L’Académie de Géopolitique de Paris organise, [jour à préciser] vers le 15 octobre 2016, de 14h à 19h à la Sorbonne un colloque international intitulé : « le financement du terrorisme ».

L'Académie de Géopolitique de Paris a le plaisir de vous annoncer le prochain colloque international de son cycle annuel d’analyse géopolitique du monde contemporain. Poursuivant son travail d’approche pluridisciplinaire et totalement indépendante des défis actuels, l’Académie a fait appel aux meilleurs spécialistes du terrorisme pour évoquer dans plusieurs communications la question, souvent évoquée mais également négligée dans ses dimensions les plus stratégiques, du financement du terrorisme.
Ce colloque a pour but d’étudier tous les aspects les plus fondamentaux de ce phénomène moderne. La question du détournement de la finance islamique, du blanchiment d'argent et des circuits financiers susceptibles de financer les activités criminelles du terrorisme, si elle est importante et sera largement traitée dans les communications, ne fait apparaître que le « comment ? » de ce financement du terrorisme dont les deux autres questions essentielles relèvent du « qui ? » et du « pourquoi ? ».
En effet, les organisateurs du colloque sont intéressés à la mise à jour de la nature profonde des mouvements et réseaux, les caractéristiques opérationnelles et les nouveaux modes opératoires du milieu terroriste, parce qu’ils révèlent des stratégies éminemment étatiques sous-jacentes (chaos au Proche-Orient et réseaux islamistes en Europe). Le colloque sollicitera l'analyse minutieuse de nombreux spécialistes retenus (universitaires, personnalités, militaires, diplomates, journalistes, etc.) auxquels il sera demandé d’élucider le rôle exact de monarchies du Golfe, l’Arabie Séoudite et le Qatar, ou la Turquie, par exemple, mais également la relation du blanchiment par le financement de contrats légaux notamment d’armements avec leurs partenaires occidentaux ainsi que par l’action plus ou moins institutionnalisée de multiples fondations jouissant dans ces pays de tous les privilèges. Les communications auront néanmoins à prendre en compte l’implication, à toutes les échelles géographiques et selon toutes les nuances de l'influence, des puissances locales, régionales et mondiales concernées.

 

 

 

                                                                                                  Colloque International

La nouvelle diplomatie française au Moyen-Orient
23 Juin 2016 

À LA SORBONNE  dans l’amphi Cauchy

Dans le cadre de ses analyses des grandes questions géopolitiques du monde d’aujourd’hui, l’Académie de Géopolitique de Paris, organise le jeudi 23 Juin 2016 de 14H00 à 19H00 à l’université de la Sorbonne, un colloque intitulé « La nouvelle diplomatie française au Moyen-Orient », à l’occasion duquel des personnalités de renom, académiciens, diplomates et des chercheurs spécialisés de la question apporteront leurs éclaircissements sur ce sujet.

L’objectif du colloque est d'analyser en profondeur l'évolution récente de la diplomatie française, en mettant en lumière ce qui a pu conduire le Quai d’Orsay et les responsables politiques gouvernementaux à donner une autre impulsion que celle qui l’avait précédée et qui avait caractérisée la recherche d’autonomie de la France vis-à-vis des têtes du condominium américano-soviétiques pendant la guerre froide, ainsi la continuité de sa politique arabe face aux stratégies anglo-saxonnes. Les contributions des intervenants permettront d'évaluer les effets, la crédibilité et l'avenir de cette nouvelle politique et de ces nouveaux développements sur la scène internationale, et ce, à l'égard des acteurs traditionnels et modernes, étatiques et non-étatiques.

L'Académie de Géopolitique de Paris reste fidèle à sa vocation d’animer librement des débats aux thématiques inédites et originales et c’est ainsi qu’elle a instruit que les travaux des meilleurs spécialistes sollicités reflètent l’indépendance et l’approche scientifiques de son comité d’organisation. Seront évoqués les raisons profondes de ces changements, voire bouleversements, qui ont conduit à de véritables renversements d’alliances pourtant traditionnelles et ancrées sur le long terme. L’intérêt de l’industrie d’armement pour les pays du Golfe Persique, un certain alignement sur le dispositif américain dans la zone et le mépris affiché pour certaines communautés alliées historiquement mais de peu de poids face aux enjeux financiers et de puissance, seront analysés. De même, la question de la légitimité de ce changement stratégique des acteurs français depuis quinze ans devra être posée notamment face à l’implication réelle de nombreux acteurs internationaux. L'Académie de Géopolitique de Paris fait le choix d’une approche pluridisciplinaire et bénéficiera d’expertises en pointe sur ce dossier

 

La France et le Moyen-Orient, Ali RASTBEEN , Président de l'Académie de Géopolitique de Paris : 


En tant qu’important acteur international, la France a été proche des événements qui se sont déroulés au Moyen-Orient et n’a pas pu échapper aux conséquences  du printemps arabe, du terrorisme et de la crise des refugiés. Par conséquent, à l'heure actuelle la France est extrêmement sollicitée par le Moyen-Orient.

À l'époque des colonialismes européens, l’empire britannique à la différence de la France, dirigeait ses propres colonies au Moyen-Orient par le biais de rois, de cheikhs et de princes locaux, tandis que la France régissait les siens directement de Paris. La stratégie britannique a permis que ses dirigeants locaux placés jadis restent toujours au pouvoir alors que ceux placés par la France ont disparu.
La France a été occupée à gérer ses colonies en Afrique du Nord au détriment de celles du Moyen-Orient.
L’attrait économique actuel du Moyen-Orient conduit la France à améliorer sa position dans cette région. Son influence diplomatique dans le monde arabe a dépassé celle de la Grande-Bretagne et, dans certains cas, a rivalisé avec celle des Etats-Unis.Si les récentes révolutions du printemps arabe, ont écarté la France, alors que la présence des Etats-Unis en tant que successeur de la Grande-Bretagne a été beaucoup plus notable.
Le refus de Paris de participer aux côtés de Washington à l’occupation de l’Irak en 2003, a préservé sa diplomatie moyen-orientale, contrairement à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.  Ceci avait crédibilisé l'influence française au Moyen-Orient. Cependant, la politique étrangère française a toujours été perturbée par ses relations privilégiées avec Israël. La France, a toujours entretenu des relations particulières avec Israël et a été son principal fournisseur d’armes. Israël doit le développement de ses armes nucléaires à la technologie française, alors que la France n'a pas traité de la même façon les pays arabes.

Les pétromonarchies du Golfe persique, à la tête desquelles se trouve l’Arabie saoudite passent actuellement des commandes commerciales de plus en plus importantes à la France. De même des contrats de ventes de Rafales conclus avec l’Egypte sur le compte de l’Arabie Saoudite. Les autorités saoudiennes et françaises ont effectuée des études préliminaires à la construction de deux centrales nucléaires.
La présence du président de la République française à la réunion extraordinaire du Conseil de coopération des États arabes à Riad, a conduit Paris à soutenir l’agression de l’Arabie saoudite contre le Yémen, et a transformé l’Arabie saoudite en associé privilégié de la France.

L’Organisation des Nations Unies a inscrit le nom de l'Arabie saoudite sur la liste noire des Etats qui violent les droits des enfants au Yémen. La coalition saoudienne mène, selon une stratégie délibérée, la moitié de ses frappes contre les écoles et les hôpitaux, là où les civils sont concentrés.
Le secrétaire général de l’ONU a affirmé que la décision de retirer le nom de la coalition saoudienne de cette liste noire a été prise à cause de la menace de certains pays arabes de couper leurs aides aux programmes de cette instance. Ban Kimoon a déclaré : « qu’il est inadmissible que certains pays membres fassent des pressions pour faire retirer cette coalition de la liste noire ».
La consolidation de l’alliance de l’Arabie Saoudite et des États arabes du Golfe Persique avec la France est la conséquence d’une grande déception ressentie contre Washington, dans des questions relatives aux droits de l’Homme : au réveil des arabes et à l’accord nucléaire avec l’Iran.
La France consolide volontairement ses relations avec ces Etats, dont certains soutiennent le terrorisme en fournissant des munitions et des armes, sans tenir compte des principes et des valeurs de la République en ce qui concerne les droits de l’Homme qui représentent la pierre angulaire de l’identité française.
Il est à noter que la France est signataire de l’accord sur la non-utilisation des bombes à fragmentation, mais reste silencieuse face à l’accusation déliée par les organisations des droits de l’Homme contre l’Arabie saoudite et ses alliés d’utiliser des bombes à fragmentation au Yémen. En même temps, l’amélioration des relations politiques et économiques entre la France et l’Arabie saoudite signifiait en quelque sorte, une revanche à l’égard des Etats-Unis , qui ont refusé d’accompagner la France dans la guerre contre la Syrie.  
L’ancienne secrétaire d'État et candidate démocrate à la Maison Blanche, après la fusillade meurtrière d’Orlando, a déclaré, que « Le Qatar, le Koweït et l’Arabie saoudite ne doivent pas permettre à leurs citoyens de financer les organisations terroristes ».
Suite aux attaques terroristes du 13 novembre à Paris, la politique française a connu une inflexion, qui s’est traduite par les attaques aériennes contre les bases militaire de l’organisation islamique, l’installation du porte-avions Charles de Gaulle dans la région et enfin la coopération avec les militaires russes.
Ces opérations ont impliqué la France qui restait jusque-là à l’abri des bouleversements au Moyen-Orient. Elle a fini par déclarer la guerre aux organisations terroristes et à réclamer la constitution d’une alliance générale entre Washington, Moscou et Paris.

Le renforcement de la puissance de l’Iran au Moyen-Orient préoccupe la France qui a opté pour des politiques très spécifiques en vue de préserver ses intérêts en s’opposant fermement au programme nucléaire iranien. Le soutien de l’Iran en matière nucléaire signifiait la perte de marché pour la France en matière d’armements. En effet, les pétromonarchies arabes sont des opposants farouches aux politiques iraniennes. Par ailleurs, l’échec occidental quant à une rapide victoire en Syrie et la conclusion des accords iraniens ont poussé la France à ne pas sous-estimer la puissance iranienne.

La France possède un poids économique, diplomatique, politique et militaire. Elle est l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. C’est une puissance nucléaire qui appartient aux cercles restreints où se prennent les décisions qui influent sur le monde : le Conseil de sécurité, le G8, le G20, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, l’Union européenne, l’OTAN, l’OCDE, le Conseil des gouverneurs de l’AIEA, elle dispose d’un réseau diplomatique qui reste le deuxième au monde.

Aujourd’hui la France fait face à des défis considérables, tel que l’augmentation du chômage, les bouleversements liés aux réformes de la loi travail , la crise des refugiés, et enfin surtout le terrorisme. Aujourd’hui notre monde fait face à un terrorisme sournois qui se sert de la foi et de la religion afin de commettre la violence et l’horreur. Si la France est une cible des terroristes, c’est en conséquence de son engagement dans une véritable guerre contre le terrorisme.
C’est pourquoi il est du devoir des institutions parlementaires nationales et européennes d’établir une commission d’enquête pour identifier les pays qui forment, financent, arment, soutiennent et achètent le pétrole vendu par les terroristes, et de mettre en place un embargo sur la vente d’armes et sur l’achat de pétrole, aux Etats potentiellement concernés ou qui peuvent l’être.

