Actes du colloque : 

LE FINANCEMENT DU TERRORISME

Le samedi 22 octobre 2016
De 14h à 18h
Université Paris-Sorbonne  
Amphi Guizot


L’Académie deGéopolitique deParis avec le centre Roland Mousnier dans le cadre de ses analyses des questions du monde contemporain, et poursuivant son travail d’approche pluridisciplinaire en totale indépendance des défis actuels, a fait appel aux meilleurs spécialistes du terrorisme pour évoquer dans plusieurs communications la question, souvent évoquée mais également négligée dans ses dimensions les plus stratégiques, du financement du terrorisme.


Ce colloque a pour but d’étudier tous les aspects les plus fondamentaux de ce phénomène moderne. La question du détournement de la finance islamique, du blanchiment d'argent et des circuits financiers susceptibles de financer les activités criminelles du terrorisme, si elle est importante et sera largement traitée dans les communications, ne fait apparaître que le « comment ? » de ce financement du terrorisme dont les deux autres questions essentielles relèvent du « qui ? » et du « pourquoi ? ».


En effet, les organisateurs du colloque sont intéressés à la mise à jour de la nature profonde des mouvements et réseaux, les caractéristiques opérationnelles et les nouveaux modes opératoires du milieu terroriste, parce qu’ils révèlent des stratégies éminemment étatiques sous-jacentes (chaos au Proche-Orient et réseaux islamistes en Europe). Le colloque sollicitera l'analyse minutieuse de nombreux spécialistes retenus (universitaires, personnalités, militaires, diplomates, journalistes, etc.) auxquels il sera demandé d’élucider le rôle exact de monarchies du Golfe, l’Arabie Saoudite et le Qatar, ou la Turquie, par exemple, mais également la relation du blanchiment par le financement de contrats légaux notamment d’armements avec leurs partenaires occidentaux ainsi que par l’action plus ou moins institutionnalisée de multiples fondations jouissant dans ces pays de tous les privilèges. Les communications auront néanmoins à prendre en compte l’implication, à toutes les échelles géographiques et selon toutes les nuances de l'influence, des puissances locales, régionales et mondiales concernées.

 

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Première table ronde

 

https://www.youtube.com/watch?v=rKHJF2Ks3hI

Monsieur  Ali Rastbeen président de l’Académie de Géopolitique dans son  discours introductif a signalé :
Les efforts régionaux et internationaux contre le terrorisme et l’extrémisme qui constituent une menace directe à la sécurité et à la stabilité du monde entier, ils sont donc nécessaires et doivent être poursuivis. Déjà la communauté internationale se mobilise pour amputer le financement du radical islamiste, améliorer le travail des services de renseignement, renforcer la défense, endiguer l’idéologie dénaturée de ce groupe et arrêter le flot de combattants étrangers depuis et au Proche-Orient.

 

Le terrorisme, sous toutes ses formes constitue l’une des dégradations les plus préjudicielles de la paix et de la sécurité mondiale. C’est une agression contre les valeurs essentielles de la démocratie, et une véritable négation du droit à la vie. Tous les actes terroristes, quels qu’ils soient, sont criminels et injustifiables. Comme étant un phénomène global, le terrorisme doit être adressés sérieusement à travers la collaboration de tous les Etats quand ils sont tous  et à juste titre concernés de très près.

Seule une législation plus sévère et une application plus stricte de la loi, associées à une nette coopération internationale, permettront de lutter efficacement contre le financement du terrorisme qui bien entendu assure sa survie jusqu’à maintenant.

Le 17 décembre 2015, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté, à l’unanimité, la Résolution 2253, agissant sous le chapitre 7. Cette résolution, introduite par les États-Unis et la Russie, impose le gel des avoirs, l’interdiction de voyager et l’embargo sur les armes à l’encontre de Daech, Al-Qaïda et « des individus, groupes et autres entités qui leur sont associés ». Le lendemain, 18 décembre 2015, le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité la Résolution 2254, comme base d’une solution politique dirigée par la Syrie pour mettre fin au conflit.

Les sanctions exploitent les critères suivants : d’une part le fait de concourir à financer, organiser, faciliter, préparer ou exécuter des actes ou activités d’Al-Qaida et de l’EIIL, en association avec ceux-ci, sous leur nom ou pour leur compte, ou le fait de les soutenir ; d’autre part le fait de recruter pour le compte d’Al-Qaida ou de l’EIIL ou de soutenir, de toute autre manière, des actes ou activités d’Al-Qaida, de l’EIIL ou de toute cellule, filiale ou émanation ou tout groupe dissident de ceux-ci.

En fait le vrai problème est externe, principalement régional, et échappe au contrôle syrien. Des puissances comme le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie sont toujours en train de financer, armer et transporter des terroristes vers la Syrie. C’est l’ignorance de la Résolution 2253 qui met l’accent sur la nécessité de couper le soutien aux terroristes afin de les vaincre, ce qui conduira éventuellement à une solution politique en Syrie. Les États-Unis semblent avoir perdu le contrôle de leurs alliés régionaux en Turquie, au Qatar et en Arabie saoudite et ont été incapables d’empêcher leurs opérations menées en Syrie ou de prendre une action contre leurs violations de la Résolution 2253 des Nation Unies. 

Amnesty International a pointé du doigt pour la première fois de façon très explicite l’implication d’Ankara, Washington, Riyad et Doha pour avoir fourni des armes aux groupes terroristes pour le Front al-Nosra et Ahrar al-Cham en Syrie.

L’Organisation des Nations Unies et les pouvoirs occidentaux, surtout celui des États-Unis, continuent à se concentrer sur la Résolution 2254 qui porte sur la solution politique à la crise en Syrie, tout en ignorant complètement le fait qu’aucune solution politique ne peut être atteinte avant d’avoir éliminé le terrorisme, qui est l’essence même de la Résolution 2253. Egalement la résolution 1373 (2001) prévoit en particulier que « tous les États doivent prévenir et réprimer le financement des actes de terrorisme et s’abstenir d’apporter quelque forme d’appui que ce soit, actif ou passif, aux entités ou personnes impliquées dans des actes de terrorisme, notamment en réprimant le recrutement de membres de groupes terroristes et en mettant fin à l’approvisionnement en armes».

Si la France est une cible privilégiée des terroristes et encore tout récemment à Nice, c’est en conséquence de son engagement dans une véritable guerre contre le terrorisme. Il est vrai qu’une Commission d’enquête parlementaire « relative aux moyens mis en œuvre par l’Etat pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015 » a été constituée sous la présidence de Georges Fenech, rapport publié sous le n° 3922, ainsi qu’une mission d’information sur les moyens de Daech, sous la présidence de Jean-Frédéric POISSON, rapport publié sous le n° 3964, enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 13 juillet 2016.

Que ce soit dans la partie sur la nécessaire réforme des services de renseignements, celle de la réponse pénale adaptée à la menace terroriste, celle sur la protection et sécurisation du territoire, celle sur la lutte Internationale contre le terrorisme ou même la liste des propositions de ces deux rapports, on ne trouve trace d’un travail en profondeur sur la nécessité d’assécher financièrement les filières terroristes.

Or, il est du devoir des institutions parlementaires nationales et européennes d’interpeller solennellement les ministres de la Défense et des Affaires étrangères pour enfin identifier les pays qui forment, financent, arment, soutiennent logistiquement les filières terroristes et achètent le pétrole qu’elles vendent, d’établir ensuite une commission d’enquête mettant en lumière les agissements de ces réseaux nationaux et internationaux et de mettre en place un embargo sur la vente d’armes et sur l’achat de pétrole, le gel des avoirs, contre les Etats directement concernés ou qui peuvent potentiellement l’être. C’est une question de cohérence et de crédibilité de la lutte antiterroriste, laquelle si ainsi menée rendrait justice aux milliers de victimes du terrorisme et des Etats qui les soutiennent.

https://www.youtube.com/watch?v=t0_Ay5uCaRI

La deuxième intervenante Mme Karine GEVORGYAN, Politologue, chroniqueuse au journal a choisi de traiter les différents approches qui conduisent au terrorisme aujourd’hui, son sujet est le suivant :   «Globalisation, orientalisme et les bases idéologiques du terrorisme islamiste».

Pour Mme GEVORGYAN : «  Il est difficile de nier le fait que le phénomène du terrorisme islamiste ne cessait de croître sur le fond de la hausse exponentielle du processus de globalisation. Quelques mots sur la globalisation. C'est un terme économique. Il signifie la globalisation du travail et du capital. Dans le domaine de la politique, il y avait le processus de la désouverainisation. Il est intéressent de noter que le projet « Khalifat » se positionne non comme un projet anti globaliste mais comme une alternative à la globalisation. Notamment, il se prononce contre l'idée de la souveraineté de l’État.

Elvin (Olvin) Toffler sociologue et futurologue américain nous prévient  de nouvelles difficultés, des conflits sociaux et des problèmes globaux que l'humanité verra en passant du XXe au XXIe siècle « Future Shock”, «The Third Wave”, “Powershift: Knowledge”, “Wealth and Violence at the Edge of the 21st Century”, “War and Anti-War”.

            La hausse des protestations dans les zones où l'islam est traditionnellement répandu est dû aux différents facteurs : à partir des recherches dans l'ordre du « socialisme islamique » et de la guerre en Afghanistan  jusque la perte de crédibilité par les élites laïques. Le dernier thèse peut être prouvé par les événements du « printemps arabe » de 2011. A propos, l'appellation le Printemps arabe fait rappeler l’expression le Printemps des peuples, qu'on utilise en indiquant la période des révolutions en Europe de 1848–1849 (Dix-huit cent quarante huit – dix huit cent quarante neuf).

En grande mesure, l'esprit anti occidental en Orient en général et dans le monde islamique en particulier a été influencé par un phénomène occidental que Edward V. Said a nommé l « orientalisme », c'est-a-dire « la suprématie occidentale et l'infériorité orientale ». Il a écrit dans sa monographie qui porte le même nom : « L'orientalisme a presque toujours dépendu dans sa stratégie de cette souple supériorité de position qui fait bénéficier l'homme occidental de toute une série de possibilités dans ses relations avec l'Orient tout en lui laissant sa suprématie ».

Sur ce fond, en début des année 90 l'idée de la création du Klhalifat mondial a pris des contours pratiques. La Russie s'est heurté aux « khalifatistes » pendant les deux guerres en Tchétchénie où hormis le conflit armé intertchétchène et les activités des forces fédérales, l'action était menée par l'international islamiste. Aujourd'hui nous sommes témoins des activités de l'« État islamique » en Irak et en Syrie. Les actions de cette force internationale ont été qualifiée en langue diplomatique comme le « terrorisme international ». Pourtant, il faut reconnaître que la prolifération de ce phénomène et l'enrôlement des jeunes musulmans dans les bandes armées qui continue doivent être expliqués par une composante idéologique. Par la proposition utopique de protestation.

Dans ces conditions la rivalité des services spéciaux aussi s'accroît.

Voilà les sources essentielles du financement du terrorisme:

1) l’activité criminelle directe des groupes terroristes et des organisations terroristes (vols armés, rançon pour les otages, fraudes financières etc), une criminalité ouverte.

2) sponsorisation de la part de grandes sociétés internationales, intéressées de neutraliser leurs concurrents ou de changer le climat d’affaires dans telle ou telle région du monde. 

3) source traditionnelle ,aide des pays qui utilisent les terroristes comme instrument pour atteindre leurs buts.

4) aide de l'économie parallèle, liée directement au trafic des armes, au trafic des drogues, au trafic du pétrole, à la traite des êtres humaine (prise des otages, exportation des prostituées, de la main d’œuvre illégale, vente des organes des gens tués etc). Les drogues et les armes sont des marchandises les plus appropriés pour avoir des revenues de 1000 % et les trafiquants des armes et des drogues versent systématiquement les « pour cents » au terrorisme international.

5) sponsorisation des personnes privées par l'intermédiaire de toute sorte d'unions de compatriotes, d'associations d'aide humanitaire, d'organismes religieux etc. Cette source nourrit systématiquement les organisations terroristes religieuses et nationalistes. »

https://www.youtube.com/watch?v=wCQ8Rm-Mdos

Le troisième intervenant M. Jean-Paul Gourévitch, consultant international sur l’Afrique, les migrations et l’islam radical, a ensuite repris la parole pour traiter la question du financement du terrorisme islamiste par l’économie informelle.

M. Gourévitch : « Dans cette intervention je vais reprendre plusieurs études de l’ouvrage sur l’islamo-business vivier du terrorisme que j’ai publié chez Pierre-Guillaume de Roux et en librairie depuis le 22 septembre 2016.

Parallèlement au financement classique du terrorisme par les puissances du Golfe, leurs soutiens et leurs banques, les groupes islamistes  comme Daesh, Al-Qaïda, l’Aqmi, l’Aqpa, ou Boko Haram  ont mis en place un système parallèle qui s’appuie sur

- les taxes sur les commerçants, les particuliers et les transports

- La vente frauduleuse de matières premières (type pétrole et gaz naturel)  à des Etats de la région  ce que les intéressés nient

- la confiscation des biens et avoirs bancaires dans les régions qu’ils contrôlent

- les rançons obtenues en échange de la libération d’otages

- l’esclavage sexuel

- les trafics: drogues, armes, animaux, plantes, ivoire, bois précieux, organes humains…

- le détournement des procédures existant dans le monde musulman (zakat, jizya, sadaqah, hawala) dont une partie est utilisée pour l’achat d’armes, la solde des combattants, l’administration des territoires conquis, la propagande ou l’implantation de cellules actives ou « dormantes » dans les pays qui les combattent.

L’ensemble représente plus de 1000 milliards de dollars par an.

Leurs adversaires sont désarmés face à l’opacité de ces circuits et à l’absence d’une gestion nationale et internationale d’une économie informelle qui représente pourtant aujourd’hui près d’un quart  des échanges et des transactions du monde.

 

 https://www.youtube.com/watch?v=F25TDxI1c7E

Le quatrième intervenant M. Riadh Sidaoui, Directeur du CARAPS (Centre Arabe de Recherches et d’Analyses Politiques et Sociales à Genève a ensuite repris la parole pour traiter son discours de sujet : Le Commerce du terrorisme.

Il a mentionné : « le terrorisme islamiste s’est déclenché en Egypte via les Groupes Islamiques Armés vers la deuxième moitié des années 1970. Deux phénomènes à observer dans cette décennie. Le premier réside dans le déclin de la classe moyenne au sein des sociétés arabes après les privatisations massives et accélérés des secteurs publics. L’Etat ne je joue plus le rôle du catalyseur social.

Le deuxième phénomène concerne l’explosion des prix de pétrole après la guerre israélo-arabe d’octobre 1973. Ce qui a permis à l’Arabie Saoudite d’avoir des revenus très importants. Une partie de ces revenus va être consacrée à la « Wahhabisation » des sociétés arabes et musulmanes.

 Beaucoup d’auteurs, dont l’expert de la CIA Graham Fuller, soutiennent l’hypothèse du financement saoudien non seulement du FIS algérien et de ses groupes armés pendant les années 1990, mais aussi de tous les mouvements islamistes sunnites s’activant dans le monde arabe en particulier, et dans le monde musulman en général.

L’intensification du financement saoudien a commencé dès 1980 avec le but de contrer la révolution populaire chiite en Iran. Les preuves matérielles ne peuvent être connues que par les services de renseignement (!).

Qui finance le terrorisme ? Qui manipule ? Comment et Pourquoi ?

On a plusieurs preuves qu'il y a des Etats du Golfe, même des hommes d'affaires du Golfe qui financent ces mouvements terroristes.

