexte et compte tenu de cette situation, les discours véhéments entre les protagonistes se sont élevés, notamment entre le Hezbollah, les membres de « la coalition du 8 mars » et l'Arabie saoudite. Ce qui a conduit cette dernière à décider de suspendre son programme d'aide à l'armée libanaise d'environ 4 milliards de dollars et à menacer les banques libanaises à retirer ses dépôts, ainsi que ceux des autres pays du Golfe placés sous son autorité. Riyad ainsi que d'autres capitales des pays du Golfe ont demandé à leurs ressortissants de quitter le pays du Cèdre. Des centaines de milliers de libanais, qui travaillent aussi bien en Arabie saoudite que dans les autres pays de cette région, risquent d'être expulsés en cas d'aggravation de cette crise. En vue d'équilibrer cette situation, l'Iran vient de proposer au gouvernement libanais de pallier cette situation, en lui procurant une aide destinée à son armée.

Débat4 640

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Conclusion parSon Excellence Michel RAIMBAUD, ancien ambassadeur de France.

Michel RAIMBAUD 640

https://www.youtube.com/watch?v=KZLhiIC4QXI

 

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