Je demande solennellement que cette commission d’enquête soit mise en place de toute urgence eu regard à l’importance de la menace terroriste. C’est uniquement grâce à une action collective, qu’il sera possible de mettre fin à ce danger qui menace l’humanité toute entière.Notre devoir est de combattre ce phénomène expansionniste qui se nourrit de la haine. Pour ce faire, la communauté internationale doit veiller à rétablir les piliers de respect mutuel entre les communautés, et reconstruire les pays déchirés en traitant les crises identitaires, et en installant des valeurs universelles, celles des droits de l’Homme.

 

 https://www.youtube.com/watch?v=hWCBtTS8oOI

 Quel politique indépendante pour la France au Moyen Orient ?,  Philippe de SAINT ROBERT

 https://www.youtube.com/watch?v=8C_GLCnzziA

    

Philippe de SAINT ROBERT, économiste et Politologue. Membre de la Fondation Charles-de-Gaulle. Il est le fondateur et président de l’Association pour la sauvegarde et l’expansion de la langue française (ASSELAF), qui publie la revue Lettre(s) et qui a participé à la création de Le Droit de Comprendre. Il préside annuellement l’Académie de la Carpette anglaise et est également président du « Jury des Nouveaux Droits de l’homme »

L’impasse où s’est engagée la diplomatie française dans tous les domaines est devenue une évidence pour tous, notamment dans sa politique proche-orientale. C’est l’ancien Secrétaire général du Quai d’Orsay, Francis Gutmann, qui l’écrivait récemment : « La France était un acteur majeur sur la scène mondiale. Quoi qu’il nous plaise de croire, ce n’est plus le cas aujourd’hui.  La France se caractérisait par son indépendance et son intelligence des situations. Elle n’a plus de vision en propre du monde. Si ses intentions sont souvent généreuses, elle définit sa politique moins par rapport à ce qu’il est qu’en fonction de ce qu’elle souhaiterait qu’il fût. Elle ne cherche pas à anticiper, elle réagit au coup par coup. » La dernière manifestation significative de notre politique internationale remonte à 2003, lorsque Jacques Chirac s’opposa à la seconde agression américaine en Irak : si elle eut lieu, elle dut passer outre au refus du Conseil de sécurité de la légitimer. On connaît aujourd’hui les effets de cette folie.

    Le désengagement de notre politique et de ses fondamentaux commença peu après, avec le retour inapproprié de la France dans l’Organisation militaire du Pacte atlantique, puis avec notre lamentable expédition en Libye, où notre action parvint même à outrepasser un mandat arraché à l’ONU, mandat qui ne nous donnait aucun droit de procéder à une intervention au sol et à l’assassinat d’un dirigeant en fonction. On sait les conséquences tant de l’intervention en Irak que de l’intervention en Libye.

    François Hollande et Laurent Fabius ont malheureusement mis leurs pas dans ceux de leurs prédécesseurs. Syndrome de Suez, néo-atlantisme, que sais-je ? Notre rupture diplomatique avec la Syrie allait à l’encontre de toutes nos traditions diplomatiques : à la différence des Etats-Unis, nous avons toujours reconnu des Etats et non des régimes ; il s’agissait donc d’un alignement de plus, qui aujourd’hui nous coûte cher dans le domaine des renseignements et de notre présence aux négociations. Pire, l’Exécutif français a couvert et soutenu toutes les initiatives guerrières de l’Etat d’Israël, pour se présenter ensuite en négociateur récusé.

    Comment feindre d’ignorer voire de récuser que le conflit israélo-palestinien est à l’origine et nourrit un désordre sanglant qui, de la région, s’étend au monde entier, et aux politiques intérieures des Etats ? Laurent Fabius, rendons lui cette considération, avait tenté une ultime démarche qui avait au moins une sanction à la clef : la reconnaissance par la France de l’Etat palestinien en cas d’échec du processus engagé. Son successeur a tôt fait de faire sauter la clef au vu des protestations de Benjamin Nétanyahou, qui n’a même pas crédité, en le recevant, Manuel Valls de son sionisme inconditionnel.

    Il faudrait peut-être revenir à la fameuse Déclaration de Venise, conclue fin 1980 par les Neuf qui composaient alors la Communauté européenne et qui visait à découpler la politique de l’Europe de celle des Etats-Unis. Accord qui fut malheureusement dénoncé par François Mitterrand dès son élection. Aller ensuite prêcher, et d’autres après lui, à la Knesset pour la création de deux Etats, se ramenait à des vœux pieux compte tenu du réalignement de l’Europe sur la politique américaine. Quel Etat palestinien est-il encore possible dans l’état d’occupation et de colonisation permanentes de la Palestine ?

    Revenons au projet Fabius de conférence internationale que nous venons d’évoquer. Il est vrai que l’Union européenne vient, ce 20 juin, de donner son aval à la démarche française au grand dam de Nétanyahou. Mais c’est lui, le problème et la majorité, qui ne se fragmente toujours pas qui le soutient, ainsi que les nouveaux bruits de bottes (c’est un euphémisme), que la nomination à la Défense de Lieberman semble bien annoncer.

    L’imbécile querelle qu’on nous fait en feignant de confondre toute opposition à la politique sioniste telle qu’elle se présente depuis près de dix ans, avec la résurgence de l’anti-sémitisme, est un scandale sémantique. Nous savons parfaitement qu’il existe en Israël, et même jusque dans la sphère la plus haute de l’armée, comme on vient de le voir, des réticences, voire des oppositions à cette politique qui ne respecte ni les droits de l’homme (internements administratifs, exécutions extra-judiciaires, …) ni les droits de la guerre, comme on l’a vu lors des récentes répressions à Gaza. Nétanyahou et Lieberman sont des personnages qui trahissent non seulement toutes les chances de la paix, mais les intérêts mêmes de leur pays.

    Les Américains, qui non seulement ont capitulé diplomatiquement, mais ne cessent d’encourager militairement l’Etat d’Israël à n’accepter aucun compromis, aucune négociation réelle, portent de toute évidence une responsabilité accablante dans la situation actuelle. Nétanyahou a proposé à Valls de remplacer la conférence internationale suscitée par Paris par une rencontre en tête-à-tête entre Mahmoud Abbas et lui-même à Paris. C’est une plaisanterie cynique. A quoi rimerait en effet une négociation du fort au faible entre Israéliens et Palestiniens, sans le moindre arbitrage ni la moindre garantie internationale ? Personne n’y peut croire. Cela n’a aucun sens, qu’un refus obstiné de la paix de la part d’une des parties, que j’invite, ainsi que les dirigeants de notre diplomatie, à relire la conférence de presse du général de Gaulle du 27 novembre 1967 dont je me permets de rappeler les termes de la mise en garde qu’il fit le 24 mai 1967 à Abba Eban : « Je ne doute pas que le cas échéant vous remporteriez des succès militaires, mais, ensuite, vous vous trouveriez engagés sur le terrain, et au point de vue international, dans des difficultés grandissantes, d’autant plus que la guerre en Orient ne peut pas manquer d’augmenter dans le monde une tension déplorable et d’avoir des conséquences très malencontreuses pour beaucoup de pays, si bien que c’est à vous, devenus des conquérants, qu’on en imputerait peu à peu les inconvénients. » Le Général soulignait ensuite qu’Israël organisait « sur les territoires qu’il a pris, l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions, et il s’y manifeste contre lui une résistance, qu’à son tour il qualifie de terrorisme. » Le Général ajoutait alors : « Il est bien évident que le conflit n’est que suspendu et qu’il ne peut avoir de solution, sauf par la voie internationale. » Quelle autre voie pourrait suivre aujourd’hui la France ?

 

https://www.youtube.com/watch?v=iuSylb3CaAc

«Les relations franco  saoudiennes du point de vue de la sécurité et de la défense », François BELLIOTEcrivain et politologue  


Préambule : Etat des lieux des relations commerciales franco saoudiennes

Pour schématiser, les relations franco saoudiennes sous le mandat de françois Hollande peuvent être comparées aux relations franco qataries sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Dans les deux cas le rapprochement a été spectaculaire, se concrétisant par des alignements diplomatiques, et un accroissement des échanges commerciaux, notamment dans le domaine militaire. Il s'agit, pour reprendre les propres termes de l'Elysée lors de la visite du président Hollande à Riyad en novembre 2012, dans la foulée de son élection : « de faire autant avec le Qatar, et plus avec l'Arabie Saoudite ».
Alors que nous approchons du terme du quinquennat de Hollande les relations sont plus qu'au beau fixe entre les deux pays. La France est le 9ème investisseur en Arabie Saoudite, et celle-ci est devenue, supplantant la Russie, le premier fournisseur de pétrole de la France. La France exporte dans des domaines nombreux et variés (volailles, céréales, tuyaux, avions, produits cosmétiques, aéronautique et spatial, transports et électricité).
Les premiers accords de coopération entre la France et l'Arabie Saoudite datent de 1963, sous la présidence du général de Gaulle, mais c'est à partir de 2005 (date à laquelle l'Arabie Saoudite est admise à l'OMC) que l'on assiste à une progression spectaculaire des échanges commerciaux entre la France et l'Arabie Saoudite, qui va de pair avec un rapprochement diplomatique et militaire de plus en plus étroit, dans le cadre de ce que l'on pourrait appeler, pour reprendre l'intitulé du colloque, la « nouvelle diplomatie française au Moyen-Orient ».
Un premier train d'accord a été partiellement manqué par la France dans un premier temps. C'est l'époque (janvier 2008) où le roi Fahd qualifiait Nicolas Sarkozy de « cheval fougueux qui doit subir l'épreuve des rènes ».
La relation franco saoudienne prend donc son envol, dans tous les domaines, sous le mandat de François Hollande, avec en point d'orgue, fin 2015, la signature d'un méga contrat de 10 milliards portant sur les secteurs les plus variés. C'est en cette occasion que Manuel Valls tweetera : « France-Arabie saoudite: dix milliards d'euros de contrats! Le gouvernement mobilisé pour nos entreprises et l'emploi. » Cocorico auquel nous sommes de moins en moins habitués et qui se comprend fort bien dans le contexte de crise économique grave à deux ans de l'élection présidentielle.
Une phrase de conclusion du « bilan 2013 des relations commerciales franco saoudiennes, est on ne peut plus entousiaste : « Aussi bien le niveau excellent de la relation bilatérale que le nombre de grands projets, la stabilité du pays et les grands indicateurs macroéconomiques, presque tous dans le vert, devraient inciter les entreprises françaises à s’intéresser davantage au marché saoudien . » Le bilan de 2014 est encore plus positif .