1- L’ancien chef de la DST française (Direction de la surveillance du territoire) Yves Bonnet a mis en cause le 8 octobre 2012 l’argent de la drogue mais aussi celui de l’Arabie saoudite et du Qatar dans le financement des réseaux islamistes radicaux. Dans un entretien publié par la Dépêche du Midi M. Bonnet estime que ces réseaux posent la question du trafic du drogue, mais selon lui, « il y a aussi le problème de l’argent qui est alloué par des pays salafistes : « On n’ose pas parler de l’Arabie saoudite et du Qatar, mais il faudrait peut-être aussi que ces braves gens cessent d’alimenter de leurs fonds un certain nombre d’actions préoccupantes, déclare-t-il. Il va falloir un jour ouvrir le dossier du Qatar, car, là, il y a un vrai problème. Et je me fiche des résultats du Paris-Saint-Germain. » 

2- Joe Biden, le vice-président américain, devant des étudiants et des professeurs à l'Université de Harvard aux Etats-Unis d'Amérique. Il a déclaré ouvertement: « ce sont nos amis turcs, saoudiens, qatariens et Emiratis qui ont financé  et aidé Daech ».

3- Bernard Squarcini, ancien patron des renseignements intérieurs français, révélait-il y a 2 ans : que «L’Arabie saoudite finançait le terrorisme en Syrie et en Algérie» ! Selon cet ancien patron des renseignements intérieurs français, les groupes djihadistes qui avaient prêté allégeance à Al Qaïda «étaient financé principalement par le prince saoudien Bandar Ben Sultan (secrétaire général du Conseil de sécurité nationale et chef des renseignements généraux d’Arabie saoudite) qui adoptait une politique régionale indépendante de ses frères et de ses cousins». Bernard Squarcini, assurait dans son dernier livre que «Bandar Ben Sultan, chef des renseignements saoudiens, était derrière le financement des groupes djihadistes en Afghanistan, en Syrie, au Liban, en Egypte, au nord de l’Afrique», «le Qatar, grand partenaire commercial et politique de la France, était intéressé par le financement, voire l’armement des groupes islamistes combattant en Afrique contre l’armée française».

4- Lotfi Ben Jeddou, ministre de l’intérieur tunisien a déclaré au quotidien algérien El-Khabar que des hommes d'affaires des pays du Golfe financent le terrorisme en Tunisie .

5- Les gouvernements syriens et irakiens accusent ouvertement l’Arabie Saoudite et le Qatar d’avoir financé le terrorisme dans leurs pays.

6- Des journalistes algériens ont accusé l’Arabie Saoudite de financer le terrorisme algérien durant les années 1990. Hadda Hezem, la directrice du quotidien Al-fajr a accusé les saoudiens de financement des groupes islamistes armés.

7- Des centres de recherches occidentaux ont aussi accusé le Qatar et l’Arabie Saoudite de financer le terrorisme. A titre d’exemple l’Institut du Washington.

8- L'adoption de la loi Jasta par le congrès américain autorisera les familles des victimes du 11-Septembre à engager des poursuites pour réclamer des dommages à Riyad. Le dossier du 11 septembre va passer de la sphère politique et diplomatique à la sphère judiciaire. Désormais, Ce sont les juges qui vont traiter ce dossier. Des révélations secrètes et bouleversantes peuvent avoir lieu.

        Mais, le soutien étranger au terrorisme islamiste n’est pas l’unique source de financement de ces mouvements. Ces derniers ont réussi la construction des réseaux locaux efficaces d’autofinancement, y compris l’appropriation des biens des citoyens et des villes conquis, ou même l’exploitation et l’exportation du pétrole syrien et irakien via la Turquie. C’est le butin du Djihad selon leurs convictions.

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Deuxième table ronde
Modérateur : Claude DUVAL Avocat spécialisé en droit des relations internationales et ancien fonctionnaire international à la Banque mondiale

Le cinquième intervenant, Docteur Mowaffak AL-RUBAIE, Membre du Parlement irakien et ancien conseiller de la sécurité nationale de l'Irak a choisi de traiter « L’Etiologie du terrorisme»

 

https://www.youtube.com/watch?v=aYf_Qs50vGQ

 

Le « djihad terroriste international » est aujourd’hui irrigué d’une seule et même confession qu’est le wahhabisme, ses adeptes sont les partisans d’une interprétation puritaine, intolérante, discriminatoire et anti-pluraliste de l’Islam. Il s’agit d’un puritanisme religieux qui réclame une obédience absolue du chef religieux. Cette confession  a été latente pour plus de 150 ans dans la péninsule arabe et a été activée par les richesses pétrolières et l’ambition politique de la famille royale des Al-Saoud. Cette combinaison en soi a bouleversé le monde, ces dernières cinq décennies. C’est par ce fameux mariage entre la famille royale et les oulémas religieux extrémistes et dangereux que l’Arabie Saoudite parvient à préserver ses intérêts et son influence internationale ainsi que régionale. L’incitation au racisme et au sectarisme puis le recours à l’atrocité et à la violence ne peuvent démontrer que d’un total échec et ratage d’un Etat qui a tout perdu. L’image de l’Arabie Saoudite est actuellement diabolique et le monde partage presque le même avis, ce qui a récemment conduit certains responsables et dirigeants dans des gouvernements européens à réfuter ces politiques en cherchant à les délimiter à travers des institutions juridiques. Le cas de la France, des Pays-Bas, et des Etats-Unis. La politique de l’Arabie Saoudite n’a pas uniquement posé une menace internationale potentielle mais elle a aussi et surtout détruit les principes de base d’une religion de tolérance en la transformant en une de violence pure et dure par la falsification et l’éducation pervertie de jeunes musulmans dans des institutions religieuses qu’a été construites à une grande échelle et dans pas mal de pays occidentaux se servant comme base pour le recyclage et la diffusion de l’idéologie wahhabite. Mon message pour les Saoudiens est le suivant : « Ce que vous enseignez et prêchez dans vos mosquées et écoles n’est pas une affaire intérieure. Il ébranle et bouleverse notre sécurité nationale et internationale.

Le sixième  intervenant Dr. Peter PILZ, député autrichien,  a traité le sujet suivant : « Oil, banks and guns - how we fail fighting terrorism."

https://www.youtube.com/watch?v=-JgeK-bT-_M

Je ne parlerai pas ici de religion, je parlerai du financement du terrorisme, je ne suis pas de Vienne mais du sud est autrichien, de la région de Styrie, proche de l’Albanie, dont la capitale est Graz.

A Graz, depuis quelques années, nous avons découvert huit nouvelles mosquées salafistes, elles ne sont pas spécialement dangereuses, elles regroupent six cent croyants, venant tous de la partie Nord -Ouest de la Bosnie, dans la plus pauvre des régions d’Europe, où se sont édifiés des villages entièrement et exclusivement musulmans, communautés financées par les pays arabes et par des donateurs privés. Ils en ont fait leur territoire.

J’ai travaillé pendant trente ans avec les services de renseignement militaires, et parle en fonction de qui a été déjà publié ou de ce qui le sera bientôt. A la question d’où vient cet argent exactement, je peux tenter de répondre ainsi :

D’après ce que nous savons, d’abord il y a une vieille tradition saoudienne de financement, qui remonte à la guerre civile en ex-Yougoslavie, mais il y a aussi, depuis une décennie, de plus en plus de donateurs privés du Qatar et du Koweit. Alimentant ce fonds appelé WELFARE. Selon les mêmes sources, Welfare est connecté avec Al Qaida, avec des transferts via le Royaume uni et des comptes suisses à Genève. Ces flux ont été interdits depuis peu sur le papier, grâce aux directives de l’Union européenne notamment.Mais là, je parle en tant qu’économiste, ce n’est pas si compliqué de financer le terrorisme. C’est un peu plus compliqué de construire un état, à partir d’une armée de combattants payés 200 dollars par mois, issus de pays variés, dans un immense territoire peuplé de huit millions d’habitants. Surtout si on prend en compte le fait qu’une condition ne peut être oubliée : l’Etat islamique doit être un pays aux frontières ouvertes pour se constituer. Frontière ouverte d’abord sur l’Arabie saoudite, pays nourricier, mais aussi sur le Koweit, la Turquie, le Qatar et pour les trafics d’armes spécifiquement, sur Abu Dhabi., aux frontières de l’Arabie.

Arrêtons-nous sur le cas du Qatar. Personne ne craint le Qatar, c’est un tout petit pays. Alors pourquoi la communauté internationale n’intervient-elle pas ? Parce que cette zone de guerre est nécessaire pour permettre l’exportation du pétrole et du gaz dans le monde entier. Pourtant, le financement de Daesch en Syrie et en Irak est basé à Doha, capitale du Qatar, c’est de notoriété publique. Et cela se chiffre en millions de dollars, chaque année.

Avec la Turquie, les problèmes sont différents, et ils sont rendus encore plus complexes avec la partition kurde. Qu’il y ait eu une politique turque de laisser passer des combattants de Daesch, cela ne fait aucun doute. L’implication du gouvernement d’Ankara est claire, c’est son degré qui est encore inconnu. Parallèlement, le gouvernement kurde a joué aussi son rôle dans le trafic de pétrole à la frontière turque, sans oublier le concours de la criminalité internationale qui tire bénéfice de toutes les zones de conflits.

Pour Daesch, il y a d’autres fournisseurs d’armes, à travers le marché noir de vieilles kalachnikovs russes transitant par la Turquie ; à travers les acheminements depuis l’Arabie saoudite et depuis Abu Dhabi, devenu, depuis la plus cruelle phase de la guerre du Liban il y a vingt ans, le plus important point de convergence, de transfert et de vente du globe. Alimentant au passage toutes les guerres civiles africaines en Somalie, Yémen, Soudan etc…

Avec tous ces éléments, vous en arrivez assez vite à la conclusion qu’il est impossible que le projet d’Etat islamique se développe dans l’isolement uniquement en Irak et en Syrie. Il faut tenir compte pour ce projet de la géopolitique des pays frontaliers.

Revenons à la question du Qatar. Le Qatar est aujourd’hui quelque chose comme le jumeau riche de Daesch. Alors que le rôle géopolitique de l’Arabie Saoudite est devenu incertain désormais et encore plus dans l’avenir. Alors que le Koweït est politiquement divisé en guerres de factions, avec toutes sortes de clans, dont certains bien sûr soutiennent Daesch, alors qu’Abu Dhabi reste the « Market place » de toute la région, alors que le rôle de la Turquie est encore inconnu, vous en tirerez la conclusion qui s’impose vous-même : pour isoler Daesch en Irak et en Syrie, il faut d’abord isoler le Qatar. C’est la première étape incontournable. Pour aller vers une résolution du problème, il faut isoler le Qatar économiquement, politiquement et culturellement. Il n’y a aucune autre solution et cela passe par une intervention militaire. Afin de leur donner une leçon de démocratie qui porte ses fruits, en engageant une politique commune pour soutenir tous ceux qui se battent pour nos valeurs démocratiques.

Une autre question doit être prise en compte, celle de la vieille rivalité entre l’Arabie saoudite et la Turquie. A l’heure où le gouvernement Erdogan a signé des accords avec l’Union européenne, l’Etat turc, qui s’était « ottomanisé » ces derniers temps, va-t-il tenir compte des attentes d’une société civile plus européaniste ? La rivalité entre ces deux puissances n’a pas de conséquences sur l’évolution des combats engagés en Irak et en Syrie, mais incarne le combat pour la prédominance dans le groupe sunnite, et a beaucoup de conséquences pour le dialogue avec l’union européenne. Or, depuis peu, le gouvernement turc a complètement changé de stratégie.

Alors que Ryad s’accroche à sa stratégie habituelle, la nouvelle stratégie d’Ankara a beaucoup à voir avec l’éducation et les nombres. La Turquie investit lourdement dans les écoles, les universités, le renseignement. Ainsi le MIT est très présent en Autriche et en Allemagne pour recruter des émigrés turcs et développer un réseau d’éducation turc à travers des liens culturels renforcés. Ces recrutements génèrent parfois des troubles sur place en Allemagne et en Autriche. Alors que le gouvernement Erdogan a officiellement rompu avec la droite européenne, ces incidents se révèlent incompatibles avec les règles de la démocratie. C’est en effet franchir la ligne rouge que de s’immiscer dans les affaires intérieures d’un pays d’accueil. Droit de non-ingérence oblige. C’est un problème qu’il faut régler avec les autorités turques et les parlements des pays concernés.

Le cas de l’Arabie saoudite est différent, car il n’y a pas tellement de Saoudiens vivant en Autriche et en Allemagne. Mais ceux qui y ont émigré édifient un système éducatif sectaire, afin de contrôler toutes les mosquées autrichiennes. Comment réguler dans le futur proche ces communautés émigrées ? Qui forme les prédicateurs, qui les contrôle, qui les finance ?

Je finirai avec quelques propositions : il faut s’assurer qu’il n’y a pas d’infiltration turque, via le MIT, dans le système autrichien ; c’est une des questions que posent les parlementaires autrichiens, pour contribuer à résoudre la crise du Moyen Orient et ses conséquences. Sur le terrain des conflits, il faut commencer à dialoguer avec le Qatar, le Koweït et l’Arabie Saoudite, puis se mettre à dialoguer autrement avec les autorités turques, en initiant de nouvelles méthodes, fortes des acquis de la diplomatie européenne, afin de progresser sur le chemin de la résolution de cette crise majeure.

 

 

Troisième table ronde

Modérateur : Christophe REVEILLARD UMR MOUSNIER CNRS/Université Paris-Sorbonne.

Le septième intervenant, M. Sinan BAYKENT, politologue a traité le sujet suivant : La Turquie et le djihad syrien: la fin de l’idéalisme néo-ottoman et débuts de la realpolitik républicaine

https://www.youtube.com/watch?v=JilZ8akLViI

Pour M. BAYKENT, aux yeux de l’Occident, la Turquie joue un rôle ambigu vis-à-vis le djihad syrien. Alors que certains affirment que la Turquie finance directement certains groupes djihadistes présents en Syrie, d’autres vont jusqu'à prétendre que tolère DAESH dans son entreprise meurtrière.

En effet, plusieurs associations de la société civile turque apportent un soutien financier et logistique aux groupes islamistes tels que l’Ahrar al-Sham ou encore le Front al-Nosra (nouvellement baptisé “Jabhat Fath al-Sham”). Mais qu’en est-il du raisonnement qui motive ce choix du gouvernement turc? Ce soutient non-négligeable apporté aux groupes islamistes fait-il partie d’une politique conjoncturelle à fortes connotations sunnites? Ou bien est-ce plutôt une politique rationnelle faisant l’unanimité aux sommets de l’Etat? Quelle est la position officielle turque vis-à-vis de DAESH? Quelles sont les raisons qui poussent les Occidentaux à présumer qu’il existe un lien entre la Turquie et DAESH? Les questions sont nombreuses.

La Turquie a bel et bien financé le djihad islamiste syrien et ce, notamment par le biais de nombreuses associations. Depuis 2011, le nombre de ces associations à titre caritatif a considérablement augmenté et certaines d’entre eux sont aujourd’hui quasiment devenues de petites holdings. Ainsi, elles accomplissent une double mission: collecter des fonds pour l’aide humanitaire destinés à la Syrie ou aux refugiés syriens présents en Turquie et recruter les volontaires djihadistes, puis organiser leur départ vers la Syrie ou dans certains cas l’Irak.

Au début, la collecte de fonds et le recrutement se faisaient essentiellement en faveur de l’Armée Libre Syrienne (ALS). Cependant, au fur et à mesure que celle-ci a perdu du poids, la majorité de ces activités s’est organisée pour apporter un souffle à l’Ahrar al-Sham.  En effet, l’Ahrar al-Sham est un groupe salafiste directement créée par une triple entente, à savoir la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite.  Ce groupe contrôle une importante partie de la Syrie, surtout les régions proches d’Alep et fait alliance avec le Front al-Nosra, notamment sous le toit de Jaish al-Fatah. 

Outre les associations civiles, les médias pro-Erdoğan font également l’éloge de certains groupes syriens en particulier, dont l’Ahrar al-Sham et al-Nosra. Les médias recourent souvent à des interviews avec leurs porte-paroles ou de leurs figures emblématiques.  Cela a un effet considérable sur la jeunesse islamiste turque qui voit à travers ce prisme le djihad syrien comme une source de fierté musulmane, voire nationale. Par exemple, de nombreuses organisations de jeunesse organisent des défilés après les prières du Vendredi pour afficher leur soutien aux djihadistes syriens.  Lorsque l’ancien leader du Jaysh al-Islam, Zahran Alloush, fut tué en Syrie lors d’un raid aérien, des funérailles honoraires ont été organisées dans l’une des plus grandes mosquées stambouliotes suite à l’initiative d’une de ces associations sympathiques au djihad syrien.  Dans les medias-sociaux, les comptes en turc des leaders djihadistes font un véritable carton; celui du Dr. Muhaysini (le cadi officiel du Jaish al-Fatah), par exemple, a dernièrement dépassé la limite des 10'000 abonnés.  Quant au compte officiel turc de l’Ahrar, celui-ci possède actuellement plus de 20'000 abonnés.  Cet intérêt quasi-populaire a surtout incité al-Nosra (qui fait partie du réseau global d’Al-Qaeda) à adopter une approche plus souple vis-à-vis de la population turque et le gouvernement d’Erdoğan. Alors que la Turquie fut une cible pour Al-Qaeda en 2002, dorénavant elle est considérée comme plus une alliée qu’autre chose. Ce changement au niveau discursif peut être démontré à travers plusieurs exemples concrets. Suite aux attentats qui ont ciblé l’aéroport d’Atatürk à Istanbul le 28 Juin 2016, le Haut-Conseil du Front al-Nosra a publié un communiqué de presse en guise de solidarité avec les victimes et leurs familles. En voici un extrait :

« Ces agresseurs ne sont pas des musulmans et ils ne représentent pas le djihad. Il est dégoûtant de voir certains fêter la mort de ces victimes musulmanes. Les attentats d’Istanbul sont des exploits barbares et surtout non-islamiques. Le peuple turc est musulman et son sang est sacré. Un vrai moudjahidine doit se sacrifier pour eux et non pas les tuer. » 

On doit souligner que cette expression de sympathie trouve un écho aussi chez Erdoğan. Lors d’une visite officielle aux Etats-Unis, Erdoğan a résumé le regard qu’il porte au Front al-Nosra comme suit :

« Je me demande pourquoi les Etats-Unis soutiennent le PYD en Syrie ? J’ai vraiment du mal à le comprendre.  Pourquoi ? Ils disent que le PYD fait la guerre à DAESH. Soit. Mais à ma connaissance, Nosra fait aussi la guerre à DAESH, non ? Pourtant les Etats-Unis considèrent Nosra comme une organisation terroriste. Cela veut dire que combattre DAESH n’est pas un critère suffisant en soi, n’est-ce pas ? »

Néanmoins, suite aux récents développements positifs dans les relations bilatérales entre la Turquie et la Russie, la politique syrienne de la Turquie a commencé à évoluer.  Prise en panique par la lente formation d’un Etat kurde sponsorisé par le PKK au Nord de la Syrie, la Turquie y est intervenue militairement. Il est intéressant de noter que le soutien à la Turquie fut apporté non pas par Ahrar al-Sham mais bel et bien par l’ALS.  L’Ahrar est considéré comme une organisation terroriste par la Russie, alors que l’ALS, en raison de sa composition plutôt orientée vers les Frères Musulmans, apparaît certainement plus agréable aux yeux des Russes.

La Turquie se trouve aujourd’hui face à un choix stratégique : soit elle va empêcher la création d’un Etat kurde au nord de la Syrie et se mettre d’accord avec la Russie et la Syrie (ce qui signifie qu’elle va abandonner son soutien aux groupes djihadistes tels que l’Ahrar ou al-Nosra) ou bien elle va opter pour un pari très risqué qui suppose une politique syrienne indépendante défiant à la fois les Etats-Unis et la Russie. La première option est certainement celle que la Turquie a intérêt à favoriser.

Le coup d’Etat manqué du 15 Juillet a marqué le début d’une nouvelle ère pour la Turquie et surtout le gouvernement d’Erdoğan. Toutes les preuves le montrent : Cette tentative a été perpétrée et organisée par le prédicateur Fethullah Gülen, réfugié aux Etats-Unis depuis 1999. Il s’agit, en effet, d’un putsch aux couleurs de la CIA et probablement de l’OTAN – puisqu’il est inimaginable que ce prédicateur établi en Pennsylvanie puisse agir sans avoir reçu l’approbation des services secrets américains.

Il s’avère aujourd’hui – suite à la dislocation du réseau Güleniste en Turquie -  que ces éléments (ou plutôt ces agents-provocateurs) infiltrés dans l’appareil étatique turque ont entrepris des actes de haute-trahison envers le peuple et l’Etat. Parmi ces actes haineux, plusieurs attentats attribués à DAESH dont celui de l’aéroport d’Atatürk dont nous avons fait référence en haut y figurent. En effet, les éléments Gülenistes infiltrés dans l’Etat se sont intentionnellement abstenus de communiquer des informations cruciales concernant des attentats, visant ainsi  à créer un vacuum de renseignement et de ce fait déstabiliser le gouvernement d’Erdoğan afin de permettre aux conditions d’un coup d’Etat de mûrir.  Ainsi, certaines informations ont également été volontairement falsifiées par ces derniers, notamment celles qui concernent le trafic d’armes entre la Turquie et la Syrie. Les informations sur les armes et les munitions pourtant destinées à l’opposition syrienne – par exemple à l’Ahrar – ont été manipulées afin que l’opinion occidentale suspecte une aide à DAESH et ébranler la légitimité internationale d’Erdoğan.  Ainsi, l’Occident allait prendre ses distances avec Erdoğan (ce qui a d’ailleurs été fait) et par ce biais, les putschistes Gülenistes allaient acquérir une certaine notoriété aux yeux de celui-ci, justifiant son d’Etat et la destitution d’Erdoğan par des voies anti-démocratiques.

La Turquie s’est longtemps fait possédée par les Etats-Unis, suivant sa doctrine de l’ « Islam modéré » et s’instrumentalisant comme la gendarme de l’Imperium Mundi au Moyen-Orient. Le coup d’Etat avorté le 15 Juillet 2016 a mis un terme à cette dépendance aveugle et déshonorant. Le Président Erdoğan s’est soudainement souvenu qu’il dirigeait un pays avec ses propres intérêts nationaux et son propre agenda politico-diplomatique.

L’idéalisme néo-Ottoman (« Ottoman » mais sous l’égide américaine) n’y est plus. Avec la stabilisation récente des relations bilatérales entre la Turquie et la Russie, la page est tournée et un nouveau chapitre de l’Histoire commence (du moins on l’espère). Depuis le 15 Juillet, Erdoğan multiplie les références historiques à Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la République de Turquie.  Les forces kémalistes et nationalistes turques se sont placées derrière Erdoğan – du moins pour la durée de l’épuration des Gülenistes – et affichent ouvertement leur soutien au Président pour débarrasser la Turquie de l’hégémonie atlantique.  Ainsi, le soutien de la Turquie aux djihadistes syriens va probablement diminuer drastiquement lors des prochains mois. La Turquie semble avoir fait un retour à la Realpolitik classique et républicaine, mettant dorénavant l’accent sur sa propre sécurité nationale en dépit des aspirations religieuses radicales.

Un nouveau monde est en train de se tracer au Moyen-Orient et la Turquie a tout intérêt à se placer du bon côté, notamment celui des anti-impérialistes et de l’humanisme.

 

https://www.youtube.com/watch?v=ehWzkzFZOy4

Le huitième intervenant, Maître Elie HATEM, Avocat à la Cour, enseignant à la Faculté Libre de Droit et d'Economie de Paris, a traité le sujet suivant : « Terrorisme, argent et services secrets : le cas de la CIA et du Qatar »

Le terrorisme, œuvre de groupes et de mouvements révolutionnaires qui instrumentalisent la religion à des fins politiques, n'est autre qu'un moyen parmi d'autres utilisé pour réaliser un projet politique qui a pour objectif la déstabilisation voire l'anéantissement des structures étatiques, la destruction et l'effritement des entités et des identités nationales, la provocation d'un déséquilibre démographique par le dépeuplement, la déportation et le repeuplement des espaces géographiques. Cela ne pourra alors que conduire vers des heurts (« clashes ») : conflits sociaux sous couvertures religieuses ou communautaires dans un chaos mondial. Cette conséquence est illustrée par la théorie du « choc des civilisations » (« clash of civilizations »).

Cette ingénierie politique, qui a recours à des opérations terroristes spectaculaires pour allumer la mèche des conflits, tisse une toile de fond en expérimentant des facteurs politiques mais aussi sociologiques et religieux par l'intermédiaire de la propagande, la désinformation, le conditionnement de l'opinion publique, les campagnes effectuées par des groupes de pression (« lobbying »). Cela suppose la participation de plusieurs acteurs : services secrets, acteurs politiques et financiers, groupes de réflexion (« think tanks »), sociétés secrètes...

L'argent est le nerf de cette guerre insidieuse. Par conséquent, les moyens et les sources de financement de cette guerre doivent rester confidentiels, discrets et donc diversifiés.

A ce sujet, nous nous tiendrons, à titre d'illustration, à l'évocation des moyens et des sources de financement de certains services secrets, notamment la CIA américaine en évoquant ses liens avec le Qatar.

Le rôle de la CIA dans la déstabilisation des régimes et des Etats n'est plus un secret de polichinelle : opération Ajax en Iran, opération Cyclone en Afghanistan, diverses opérations en Amérique latine... Par ailleurs, depuis quelques années, les Etats-Unis ont eu recours aux méthodes dites du « softpower » nécessitant la contribution financière voire la collaboration de leurs services avec des institutions chargées de ces méthodes. Parmi ces institutions, citons les différentes Fondations Soros qui ont contribué à la déstabilisation d'un bon nombre de pays de l'est de l'Europe, y compris l'Ukraine, et les Balkans. Elles ont également joué un rôle lors du « Printemps arabe », notamment en Tunisie et en Egypte. Ces institutions bénéficient d'un financement propre mais aussi de largesses financières des services.

Traditionnellement, les services secrets, en particulier la CIA américaine, dispose de deux sources de financement : un budget officiel (octroyé par le Gouvernement et ou par le Congres) et des sources confidentielles plus importantes.

S'agissant du budget officiel, il arrivait à la CIA de contourner les règles pour obtenir des sommes plus importantes, notamment de la part du Congrès, comme elle l'avait fait depuis les années 90 à l'occasion des tentatives de déstabilisation de l'Irak et de la Syrie. Ainsi, elle approchait des personnes instrumentalisées afin de déclencher ce phénomène. Elle leur promettait un financement de leurs institutions et s'adressait au Congrès en lui demandant de voter un budget à ces dernières d'un montant 20 fois plus important : 80 millions de dollars par an pour la Syrie (en rétribuant ces institutions à hauteur de 3 millions). 

Par ailleurs, la CIA dispose de sources de financements occultes, hors du budget officiel : financements privés mais aussi le commerce de la drogue connu depuis la guerre du Vietnâm avec les méthodes du syndicat Lansky. Cette source procure des sommes exorbitantes à l'agence américaine. Elle l'a développé au cours de son intervention en Afghanistan, dans cette région du monde connue sous le nom de « croissant fertile » qui rapporte entre 100 et 200 milliards de dollars par an (soit le quart du chiffre d'affaire du commerce mondial de la drogue estimé à 500 milliards de dollars). En effet, la région de l'Asie centrale constitue, parallèlement à ses réserves de pétrole, une plate-forme stratégique pour le commerce de la drogue, notamment de l'opium dont la production a augmenté de 15 fois, depuis le début de la guerre d'Afghanistan en 1979. Cette production n'a cessé de s'accroître, bénéficiant de l'aide aussi bien des Talibans (avant qu'ils interdisent sa plantation en 2000, un an avant les attaques aux Etats-Unis) que celle des combattants d'Oussama Ben Laden, dans une zone chaotique de non-droit. 

Les bénéfices de vente de la drogue sont ensuite blanchis dans des comptes bancaires secrets. Certaines liquidités sont déposées dans des coffres. D'autres sont placées à la bourse de New York avec la complicité de certaines institutions financières. Une cascade de sociétés écrans, dont le siège social est situé notamment à Delaware, appartenant à la CIA, bénéficient de ces placements à la fois pour blanchir l'argent sale et pour gagner encore plus de dividendes d'une manière totalement légale et transparente.

Les sommes provenant de ces montages servent à alimenter les « budgets noirs » des services, en dehors des circuits légaux institutionnels, pour échapper ainsi aux regards des parlementaires et des politiques, et assurer à leurs opérations le secret et la plus stricte discrétion.

Par ailleurs, les services secrets bénéficient de la complicité de certains politiques et de personnalités haut placées pour faciliter le transport, la distribution et la collecte des bénéfices de vente du commerce de la drogue. Ces opérations ont été révélées à l'occasion d'enquêtes judiciaires à l'instar d'un rapport d'inspection générale de la CIA rédigé par Frederick Hits en 1998. Ce rapport a révélé les connexions entre la CIA et des institutions de l'appareil d'Etat américain facilitant ces opérations, notamment les liens avec des fabricants de la drogue en Amérique du sud, associant également des organisations humanitaires pour camoufler ce trafic.

Disposant de moyens financiers gigantesques, la CIA américaine investit son argent, par l'intermédiaire de sociétés écrans voire des sociétés dont les parts sont détenues par des porteurs (nominees) dans des banques de pays qui bénéficient de liens privilégiés avec les Etats – Unis.

Il convient de développer et de révéler les méthodes de dépôt de ces sommes dans les banques qataries, détenues par des sociétés en apparence du Qatar et servant à des opérations secrètes aussi bien dans le monde arabe qu'en Occident. En effet, nos recherches nous ont permis de constater que les sommes investies, au nom du Qatar dans le monde, dépassent de loin le PIB de ce pays.

Des enjeux politiques, économiques et sécuritaires ont permis d'occulter ces éléments. Ils méritent d'être examinés afin de comprendre ce dossier.

https://www.youtube.com/watch?v=-TuV2-zD178

Le neuvième et dernier  intervenant M. Sadek ALSAAR, Président de l’organisation Salam For Yemen, a traité le sujet suivant : « Les financements saoudiens des médias, des ONG et des partis politiques dans le monde arabe en vue d’imposer le Wahhabisme ».

Pour lui, La monarchie Saoudienne, comme trop peu le savent, ne dispose pas de réelles institutions législatives, ni d’un système juridique transparent.  Dans cette monarchie absolue, c’est la loi islamique, la Sharia, qui fait office de Constitution.  En Arabie Saoudite, ce sont deux clans, la famille Al Saoud et la famille Al Cheikh (descendante de Mohammed Ben Abd El Wahab, fondateur de la doctrine Wahabite) qui se partagent le pouvoir. Le pouvoir politique exécutif et les fonctions régaliennes sont entre les mains du clan Saoud (Roi, ministres, gouverneurs etc.) tandis que la vie sociale et religieuse est entre les mains de la famille Al Cheikh. C’est parce que le Wahabisme est le seul ciment social, qu’il apporte de la stabilité au Royaume et qu’il renforce la légitimité des Saoud, que ces derniers s’appuient sur cette doctrine religieuse rigoriste. 