Les ventes d'armes de la France à l'Arabie Saoudite sous le mandat de François Hollande

La France fournit des équipements militaires à l'Arabie Saoudite. Citons par exemple l'entrée en vigueur le 7 octobre 2013 du contrat Lex (Life Extension Sawari 1), pour rénover 4 frégates et deux pétroliers ravitailleurs de la flotte saoudienne. Son montant est de 1,1 milliards d'euros .
Après signature de ce contrat, le ministère de la défense français se félicite : « une étape majeure dans les relations franco-saoudiennes en matière de défense navale. Il témoigne du niveau élevé de confiance mutuelle et de coopération qu'entretiennent l'Arabie Saoudite et la France » .
Le ministère de la Défense cite par ailleurs en cette occasion les dossiers sur lesquels les deux pays sont au diapason. Les entretiens entre les deux pays, lit-on, « doivent permettre de conforter notre convergence de vues sur les grandes crises régionales, au premier rang desquelles figurent la crise nucléaire iranienne et la crise syrienne ».
L'alignement des deux pays s'est confirmé avec l'accord tripartite Liban/France/Arabie Saoudite de décembre 2013. Selon l'accord l'Arabie Saoudite doit verser 3 milliards de dollars au Liban (l'équivalent de trois fois le budget militaire annuel de ce pays) afin de permettre à ce dernier d'acheter des armes à la France. Achat prévu de missiles Milan, de véhicules blindés VAB mk3, de 7 hélicoptères Cougar, de systèmes d'artillerie Caesar, et de quatre corvettes. En février 2016, cet accord est annulé par l'Arabie Saoudite en raison de la trop grande influence du Hezbollah, allié de l'ennemi iranien, sur le gouvernement libanais . Finalement, l'accord n'est pas annulé, mais les armes seront achetées par l'Arabie Saoudite.
C'est de manière comparable que s'est conclue l'affaire des Mistrals

 

Colloque Ou va lArabie saoudite B 2 640

 Poursuivant son travail d’analyse des grandes questions géopolitiques du monde d’aujourd’hui, l’Académie de géopolitique de Paris a organisé ce colloque international le 10 mars 2016 à l’Assemblée nationale 

Colloque Ou va lArabie saoudite d 640

Fidèle à sa vocation d’animer librement des débats aux thématiques inédites et originales, l’Académie de Géopolitique de Paris a choisi de faire bénéficier son auditoire des travaux des meilleurs spécialistes sur la position de l’Arabie Saoudite au milieu de drastiques changements dans une région instable et en pleine évolution. Le contexte général au Moyen et Proche-Orient est globalement catastrophique, avec une très nette tendance à l’escalade des tensions entre les puissances régionales soutenues par les superpuissances étrangères.

L’Arabie Saoudite mène aujourd’hui une politique très interventionniste qui se manifeste par une intervention militaire officielle illégale du point de vue du droit international au Yémen et un engagement de plus en plus visible dans la guerre par procuration menée en Syrie.

Se trouvant aujourd'hui dans l’œil du cyclone, le royaume se considère comme encerclé par des menaces aussi importantes les unes que les autres à ses frontières : le Yémen, l'Irak et la montée en puissance de l'Iran, favorisée par le récent apaisement des relations irano-américaines consacré par la signature d'un accord sur le nucléaire iranien. Cet accord, qui met fin à des années d’ostracisme de la République islamique, annonce le grand retour de Téhéran sur la scène régionale et internationale.

Dans une politique de fuite en avant, épaulé par ses alliés turque et américain, le royaume mène une politique régionale agressive et belliqueuse. Au Liban le régime saoudien cherche à affaiblir la capacité militaire du Hezbollah libanais en entretenant une politique de déstabilisation de ce pays, victime expiatoire des conflits qui secouent cette région si explosive. Le Liban est brutalement pris en otage par l’Arabie saoudite, qui lui reproche sa trop grande complaisance avec l’Iran sur fond de conflit, soigneusement entretenu, entre sunnites et chiites. Le royaume saoudien est une parfaite illustration de l'imbrication du politique et du religieux. Il en résulte que les conflits surgissant dans la région sont essentiellement parés de la cape confessionnelle.

Ce colloque a pour ambition de prendre en considération les nombreux et importants rôles que joue l’Arabie Saoudite sur la scène politique Arabe, régionale – en particulier avec les pays islamiques - et internationale. Il a également pour ambition, par une approche multidisciplinaire, de comprendre les mutations que vit la société saoudienne ainsi que l’évolution géostratégique régionale et internationale liées aux actions du Royaume Saoudite.

De nombreuses thématiques liées à cette question sensible ont été abordées par les analyses pertinentes des nombreux spécialistes universitaires, militaires, diplomates, journalistes, etc. qui ont participé à notre colloque dont voici le compte rendu :

Allocution de Jacques Myard, Député de la Nation, Président du Cercle Nation et République.

 

Jacques Myard8

https://www.youtube.com/watch?v=td09eGWJnng

Au-delà des problèmes de culture et des enjeux politiques, nous vivons aujourd’hui dans ce que nous appelons à juste titre un village planétaire. Nous sommes confrontés à la tyrannie de l’immédiateté, et nous, politiques, avons un objectif : celui de pouvoir analyser, sans sur-réagir et sans être entraînés par l’immédiateté, les éléments qui peuvent survenir partout sur la planète de façon à éviter d’aggraver des problèmes qui, parfois, peuvent s’avérer secondaires.

Je vous dis cela en propos préliminaire, car le sujet d’aujourd’hui sur un pays que nous connaissons tous est loin d’être neutre en termes de passion. Il est tout à fait légitime que l’on puisse avoir, sur l’Arabie saoudite, des approches passionnées ; mais il n’en demeure pas moins que nous devons faire l’effort d’analyser les enjeux de cette zone, de la manière la plus objective possible, et avec lucidité.

L’Arabie Saoudite est un pays que je connais un peu ; j’y étais encore récemment, au moment où Madame Merkel a fait l’annonce qu’elle allait accepter 100.000 réfugiés, ce qui, immédiatement, a eu un impact sur tout le Proche Orient.

L’Arabie Saoudite est un pays légendaire, grâce à Lawrence d’Arabie et à tout ce qui s’est passé à la chute de l’empire ottoman. C’est un pays qui fait quatre fois la France, plus de 2 millions de kilomètres carrés, et qui a deux fois moins d’habitants, soit 30 millions avec 10 millions de travailleurs étrangers. C’est un pays riche, qui dispose sans doute des réserves pétrolières les plus importantes de la planète ; même si l’on fait aujourd’hui de nouvelles découvertes de gisements et moyen d’extraction. L’Arabie Saoudite est donc un pays convoité, qui doit néanmoins faire face à de nombreux défis tant sur le plan interne que sur celui de la politique étrangère.

Soyons très clairs. Vous connaissez la Charte des Nations Unies sur l’égalité souveraine des Etats : chaque Etat a théoriquement le droit de choisir le régime qu’il souhaite. Et jusqu’à nouvel ordre - parce que c’est une critique que je fais à un certain nombre d’Etats - nous ne sommes pas là pour choisir les gouvernants des pays tiers. Le fameux gouvernement change cher à monsieur Bush, qui m’est complètement étranger, aboutit à des catastrophes. Donc je et nous ne sommes pas là pour dire ce qu’il faut changer en Arabie saoudite comme ailleurs. Il n’en demeure pas moins qu’il reste important de poser, et se poser, certaines questions, en particulier lorsque la politique locale et globale est impactée par les décisions et évolutions de certains pays, en particulier celles de l’Arabie saoudite.

Il est indéniable aujourd’hui qu’une question de gouvernance se pose en Arabie Saoudite. Non pas sur le régime, non pas sur le fait que ce pays soit gouverné par les Saoud depuis plus d’un siècle, mais la concurrence interne à la famille royale – composée de pas moins de 2300 membres - est de notoriété publique -. Je vous rassure, ce problème de concurrence intrinsèque n’est pas propre à l’Arabie Saoudite. Si j’en crois le débat qui va s’engager en France sur les primaires, les choses risquent de ne pas être facile non plus. S’agissant de l’Arabie Saoudite, on sait que le successeur désigné, Ben Naïf, est confronté à un autre membre de la famille royale, Ben Salman ; l’un et l’autre ayant des responsabilités gouvernementales différentes, l’un à l’Intérieur, l’autre à la Défense. On sait aussi - et malheureusement, cela devient un lot commun à beaucoup d’Etats de la région - qu’il y a des activités terroristes importantes, et qu’il existe vraisemblablement sur le territoire saoudien des unités dormantes de mouvements terroristes divers et variés.

Il y a des enjeux économiques aussi : pour avoir récemment échangé sur ce sujet avec des diplomates saoudiens, on sait que la question des dix millions de travailleurs étrangers nécessite d’envisager de remplacer petit à petit ces travailleurs étrangers par des saoudiens, ce qui nécessitera un effort de formation professionnelle de la part du gouvernement. Le gouvernement saoudien se pose la question.

L’Arabie Saoudite subit également des évolutions sociologiques : nombre d’étudiants, en particulier des femmes, ont une très solide formation, ayant étudié - souvent d’ailleurs à l’étranger -. Comme partout, les femmes semblent prendre la prééminence sur une société jusqu’alors à très nette dominante masculine. Dans le même sens, en Iran – pays que je connais un peu - 60% des étudiants dans les universités sont des femmes. Si cette évolution sociétale n’est pas propre à l’Arabie saoudite, il n’en reste pas moins qu’elle va poser, tôt ou tard dans ce pays la question du statut de la femme.

Et puis il y a des questions qui se posent sur le plan externe tant il est vrai que l’Arabie saoudite a et a toujours eu – à juste titre – la volonté de jouer un rôle important au Proche et au Moyen Orient. Pendant longtemps, le rôle prédominant dans la région était essentiellement dévolu à l’Egypte. Ce dernier pays ayant rencontré un certain nombre de difficultés et dans le contexte où l’Iran a longtemps été tenu dans la situation de ne pouvoir jouer aucun rôle important dans la région, la volonté de prédominance de l’Arabie Saoudite s’est réaffirmée. Depuis les récents accords sur le nucléaire, l’Iran se réaffirme comme un acteur majeur de la région. Je ne saurais oublier que le gouvernement saoudien avait mis en garde les Etats-Unis sur leur intervention en Irak. Si monsieur Bush avait écouté un peu plus les saoudiens, peut-être aurions-nous évité le chaos  ambiant qui règne aujourd’hui en Irak et ailleurs. Je remercie donc la lucidité du gouvernement saoudien de l’époque … il n’était pas le seul, Jacques Chirac avait également mis le monde en garde. Souvenez-vous que monsieur Bush avait alors dit avoir reçu un ordre de Dieu pour intervenir en Irak… J’en suis toujours aussi stupéfait ! Surtout venant d’un pays où la raison prétend l’emporter sur les thèses millénaristes, qui existent cependant un peu partout dans le monde.

​Il est vrai qu’aujourd’hui, l’Arabie saoudite joue un rôle officiel au Yémen – pays également soumis à critiques – plaçant ce pays dans une situation extrêmement difficile. Le Yémen est pratiquement détruit, la guerre civile y bat son plein. Il y a bien sûr une influence de l’Arabie saoudite, en lien avec la Turquie, dans le conflit syrien qui n’en finit pas. Et puis on peut s’interroger bien évidemment sur les relations de l’Arabie Saoudite avec l’Iran. Sachant ce qui s’est passé dernièrement, les relations avec ce pays sont-elles irrémédiablement compromises ? En Orient, et vous le savez mieux que moi Messieurs, rien n’est jamais définitif - je le souhaite - parce que l’on sait très bien que les choses peuvent évoluer. Il peut y avoir, à mon sens, des revirements - mais c’est une vue peut-être occidentale ou du moins française - : il n’est pas impossible que les deux pays puissent s’entendre, car il y a des défis importants à relever en terme de stabilisation de la région.