Les débuts de la propagation wahhabite dans le monde arabe : un combat contre le panarabisme républicain

Dans les années 1950-60, le panarabisme, porté par Nasser, est à l’origine de changements politiques de fond dans le monde arabe (révolutions Egyptienne, Irakienne, Syrienne, Yéménite etc.). Les Saoudiens voient dans ce changement une menace pour leur régime. C’est à ce moment qu’ils ont commencé à recevoir les opposants politiques de ces jeunes républiques qu’ils ont formés à la doctrine Wahhabite. Ces derniers l’ont propagée à leur retour dans leurs pays respectifs. Les Saoudiens ont aussi apporté de l’aide aux partis d’oppositions se réclamant de l’islam politique, comme les Frères Musulmans. Le Royaume Saoudien voit alors en Nasser son principal ennemi, ils le combattent en Egypte mais aussi au Yémen (où l’Egypte est engagée aux côtés de la jeune république).

Les années 1970 : le début de la propagation de la doctrine Wahhabite

Suite à un boom économique grâce à la flambée des prix du pétrole, la monarchie Saoudienne se retrouve à la tête de capitaux astronomiques, les pétro-dollars. Ils commencent alors une politique de soft-power agressive, en finançant la construction de mosquées et de centres culturels propageant l’idéologie wahhabite. Ils forment également des imams en provenance de l’ensemble des pays du monde arabe à cette doctrine rigoriste, étendant ainsi leur sphère d’influence. Ils financent des ONG charitables dans le monde arabe et musulman, ais également en Occident. C’est le début de leur action auprès des classes populaires.

Les années 1980 : le financement de factions armées au nom de la guerre sainte (Djihad)

L’Arabie Saoudite engage des milliers de jeunes en provenance de l’ensemble du monde arabe et musulman afin de combattre le communisme en Afghanistan, ce sont les désormais connus Moudjahidines. La monarchie wahhabite finance le transport, l’armement et l’entraînement de ces combattants. L’Arabie Saoudite est en effet effrayée par la présence soviétique en Afghanistan et plus largement de l’importance des mouvements de gauche, dans le monde arabe, en particulier au Yémen du Sud alors communiste.

Les années 1990 : naissance d’Al Qaïda

Suite à la fin de la guerre d’Afghanistan et à l’effondrement du bloc soviétique, les Moudjahidines rentrent dans leurs pays respectifs. Ce retour est marqué par leur volonté de participer activement à la vie politique de leur pays (notamment en Arabie Saoudite). Ils attendent des signes de reconnaissance de leur sacrifice et de leur participation à la victoire face à l’URSS en Afghanistan. Cette volonté est combattue avec violence par le régime Saoudien qui ne veut pas partager le pouvoir politique. Endoctrinés par les idées guerrières du Wahhabisme (son interprétation violente du Djihad notamment),  forts de leur expérience militaire en Afghanistan et se voyant refuser toute participation politique, ces fondamentalistes se regroupent et forment l’organisation terroriste Al Qaïda.

Milieu des années 1990, début des années 2000 : le début de l’offensive médiatique saoudienne

Au début des années 1990, l’Arabie Saoudite s’engage aux côtés des Américains en Irak dans le cadre de la Guerre du Golfe. Le royaume Saoudien permet alors la présence de troupes américaines sur le sol saoudien, présence jugée illicite par les Wahhabites. Face aux critiques des Moudjahidines et des imams intégristes, l’Arabie Saoudite commence à s’inquiéter du pouvoir des médias. Cette crainte des médias est à l’origine d’une véritable stratégie médiatique offensive. Cette stratégie se déploie au travers de la création de journaux et de magazines en langue arabe (Sharq Al Wasat), du rachat de titres d’envergure de la presse arabe (Al Hayat), de la création de chaînes satellitaires (MBC, Iqra), et à l’achat de l’intégralité des encarts publicitaires des chaînes arabes publiques (au Yémen et en Egypte notamment). C’est ainsi que la prière du Vendredi de la Mecque est transmise en direct sur la quasi totalité des chaines de télévisons des pays arabes, que le rigorisme moral wahabbite se répand dans les programmes de télévisions et le production cinématographique.

Les années 2000 – 2010 : la naissance de Daesh

Suite à l’invasion de l’Irak et à la division du pays selon des critères ethnico-religieux, l’Arabie Saoudite voit le rapprochement des Chiites Irakiens avec l’Iran comme une menace. Le royaume saoudien est effrayé par les ambitions nucléaires iraniennes, la crainte de voir son voisin Chiite se doter de l’arme atomique tourne à l’obsession pour l’Arabie Saoudite. Le royaume commence alors à mener une guerre ouverte contre les Chiites, Chiites que les Saoudiens n’ont jamais portés en leur cœur en raison de l’hostilité du Wahhabisme envers ce courant de l’Islam qu’il considère comme hérétique. On voit alors émerger un mouvement politico-religieux sanguinaire qui s’auto proclame comme l’Etat Islamique au Levant et en Irak, plus connu sous le nom de Daesh.

De 2011 à nos jours : le sabotage des printemps arabes

De nouveau, l’Arabie Saoudite, cette fois appuyée par les monarchies du Golfe, voit dans la révolte populaire des jeunes arabes une menace. Le royaume intervient militairement au Bahreïn pour mater la révolte populaire. C’est la première fois de son histoire que l’Arabie Saoudite intervient militairement de façon claire et directe en dehors de ses frontières. Le royaume injecte également des milliards de dollars dans l’économie de Oman, de Bahreïn afin d’étouffer les mouvements de protestation. En Lybie, le royaume délègue aux Qataris et aux Emiratis le soin de bombarder le pays. En Syrie, l’Arabie Saoudite arme et finance les opposants à Bachar Al Assad, ce qui a pour conséquence de transformer la révolte populaire en guerre civile.

Au Yémen, son voisin direct auquel le royaume n’a jamais pardonné ses choix politiques et sociaux, l’Arabie Saoudite participe à l’étouffement de la révolte populaire en s’appuyant sur le parti Al Islah (proche des Frères Musulmans) afin de plonger le pays dans une guerre civile. Cette tentative est infructueuse, les Yéménites ne prennent pas les armes et s’engagent dans un dialogue politique. A la veille de la ratification d’un accord de sortie de crise incluant l’ensemble des partis politiques yéménites, l’Arabie Saoudite attaque militairement le Yémen, sans déclaration préalable. Depuis le 26 mars 2015, c’est une guerre sans merci que livre le royaume Saoudien. Le Yémen, dépendant à 90% des importations pour assurer la sécuritaire alimentaire de sa population, subit un embargo entrainant de graves pénuries (nourriture, eau, électricité, carburants, médicaments)). Son patrimoine millénaire est menacé et subit des destructions massives.

La population vit depuis le 26 mars 2015 dans une insécurité grandissante qui a causé 6 500 morts, 31 400 blessés et menace la vie de millions de personnes (14,4 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire). Source : OCHA.

Depuis sa création jusqu’à nos jours, l’Arabie Saoudite a trouvé des appuis politiques et militaires auprès du Royaume-Uni puis des Etats Unis d’Amérique. Pourtant les conséquences des décisions arbitraires et obscurantistes prises par la famille des Saoud, après avoir ravagé le monde arabe, se font sentir aujourd’hui jusqu’en Occident. Il est temps que cela change.

 

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

 

 

 

                                                                                                  Colloque International

La nouvelle diplomatie française au Moyen-Orient
23 Juin 2016 

À LA SORBONNE  dans l’amphi Cauchy

Dans le cadre de ses analyses des grandes questions géopolitiques du monde d’aujourd’hui, l’Académie de Géopolitique de Paris, organise le jeudi 23 Juin 2016 de 14H00 à 19H00 à l’université de la Sorbonne, un colloque intitulé « La nouvelle diplomatie française au Moyen-Orient », à l’occasion duquel des personnalités de renom, académiciens, diplomates et des chercheurs spécialisés de la question apporteront leurs éclaircissements sur ce sujet.

L’objectif du colloque est d'analyser en profondeur l'évolution récente de la diplomatie française, en mettant en lumière ce qui a pu conduire le Quai d’Orsay et les responsables politiques gouvernementaux à donner une autre impulsion que celle qui l’avait précédée et qui avait caractérisée la recherche d’autonomie de la France vis-à-vis des têtes du condominium américano-soviétiques pendant la guerre froide, ainsi la continuité de sa politique arabe face aux stratégies anglo-saxonnes. Les contributions des intervenants permettront d'évaluer les effets, la crédibilité et l'avenir de cette nouvelle politique et de ces nouveaux développements sur la scène internationale, et ce, à l'égard des acteurs traditionnels et modernes, étatiques et non-étatiques.

L'Académie de Géopolitique de Paris reste fidèle à sa vocation d’animer librement des débats aux thématiques inédites et originales et c’est ainsi qu’elle a instruit que les travaux des meilleurs spécialistes sollicités reflètent l’indépendance et l’approche scientifiques de son comité d’organisation. Seront évoqués les raisons profondes de ces changements, voire bouleversements, qui ont conduit à de véritables renversements d’alliances pourtant traditionnelles et ancrées sur le long terme. L’intérêt de l’industrie d’armement pour les pays du Golfe Persique, un certain alignement sur le dispositif américain dans la zone et le mépris affiché pour certaines communautés alliées historiquement mais de peu de poids face aux enjeux financiers et de puissance, seront analysés. De même, la question de la légitimité de ce changement stratégique des acteurs français depuis quinze ans devra être posée notamment face à l’implication réelle de nombreux acteurs internationaux. L'Académie de Géopolitique de Paris fait le choix d’une approche pluridisciplinaire et bénéficiera d’expertises en pointe sur ce dossier

 

La France et le Moyen-Orient, Ali RASTBEEN , Président de l'Académie de Géopolitique de Paris : 


En tant qu’important acteur international, la France a été proche des événements qui se sont déroulés au Moyen-Orient et n’a pas pu échapper aux conséquences  du printemps arabe, du terrorisme et de la crise des refugiés. Par conséquent, à l'heure actuelle la France est extrêmement sollicitée par le Moyen-Orient.

À l'époque des colonialismes européens, l’empire britannique à la différence de la France, dirigeait ses propres colonies au Moyen-Orient par le biais de rois, de cheikhs et de princes locaux, tandis que la France régissait les siens directement de Paris. La stratégie britannique a permis que ses dirigeants locaux placés jadis restent toujours au pouvoir alors que ceux placés par la France ont disparu.
La France a été occupée à gérer ses colonies en Afrique du Nord au détriment de celles du Moyen-Orient.
L’attrait économique actuel du Moyen-Orient conduit la France à améliorer sa position dans cette région. Son influence diplomatique dans le monde arabe a dépassé celle de la Grande-Bretagne et, dans certains cas, a rivalisé avec celle des Etats-Unis.Si les récentes révolutions du printemps arabe, ont écarté la France, alors que la présence des Etats-Unis en tant que successeur de la Grande-Bretagne a été beaucoup plus notable.
Le refus de Paris de participer aux côtés de Washington à l’occupation de l’Irak en 2003, a préservé sa diplomatie moyen-orientale, contrairement à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.  Ceci avait crédibilisé l'influence française au Moyen-Orient. Cependant, la politique étrangère française a toujours été perturbée par ses relations privilégiées avec Israël. La France, a toujours entretenu des relations particulières avec Israël et a été son principal fournisseur d’armes. Israël doit le développement de ses armes nucléaires à la technologie française, alors que la France n'a pas traité de la même façon les pays arabes.

Les pétromonarchies du Golfe persique, à la tête desquelles se trouve l’Arabie saoudite passent actuellement des commandes commerciales de plus en plus importantes à la France. De même des contrats de ventes de Rafales conclus avec l’Egypte sur le compte de l’Arabie Saoudite. Les autorités saoudiennes et françaises ont effectuée des études préliminaires à la construction de deux centrales nucléaires.
La présence du président de la République française à la réunion extraordinaire du Conseil de coopération des États arabes à Riad, a conduit Paris à soutenir l’agression de l’Arabie saoudite contre le Yémen, et a transformé l’Arabie saoudite en associé privilégié de la France.

L’Organisation des Nations Unies a inscrit le nom de l'Arabie saoudite sur la liste noire des Etats qui violent les droits des enfants au Yémen. La coalition saoudienne mène, selon une stratégie délibérée, la moitié de ses frappes contre les écoles et les hôpitaux, là où les civils sont concentrés.
Le secrétaire général de l’ONU a affirmé que la décision de retirer le nom de la coalition saoudienne de cette liste noire a été prise à cause de la menace de certains pays arabes de couper leurs aides aux programmes de cette instance. Ban Kimoon a déclaré : « qu’il est inadmissible que certains pays membres fassent des pressions pour faire retirer cette coalition de la liste noire ».
La consolidation de l’alliance de l’Arabie Saoudite et des États arabes du Golfe Persique avec la France est la conséquence d’une grande déception ressentie contre Washington, dans des questions relatives aux droits de l’Homme : au réveil des arabes et à l’accord nucléaire avec l’Iran.
La France consolide volontairement ses relations avec ces Etats, dont certains soutiennent le terrorisme en fournissant des munitions et des armes, sans tenir compte des principes et des valeurs de la République en ce qui concerne les droits de l’Homme qui représentent la pierre angulaire de l’identité française.
Il est à noter que la France est signataire de l’accord sur la non-utilisation des bombes à fragmentation, mais reste silencieuse face à l’accusation déliée par les organisations des droits de l’Homme contre l’Arabie saoudite et ses alliés d’utiliser des bombes à fragmentation au Yémen. En même temps, l’amélioration des relations politiques et économiques entre la France et l’Arabie saoudite signifiait en quelque sorte, une revanche à l’égard des Etats-Unis , qui ont refusé d’accompagner la France dans la guerre contre la Syrie.  
L’ancienne secrétaire d'État et candidate démocrate à la Maison Blanche, après la fusillade meurtrière d’Orlando, a déclaré, que « Le Qatar, le Koweït et l’Arabie saoudite ne doivent pas permettre à leurs citoyens de financer les organisations terroristes ».
Suite aux attaques terroristes du 13 novembre à Paris, la politique française a connu une inflexion, qui s’est traduite par les attaques aériennes contre les bases militaire de l’organisation islamique, l’installation du porte-avions Charles de Gaulle dans la région et enfin la coopération avec les militaires russes.
Ces opérations ont impliqué la France qui restait jusque-là à l’abri des bouleversements au Moyen-Orient. Elle a fini par déclarer la guerre aux organisations terroristes et à réclamer la constitution d’une alliance générale entre Washington, Moscou et Paris.

Le renforcement de la puissance de l’Iran au Moyen-Orient préoccupe la France qui a opté pour des politiques très spécifiques en vue de préserver ses intérêts en s’opposant fermement au programme nucléaire iranien. Le soutien de l’Iran en matière nucléaire signifiait la perte de marché pour la France en matière d’armements. En effet, les pétromonarchies arabes sont des opposants farouches aux politiques iraniennes. Par ailleurs, l’échec occidental quant à une rapide victoire en Syrie et la conclusion des accords iraniens ont poussé la France à ne pas sous-estimer la puissance iranienne.

La France possède un poids économique, diplomatique, politique et militaire. Elle est l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. C’est une puissance nucléaire qui appartient aux cercles restreints où se prennent les décisions qui influent sur le monde : le Conseil de sécurité, le G8, le G20, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, l’Union européenne, l’OTAN, l’OCDE, le Conseil des gouverneurs de l’AIEA, elle dispose d’un réseau diplomatique qui reste le deuxième au monde.

Aujourd’hui la France fait face à des défis considérables, tel que l’augmentation du chômage, les bouleversements liés aux réformes de la loi travail , la crise des refugiés, et enfin surtout le terrorisme. Aujourd’hui notre monde fait face à un terrorisme sournois qui se sert de la foi et de la religion afin de commettre la violence et l’horreur. Si la France est une cible des terroristes, c’est en conséquence de son engagement dans une véritable guerre contre le terrorisme.
C’est pourquoi il est du devoir des institutions parlementaires nationales et européennes d’établir une commission d’enquête pour identifier les pays qui forment, financent, arment, soutiennent et achètent le pétrole vendu par les terroristes, et de mettre en place un embargo sur la vente d’armes et sur l’achat de pétrole, aux Etats potentiellement concernés ou qui peuvent l’être.

Je demande solennellement que cette commission d’enquête soit mise en place de toute urgence eu regard à l’importance de la menace terroriste. C’est uniquement grâce à une action collective, qu’il sera possible de mettre fin à ce danger qui menace l’humanité toute entière.Notre devoir est de combattre ce phénomène expansionniste qui se nourrit de la haine. Pour ce faire, la communauté internationale doit veiller à rétablir les piliers de respect mutuel entre les communautés, et reconstruire les pays déchirés en traitant les crises identitaires, et en installant des valeurs universelles, celles des droits de l’Homme.

 

 https://www.youtube.com/watch?v=hWCBtTS8oOI

 Quel politique indépendante pour la France au Moyen Orient ?,  Philippe de SAINT ROBERT

 https://www.youtube.com/watch?v=8C_GLCnzziA

    

Philippe de SAINT ROBERT, économiste et Politologue. Membre de la Fondation Charles-de-Gaulle. Il est le fondateur et président de l’Association pour la sauvegarde et l’expansion de la langue française (ASSELAF), qui publie la revue Lettre(s) et qui a participé à la création de Le Droit de Comprendre. Il préside annuellement l’Académie de la Carpette anglaise et est également président du « Jury des Nouveaux Droits de l’homme »

L’impasse où s’est engagée la diplomatie française dans tous les domaines est devenue une évidence pour tous, notamment dans sa politique proche-orientale. C’est l’ancien Secrétaire général du Quai d’Orsay, Francis Gutmann, qui l’écrivait récemment : « La France était un acteur majeur sur la scène mondiale. Quoi qu’il nous plaise de croire, ce n’est plus le cas aujourd’hui.  La France se caractérisait par son indépendance et son intelligence des situations. Elle n’a plus de vision en propre du monde. Si ses intentions sont souvent généreuses, elle définit sa politique moins par rapport à ce qu’il est qu’en fonction de ce qu’elle souhaiterait qu’il fût. Elle ne cherche pas à anticiper, elle réagit au coup par coup. » La dernière manifestation significative de notre politique internationale remonte à 2003, lorsque Jacques Chirac s’opposa à la seconde agression américaine en Irak : si elle eut lieu, elle dut passer outre au refus du Conseil de sécurité de la légitimer. On connaît aujourd’hui les effets de cette folie.

    Le désengagement de notre politique et de ses fondamentaux commença peu après, avec le retour inapproprié de la France dans l’Organisation militaire du Pacte atlantique, puis avec notre lamentable expédition en Libye, où notre action parvint même à outrepasser un mandat arraché à l’ONU, mandat qui ne nous donnait aucun droit de procéder à une intervention au sol et à l’assassinat d’un dirigeant en fonction. On sait les conséquences tant de l’intervention en Irak que de l’intervention en Libye.

    François Hollande et Laurent Fabius ont malheureusement mis leurs pas dans ceux de leurs prédécesseurs. Syndrome de Suez, néo-atlantisme, que sais-je ? Notre rupture diplomatique avec la Syrie allait à l’encontre de toutes nos traditions diplomatiques : à la différence des Etats-Unis, nous avons toujours reconnu des Etats et non des régimes ; il s’agissait donc d’un alignement de plus, qui aujourd’hui nous coûte cher dans le domaine des renseignements et de notre présence aux négociations. Pire, l’Exécutif français a couvert et soutenu toutes les initiatives guerrières de l’Etat d’Israël, pour se présenter ensuite en négociateur récusé.

    Comment feindre d’ignorer voire de récuser que le conflit israélo-palestinien est à l’origine et nourrit un désordre sanglant qui, de la région, s’étend au monde entier, et aux politiques intérieures des Etats ? Laurent Fabius, rendons lui cette considération, avait tenté une ultime démarche qui avait au moins une sanction à la clef : la reconnaissance par la France de l’Etat palestinien en cas d’échec du processus engagé. Son successeur a tôt fait de faire sauter la clef au vu des protestations de Benjamin Nétanyahou, qui n’a même pas crédité, en le recevant, Manuel Valls de son sionisme inconditionnel.

    Il faudrait peut-être revenir à la fameuse Déclaration de Venise, conclue fin 1980 par les Neuf qui composaient alors la Communauté européenne et qui visait à découpler la politique de l’Europe de celle des Etats-Unis. Accord qui fut malheureusement dénoncé par François Mitterrand dès son élection. Aller ensuite prêcher, et d’autres après lui, à la Knesset pour la création de deux Etats, se ramenait à des vœux pieux compte tenu du réalignement de l’Europe sur la politique américaine. Quel Etat palestinien est-il encore possible dans l’état d’occupation et de colonisation permanentes de la Palestine ?

    Revenons au projet Fabius de conférence internationale que nous venons d’évoquer. Il est vrai que l’Union européenne vient, ce 20 juin, de donner son aval à la démarche française au grand dam de Nétanyahou. Mais c’est lui, le problème et la majorité, qui ne se fragmente toujours pas qui le soutient, ainsi que les nouveaux bruits de bottes (c’est un euphémisme), que la nomination à la Défense de Lieberman semble bien annoncer.

    L’imbécile querelle qu’on nous fait en feignant de confondre toute opposition à la politique sioniste telle qu’elle se présente depuis près de dix ans, avec la résurgence de l’anti-sémitisme, est un scandale sémantique. Nous savons parfaitement qu’il existe en Israël, et même jusque dans la sphère la plus haute de l’armée, comme on vient de le voir, des réticences, voire des oppositions à cette politique qui ne respecte ni les droits de l’homme (internements administratifs, exécutions extra-judiciaires, …) ni les droits de la guerre, comme on l’a vu lors des récentes répressions à Gaza. Nétanyahou et Lieberman sont des personnages qui trahissent non seulement toutes les chances de la paix, mais les intérêts mêmes de leur pays.

    Les Américains, qui non seulement ont capitulé diplomatiquement, mais ne cessent d’encourager militairement l’Etat d’Israël à n’accepter aucun compromis, aucune négociation réelle, portent de toute évidence une responsabilité accablante dans la situation actuelle. Nétanyahou a proposé à Valls de remplacer la conférence internationale suscitée par Paris par une rencontre en tête-à-tête entre Mahmoud Abbas et lui-même à Paris. C’est une plaisanterie cynique. A quoi rimerait en effet une négociation du fort au faible entre Israéliens et Palestiniens, sans le moindre arbitrage ni la moindre garantie internationale ? Personne n’y peut croire. Cela n’a aucun sens, qu’un refus obstiné de la paix de la part d’une des parties, que j’invite, ainsi que les dirigeants de notre diplomatie, à relire la conférence de presse du général de Gaulle du 27 novembre 1967 dont je me permets de rappeler les termes de la mise en garde qu’il fit le 24 mai 1967 à Abba Eban : « Je ne doute pas que le cas échéant vous remporteriez des succès militaires, mais, ensuite, vous vous trouveriez engagés sur le terrain, et au point de vue international, dans des difficultés grandissantes, d’autant plus que la guerre en Orient ne peut pas manquer d’augmenter dans le monde une tension déplorable et d’avoir des conséquences très malencontreuses pour beaucoup de pays, si bien que c’est à vous, devenus des conquérants, qu’on en imputerait peu à peu les inconvénients. » Le Général soulignait ensuite qu’Israël organisait « sur les territoires qu’il a pris, l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions, et il s’y manifeste contre lui une résistance, qu’à son tour il qualifie de terrorisme. » Le Général ajoutait alors : « Il est bien évident que le conflit n’est que suspendu et qu’il ne peut avoir de solution, sauf par la voie internationale. » Quelle autre voie pourrait suivre aujourd’hui la France ?

 

https://www.youtube.com/watch?v=iuSylb3CaAc

«Les relations franco  saoudiennes du point de vue de la sécurité et de la défense », François BELLIOTEcrivain et politologue  


Préambule : Etat des lieux des relations commerciales franco saoudiennes

Pour schématiser, les relations franco saoudiennes sous le mandat de françois Hollande peuvent être comparées aux relations franco qataries sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Dans les deux cas le rapprochement a été spectaculaire, se concrétisant par des alignements diplomatiques, et un accroissement des échanges commerciaux, notamment dans le domaine militaire. Il s'agit, pour reprendre les propres termes de l'Elysée lors de la visite du président Hollande à Riyad en novembre 2012, dans la foulée de son élection : « de faire autant avec le Qatar, et plus avec l'Arabie Saoudite ».
Alors que nous approchons du terme du quinquennat de Hollande les relations sont plus qu'au beau fixe entre les deux pays. La France est le 9ème investisseur en Arabie Saoudite, et celle-ci est devenue, supplantant la Russie, le premier fournisseur de pétrole de la France. La France exporte dans des domaines nombreux et variés (volailles, céréales, tuyaux, avions, produits cosmétiques, aéronautique et spatial, transports et électricité).
Les premiers accords de coopération entre la France et l'Arabie Saoudite datent de 1963, sous la présidence du général de Gaulle, mais c'est à partir de 2005 (date à laquelle l'Arabie Saoudite est admise à l'OMC) que l'on assiste à une progression spectaculaire des échanges commerciaux entre la France et l'Arabie Saoudite, qui va de pair avec un rapprochement diplomatique et militaire de plus en plus étroit, dans le cadre de ce que l'on pourrait appeler, pour reprendre l'intitulé du colloque, la « nouvelle diplomatie française au Moyen-Orient ».
Un premier train d'accord a été partiellement manqué par la France dans un premier temps. C'est l'époque (janvier 2008) où le roi Fahd qualifiait Nicolas Sarkozy de « cheval fougueux qui doit subir l'épreuve des rènes ».
La relation franco saoudienne prend donc son envol, dans tous les domaines, sous le mandat de François Hollande, avec en point d'orgue, fin 2015, la signature d'un méga contrat de 10 milliards portant sur les secteurs les plus variés. C'est en cette occasion que Manuel Valls tweetera : « France-Arabie saoudite: dix milliards d'euros de contrats! Le gouvernement mobilisé pour nos entreprises et l'emploi. » Cocorico auquel nous sommes de moins en moins habitués et qui se comprend fort bien dans le contexte de crise économique grave à deux ans de l'élection présidentielle.
Une phrase de conclusion du « bilan 2013 des relations commerciales franco saoudiennes, est on ne peut plus entousiaste : « Aussi bien le niveau excellent de la relation bilatérale que le nombre de grands projets, la stabilité du pays et les grands indicateurs macroéconomiques, presque tous dans le vert, devraient inciter les entreprises françaises à s’intéresser davantage au marché saoudien . » Le bilan de 2014 est encore plus positif .

Les ventes d'armes de la France à l'Arabie Saoudite sous le mandat de François Hollande

La France fournit des équipements militaires à l'Arabie Saoudite. Citons par exemple l'entrée en vigueur le 7 octobre 2013 du contrat Lex (Life Extension Sawari 1), pour rénover 4 frégates et deux pétroliers ravitailleurs de la flotte saoudienne. Son montant est de 1,1 milliards d'euros .
Après signature de ce contrat, le ministère de la défense français se félicite : « une étape majeure dans les relations franco-saoudiennes en matière de défense navale. Il témoigne du niveau élevé de confiance mutuelle et de coopération qu'entretiennent l'Arabie Saoudite et la France » .
Le ministère de la Défense cite par ailleurs en cette occasion les dossiers sur lesquels les deux pays sont au diapason. Les entretiens entre les deux pays, lit-on, « doivent permettre de conforter notre convergence de vues sur les grandes crises régionales, au premier rang desquelles figurent la crise nucléaire iranienne et la crise syrienne ».
L'alignement des deux pays s'est confirmé avec l'accord tripartite Liban/France/Arabie Saoudite de décembre 2013. Selon l'accord l'Arabie Saoudite doit verser 3 milliards de dollars au Liban (l'équivalent de trois fois le budget militaire annuel de ce pays) afin de permettre à ce dernier d'acheter des armes à la France. Achat prévu de missiles Milan, de véhicules blindés VAB mk3, de 7 hélicoptères Cougar, de systèmes d'artillerie Caesar, et de quatre corvettes. En février 2016, cet accord est annulé par l'Arabie Saoudite en raison de la trop grande influence du Hezbollah, allié de l'ennemi iranien, sur le gouvernement libanais . Finalement, l'accord n'est pas annulé, mais les armes seront achetées par l'Arabie Saoudite.
C'est de manière comparable que s'est conclue l'affaire des Mistrals

 

Colloque Ou va lArabie saoudite B 2 640

 Poursuivant son travail d’analyse des grandes questions géopolitiques du monde d’aujourd’hui, l’Académie de géopolitique de Paris a organisé ce colloque international le 10 mars 2016 à l’Assemblée nationale 

Colloque Ou va lArabie saoudite d 640

Fidèle à sa vocation d’animer librement des débats aux thématiques inédites et originales, l’Académie de Géopolitique de Paris a choisi de faire bénéficier son auditoire des travaux des meilleurs spécialistes sur la position de l’Arabie Saoudite au milieu de drastiques changements dans une région instable et en pleine évolution. Le contexte général au Moyen et Proche-Orient est globalement catastrophique, avec une très nette tendance à l’escalade des tensions entre les puissances régionales soutenues par les superpuissances étrangères.

L’Arabie Saoudite mène aujourd’hui une politique très interventionniste qui se manifeste par une intervention militaire officielle illégale du point de vue du droit international au Yémen et un engagement de plus en plus visible dans la guerre par procuration menée en Syrie.

Se trouvant aujourd'hui dans l’œil du cyclone, le royaume se considère comme encerclé par des menaces aussi importantes les unes que les autres à ses frontières : le Yémen, l'Irak et la montée en puissance de l'Iran, favorisée par le récent apaisement des relations irano-américaines consacré par la signature d'un accord sur le nucléaire iranien. Cet accord, qui met fin à des années d’ostracisme de la République islamique, annonce le grand retour de Téhéran sur la scène régionale et internationale.

Dans une politique de fuite en avant, épaulé par ses alliés turque et américain, le royaume mène une politique régionale agressive et belliqueuse. Au Liban le régime saoudien cherche à affaiblir la capacité militaire du Hezbollah libanais en entretenant une politique de déstabilisation de ce pays, victime expiatoire des conflits qui secouent cette région si explosive. Le Liban est brutalement pris en otage par l’Arabie saoudite, qui lui reproche sa trop grande complaisance avec l’Iran sur fond de conflit, soigneusement entretenu, entre sunnites et chiites. Le royaume saoudien est une parfaite illustration de l'imbrication du politique et du religieux. Il en résulte que les conflits surgissant dans la région sont essentiellement parés de la cape confessionnelle.

Ce colloque a pour ambition de prendre en considération les nombreux et importants rôles que joue l’Arabie Saoudite sur la scène politique Arabe, régionale – en particulier avec les pays islamiques - et internationale. Il a également pour ambition, par une approche multidisciplinaire, de comprendre les mutations que vit la société saoudienne ainsi que l’évolution géostratégique régionale et internationale liées aux actions du Royaume Saoudite.

De nombreuses thématiques liées à cette question sensible ont été abordées par les analyses pertinentes des nombreux spécialistes universitaires, militaires, diplomates, journalistes, etc. qui ont participé à notre colloque dont voici le compte rendu :

Allocution de Jacques Myard, Député de la Nation, Président du Cercle Nation et République.