Monsieur le président Ali Rastbeen, je ne peux que vous féliciter d’avoir choisi ce thème. Même si vous ne pouvez pas épuiser le sujet, je vous encourage à le traiter avec objectivité, lucidité et sans passion, car je pense que ce sujet va nous accaparer pendant quelques années encore. Je reprendrai ce que, un jour, Elisabeth I avait dit à Sir Francis Drake : « Salut au Chercheur d’aventure !». Et dans l’Orient hyper-compliqué, il faut avoir du courage, vous en avez. Merci.

 

Le colloque a été organisé sous forme de deux tables rondes :

Première table ronde :Modérateur, Ali Rastbeen, Président de l'Académie de Géopolitique de Paris.

« L’Iran et ses voisins du Golfe Persique »

ali rastbeen 640

https://www.youtube.com/watch?v=PIj6XF5xhXw

La situation de crise au Moyen-Orient, en particulier en Irak, en Syrie en Lybie et au Yémen ainsi que le blocage des élections présidentielles libanaises depuis mai 2014 et le grand  retour de l'Iran au sein de la communauté internationale, sont des évolutions qui nous incitent à nous interroger sur la nature des relations entre l’Iran et ses voisins du Golfe Persique.

Le Proche et Moyen-Orient sont entrés dans une phase de mutations et de recomposition profonde, qu’il serait superficiel et dangereux de réduire à un conflit entre sunnites et chiites.

L’animosité entre l’Arabie saoudite et l’Iran se traduit notamment en Syrie, au Yémen et en Irak, ces deux puissances s’accusent mutuellement en cherchant à élargir leur influence.

Une question se pose: la détérioration des relations entre l’Iran et les pays arabes est-elle le résultat de l’émergence de l’Iran comme puissance régionale ou puise-t-elle sa source ailleurs ?

Pour répondre à cette question, il faut tout d’abord se demander à quel point les pays arabes agissent-ils de manière indépendante ? Ensuite, il faut aussi se demander si leurs actions sont destinées à préserver leurs propres intérêts nationaux ou sont plutôt dictées par d’autres motifs.

Enfin, une dernière question, comment doit réagir l’Iran pour répondre à ses propres intérêts nationaux dans un monde caractérisé par des rivalités et par l’instabilité ?

La détérioration des relations entre le monde arabe et l’Iran est en grande partie due à la position géopolitique et géostratégique du Golfe Persique. Car le pays qui dominerait la région du Golfe Persique, aurait la possibilité et la capacité d’influencer le monde.

La question de la sécurité et de la paix durable dans la région du Golfe Persique et dans les Etats arabes, devient alors abordable.

Une autre considération est la diversité des acteurs, alors qu’il est clair qu’un vide au pouvoir permet à d’autres acteurs de s’imposer.

Ce phénomène n’est pas nouveau. Par le passé, les rivalités entre la Grande-Bretagne, l’Union soviétique et les États-Unis faisaient rage dans le Golfe Persique et lorsque la Grande-Bretagne instaura sa domination, les autres puissances se retirèrent.

Lorsqu’en 1968, le gouvernement britannique a évacué ses forces du Golfe Persique, de la mer d’Oman, de l’océan Indien et de la mer Rouge, une situation de vide a succédé et a conduit à l’apparition d’autres acteurs qui voulaient remplacer la Grande-Bretagne, ce qui a favorisé des rivalités de pouvoir . Pendant cette époque, l’Union soviétique et les États-Unis se présentaient comme acteurs puissants et déterminants au niveau international, tandis qu’au niveau régional l’Iran, l’Arabie saoudite et l’Irak assumaient leurs rôles, aussi bien directement qu’indirectement.

Dans le nouveau statut quo qui s’est établi à cette époque, l’Iran et l’Arabie saoudite, alliés de l’Occident, ont fait face à l’Irak qui a été soutenu par l’Union soviétique. Cette rivalité s’est  poursuivie jusqu’en 1975 jusqu’à ce que l’Iran devienne la première puissance régionale.   

La révolution islamique en Iran a provoqué un nouveau vide dans la région, auquel sont venus s’ajouter d’autres événements : la guerre Iran-Irak, la bataille des tankers fut le prétexte pour la pénétration et la présence des forces étrangères dans la région afin d’y assurer la sécurité d’approvisionnement. L’occupation du Koweït par l’Irak et le changement de position des autres pays de la région à l’égard de l’Iran furent d’autres éléments qui peuvent nous aider à comprendre les raisons de la détérioration des relations entre l’Iran et le monde arabe.

L’Iran se trouve au centre de la plupart des évolutions survenues dans la région : le départ des forces britanniques en 1968, le traité de 1975 et le rôle joué par l’Iran au niveau régional et extrarégional, et ainsi de suite. Par ailleurs, l’occupation de l’Afghanistan par l’Union soviétique et la formation des Moudjahédines afghans sont d’autres événements clés qui continuent à préoccuper le monde. 

Encore d’autres facteurs sont en cause de cette détérioration : l’occupation de l’ambassade des États-Unis, l’agression du régime baasiste irakien contre l’Iran, la présence des forces étrangères dans la région, l’acceptation de la résolution 598, l’agression de l’Irak contre le Koweït, la libération du Koweït par les forces de coalition jusqu’à la désintégration de l’Union soviétique en 1991 et la disparition du système bipolaire dans le monde.

Dans une étape avancée, la région été bouleversée par les événements du 11 septembre, l’attaque des forces de coalition sous l’égide des États-Unis contre l’Afghanistan , la chute des talibans, et l’apparition d’une nouvelle coalition mondiale contre le terrorisme, enfin, les soulèvements populaires arabes et l’émergence récente de l’extrémisme religieux .

Dans ces conditions-là, reprenons la question : est-ce que l’Iran peut établir des relations stables avec ses voisins arabes ?  Il existe plusieurs dimensions à notre question :

-La première considère que compte tenu de la dépendance des pays arabes, à l’exception de quelques-uns, à l’égard des États-Unis et de l’Occident, on ne pouvait espérer une amélioration des relations, tant que l’Iran ne réussissait pas à normaliser ses relations avec l’occident.

- La deuxième considère que l’Iran ne peut développer ses relations avec les Etats arabes sauf, si elle deviendra une réelle et grande puissance régionale dans les domaines politique, militaire et économique. Ce qui conduira les pays arabes, à améliorer de bon gré leurs relations avec l’Iran.

une troisième affirme que compte tenu de la permanence des tensions entre l’Iran et les pays arabes, l’établissement d’une relation stable devienne irréalisable.

enfin, la dernière position, qui semble plus acceptable réside dans le fait que, compte tenu du grand retour de l'Iran au sein de la communauté internationale, les pays arabes, par le biais de la détente et de la confiance, peuvent fonder de solides relations dans le respect mutuel, l’assurance des intérêts communs, l’entraide et la coopération, transformant les rivalités en amitié et concurrence positive.

***

Monsieur Rastbeen a ensuite donné la parole à monsieur Troudi Mohamed,

Chercheur en relations internationales et stratégiques, associé à l'Académie de Géopolitique de Paris, Pour parler de" la politique de l’Arabie Saoudite au Moyen-Orient "

Mohamed Troudi 640

https://www.youtube.com/watch?v=o-P_LzmCgJ4

Depuis le remaniement dynastique en Arabie saoudite début 2015, le royaume saoudien mène une politique ouvertement plus interventionniste, elle se manifeste par une attitude très hostile envers l'Iran, par une intervention militaire meurtrière et illégale du point de vue du droit international au Yémen et un engagement de plus en plus visible dans la guerre par procuration menée en Syrie.

Le royaume se considère comme encerclé par des menaces aussi importantes les unes que les autres à ses frontières, le Yémen, l'Irak et la montée en puissance de l'Iran, notamment après l’apaisement dans les relations irano américaines depuis peu,  consacrée par la signature d'un accord sur le nucléaire iranien, annonçant le grand retour de Téhéran  sur la scène régionale et internationale, après avoir mis fin à des années d'ostracisme, touchant la république islamique.

Dans une politique de fuite en avant, épaulé par son allié turque et américain, le royaume mène une politique régionale agressive et belliqueuse. Au Liban  le régime saoudien  cherche à affaiblir la capacité militaire du Hezbollah libanais en entretenant  une politique de déstabilisation de ce pays victime expiatoire des conflits qui secouent cette région si explosive, chemin faisant le Liban est brutalement pris en otage par l’Arabie saoudite, qui lui reproche sa trop grande complaisance avec l’Iran sur fond du conflit entre sunnites et chiites Le royaume saoudien est par conséquent une parfaite illustration de l'imbrication du politique et du religieux et que les conflits surgissant dans la région sont essentiellement voire exclusivement d'essence confessionnelle.

On retrouve cette même : volonté d'intervenir dans les affaires intérieures des États de la région, c'est le cas en Irak, les saoudiens cherchent à lutter autant que faire se peut contre l'influence iranienne dans ce pays depuis l'intervention américaine en Irak, intervention qui constitue depuis  source de détérioration de ses relations avec son alliée stratégique les États Unis.

Depuis l’arrivée de la nouvelle administration saoudienne conduite par le roi Salman, on assiste à l'adoption d'une politique étrangère proactive , amenant la Turquie (qui a ses propres calculs) à rejoindre l'alliance sunnite avec l'imbrication de différents objectifs à la fois du royaume saoudien, de la Turquie et de l’Égypte, ce qui laisse supposer qu'on s'achemine vers un rapprochement de type gagnant turco saoudien. Les saoudiens ont peut-être simplement compris ou supposent qu'ils ne peuvent plus résoudre les nombreux problèmes de la région les concernant directement par des moyens traditionnels, mais via des alliances.

En ce qui est du Qatar, vue de loin, les deux pays ont davantage de points communs que de divergences, à voir de près ce ne sont que des cliché car non seulement les différences existent, mais ce sont parfois de profondes divergences qui opposent ces deux royaumes,  depuis  que le petit émirat du Qatar a décidé d'exister sur l’échiquier régional et par conséquent de rivaliser avec le deuxième plus grand pays arabe sunnite  après l'Algérie à savoir l'Arabie saoudite.

En décidant de passer d'un statu de pétrolochimie insignifiante à celui d'un acteur important sur la scène régionale et internationale, le Qatar défie l'hégémonie de  l'Arabie saoudite qui surveille de près son désormais rival et non moins allié du Conseil de Coopération du Golfe ou CCG.

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Le deuxième intervenant Mme Safaa AL-HAMAYDEH AL-SATARI,Organisatrice des Pèlerins Musulmans de France a abordé  « Les enjeux et paramètres de l’organisation de pèlerinages en Arabie saoudite »

Safaa AL HAMAYDEH AL SATARI 640

https://www.youtube.com/watch?v=2yxq6MTI-bc

Le contexte international du tourisme religieux, dans une époque où les individus cherchent un sens à accorder à leur existence, la question française des voyagistes du Hadj. Sujet épineux, presque tabou en raison du fait que le fait religieux « islam » suscite une défiance et une absence de commande politique, il n’en demeure pas moins qu’il revêt un substrat économique particulièrement puissant au regard des chiffres en constante croissance.

Parmi les sites touristiques religieux les plus reconnus, on observe notamment la Mecque, Rome, Jérusalem et Lourdes.