 

Jacques Myard8

https://www.youtube.com/watch?v=td09eGWJnng

Au-delà des problèmes de culture et des enjeux politiques, nous vivons aujourd’hui dans ce que nous appelons à juste titre un village planétaire. Nous sommes confrontés à la tyrannie de l’immédiateté, et nous, politiques, avons un objectif : celui de pouvoir analyser, sans sur-réagir et sans être entraînés par l’immédiateté, les éléments qui peuvent survenir partout sur la planète de façon à éviter d’aggraver des problèmes qui, parfois, peuvent s’avérer secondaires.

Je vous dis cela en propos préliminaire, car le sujet d’aujourd’hui sur un pays que nous connaissons tous est loin d’être neutre en termes de passion. Il est tout à fait légitime que l’on puisse avoir, sur l’Arabie saoudite, des approches passionnées ; mais il n’en demeure pas moins que nous devons faire l’effort d’analyser les enjeux de cette zone, de la manière la plus objective possible, et avec lucidité.

L’Arabie Saoudite est un pays que je connais un peu ; j’y étais encore récemment, au moment où Madame Merkel a fait l’annonce qu’elle allait accepter 100.000 réfugiés, ce qui, immédiatement, a eu un impact sur tout le Proche Orient.

L’Arabie Saoudite est un pays légendaire, grâce à Lawrence d’Arabie et à tout ce qui s’est passé à la chute de l’empire ottoman. C’est un pays qui fait quatre fois la France, plus de 2 millions de kilomètres carrés, et qui a deux fois moins d’habitants, soit 30 millions avec 10 millions de travailleurs étrangers. C’est un pays riche, qui dispose sans doute des réserves pétrolières les plus importantes de la planète ; même si l’on fait aujourd’hui de nouvelles découvertes de gisements et moyen d’extraction. L’Arabie Saoudite est donc un pays convoité, qui doit néanmoins faire face à de nombreux défis tant sur le plan interne que sur celui de la politique étrangère.

Soyons très clairs. Vous connaissez la Charte des Nations Unies sur l’égalité souveraine des Etats : chaque Etat a théoriquement le droit de choisir le régime qu’il souhaite. Et jusqu’à nouvel ordre - parce que c’est une critique que je fais à un certain nombre d’Etats - nous ne sommes pas là pour choisir les gouvernants des pays tiers. Le fameux gouvernement change cher à monsieur Bush, qui m’est complètement étranger, aboutit à des catastrophes. Donc je et nous ne sommes pas là pour dire ce qu’il faut changer en Arabie saoudite comme ailleurs. Il n’en demeure pas moins qu’il reste important de poser, et se poser, certaines questions, en particulier lorsque la politique locale et globale est impactée par les décisions et évolutions de certains pays, en particulier celles de l’Arabie saoudite.

Il est indéniable aujourd’hui qu’une question de gouvernance se pose en Arabie Saoudite. Non pas sur le régime, non pas sur le fait que ce pays soit gouverné par les Saoud depuis plus d’un siècle, mais la concurrence interne à la famille royale – composée de pas moins de 2300 membres - est de notoriété publique -. Je vous rassure, ce problème de concurrence intrinsèque n’est pas propre à l’Arabie Saoudite. Si j’en crois le débat qui va s’engager en France sur les primaires, les choses risquent de ne pas être facile non plus. S’agissant de l’Arabie Saoudite, on sait que le successeur désigné, Ben Naïf, est confronté à un autre membre de la famille royale, Ben Salman ; l’un et l’autre ayant des responsabilités gouvernementales différentes, l’un à l’Intérieur, l’autre à la Défense. On sait aussi - et malheureusement, cela devient un lot commun à beaucoup d’Etats de la région - qu’il y a des activités terroristes importantes, et qu’il existe vraisemblablement sur le territoire saoudien des unités dormantes de mouvements terroristes divers et variés.

Il y a des enjeux économiques aussi : pour avoir récemment échangé sur ce sujet avec des diplomates saoudiens, on sait que la question des dix millions de travailleurs étrangers nécessite d’envisager de remplacer petit à petit ces travailleurs étrangers par des saoudiens, ce qui nécessitera un effort de formation professionnelle de la part du gouvernement. Le gouvernement saoudien se pose la question.

L’Arabie Saoudite subit également des évolutions sociologiques : nombre d’étudiants, en particulier des femmes, ont une très solide formation, ayant étudié - souvent d’ailleurs à l’étranger -. Comme partout, les femmes semblent prendre la prééminence sur une société jusqu’alors à très nette dominante masculine. Dans le même sens, en Iran – pays que je connais un peu - 60% des étudiants dans les universités sont des femmes. Si cette évolution sociétale n’est pas propre à l’Arabie saoudite, il n’en reste pas moins qu’elle va poser, tôt ou tard dans ce pays la question du statut de la femme.

Et puis il y a des questions qui se posent sur le plan externe tant il est vrai que l’Arabie saoudite a et a toujours eu – à juste titre – la volonté de jouer un rôle important au Proche et au Moyen Orient. Pendant longtemps, le rôle prédominant dans la région était essentiellement dévolu à l’Egypte. Ce dernier pays ayant rencontré un certain nombre de difficultés et dans le contexte où l’Iran a longtemps été tenu dans la situation de ne pouvoir jouer aucun rôle important dans la région, la volonté de prédominance de l’Arabie Saoudite s’est réaffirmée. Depuis les récents accords sur le nucléaire, l’Iran se réaffirme comme un acteur majeur de la région. Je ne saurais oublier que le gouvernement saoudien avait mis en garde les Etats-Unis sur leur intervention en Irak. Si monsieur Bush avait écouté un peu plus les saoudiens, peut-être aurions-nous évité le chaos  ambiant qui règne aujourd’hui en Irak et ailleurs. Je remercie donc la lucidité du gouvernement saoudien de l’époque … il n’était pas le seul, Jacques Chirac avait également mis le monde en garde. Souvenez-vous que monsieur Bush avait alors dit avoir reçu un ordre de Dieu pour intervenir en Irak… J’en suis toujours aussi stupéfait ! Surtout venant d’un pays où la raison prétend l’emporter sur les thèses millénaristes, qui existent cependant un peu partout dans le monde.

​Il est vrai qu’aujourd’hui, l’Arabie saoudite joue un rôle officiel au Yémen – pays également soumis à critiques – plaçant ce pays dans une situation extrêmement difficile. Le Yémen est pratiquement détruit, la guerre civile y bat son plein. Il y a bien sûr une influence de l’Arabie saoudite, en lien avec la Turquie, dans le conflit syrien qui n’en finit pas. Et puis on peut s’interroger bien évidemment sur les relations de l’Arabie Saoudite avec l’Iran. Sachant ce qui s’est passé dernièrement, les relations avec ce pays sont-elles irrémédiablement compromises ? En Orient, et vous le savez mieux que moi Messieurs, rien n’est jamais définitif - je le souhaite - parce que l’on sait très bien que les choses peuvent évoluer. Il peut y avoir, à mon sens, des revirements - mais c’est une vue peut-être occidentale ou du moins française - : il n’est pas impossible que les deux pays puissent s’entendre, car il y a des défis importants à relever en terme de stabilisation de la région.

Monsieur le président Ali Rastbeen, je ne peux que vous féliciter d’avoir choisi ce thème. Même si vous ne pouvez pas épuiser le sujet, je vous encourage à le traiter avec objectivité, lucidité et sans passion, car je pense que ce sujet va nous accaparer pendant quelques années encore. Je reprendrai ce que, un jour, Elisabeth I avait dit à Sir Francis Drake : « Salut au Chercheur d’aventure !». Et dans l’Orient hyper-compliqué, il faut avoir du courage, vous en avez. Merci.

 

Le colloque a été organisé sous forme de deux tables rondes :

Première table ronde :Modérateur, Ali Rastbeen, Président de l'Académie de Géopolitique de Paris.

« L’Iran et ses voisins du Golfe Persique »

ali rastbeen 640

https://www.youtube.com/watch?v=PIj6XF5xhXw

La situation de crise au Moyen-Orient, en particulier en Irak, en Syrie en Lybie et au Yémen ainsi que le blocage des élections présidentielles libanaises depuis mai 2014 et le grand  retour de l'Iran au sein de la communauté internationale, sont des évolutions qui nous incitent à nous interroger sur la nature des relations entre l’Iran et ses voisins du Golfe Persique.

Le Proche et Moyen-Orient sont entrés dans une phase de mutations et de recomposition profonde, qu’il serait superficiel et dangereux de réduire à un conflit entre sunnites et chiites.

L’animosité entre l’Arabie saoudite et l’Iran se traduit notamment en Syrie, au Yémen et en Irak, ces deux puissances s’accusent mutuellement en cherchant à élargir leur influence.

Une question se pose: la détérioration des relations entre l’Iran et les pays arabes est-elle le résultat de l’émergence de l’Iran comme puissance régionale ou puise-t-elle sa source ailleurs ?

Pour répondre à cette question, il faut tout d’abord se demander à quel point les pays arabes agissent-ils de manière indépendante ? Ensuite, il faut aussi se demander si leurs actions sont destinées à préserver leurs propres intérêts nationaux ou sont plutôt dictées par d’autres motifs.

Enfin, une dernière question, comment doit réagir l’Iran pour répondre à ses propres intérêts nationaux dans un monde caractérisé par des rivalités et par l’instabilité ?

La détérioration des relations entre le monde arabe et l’Iran est en grande partie due à la position géopolitique et géostratégique du Golfe Persique. Car le pays qui dominerait la région du Golfe Persique, aurait la possibilité et la capacité d’influencer le monde.

La question de la sécurité et de la paix durable dans la région du Golfe Persique et dans les Etats arabes, devient alors abordable.

Une autre considération est la diversité des acteurs, alors qu’il est clair qu’un vide au pouvoir permet à d’autres acteurs de s’imposer.

Ce phénomène n’est pas nouveau. Par le passé, les rivalités entre la Grande-Bretagne, l’Union soviétique et les États-Unis faisaient rage dans le Golfe Persique et lorsque la Grande-Bretagne instaura sa domination, les autres puissances se retirèrent.

Lorsqu’en 1968, le gouvernement britannique a évacué ses forces du Golfe Persique, de la mer d’Oman, de l’océan Indien et de la mer Rouge, une situation de vide a succédé et a conduit à l’apparition d’autres acteurs qui voulaient remplacer la Grande-Bretagne, ce qui a favorisé des rivalités de pouvoir . Pendant cette époque, l’Union soviétique et les États-Unis se présentaient comme acteurs puissants et déterminants au niveau international, tandis qu’au niveau régional l’Iran, l’Arabie saoudite et l’Irak assumaient leurs rôles, aussi bien directement qu’indirectement.

Dans le nouveau statut quo qui s’est établi à cette époque, l’Iran et l’Arabie saoudite, alliés de l’Occident, ont fait face à l’Irak qui a été soutenu par l’Union soviétique. Cette rivalité s’est  poursuivie jusqu’en 1975 jusqu’à ce que l’Iran devienne la première puissance régionale.   

La révolution islamique en Iran a provoqué un nouveau vide dans la région, auquel sont venus s’ajouter d’autres événements : la guerre Iran-Irak, la bataille des tankers fut le prétexte pour la pénétration et la présence des forces étrangères dans la région afin d’y assurer la sécurité d’approvisionnement. L’occupation du Koweït par l’Irak et le changement de position des autres pays de la région à l’égard de l’Iran furent d’autres éléments qui peuvent nous aider à comprendre les raisons de la détérioration des relations entre l’Iran et le monde arabe.

L’Iran se trouve au centre de la plupart des évolutions survenues dans la région : le départ des forces britanniques en 1968, le traité de 1975 et le rôle joué par l’Iran au niveau régional et extrarégional, et ainsi de suite. Par ailleurs, l’occupation de l’Afghanistan par l’Union soviétique et la formation des Moudjahédines afghans sont d’autres événements clés qui continuent à préoccuper le monde. 

Encore d’autres facteurs sont en cause de cette détérioration : l’occupation de l’ambassade des États-Unis, l’agression du régime baasiste irakien contre l’Iran, la présence des forces étrangères dans la région, l’acceptation de la résolution 598, l’agression de l’Irak contre le Koweït, la libération du Koweït par les forces de coalition jusqu’à la désintégration de l’Union soviétique en 1991 et la disparition du système bipolaire dans le monde.

Dans une étape avancée, la région été bouleversée par les événements du 11 septembre, l’attaque des forces de coalition sous l’égide des États-Unis contre l’Afghanistan , la chute des talibans, et l’apparition d’une nouvelle coalition mondiale contre le terrorisme, enfin, les soulèvements populaires arabes et l’émergence récente de l’extrémisme religieux .

Dans ces conditions-là, reprenons la question : est-ce que l’Iran peut établir des relations stables avec ses voisins arabes ?  Il existe plusieurs dimensions à notre question :

-La première considère que compte tenu de la dépendance des pays arabes, à l’exception de quelques-uns, à l’égard des États-Unis et de l’Occident, on ne pouvait espérer une amélioration des relations, tant que l’Iran ne réussissait pas à normaliser ses relations avec l’occident.

- La deuxième considère que l’Iran ne peut développer ses relations avec les Etats arabes sauf, si elle deviendra une réelle et grande puissance régionale dans les domaines politique, militaire et économique. Ce qui conduira les pays arabes, à améliorer de bon gré leurs relations avec l’Iran.

une troisième affirme que compte tenu de la permanence des tensions entre l’Iran et les pays arabes, l’établissement d’une relation stable devienne irréalisable.

enfin, la dernière position, qui semble plus acceptable réside dans le fait que, compte tenu du grand retour de l'Iran au sein de la communauté internationale, les pays arabes, par le biais de la détente et de la confiance, peuvent fonder de solides relations dans le respect mutuel, l’assurance des intérêts communs, l’entraide et la coopération, transformant les rivalités en amitié et concurrence positive.

***

Monsieur Rastbeen a ensuite donné la parole à monsieur Troudi Mohamed,

Chercheur en relations internationales et stratégiques, associé à l'Académie de Géopolitique de Paris, Pour parler de" la politique de l’Arabie Saoudite au Moyen-Orient "

Mohamed Troudi 640

https://www.youtube.com/watch?v=o-P_LzmCgJ4

Depuis le remaniement dynastique en Arabie saoudite début 2015, le royaume saoudien mène une politique ouvertement plus interventionniste, elle se manifeste par une attitude très hostile envers l'Iran, par une intervention militaire meurtrière et illégale du point de vue du droit international au Yémen et un engagement de plus en plus visible dans la guerre par procuration menée en Syrie.

Le royaume se considère comme encerclé par des menaces aussi importantes les unes que les autres à ses frontières, le Yémen, l'Irak et la montée en puissance de l'Iran, notamment après l’apaisement dans les relations irano américaines depuis peu,  consacrée par la signature d'un accord sur le nucléaire iranien, annonçant le grand retour de Téhéran  sur la scène régionale et internationale, après avoir mis fin à des années d'ostracisme, touchant la république islamique.

Dans une politique de fuite en avant, épaulé par son allié turque et américain, le royaume mène une politique régionale agressive et belliqueuse. Au Liban  le régime saoudien  cherche à affaiblir la capacité militaire du Hezbollah libanais en entretenant  une politique de déstabilisation de ce pays victime expiatoire des conflits qui secouent cette région si explosive, chemin faisant le Liban est brutalement pris en otage par l’Arabie saoudite, qui lui reproche sa trop grande complaisance avec l’Iran sur fond du conflit entre sunnites et chiites Le royaume saoudien est par conséquent une parfaite illustration de l'imbrication du politique et du religieux et que les conflits surgissant dans la région sont essentiellement voire exclusivement d'essence confessionnelle.