La Mecque est l’une des plus grandes destinations de tourisme religieux. En 2012, elle a attiré 12 millions de pèlerins musulmans, représentant des dépenses touristiques de 16,5 milliards de dollars.

La Mecque et Médine sont les deux villes saintes de l’islam. En 2013, 6,9 millions de touristes ont visité l’Arabie Saoudite pour des raisons religieuses, soit près de 41 % de l’ensemble des touristes du pays.

Pour l’Arabie Saoudite, le tourisme religieux représente la deuxième plus importante source de revenus derrière le pétrole, selon Géopolis.

Le Hadj

Cinquième pilier de l’islam, le Hadj rassemble chaque année de 5 à 6 millions de pèlerins. Il faut y ajouter un nombre équivalent de visiteurs dans le cadre du « petit pèlerinage », l’Omra, qui peut être réalisé à n’importe quel moment de l’année. Considéré comme l’étape finale dans la vie spirituelle du musulman, le Hajj confère à La Mecque et, par extension, à l’Arabie Saoudite et à son souverain, un prestige et un statut uniques. Le titre officiel du roi est celui de « Serviteur des deux Lieux saints » (La Mecque et Médine, où est situé le tombeau de Mohamed).

L'industrie touristique est d'autant plus importante pour la prospérité du Royaume qu'elle est actuellement le deuxième secteur économique du pays en termes d'emploi pour ses habitants, faisant travailler près d'un millions de Saoudiens au total. Selon le président de la Saudi Commission for Tourism and Antiquities, le Prince Sultan Bin Salman, le secteur devrait devenir le premier employeur national au cours des prochaines années.

Débat :

Débat 1 640

https://www.youtube.com/watch?v=xSe2fqpMv8E

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La parole a ensuite été donnée à M. Karim IFRAKIslamologue, historien des Textes et de la vie de la pensée dans les mondes musulmans C.N.R.S, ParisQui a traité le sujet du wahhabisme et ses ramifications régionales et internationales.

 Karim IFRAK 640

https://www.youtube.com/watch?v=nQ_Dks6b74U

La disparition du Califat en 1924, la reconquête du pouvoir avec le soutien de « l’Ordre des Frères » en 1927, l'exploitation des gisements pétrolifères en 1938, permirent au royaume d'Arabie saoudite de s’imposer sur l’échiquier régional puis mondial grâce au pacte « pétrole contre protection » conclu en 1945. Mais la conquête du pouvoir, dans un contexte arabo-musulman, ne peut se pérenniser, sans une légitimité et un rayonnement religieux. Une légitimité que va se forger le royaume d'Arabie saoudite en s’appuyant sur l’idéologie wahhabite, celle-là même qui a soutenu la genèse du royaume, deux siècles auparavant.

Portée par le rayonnement de la monarchie dans la région, cette nouvelle idéologie musulmane toute saoudienne, ne manquera pas de se propager au sein des pays voisins, lentement mais inexorablement. Soutenue par un apport financier de plusieurs milliards de dollars, elle s’attela à contaminer, le plus possible, le reste du monde musulman et pas seulement. Une ambition qui passera d’une orientation locale à une orientation régionale, avant de muter vers un plan international, le tout par une simple advertance.

Dans son combat à mort contre le communisme, particulièrement, celui soutenu par Gamal Abd Nasser, au nom du panarabisme, le royaume d'Arabie saoudite, aidé de certains pays amis, se tourna vers « La Société des Frères Musulmans », fondée par Hassan al-Banna. Le choc avec la mécanique nassérienne, soutenue par le bloc communiste, fut brutal, anéantissant, dans son raz de marée, une bonne partie de la « Confrérie ». Complice des actions fréristes contre l’Égypte Nassérienne, l’Arabie saoudite, accueilli, en contrepartie, des milliers de « Frères » venus d’Égypte, mais également de Syrie et de Palestine. Aussitôt installés, les « Frères » se remirent au travail en faisant ce qu’ils savent faire le mieux : répandre leur idéologie islamiste qui appel à la renaissance du califat. Craignant le pire, les Al-Saoud décidèrent de réinvestir le terrain, en propageant, avec force, leur idéologie maison : le « salafisme wahhabite ». Grâce à l’apport des pétrodollars et en se reposant sur des infrastructures telles que les universités islamiques, la Ligue Islamique Mondiale et autres O.N.G à partir des années 60, les Al-Saoud disputèrent, à l’aide de cette nouvelle arme, chaque mètre carré conquis ou à conquérir par la « Confrérie ». Toutefois, l’idéologie wahhabite originelle, loin de savoir que le combat sera à la mesure des enjeux, allait faire face à trois opposants « maison » qui manqua la faire déraciner. Le wahhabisme de la « Jamaâ al-salafia al-mohtasiba », le  wahhabisme «  sourourite » et enfin le wahhabisme « sahawite ».

Quelle est donc cette arme idéologique qui n’a pas fini de noyauter une grande partie du monde musulman, mais également d’Europe et d’Afrique ? Quels sont les mécanismes qui ont permis sa propagation et les moyens humains et financiers investis par le royaume pour la développer et la pérenniser ? Mais surtout, victime de son propre succès, comment procède le royaume, aujourd’hui, à contrer ses effets indésirables et à soigner, autant que faire se peut, son image de marque ô combien ternie.

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Le quatrième intervenant, Mme Patricia LALONDE, Chercheure associée, IPSE a parlé "des droits humains en Arabie saoudite."

Patricia LALONDE 640

 https://www.youtube.com/watch?v=EdXS51yPXO0

D’après Mme LALONDE traiter des droits de l’homme en Arabie Saoudite nécessite de s’étendre sur la doctrine de l’Etat saoudien : le wahhabisme. La raison d’être de l’Etat Saoudien est d’appliquer les lois de l’Islam et la volonté de Dieu.  Le pays est dirigé par une monarchie absolue où le pouvoir est concentré dans les mains du souverain et du cercle familial.

Les partis politiques et les syndicats sont interdits ; Toute autre religion est bannie et dès le plus jeune âge, les Saoudiens apprennent que le chiisme est une religion de mécréant : En 2014, selon Human Right Watch, le roi Abdallah a introduit un certain nombre de lois considérant comme terroristes les athées. La récente décapitation du Cheik Nimr Barq El Nimr, opposant chiite pacifique en est l’illustration. Ou encore l’exemple du bloggeur Raif Badawi, emprisonné depuis 2012, et est contraint de recevoir régulièrement des centainesde coups de fouets en attendant une éventuelle décapitation ou même la crucifixion. Ou encore le cas d’Abdallah Al Zaher, adolescent torturé en prison et dont le verdict  de condamnation à mort doit être confirmé en 2016 ; Il risque la pendaison ou la décapitation…

Les inégalités entre les sexes restent très importantes : Malgré une nette volonté réformiste de Mohamad ben Abdelazziz- al-Saoud, les femmes saoudiennes restent des «  dépendantes », recluses de la société. Elles sont  par la suite confrontées à un fort taux de chômage…Les femmes représentent 60% de l’ensemble des diplômé[e]s, mais moins de 15% ont accès au marché du travail.  Les femmes doivent avoir un tuteur masculin (Mahram) : Elles ne peuvent sortir seules sans être accompagnées d’un tuteur masculin. Elles doivent recevoir l’autorisation de leur tuteur pour se marier, voyager, s’inscrire à l ‘école, ou à l’université et accéder aux services de santé. La polygamie des hommes est permise. La ségrégation des sexes est de rigueur dans les espaces publics et les femmes ne peuvent sortir qu’entièrement recouvertes de l’Abaya, tunique noire ne découvrant que les yeux.

Les milices de la Commission pour la prévention du vice et la promotion de la vertu ( Muttawain) surveillent dans chaque quartier la bonne application de ces règles.

Par ailleurs, l’Arabie Saoudite a récemment obtenu la présidence du conseil consultatif de la commission des Droits de l’Homme des Nations Unis !!

Pour conclure, il est à craindre que cette stratégie d’ouverture ne s’arrête depuis que le Prince Mouqrine, réformateur et réformiste a été écarté du pouvoir au profit de Mohamad ben Salman : rappelons que les Salman font partie[s]  de la tribu des «  Soudayris » plus proches des thèses fondamentalistes des wahhabites Mohamad ben Salman (MBS) n’a pour le moment pas brillé par sa volonté d’ouvrir le royaume aux réformes, obsédé par une frénésie de guerres contre les chiites, la première en Syrie contre le pouvoir de Bachar al Assad et la seconde, plussilencieuse, au Yémen contre les Houtis, guerre qui se déroule dans le silence où les pires atrocités sont permises.

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Deuxième table ronde, Modérateur, M. Alain Corvez, Conseiller en stratégie internationale

Colloque Ou va lArabie saoudite d 2 640

Débat 2 640

https://www.youtube.com/watch?v=FigoJLHClU8

Le cinquième intervenant, M. Hall GARDNER directeur du département politique comparée internationale à l'Université américaine de Paris a traité le sujet " des relations entre l’Arabie Saoudite et les USA"

Hall GARDNER 640 

https://www.youtube.com/watch?v=8TcHxMAB8n8

M. Gardner a noté que les relations USA-Arabie Saoudite peuvent être qualifiées par l’abus et la manipulation mutuelle mais accompagnée de méfiance réciproque. Le discours s’interroge si ces relations ont commencé à se détériorer suite aux attentats du 11 septembre 2001 et en raison de l’approchement irano-américain.
Ajoutons à cela, la différence entre l’approche américaine et l’approche saoudienne en ce qui concerne la guerre mondiale contre le terrorisme. La politique Saoudienne qui poursuit son soutien aux factions socio-politique wahhabites dans le Grand Moyen-Orient ne convient plus aux Etats-Unis.
La nouvelle guerre des prix et les rivalités qui en résulte de la concurrence du pétrole de schiste américain dans le marché pétrolier couplé avec l’absence de vraies réformes et la violence permanente des droits de l’homme mène certainement a une possibilité d’instabilité socio-économique et politique au sein du Royaume lui-même. 

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Le sixième orateur, M. Honoré LE LEUCH, Expert et Conseiller Pétrolier International a traité  le sujet de «La géopolitique pétrolière saoudienne»

 Honoré LE LEUCH 640

https://www.youtube.com/watch?v=T6rVu0f7Umc

Pour M. Le Leuch, la chute actuelle du prix du pétrole ainsi que la grave situation géopolitique au Moyen-Orient font à nouveau beaucoup parler de la place essentielle de l’Arabie saoudite sur le marché mondial des hydrocarbures et de son rôle majeur historique au sein de l’OPEP.

L’objet de la présentation est d’abord d’expliquer les raisons principales ayant conduit à cette forte baisse du prix du pétrole de 70% en 18 mois depuis l’été 2014, puis d’essayer de mieux comprendre la politique et la stratégie pétrolière adoptée par l’Arabie saoudite. Cette compréhension permettra d’imaginer les conséquences probables sur les marchés de l’énergie, à court terme et à moyen terme, ainsi que les conséquences directes pour l’Arabie saoudite, notamment financières et géopolitiques.

En particulier, il sera montré pourquoi la crise pétrolière de 2014-2016 est différente des autres chutes brutales du prix du pétrole qui ont eu lieu au moins une fois durant chacune des décennies précédentes, à savoir celle de 1985-1988, celle de 1998-1989, puis celle de 2009-2010. A chacune de ces crises antérieures, due à une offre supérieure à la demande de pétrole, les pays de l’OPEP avaient décidé de réduire leur production globale pour mettre fin à la crise, et notamment l’Arabie saoudite, premier pays exportateur mondial agissant en tant que « swing producer » préférentiel.

Pour la crise actuelle, l’Arabie saoudite a décidé de privilégier sa « part de marché » en gardant son niveau de production, ceci pour pousser entre autres les producteurs concurrents  à coût élevé à réduire pour des raisons financières leur production et leurs investissements, d’abord ceux alloués aux activités des pétroles non conventionnels dont la part dans l’offre mondiale a fortement progressé en cinq ans, surtout aux Etats-Unis et au Canada. L’effet du ralentissement des investissements devrait être de favoriser à moyen terme une nouvelle hausse du prix du pétrole et d’entrer dans un nouveau cycle de prix.

Les ressources financières accumulées par l’Arabie saoudite ces dernières années lui permettront-elles de maintenir cette stratégie audacieuse jusqu’au nouveau cycle du prix du pétrole ? Nous donnerons des éléments de réponse au cours de la présentation.  

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Troisième débat

Débat 3 640


https://www.youtube.com/watch?v=RsJpx5mgZ0Y

Le septième intervenant, Général Elias FARHAT, Général des armées libanaises a traité"  les relations entre l’Arabie saoudite et Israël"

 Elias FARHAT 640

https://www.youtube.com/watch?v=VyFjpSije04

Pour M. Farhat, Le royaume d'Arabie saoudite joue plusieurs rôles importants sur la scène politique Arabe, régionale et internationale, notamment avec les pays islamiques. Israël est conscient que s’il réussit à établir des relations normales avec l'Arabie Saoudite, il verra s’ouvrir devant lui les portes du monde arabe et musulman.

Récemment, des informations ont circulé relatant des contacts officiels et des rencontres publiques, entre l'Arabie Saoudite et Israël dont les faits sont rapportés par les mass media. Considérées par les uns comme un début d’ouverture entre les deux pays ennemis, qui prélude à des contacts officiels, ces rencontres sont interprétées par d’autres, comme un contact sans lendemain, parce qu’elles n’aboutiront jamais à développer des relations de rapprochement politique entre les deux états. D’autres encore, considèrent que les rencontres israélo-saoudiennes nécessitent beaucoup d’efforts et une longue marche vers la normalisation des relations entre ces deux pays.

Pendant son assistance au Forum économique mondial à Davos, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré à CNN : "Dans ces derniers temps, il y a eu un changement radical dans les relations étrangères d’Israël, et entre Israël et ses voisins arabes. L’Arabie Saoudite, comme d’autres états, nombreux dans le monde arabe, considère l’Israël comme un allié et non pas comme une menace".

La plus importante de ces réunions est la rencontre en Israël, entre Yair Lapid qui a œuvré pour l’initiative de paix en tant que chef du parti future, et le prince Turki al-Faisal, ancien chef des renseignements, ancien ambassadeur à Washington et à Londres, fils du défunt roi Faisal bin Abdul Aziz, et frère du ministre des Affaires étrangères Saud al-Faisal.

Les rencontres entre chercheurs appartenant à des centres de recherche divers dans les deux pays. La plus importante de ces rencontres a réuni le chercheur et ancien militaire saoudien Anwar Al Ochqui, et Dori Gold, conseiller auprès du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

L’Arabie saoudite ne fait pas partie des pays arabes qui avaient ouvert sur leurs territoires des bureaux de représentation israéliens ; elle n'a non plus annoncé des réunions officielles avec Israël.

L'Arabie saoudite, Israël et le dossier iranien

Un croisement des positions saoudiennes et israéliennes sur la question du programme nucléaire de l'Iran, et à propos de l'ingérence de l'Iran dans la région arabe. L’Arabie saoudite considère que l'Iran représente un danger aussi bien pour elle que pour d’autres pays arabes. Elle accuse l'Iran de s'immiscer dans les affaires intérieures des pays de la région, et de soutenir les chiites et la foule populaire en Irak, mais aussi le régime en place, en Syrie, Hezbollah au Liban, et les Houthis au Yémen. Quant à l’Israël, il a toujours considéré que l'arme nucléaire iranienne constitue une menace pour son entité et pour sa sécurité nationale. L’Israël a œuvré activement auprès des États-Unis et du groupe 5 + 1 afin d'arrêter les négociations avec l'Iran, et de recourir à l'option militaire.

L’Israël et l’Arabie Saoudite se partagent les mêmes anxiétés et les mêmes soucis vis à vis de l’Iran. Mais aussi, les deux parties savent que leur coopération sur ce dossier ne pourra pas réaliser leurs buts respectifs.

Concernant la crise syrienne, A plusieurs reprises l’armée israélienne est intervenue en bombardant des cibles jugées par lui des sites militaires appartenant à Hezbollah.  Du coté saoudien, le royaume a publiquement exprimé son soutien à l'opposition syrienne, tout en réclamant le départ du président al-Assad. Il a également reçu dans sa capitale l'opposition syrienne, et n’a jamais caché qu’il la soutient  en matière de financement et d’armement.

Dans la crise yéménite, l'Arabie saoudite a lancé une guerre surprise sur le Yémen pour frapper les Houthis, et les soumettre. Elle visait par cela contrecarrer linfluence iranienne sur son voisin yéménite. Pour l’Israël, géographiquement distant du champ de bataille, le plus important dans cette guerre, est de préserver la libre navigation à Bab al-Mandeb ; cette préoccupation israélienne est partagée par d’autres pays de la mer Rouge, à savoir L’Arabie Saoudite et l’Égypte. Aussi, les Etats-Unis cherchent à protéger la libre navigation maritime des dangers qui menacent le commerce mondial.

Quels horizons pour les relations israélo-saoudiennes ?

L’Arabie Saoudite, n’attache à l’Israël aucune importance pour améliorer ses relations avec les États-Unis. Elle n’a non plus aucun besoin d’Israël pour consolider sa position internationale, les relations américano-saoudiennes étant bien solides, comme nous l'avons mentionné. C’est plutôt l’Israël qui a souvent besoin de l’Arabie Saoudite pour l’aider à sortir de son isolement au niveau des pays arabes, et des pays musulmans. Il est difficile pour le leadership du Royaume de mener la normalisation avec Israël, car l'établissement religieux allié avec l'établissement politique, ne peut pas permettre une telle action. Toute décision de normaliser les relations avec l’Israël provoque la colère des clercs saoudiens, et produit des réactions violentes. N’oublions pas que le wahhabisme puritain incarné par l’organisation des "Frères de celui qui obéit à Dieu" a rejeté la décision que le Roi Abdul Aziz avait prise, pour arrêter l'expansion en Irak et en Syrie. Ils avaient mené contre lui une guerre qui s’est soldée par leur défaite, dans la bataille de sabilah en 1928.

En brève conclusion, on peut dire que le Royaume n’a pas intérêt à développer ses contacts avec Israël, car c’est inutile, et provoque le puritanisme wahhabite diffèrent de l'establishment wahhabite qui participe actuellement au gouvernement. En plus, l’Israël voit dans la relation avec l’Arabie une introduction obligatoire dans le règlement de la cause palestinienne, et selon des conditions Israéliennes. 

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Le huitième intervenant, M. Fayçal Jalloul, écrivain et journaliste libanais, a parlé sur "Les enjeux des relations entre l’Arabie saoudite, la Syrie et le Yémen"

 Fayçal Jalloul 640

 https://www.youtube.com/watch?v=IdkXIliDar8

M. Jalloul note qu'il y a un an, l’Arabie Saoudite a formé une alliance militaire pour se lancer dans une guerre sans merci contre le Yémen. Justifiée au nom du soi-disant maintien de la « légitimité yéménite » démocratique, la poursuite de cette guerre est conditionnée par le retour au pouvoir à Sanaa du président Abed Rabbo Mansour Hadi et de son gouvernement dit « légal ». Les Saoudiens prétendent agir au nom des principes inscrits dans l’Accord du Golfe unanimement soutenu sur le plan international, y compris par la Russie.

En Syrie, l'Arabie Saoudite mène presque la même politique. Elle finance, forme et envoie des combattants dans ce pays et prend en charge un certain nombre de mouvements d'opposition armés afin de changer le régime syrien et de mettre en place un régime démocratique. Dans un cas comme dans l’autre, les guerres menées par l’Arabie saoudite soulèvent toujours la même question : pourquoi un régime monarchique se bat-il pour la démocratie partout ailleurs mais jamais chez lui ? En réalité, les raisons de l’engagement militaire de l’Arabie saoudite dans ces pays sont avant tout de nature géopolitique, historique et communautaire.

On peut en effet expliquer la guerre de l'Arabie saoudite contre le Yémen et la Syrie par la conflictualité traditionnelle entre républiques et monarchies. Cette dualité de régime est un héritage du colonialisme : les Français ont construits les régimes républicains, les Britanniques les Etats monarchiques, et l’antagonisme entre ces deux systèmes a perduré jusqu’à nos jours. La fin de la Guerre froide a rendu possible une guerre de l’Arabie saoudite lancée contre ces deux pays, désormais dépourvu de la protection de l’Union soviétique, jusqu’alors garante du maintien de l’équilibre régional et interarabe. Les Etats-Unis, après l’échec de la guerre en Afghanistan et en Irak, annoncèrent leur intention de quitter le Moyen-Orient. Ce tournant majeur dans la stratégie américaine s’est accompagné du déclenchement des Printemps arabes et a offert à l’Arabie saoudite une occasion rêvée pour en finir avec ses rivaux yéménite et syrien. 

L’Arabie Saoudite espère gagner la guerre au Yémen et en Syrie pour pouvoir remodeler tout l’espace régional, signer la paix avec Israël aux conditions de l’Etat juif et mettre ainsi fin à l’influence iranienne dans la région, en grande partie alimentée par la colère anti-israélienne. Au Yémen, le régime saoudien espère aussi assurer l'exportation du pétrole à l'étranger sous un régime sûr et fédéral, et mettre la main sur le détroit de Bâb el Mandeb. Il entend également protéger sa rive de la Mer rouge et, peut-être, annexer la région stratégique du Hadramaout. Il n’en reste pas moins que la guerre menée par les Saoudiens dans ces deux pays se déroule très mal et qu’en cas d’échec, le prix à payer sera très cher, et ira peut-être jusqu’à la perte du trône de leur Royaume.