On retrouve cette même : volonté d'intervenir dans les affaires intérieures des États de la région, c'est le cas en Irak, les saoudiens cherchent à lutter autant que faire se peut contre l'influence iranienne dans ce pays depuis l'intervention américaine en Irak, intervention qui constitue depuis  source de détérioration de ses relations avec son alliée stratégique les États Unis.

Depuis l’arrivée de la nouvelle administration saoudienne conduite par le roi Salman, on assiste à l'adoption d'une politique étrangère proactive , amenant la Turquie (qui a ses propres calculs) à rejoindre l'alliance sunnite avec l'imbrication de différents objectifs à la fois du royaume saoudien, de la Turquie et de l’Égypte, ce qui laisse supposer qu'on s'achemine vers un rapprochement de type gagnant turco saoudien. Les saoudiens ont peut-être simplement compris ou supposent qu'ils ne peuvent plus résoudre les nombreux problèmes de la région les concernant directement par des moyens traditionnels, mais via des alliances.

En ce qui est du Qatar, vue de loin, les deux pays ont davantage de points communs que de divergences, à voir de près ce ne sont que des cliché car non seulement les différences existent, mais ce sont parfois de profondes divergences qui opposent ces deux royaumes,  depuis  que le petit émirat du Qatar a décidé d'exister sur l’échiquier régional et par conséquent de rivaliser avec le deuxième plus grand pays arabe sunnite  après l'Algérie à savoir l'Arabie saoudite.

En décidant de passer d'un statu de pétrolochimie insignifiante à celui d'un acteur important sur la scène régionale et internationale, le Qatar défie l'hégémonie de  l'Arabie saoudite qui surveille de près son désormais rival et non moins allié du Conseil de Coopération du Golfe ou CCG.

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Le deuxième intervenant Mme Safaa AL-HAMAYDEH AL-SATARI,Organisatrice des Pèlerins Musulmans de France a abordé  « Les enjeux et paramètres de l’organisation de pèlerinages en Arabie saoudite »

Safaa AL HAMAYDEH AL SATARI 640

https://www.youtube.com/watch?v=2yxq6MTI-bc

Le contexte international du tourisme religieux, dans une époque où les individus cherchent un sens à accorder à leur existence, la question française des voyagistes du Hadj. Sujet épineux, presque tabou en raison du fait que le fait religieux « islam » suscite une défiance et une absence de commande politique, il n’en demeure pas moins qu’il revêt un substrat économique particulièrement puissant au regard des chiffres en constante croissance.

Parmi les sites touristiques religieux les plus reconnus, on observe notamment la Mecque, Rome, Jérusalem et Lourdes.

La Mecque est l’une des plus grandes destinations de tourisme religieux. En 2012, elle a attiré 12 millions de pèlerins musulmans, représentant des dépenses touristiques de 16,5 milliards de dollars.

La Mecque et Médine sont les deux villes saintes de l’islam. En 2013, 6,9 millions de touristes ont visité l’Arabie Saoudite pour des raisons religieuses, soit près de 41 % de l’ensemble des touristes du pays.

Pour l’Arabie Saoudite, le tourisme religieux représente la deuxième plus importante source de revenus derrière le pétrole, selon Géopolis.

Le Hadj

Cinquième pilier de l’islam, le Hadj rassemble chaque année de 5 à 6 millions de pèlerins. Il faut y ajouter un nombre équivalent de visiteurs dans le cadre du « petit pèlerinage », l’Omra, qui peut être réalisé à n’importe quel moment de l’année. Considéré comme l’étape finale dans la vie spirituelle du musulman, le Hajj confère à La Mecque et, par extension, à l’Arabie Saoudite et à son souverain, un prestige et un statut uniques. Le titre officiel du roi est celui de « Serviteur des deux Lieux saints » (La Mecque et Médine, où est situé le tombeau de Mohamed).

L'industrie touristique est d'autant plus importante pour la prospérité du Royaume qu'elle est actuellement le deuxième secteur économique du pays en termes d'emploi pour ses habitants, faisant travailler près d'un millions de Saoudiens au total. Selon le président de la Saudi Commission for Tourism and Antiquities, le Prince Sultan Bin Salman, le secteur devrait devenir le premier employeur national au cours des prochaines années.

Débat :

Débat 1 640

https://www.youtube.com/watch?v=xSe2fqpMv8E

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La parole a ensuite été donnée à M. Karim IFRAKIslamologue, historien des Textes et de la vie de la pensée dans les mondes musulmans C.N.R.S, ParisQui a traité le sujet du wahhabisme et ses ramifications régionales et internationales.

 Karim IFRAK 640

https://www.youtube.com/watch?v=nQ_Dks6b74U

La disparition du Califat en 1924, la reconquête du pouvoir avec le soutien de « l’Ordre des Frères » en 1927, l'exploitation des gisements pétrolifères en 1938, permirent au royaume d'Arabie saoudite de s’imposer sur l’échiquier régional puis mondial grâce au pacte « pétrole contre protection » conclu en 1945. Mais la conquête du pouvoir, dans un contexte arabo-musulman, ne peut se pérenniser, sans une légitimité et un rayonnement religieux. Une légitimité que va se forger le royaume d'Arabie saoudite en s’appuyant sur l’idéologie wahhabite, celle-là même qui a soutenu la genèse du royaume, deux siècles auparavant.

Portée par le rayonnement de la monarchie dans la région, cette nouvelle idéologie musulmane toute saoudienne, ne manquera pas de se propager au sein des pays voisins, lentement mais inexorablement. Soutenue par un apport financier de plusieurs milliards de dollars, elle s’attela à contaminer, le plus possible, le reste du monde musulman et pas seulement. Une ambition qui passera d’une orientation locale à une orientation régionale, avant de muter vers un plan international, le tout par une simple advertance.

Dans son combat à mort contre le communisme, particulièrement, celui soutenu par Gamal Abd Nasser, au nom du panarabisme, le royaume d'Arabie saoudite, aidé de certains pays amis, se tourna vers « La Société des Frères Musulmans », fondée par Hassan al-Banna. Le choc avec la mécanique nassérienne, soutenue par le bloc communiste, fut brutal, anéantissant, dans son raz de marée, une bonne partie de la « Confrérie ». Complice des actions fréristes contre l’Égypte Nassérienne, l’Arabie saoudite, accueilli, en contrepartie, des milliers de « Frères » venus d’Égypte, mais également de Syrie et de Palestine. Aussitôt installés, les « Frères » se remirent au travail en faisant ce qu’ils savent faire le mieux : répandre leur idéologie islamiste qui appel à la renaissance du califat. Craignant le pire, les Al-Saoud décidèrent de réinvestir le terrain, en propageant, avec force, leur idéologie maison : le « salafisme wahhabite ». Grâce à l’apport des pétrodollars et en se reposant sur des infrastructures telles que les universités islamiques, la Ligue Islamique Mondiale et autres O.N.G à partir des années 60, les Al-Saoud disputèrent, à l’aide de cette nouvelle arme, chaque mètre carré conquis ou à conquérir par la « Confrérie ». Toutefois, l’idéologie wahhabite originelle, loin de savoir que le combat sera à la mesure des enjeux, allait faire face à trois opposants « maison » qui manqua la faire déraciner. Le wahhabisme de la « Jamaâ al-salafia al-mohtasiba », le  wahhabisme «  sourourite » et enfin le wahhabisme « sahawite ».

Quelle est donc cette arme idéologique qui n’a pas fini de noyauter une grande partie du monde musulman, mais également d’Europe et d’Afrique ? Quels sont les mécanismes qui ont permis sa propagation et les moyens humains et financiers investis par le royaume pour la développer et la pérenniser ? Mais surtout, victime de son propre succès, comment procède le royaume, aujourd’hui, à contrer ses effets indésirables et à soigner, autant que faire se peut, son image de marque ô combien ternie.

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Le quatrième intervenant, Mme Patricia LALONDE, Chercheure associée, IPSE a parlé "des droits humains en Arabie saoudite."

Patricia LALONDE 640

 https://www.youtube.com/watch?v=EdXS51yPXO0

D’après Mme LALONDE traiter des droits de l’homme en Arabie Saoudite nécessite de s’étendre sur la doctrine de l’Etat saoudien : le wahhabisme. La raison d’être de l’Etat Saoudien est d’appliquer les lois de l’Islam et la volonté de Dieu.  Le pays est dirigé par une monarchie absolue où le pouvoir est concentré dans les mains du souverain et du cercle familial.

Les partis politiques et les syndicats sont interdits ; Toute autre religion est bannie et dès le plus jeune âge, les Saoudiens apprennent que le chiisme est une religion de mécréant : En 2014, selon Human Right Watch, le roi Abdallah a introduit un certain nombre de lois considérant comme terroristes les athées. La récente décapitation du Cheik Nimr Barq El Nimr, opposant chiite pacifique en est l’illustration. Ou encore l’exemple du bloggeur Raif Badawi, emprisonné depuis 2012, et est contraint de recevoir régulièrement des centainesde coups de fouets en attendant une éventuelle décapitation ou même la crucifixion. Ou encore le cas d’Abdallah Al Zaher, adolescent torturé en prison et dont le verdict  de condamnation à mort doit être confirmé en 2016 ; Il risque la pendaison ou la décapitation…

Les inégalités entre les sexes restent très importantes : Malgré une nette volonté réformiste de Mohamad ben Abdelazziz- al-Saoud, les femmes saoudiennes restent des «  dépendantes », recluses de la société. Elles sont  par la suite confrontées à un fort taux de chômage…Les femmes représentent 60% de l’ensemble des diplômé[e]s, mais moins de 15% ont accès au marché du travail.  Les femmes doivent avoir un tuteur masculin (Mahram) : Elles ne peuvent sortir seules sans être accompagnées d’un tuteur masculin. Elles doivent recevoir l’autorisation de leur tuteur pour se marier, voyager, s’inscrire à l ‘école, ou à l’université et accéder aux services de santé. La polygamie des hommes est permise. La ségrégation des sexes est de rigueur dans les espaces publics et les femmes ne peuvent sortir qu’entièrement recouvertes de l’Abaya, tunique noire ne découvrant que les yeux.

Les milices de la Commission pour la prévention du vice et la promotion de la vertu ( Muttawain) surveillent dans chaque quartier la bonne application de ces règles.

Par ailleurs, l’Arabie Saoudite a récemment obtenu la présidence du conseil consultatif de la commission des Droits de l’Homme des Nations Unis !!

Pour conclure, il est à craindre que cette stratégie d’ouverture ne s’arrête depuis que le Prince Mouqrine, réformateur et réformiste a été écarté du pouvoir au profit de Mohamad ben Salman : rappelons que les Salman font partie[s]  de la tribu des «  Soudayris » plus proches des thèses fondamentalistes des wahhabites Mohamad ben Salman (MBS) n’a pour le moment pas brillé par sa volonté d’ouvrir le royaume aux réformes, obsédé par une frénésie de guerres contre les chiites, la première en Syrie contre le pouvoir de Bachar al Assad et la seconde, plussilencieuse, au Yémen contre les Houtis, guerre qui se déroule dans le silence où les pires atrocités sont permises.

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Deuxième table ronde, Modérateur, M. Alain Corvez, Conseiller en stratégie internationale

Colloque Ou va lArabie saoudite d 2 640

Débat 2 640

https://www.youtube.com/watch?v=FigoJLHClU8

Le cinquième intervenant, M. Hall GARDNER directeur du département politique comparée internationale à l'Université américaine de Paris a traité le sujet " des relations entre l’Arabie Saoudite et les USA"

Hall GARDNER 640 

https://www.youtube.com/watch?v=8TcHxMAB8n8

M. Gardner a noté que les relations USA-Arabie Saoudite peuvent être qualifiées par l’abus et la manipulation mutuelle mais accompagnée de méfiance réciproque. Le discours s’interroge si ces relations ont commencé à se détériorer suite aux attentats du 11 septembre 2001 et en raison de l’approchement irano-américain.
Ajoutons à cela, la différence entre l’approche américaine et l’approche saoudienne en ce qui concerne la guerre mondiale contre le terrorisme. La politique Saoudienne qui poursuit son soutien aux factions socio-politique wahhabites dans le Grand Moyen-Orient ne convient plus aux Etats-Unis.
La nouvelle guerre des prix et les rivalités qui en résulte de la concurrence du pétrole de schiste américain dans le marché pétrolier couplé avec l’absence de vraies réformes et la violence permanente des droits de l’homme mène certainement a une possibilité d’instabilité socio-économique et politique au sein du Royaume lui-même. 

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Le sixième orateur, M. Honoré LE LEUCH, Expert et Conseiller Pétrolier International a traité  le sujet de «La géopolitique pétrolière saoudienne»

 Honoré LE LEUCH 640

https://www.youtube.com/watch?v=T6rVu0f7Umc

Pour M. Le Leuch, la chute actuelle du prix du pétrole ainsi que la grave situation géopolitique au Moyen-Orient font à nouveau beaucoup parler de la place essentielle de l’Arabie saoudite sur le marché mondial des hydrocarbures et de son rôle majeur historique au sein de l’OPEP.

L’objet de la présentation est d’abord d’expliquer les raisons principales ayant conduit à cette forte baisse du prix du pétrole de 70% en 18 mois depuis l’été 2014, puis d’essayer de mieux comprendre la politique et la stratégie pétrolière adoptée par l’Arabie saoudite. Cette compréhension permettra d’imaginer les conséquences probables sur les marchés de l’énergie, à court terme et à moyen terme, ainsi que les conséquences directes pour l’Arabie saoudite, notamment financières et géopolitiques.

En particulier, il sera montré pourquoi la crise pétrolière de 2014-2016 est différente des autres chutes brutales du prix du pétrole qui ont eu lieu au moins une fois durant chacune des décennies précédentes, à savoir celle de 1985-1988, celle de 1998-1989, puis celle de 2009-2010. A chacune de ces crises antérieures, due à une offre supérieure à la demande de pétrole, les pays de l’OPEP avaient décidé de réduire leur production globale pour mettre fin à la crise, et notamment l’Arabie saoudite, premier pays exportateur mondial agissant en tant que « swing producer » préférentiel.

Pour la crise actuelle, l’Arabie saoudite a décidé de privilégier sa « part de marché » en gardant son niveau de production, ceci pour pousser entre autres les producteurs concurrents  à coût élevé à réduire pour des raisons financières leur production et leurs investissements, d’abord ceux alloués aux activités des pétroles non conventionnels dont la part dans l’offre mondiale a fortement progressé en cinq ans, surtout aux Etats-Unis et au Canada. L’effet du ralentissement des investissements devrait être de favoriser à moyen terme une nouvelle hausse du prix du pétrole et d’entrer dans un nouveau cycle de prix.

Les ressources financières accumulées par l’Arabie saoudite ces dernières années lui permettront-elles de maintenir cette stratégie audacieuse jusqu’au nouveau cycle du prix du pétrole ? Nous donnerons des éléments de réponse au cours de la présentation.  

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Troisième débat

Débat 3 640


https://www.youtube.com/watch?v=RsJpx5mgZ0Y

Le septième intervenant, Général Elias FARHAT, Général des armées libanaises a traité"  les relations entre l’Arabie saoudite et Israël"

 Elias FARHAT 640

https://www.youtube.com/watch?v=VyFjpSije04

Pour M. Farhat, Le royaume d'Arabie saoudite joue plusieurs rôles importants sur la scène politique Arabe, régionale et internationale, notamment avec les pays islamiques. Israël est conscient que s’il réussit à établir des relations normales avec l'Arabie Saoudite, il verra s’ouvrir devant lui les portes du monde arabe et musulman.

Récemment, des informations ont circulé relatant des contacts officiels et des rencontres publiques, entre l'Arabie Saoudite et Israël dont les faits sont rapportés par les mass media. Considérées par les uns comme un début d’ouverture entre les deux pays ennemis, qui prélude à des contacts officiels, ces rencontres sont interprétées par d’autres, comme un contact sans lendemain, parce qu’elles n’aboutiront jamais à développer des relations de rapprochement politique entre les deux états. D’autres encore, considèrent que les rencontres israélo-saoudiennes nécessitent beaucoup d’efforts et une longue marche vers la normalisation des relations entre ces deux pays.

Pendant son assistance au Forum économique mondial à Davos, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré à CNN : "Dans ces derniers temps, il y a eu un changement radical dans les relations étrangères d’Israël, et entre Israël et ses voisins arabes. L’Arabie Saoudite, comme d’autres états, nombreux dans le monde arabe, considère l’Israël comme un allié et non pas comme une menace".

La plus importante de ces réunions est la rencontre en Israël, entre Yair Lapid qui a œuvré pour l’initiative de paix en tant que chef du parti future, et le prince Turki al-Faisal, ancien chef des renseignements, ancien ambassadeur à Washington et à Londres, fils du défunt roi Faisal bin Abdul Aziz, et frère du ministre des Affaires étrangères Saud al-Faisal.

Les rencontres entre chercheurs appartenant à des centres de recherche divers dans les deux pays. La plus importante de ces rencontres a réuni le chercheur et ancien militaire saoudien Anwar Al Ochqui, et Dori Gold, conseiller auprès du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

L’Arabie saoudite ne fait pas partie des pays arabes qui avaient ouvert sur leurs territoires des bureaux de représentation israéliens ; elle n'a non plus annoncé des réunions officielles avec Israël.

L'Arabie saoudite, Israël et le dossier iranien

Un croisement des positions saoudiennes et israéliennes sur la question du programme nucléaire de l'Iran, et à propos de l'ingérence de l'Iran dans la région arabe. L’Arabie saoudite considère que l'Iran représente un danger aussi bien pour elle que pour d’autres pays arabes. Elle accuse l'Iran de s'immiscer dans les affaires intérieures des pays de la région, et de soutenir les chiites et la foule populaire en Irak, mais aussi le régime en place, en Syrie, Hezbollah au Liban, et les Houthis au Yémen. Quant à l’Israël, il a toujours considéré que l'arme nucléaire iranienne constitue une menace pour son entité et pour sa sécurité nationale. L’Israël a œuvré activement auprès des États-Unis et du groupe 5 + 1 afin d'arrêter les négociations avec l'Iran, et de recourir à l'option militaire.

L’Israël et l’Arabie Saoudite se partagent les mêmes anxiétés et les mêmes soucis vis à vis de l’Iran. Mais aussi, les deux parties savent que leur coopération sur ce dossier ne pourra pas réaliser leurs buts respectifs.

Concernant la crise syrienne, A plusieurs reprises l’armée israélienne est intervenue en bombardant des cibles jugées par lui des sites militaires appartenant à Hezbollah.  Du coté saoudien, le royaume a publiquement exprimé son soutien à l'opposition syrienne, tout en réclamant le départ du président al-Assad. Il a également reçu dans sa capitale l'opposition syrienne, et n’a jamais caché qu’il la soutient  en matière de financement et d’armement.

Dans la crise yéménite, l'Arabie saoudite a lancé une guerre surprise sur le Yémen pour frapper les Houthis, et les soumettre. Elle visait par cela contrecarrer linfluence iranienne sur son voisin yéménite. Pour l’Israël, géographiquement distant du champ de bataille, le plus important dans cette guerre, est de préserver la libre navigation à Bab al-Mandeb ; cette préoccupation israélienne est partagée par d’autres pays de la mer Rouge, à savoir L’Arabie Saoudite et l’Égypte. Aussi, les Etats-Unis cherchent à protéger la libre navigation maritime des dangers qui menacent le commerce mondial.

Quels horizons pour les relations israélo-saoudiennes ?

L’Arabie Saoudite, n’attache à l’Israël aucune importance pour améliorer ses relations avec les États-Unis. Elle n’a non plus aucun besoin d’Israël pour consolider sa position internationale, les relations américano-saoudiennes étant bien solides, comme nous l'avons mentionné. C’est plutôt l’Israël qui a souvent besoin de l’Arabie Saoudite pour l’aider à sortir de son isolement au niveau des pays arabes, et des pays musulmans. Il est difficile pour le leadership du Royaume de mener la normalisation avec Israël, car l'établissement religieux allié avec l'établissement politique, ne peut pas permettre une telle action. Toute décision de normaliser les relations avec l’Israël provoque la colère des clercs saoudiens, et produit des réactions violentes. N’oublions pas que le wahhabisme puritain incarné par l’organisation des "Frères de celui qui obéit à Dieu" a rejeté la décision que le Roi Abdul Aziz avait prise, pour arrêter l'expansion en Irak et en Syrie. Ils avaient mené contre lui une guerre qui s’est soldée par leur défaite, dans la bataille de sabilah en 1928.

En brève conclusion, on peut dire que le Royaume n’a pas intérêt à développer ses contacts avec Israël, car c’est inutile, et provoque le puritanisme wahhabite diffèrent de l'establishment wahhabite qui participe actuellement au gouvernement. En plus, l’Israël voit dans la relation avec l’Arabie une introduction obligatoire dans le règlement de la cause palestinienne, et selon des conditions Israéliennes. 

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Le huitième intervenant, M. Fayçal Jalloul, écrivain et journaliste libanais, a parlé sur "Les enjeux des relations entre l’Arabie saoudite, la Syrie et le Yémen"

 Fayçal Jalloul 640

 https://www.youtube.com/watch?v=IdkXIliDar8

M. Jalloul note qu'il y a un an, l’Arabie Saoudite a formé une alliance militaire pour se lancer dans une guerre sans merci contre le Yémen. Justifiée au nom du soi-disant maintien de la « légitimité yéménite » démocratique, la poursuite de cette guerre est conditionnée par le retour au pouvoir à Sanaa du président Abed Rabbo Mansour Hadi et de son gouvernement dit « légal ». Les Saoudiens prétendent agir au nom des principes inscrits dans l’Accord du Golfe unanimement soutenu sur le plan international, y compris par la Russie.

En Syrie, l'Arabie Saoudite mène presque la même politique. Elle finance, forme et envoie des combattants dans ce pays et prend en charge un certain nombre de mouvements d'opposition armés afin de changer le régime syrien et de mettre en place un régime démocratique. Dans un cas comme dans l’autre, les guerres menées par l’Arabie saoudite soulèvent toujours la même question : pourquoi un régime monarchique se bat-il pour la démocratie partout ailleurs mais jamais chez lui ? En réalité, les raisons de l’engagement militaire de l’Arabie saoudite dans ces pays sont avant tout de nature géopolitique, historique et communautaire.

On peut en effet expliquer la guerre de l'Arabie saoudite contre le Yémen et la Syrie par la conflictualité traditionnelle entre républiques et monarchies. Cette dualité de régime est un héritage du colonialisme : les Français ont construits les régimes républicains, les Britanniques les Etats monarchiques, et l’antagonisme entre ces deux systèmes a perduré jusqu’à nos jours. La fin de la Guerre froide a rendu possible une guerre de l’Arabie saoudite lancée contre ces deux pays, désormais dépourvu de la protection de l’Union soviétique, jusqu’alors garante du maintien de l’équilibre régional et interarabe. Les Etats-Unis, après l’échec de la guerre en Afghanistan et en Irak, annoncèrent leur intention de quitter le Moyen-Orient. Ce tournant majeur dans la stratégie américaine s’est accompagné du déclenchement des Printemps arabes et a offert à l’Arabie saoudite une occasion rêvée pour en finir avec ses rivaux yéménite et syrien. 

L’Arabie Saoudite espère gagner la guerre au Yémen et en Syrie pour pouvoir remodeler tout l’espace régional, signer la paix avec Israël aux conditions de l’Etat juif et mettre ainsi fin à l’influence iranienne dans la région, en grande partie alimentée par la colère anti-israélienne. Au Yémen, le régime saoudien espère aussi assurer l'exportation du pétrole à l'étranger sous un régime sûr et fédéral, et mettre la main sur le détroit de Bâb el Mandeb. Il entend également protéger sa rive de la Mer rouge et, peut-être, annexer la région stratégique du Hadramaout. Il n’en reste pas moins que la guerre menée par les Saoudiens dans ces deux pays se déroule très mal et qu’en cas d’échec, le prix à payer sera très cher, et ira peut-être jusqu’à la perte du trône de leur Royaume.

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 Le neuvième orateur, Elie HATEM, Avocat, professeur à la FALCO (Faculté Libre de droit, d’économie et de gestion de Paris) a traité " le sujet des rapports géostratégiques entre l’Arabie saoudite et le Liban"

Elie HATEM

 https://www.youtube.com/watch?v=LpcYZBxlfC0

M. Hatem déclare que les rapports entre l'Arabie saoudite et le Liban illustrent ces ambiguïtés et subtilités auxquelles s'ajoutent les intrigues des interventions occidentales, notamment américaines, dans cette région du monde. C'est à partir de la déstabilisation du Liban, en 1975, que l'Arabie saoudite a entrepris des rapports avec lui. A l'issue des sommets de la Ligue arabe, de Ryad et du Caire, cette dernière décida la création d'une force d'intervention militaire composée essentiellement de soldats syriens avec d'autres contingents : saoudien, émirati, soudanais et libyen. Néanmoins, le rôle politique et militaire de l'Arabie saoudite était restreint. En 1979, alors que le mandat de cette force était prolongé, les troupes saoudiennes ont quitté le Liban, ainsi que les trois autres contingents émirati, soudanais et libyen. Seul le contingent syrien composa alors la Force de dissuasion arabe dont les financement était supporté par les Emirats et l'Arabie saoudite : 80 millions de dollars par mois. Le rôle de l'Arabie saoudite était alors édicté par la Ligue des pays arabes et concentré sur des efforts pacificateurs du pays du Cèdre. Riyad se contentait d'envoyer des aides aux populations civiles (aussi bien libanaise que palestinienne) ainsi que des émissaires pour calmer les tensions.

Progressivement, le Royaume saoudien lié, aux Etats – Unis par le Pacte de Quincy, s'est vu attribué un rôle plus important au Liban.

L'Arabie saoudite s'est vue confiée ce rôle de pacification du Liban. Ces dispositions des « Accords de Taëf », obtenus sous l'impulsion de Riyad, ont donné à l'Arabie saoudite un rôle actif dans ses relations avec le Liban. Ce rôle s'est renforcé par l'attribution du poste de Premier ministre, en 1992, à Rafiq Hariri, de confession sunnite, qui avait fait fortune au Royaume saoudien et en a obtenu la nationalité. Il avait renoncé à celle de son pays d'origine, le Liban, ce qui est obligatoire en cas d'acquisition de la nationalité saoudienne : le droit saoudien n'admet pas la double nationalité. Loin encore d'un scénario d'un conflit sunnite-chiite dans la région, l'Arabie saoudite soutenait Rafiq Hariri, inféodé alors à la Syrie et en bons termes avec le Hezbollah. Cela ne peut s'analyser et s'expliquer que par le fait qu'il était nécessaire, à l'époque, en permettant au Hezbollah de garder son organisation militaire,de laisser une mèche de conflit allumée à la fois entre le Liban, la Syrie et Israël mais aussi de préparer les germes d'un conflit ultérieur entre les sunnites et les chiites que les Etats-Unis prévoyaient depuis 1979 à grande échelle au Moyen - Orient.

Le 14 février 2005, un attentat – suicide d'une très grande ampleur visa Rafiq Hariri qui fut tué sur le champ avec le cortège qui accompagnait son véhicule blindé. Le conflit l'opposant au Président de la République, Emile Lahoud, proche de Damas, a tourné les regards vers la Syrie aussitôt accusée de ce meurtre. Un Tribunal international et exceptionnel fut alors créé pour déterminer les responsables de cette opération.

Dès cet attentat, les relations entre l'Arabie et la Syrie ont connu une rupture. En mars 2005, le Président de la République syrienne, Bachar El Assad, a été convoqué par le roi Abdallah. Ce dernier lui demanda le retrait de ses troupes du territoire libanais, en application de la résolution 1559 de l'ONU, mais aussi de cesser l'aide de son pays au Hezbollah ainsi qu'au Hamas palestinien.

Les rapports entre le Liban et l'Arabie saoudite s’inscrivirent dans cet état d'esprit d'un conflit irano-saoudien par Etats ou groupes militaires et politiques interposés

Les troupes syriennes quittèrent alors le Liban définitivement.

L'Arabie saoudite soutient alors la « coalition du 14 mars », dirigée par le fils de Rafiq Hariri, Saad (né à Ryiad), qui a été nommé Premier ministre en 2009. La tension a augmenté entre les deux nouveaux courants libanais. Après avoir proféré des accusations à l'encontre de la Syrie relativement à l'assassinat de Rafiq Hariri, le Hezbollah est pointé du doigt. Cela s'analyse par une volonté de créer de nouvelles tensions au Liban entre les deux communautés sunnite et chiite.

En 2006, en prétextant d'attaques contre son territoire par le Hezbollah, Israël est intervenu militairement au Liban. Il s'est attaqué aussi bien aux régions où se situent les positions du Hezbollah qu'aux autres régions libanaises, détruisant toute l'infrastructure du pays qui s'est reconstruit progressivement depuis 1990. L'objectif de cette opération était également de créer une véritable dissension entre les Libanais, en imputant au Hezbollah (qui représente désormais la communauté chiite) la responsabilité du désastre subi par le pays, en raison de ses provocations de l'Etat hébreu. Mais cette tentative s'est vouée à l'échec et n'a pas conduit à un affrontement franc entre chiites et sunnites.

Dépourvue de milice, la communauté sunnite s'est néanmoins vue constituer une organisation militaire issue du « Mouvement du Futur » dirigé par Saad Hariri : Fath Al Islam. Ce groupe a reçu de la part de Saoudiens des aides financières en vue d'octroyer des armes à ses membres mais aussi une formation religieuse dispensée par des imams salafistes, à l'instar du Front Al Nosra. Des heurts sporadiques ont alors éclaté aussi bien dans la capitale que dans le nord du pays, aux alentours de la ville de Tripoli. Les relations entre le Hezbollah et ses alliés avec la Syrie se sont alors renforcés. Le Hezbollah envoyait des troupes pour aider l'armée syrienne dans sa lutte contre le terrorisme mais aussi pour protéger les communautés chrétiennes victimes, en premier plan, des attaques terroristes.

Dans ce contexte et compte tenu de cette situation, les discours véhéments entre les protagonistes se sont élevés, notamment entre le Hezbollah, les membres de « la coalition du 8 mars » et l'Arabie saoudite. Ce qui a conduit cette dernière à décider de suspendre son programme d'aide à l'armée libanaise d'environ 4 milliards de dollars et à menacer les banques libanaises à retirer ses dépôts, ainsi que ceux des autres pays du Golfe placés sous son autorité. Riyad ainsi que d'autres capitales des pays du Golfe ont demandé à leurs ressortissants de quitter le pays du Cèdre. Des centaines de milliers de libanais, qui travaillent aussi bien en Arabie saoudite que dans les autres pays de cette région, risquent d'être expulsés en cas d'aggravation de cette crise. En vue d'équilibrer cette situation, l'Iran vient de proposer au gouvernement libanais de pallier cette situation, en lui procurant une aide destinée à son armée.

Débat4 640

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Conclusion parSon Excellence Michel RAIMBAUD, ancien ambassadeur de France.

Michel RAIMBAUD 640

https://www.youtube.com/watch?v=KZLhiIC4QXI

 

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