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 Le neuvième orateur, Elie HATEM, Avocat, professeur à la FALCO (Faculté Libre de droit, d’économie et de gestion de Paris) a traité " le sujet des rapports géostratégiques entre l’Arabie saoudite et le Liban"

Elie HATEM

 https://www.youtube.com/watch?v=LpcYZBxlfC0

M. Hatem déclare que les rapports entre l'Arabie saoudite et le Liban illustrent ces ambiguïtés et subtilités auxquelles s'ajoutent les intrigues des interventions occidentales, notamment américaines, dans cette région du monde. C'est à partir de la déstabilisation du Liban, en 1975, que l'Arabie saoudite a entrepris des rapports avec lui. A l'issue des sommets de la Ligue arabe, de Ryad et du Caire, cette dernière décida la création d'une force d'intervention militaire composée essentiellement de soldats syriens avec d'autres contingents : saoudien, émirati, soudanais et libyen. Néanmoins, le rôle politique et militaire de l'Arabie saoudite était restreint. En 1979, alors que le mandat de cette force était prolongé, les troupes saoudiennes ont quitté le Liban, ainsi que les trois autres contingents émirati, soudanais et libyen. Seul le contingent syrien composa alors la Force de dissuasion arabe dont les financement était supporté par les Emirats et l'Arabie saoudite : 80 millions de dollars par mois. Le rôle de l'Arabie saoudite était alors édicté par la Ligue des pays arabes et concentré sur des efforts pacificateurs du pays du Cèdre. Riyad se contentait d'envoyer des aides aux populations civiles (aussi bien libanaise que palestinienne) ainsi que des émissaires pour calmer les tensions.

Progressivement, le Royaume saoudien lié, aux Etats – Unis par le Pacte de Quincy, s'est vu attribué un rôle plus important au Liban.

L'Arabie saoudite s'est vue confiée ce rôle de pacification du Liban. Ces dispositions des « Accords de Taëf », obtenus sous l'impulsion de Riyad, ont donné à l'Arabie saoudite un rôle actif dans ses relations avec le Liban. Ce rôle s'est renforcé par l'attribution du poste de Premier ministre, en 1992, à Rafiq Hariri, de confession sunnite, qui avait fait fortune au Royaume saoudien et en a obtenu la nationalité. Il avait renoncé à celle de son pays d'origine, le Liban, ce qui est obligatoire en cas d'acquisition de la nationalité saoudienne : le droit saoudien n'admet pas la double nationalité. Loin encore d'un scénario d'un conflit sunnite-chiite dans la région, l'Arabie saoudite soutenait Rafiq Hariri, inféodé alors à la Syrie et en bons termes avec le Hezbollah. Cela ne peut s'analyser et s'expliquer que par le fait qu'il était nécessaire, à l'époque, en permettant au Hezbollah de garder son organisation militaire,de laisser une mèche de conflit allumée à la fois entre le Liban, la Syrie et Israël mais aussi de préparer les germes d'un conflit ultérieur entre les sunnites et les chiites que les Etats-Unis prévoyaient depuis 1979 à grande échelle au Moyen - Orient.

Le 14 février 2005, un attentat – suicide d'une très grande ampleur visa Rafiq Hariri qui fut tué sur le champ avec le cortège qui accompagnait son véhicule blindé. Le conflit l'opposant au Président de la République, Emile Lahoud, proche de Damas, a tourné les regards vers la Syrie aussitôt accusée de ce meurtre. Un Tribunal international et exceptionnel fut alors créé pour déterminer les responsables de cette opération.

Dès cet attentat, les relations entre l'Arabie et la Syrie ont connu une rupture. En mars 2005, le Président de la République syrienne, Bachar El Assad, a été convoqué par le roi Abdallah. Ce dernier lui demanda le retrait de ses troupes du territoire libanais, en application de la résolution 1559 de l'ONU, mais aussi de cesser l'aide de son pays au Hezbollah ainsi qu'au Hamas palestinien.

Les rapports entre le Liban et l'Arabie saoudite s’inscrivirent dans cet état d'esprit d'un conflit irano-saoudien par Etats ou groupes militaires et politiques interposés

Les troupes syriennes quittèrent alors le Liban définitivement.

L'Arabie saoudite soutient alors la « coalition du 14 mars », dirigée par le fils de Rafiq Hariri, Saad (né à Ryiad), qui a été nommé Premier ministre en 2009. La tension a augmenté entre les deux nouveaux courants libanais. Après avoir proféré des accusations à l'encontre de la Syrie relativement à l'assassinat de Rafiq Hariri, le Hezbollah est pointé du doigt. Cela s'analyse par une volonté de créer de nouvelles tensions au Liban entre les deux communautés sunnite et chiite.

En 2006, en prétextant d'attaques contre son territoire par le Hezbollah, Israël est intervenu militairement au Liban. Il s'est attaqué aussi bien aux régions où se situent les positions du Hezbollah qu'aux autres régions libanaises, détruisant toute l'infrastructure du pays qui s'est reconstruit progressivement depuis 1990. L'objectif de cette opération était également de créer une véritable dissension entre les Libanais, en imputant au Hezbollah (qui représente désormais la communauté chiite) la responsabilité du désastre subi par le pays, en raison de ses provocations de l'Etat hébreu. Mais cette tentative s'est vouée à l'échec et n'a pas conduit à un affrontement franc entre chiites et sunnites.

Dépourvue de milice, la communauté sunnite s'est néanmoins vue constituer une organisation militaire issue du « Mouvement du Futur » dirigé par Saad Hariri : Fath Al Islam. Ce groupe a reçu de la part de Saoudiens des aides financières en vue d'octroyer des armes à ses membres mais aussi une formation religieuse dispensée par des imams salafistes, à l'instar du Front Al Nosra. Des heurts sporadiques ont alors éclaté aussi bien dans la capitale que dans le nord du pays, aux alentours de la ville de Tripoli. Les relations entre le Hezbollah et ses alliés avec la Syrie se sont alors renforcés. Le Hezbollah envoyait des troupes pour aider l'armée syrienne dans sa lutte contre le terrorisme mais aussi pour protéger les communautés chrétiennes victimes, en premier plan, des attaques terroristes.

Dans ce contexte et compte tenu de cette situation, les discours véhéments entre les protagonistes se sont élevés, notamment entre le Hezbollah, les membres de « la coalition du 8 mars » et l'Arabie saoudite. Ce qui a conduit cette dernière à décider de suspendre son programme d'aide à l'armée libanaise d'environ 4 milliards de dollars et à menacer les banques libanaises à retirer ses dépôts, ainsi que ceux des autres pays du Golfe placés sous son autorité. Riyad ainsi que d'autres capitales des pays du Golfe ont demandé à leurs ressortissants de quitter le pays du Cèdre. Des centaines de milliers de libanais, qui travaillent aussi bien en Arabie saoudite que dans les autres pays de cette région, risquent d'être expulsés en cas d'aggravation de cette crise. En vue d'équilibrer cette situation, l'Iran vient de proposer au gouvernement libanais de pallier cette situation, en lui procurant une aide destinée à son armée.

Débat4 640

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Conclusion parSon Excellence Michel RAIMBAUD, ancien ambassadeur de France.

Michel RAIMBAUD 640

https://www.youtube.com/watch?v=KZLhiIC4QXI

 

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Actes du colloque

 

Le vendredi 15 janvier 2016

Organisation Internationale de la Francophonie

Poursuivant son travail d’analyse des grandes questions géopolitiques du  monde d’aujourd’hui, l'Académie de Géopolitique de Paris a organisé ce colloque international le vendredi 15 janvier 2016 au siège de l'Organisation Internationale de la Francophonie.

L’histoire récente a beaucoup contribué à faire comprendre aux Occidentaux en général et aux Européens en particulier, les blocages culturels mais aussi politiques qui ont amené au printemps arabe. La très grande richesse sociologique de la société civile proche et moyen-orientale a contribué au réveil de toute une partie de la population, surtout des jeunes, qui s’est levée contre les blocages et le poids de l’histoire face aux nécessités de l’ouverture politique et des droits de l’homme pour l’édification d’une société fondée enfin sur la notion de bien commun. Traditionnellement, le respect des droits de l’homme figure comme le préalable incontournable d’une stratégie de développement et d’épanouissement des sociétés civiles et l’efflorescence des initiatives citoyennes.  

C’est pourquoi l'Académie de Géopolitique de Paris a tenu à organiser un colloque international évoquant la nécessité d’un processus de libéralisation des forces vives et profondes des populations moyen-orientales, face aux blocages institutionnels et politiques des régimes de la zone. Les caractéristiques historiques, culturelles et politiques du phénomène de l’émergence d’une société civile arabe au sein des régimes en place et malgré la répression ont été soulignées dans les analyses des nombreux spécialistes (universitaires, personnalités, militaires, juristes de droit international, journalistes, etc.) qui ont été appelés à travailler sur ce sujet sensible dont voici le compte rendu :

 

       « Le processus de la société civile dans les pays moyen-orientaux »

Propos introductifs par Ali RASTBEEN :

https://www.youtube.com/watch?v=US-MDkN0KKs

L’interprétation du concept de société civile varie selon les époques et lieux, en explicitant des usages propres, des traditions, des institutions, des valeurs et des critères. Ces éléments peuvent être indépendants et refléter les points de vue des citoyens, mais relient l’Etat et le peuple par la liberté d’expression tout en permettant la détection et la suppression de l’injustice.

L’identité sociale et civile libre crée de divers mouvements tels : le droit de vote des femmes, les partisans de la fin de l’esclavage, les antiracistes, les syndicats ouvriers, les protecteurs de l’environnement, les démocrates…. En somme, la société civile a besoin de liberté de pensée, de parole et de rassemblement - toutes les libertés garanties par la déclaration universelle  des droits de l’homme.

Dans les sociétés autoritaires, autocratiques, et répressives, la démocratie institutionnalisée n’a pas encore vu le jour. Ces sociétés sont aujourd’hui proies aux extrémismes intégristes et rétrogrades. Les répressions, les différentes discriminations, l’absence de justice sociale et l’incapacité des gouvernements ont été à l’origine de la corruption financière, de la misère et des divergences profondes, par exemple dans la plupart des sociétés arabes, y provoquant une résistance identitaire au sein des différentes couches sociales.

Voilà l’émergence de groupes dits terroristes comme :

Ansar al-charia, en Tunisie. Ansar dine au Sahel,

Al-qaïda au Maghreb islamique en Algérie en Afghanistan, à l’Emirat du Caucase, dans la péninsule arabique et au Yémen.

Les Talibans en Afghanistan.

Boko Haram au Nigéria au Tchad et au Cameroun.

Jematol islamiya, en Malaisie en Thaïlande, à Singapour, en Indonésie, aux Philippines.  Chebabs  en Somalie.

Mouvement islamique d’Ouzbékistan dans l’Asie centrale entre la mer caspienne et le xinjiang dans l’ouest de la Chine, et mène des actions terroristes au Pakistan, au Tadjikistan, et au Kirghizstan.

le Mouvement islamique du Turkestan oriental.

Ansar Beït al-Maqdess (« les partisans de jérusalem »).

Le Front Al-nosra, branche d’al-qaïda en Syrie et Daech, en Irak  et  le projet du califat islamique associé à la manipulation des tensions entre chiites et sunnites, sont les manifestations d’une mobilisation identitaire intrinsèque au nom de religion. En principe et par définition, le terrorisme n’a ni religion ni frontière ni conscience, or le terrorisme contemporain a un prétexte religieux par le sectarisme wahhabite et salafiste. Hélas actuellement l’Occident observe dans le silence et dans l’apathie 47 décapitations dont des défenseurs reconnus des droits de l’homme et du pluralisme. Il est évident que dans ces conditions, la société civile, dont le composant principal réside dans son indépendance à l’égard du pouvoir, disparaît en même temps que le développement durable.

Par contre, en comparaison avec la Tunisie, la Jordanie, le Yémen, la Libye, le Bahreïn et l’Arabie Saoudite, où la possibilité de créer des partis, des médias, de la presse, des syndicats et d’autres symboles de la société civile n’a jamais été institutionnalisée, l’Egypte a toujours été le porte-drapeau de l’intelligentsia arabe notamment au cours des dernières décennies.

Au sein de la société égyptienne, différents groupes politiques ont toujours été actifs. Or, durant les trois dernières décennies, sous prétexte de lutter contre les groupes terroristes et en vue de la sécurité nationale, la société civile reste réprimée d’office.

En conclusion : Le monde d’aujourd’hui est celui de la démocratie, des droits de l’homme, de la multiplicité des partis, des élections libres, de la liberté de la presse, des syndicats ouvriers, de la pensée, de l’idéologie, de la religion et de l’égalité entre les hommes et les femmes en tant qu’êtres humains. Les régimes qui acceptent  ces principes font partie du monde d’aujourd’hui et de demain, et ceux qui les rejettent sont automatiquement voués à disparaître.

Une société civile doit incarner une culture, un état d’esprit favorisant le pluralisme, l’équilibre, le dialogue entre les forces constitutives. Ces principes démocratiques fondamentaux  constituent un fonds de valeurs communes que l’on peut qualifier de patrimoine commun de l’humanité.

PREMIER PANEL
Modérateur : Ali RASTBEEN

   

   « La société civile dans les processus de démocratisation au Moyen orient »

https://www.youtube.com/watch?v=TDSuQF61ktM

Par Jean-Antoine Duprat, ancien élu local et officier d’état-major honoraire, successivement conseiller auprès d’institutions nationales, de collectivités locales, professeur associé puis directeur adjoint de l’institut d’urbanisme et d’aménagement de la Sorbonne, délégué général de la revue scientifique européenne de géopolitique Outre-Terre.

 Jean-Antoine Duprat est l’auteur de plusieurs ouvrages et articles sur l’organisation territoriale, les institutions, la Ve République, la géopolitique  :

Parler de la société civile au Moyen orient et de sa place dans les processus de démocratisation nécessite une approche systémique comparative à travers trois domaines : historique, organisationnel et fonctionnel.

D’un point de vue historique, la notion de société civile est liée à l’émergence de la démocratie, même si cette notion de société civile a ensuite évolué. La société civile, politiquement organisée, est définie par certains en opposition à l’état de nature par d’autres comme l’ensemble des citoyens organisés par des règles, des lois et une gouvernance politique. Il est du devoir de l’État de garantir au citoyen l’égalité devant le droit, la liberté, l’intégrité et la propriété (comme le précise la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789) sous le contrôle la société civile. Si l’État manque à ses obligations les citoyens composant la société civile, ont alors le droit de se rebeller. Pour Montesquieu, il faut différencier la sphère du politique de celle de la société citoyenne. Hegel fait la distinction entre l'État et la société civile incluant notamment des mouvements de revendication présents dans les sociétés modernes. Au XXe siècle l’expression va ainsi désigner des mouvements de contestation dans les systèmes totalitaires. Dans les pays démocratiques, elle recouvre des groupes de citoyens s’opposant à la présence excessive de l'État, dans certains domaines notamment économiques. Les dernières décennies ont vu la montée en puissance de la « société civile », en taille, en moyens, en influence, notamment sous l'effet de la mondialisation, du développement de la gouvernance démocratique, de l'essor des techniques d’information, de l'intégration économique des personnes morales, en particulier des organisations non gouvernementales.

Si la société civile, selon les paradigmes occidentaux, a joué un rôle déterminant dans le processus de remplacement du système communiste, les pays devenus indépendants ayant redécouvert leur identité, à travers leur histoire, leur culture, la religion, qu’en est-il dans les États du Moyen orient sortis du jeu bipolaire de la guerre froide ? La plupart des pays du Moyen orient se caractérisent historiquement par une organisation fondée sur des traditions familiales, claniques, sur le communautarisme religieux qui ne saurait se limiter à l’islam dans ses différentes sensibilités.Parmi les éléments favorisant le développement fonctionnel de la société civile au Moyen orient, il faut mentionner, sans toutefois hiérarchiser ces phénomènes les uns par rapport aux autres : la généralisation de l’instruction, l’émancipation des femmes, la laïcisation, le développement des échanges et la libéralisation économique. Si les pouvoirs centraux tentent de canaliser ces évolutions ils n’ont pas les moyens de contrôler ces multiples organismes. L’émergence des sociétés civiles au Moyen orient, selon les paradigmes des démocraties occidentales, apparait d’abord comme le produit d’un activisme social intense favorisé par le fait que les pouvoirs centraux laissent de nombreux secteurs de la protection sociale ou de l’éducation à ces organisations de la société civile tolérées car elles servent d’amortisseur social dans un contexte économique souvent difficile. Les problèmes se posent avec les mouvements islamistes intégristes qui aspirent à prendre de contrôle des États en asservissant la société civile. Le positionnement des ONG occidentales par rapport et aux sociétés civiles locales peut aussi créer des difficultés. Au Moyen orient, le groupe, dominant est celui des pays où la société civile, même structurée, n’a que peu de libertés ; c’est le cas des monarchies sunnites : l’Arabie Saoudite, même si elle se positionne pour des raisons géostratégiques dans le camp occidental et, à un moindre degré, des émirats ; dans l’Iran chiite le rôle de la société civile s’accroit régulièrement. Dans les autres pays moyen-orientaux constitutionnellement plus proches des modèles occidentaux la société civile à une place importante ; c’est le cas en Israël, en Palestine, au Liban, en Turquie ou encore en Jordanie, même si des réserves peuvent être faite, notamment en raison de rivalités souvent fortes, inter ou intra-communautaires, et de situations conflictuelles latentes. Pour l’avenir, quatre facteurs majeurs vont certainement contribuer à renforcer le rôle de la société civile dans les processus de démocratisation au Moyen orient : le poids des acteurs économiques, les aspirations des jeunes, l’émancipation des femmes et de la circulation de l’information.

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« L'Islam et la société civile en Asie occidentale : quel Islam? »

https://www.youtube.com/watch?v=4LNKZPzr5Go

Par Mohammad Reza MAJIDIprofesseur au département de droit et des sciences politiques à l’Université de Téhéran,ancien ambassadeur et représentant permanent de la République islamique d’Iran auprès de l’Unesco. Il apublié plusieurs ouvrages et articles dont l’ouvrage sur « le rôle de l’Islam dans le rapprochement des cultures » paru en 2011.

   

Ces vingt à vingt-cinq dernières années après la Guerre froide et l’évolution politique des pays de l’Est des réflexions nouvelles ont vu le jour sur le rôle et le statut de la société civile. C’est l’un des concepts de base de la pensée politique dans l’Occident, qu’a bien abordé le Professeur Debré, et qui depuis deux ou trois siècles est sujet de débats dans le milieu académique, parfois même dans le foyer populaire.

Au sein de cette réflexion, un courant de pensée majoritaire s’est appliqué à mettre en avant le principe selon lequel la société musulmane, telle qu’elle se définie, n’a pas la capacité de produire des institutions ou des associations de contre-pouvoir, et d’introduire ainsi une forme de pluralisme démocratique.

Dans les pays islamiques, certaines caractéristiques d’une société civile se sont manifestées à certains moments de l’histoire, mais ce n’est que depuis les dernières décennies que l’on y développe ce sujet en tant que théorie politique. Ainsi se pose la question des rapports entre la société civile et l’Islam. Bien sûr, il faut rappeler que l’Islam est l’un des éléments-clé de la vie des musulmans des sociétés islamiques. Chaque phénomène, chaque question qui sort au niveau individuel, collectif ou social devraient être étudiés en rapport avec cet élément. Et la question : la société civile, on en est où ? Les intellectuels musulmans présentent-ils de différents points de vue concernant cette question ?

Cette intervention s'est proposée d’examiner ces diverses approches. Est-ce qu’on peut proposer ainsi de reconsidérer le rapport ambigu entre l’Islam et un modèle de société civile qu’il reste à définir ? Avant cela, il faut rappeler qu’il n’existe pas un Islam unique et homogène : presque un milliard et demi d’individus constituent le monde musulman d’aujourd’hui qui se caractérise par une diversité géoculturelle, une grande variété de niveaux de vie et de profils démographiques, et ceux-là ne permettent pas de mettre en avant un destin commun des populations musulmanes. Pour autant, il existe dans la société musulmane des éléments communs de définition de société civile spécifiques. L’amélioration des sphères civiques et religieuses est le point de départ de cette définition. De fait le rôle de la sharia ou loi islamique est un des éléments fondamentaux du débat.

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« Pétromonarchies, société et immigration »

 

https://www.youtube.com/watch?v=X6oT6cMi0RA

Par Bruno DREWSKImaitre de conférence à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO), directeur de la revue « La Pensée Libre », Rédacteur de Rubrique politique à Investig'Action, Rédacteur à Outre-Terre – Revue européenne de géopolitique :

La formation des pétromonarchies arabes contemporaines résulte de la présence coloniale britannique qui a dessiné les contours d'entités devenues formellement des États à la fin de l'ère coloniale. Parmi tous les États de la péninsule arabique, seuls le Yémen, Oman et Bahrein ont en fait une réelle tradition historique, tandis que l'Arabie saoudite, elle-aussi créée avec l'aval du colon britannique, a conquis des anciens pays abritant une forte population autochtone, Hedjaz, Asir, Hasa, Chammar. Ce qui explique que nous avons affaire pour ces États à des sociétés anciennes et relativement élaborées sur laquelle, dans le cas saoudien, est venue se plaquer une monarchie récente originaire du Nedj, territoire arabique traditionnellement marginal. Et dans le cas du Bahrein, d'une dynastie issue de la minorité sunnite dans un pays majoritairement chiite. Sur la côte orientale du Golfe persique et arabique, nous avons en revanche surtout affaire à un chapelet de principautés nées du caprice de l'ancien colonisateur qui s'était choisi des relais locaux. Relais bénéficiant pour le moment des mannes de la rente pétrolière et gazière.

Pour ces entités, la crainte omniprésente dans les années 1960/1970 face à la montée des mouvements révolutionnaires liés à la formation d'une classe ouvrière locale et à l'influence de la révolution palestinienne a poussé les monarques locaux à faire appel massivement à une main-d'oeuvre immigrée, sans statut permanent, quasiment sans droits et sans vie familiale. Main-d'oeuvre étudiée au préalable scientifiquement en fonction de ses différentes habitudes culturelles permettant d'imposer des conditions de travail plus ou moins dures, ce qu'on appelle là-bas « la stratégie du confort ajustable ». Ce qui explique une forte proportion d'Asiatiques venant de pays marqués soit par les traditions du système de castes soit de sociétés minées par l'atomisation et l'extrême pauvreté. Et une proportion relativement plus faible d'immigrés venant des pays arabes qui pourraient être plus exigeant.

Dans ce contexte, à côté de cette masse d'immigrés majoritaires en position de précarité et soumis à un « turn-over » constant, les autochtones sont la plupart du temps minoritaires et relativement favorisés, ce qui ne les pousse pas à oser faire montre d'une grande activité politique et sociale. Même si au Koweït et à Bahrein, on constate une plus grande capacité de mobilisation et l'existence d'embryon de société civile organisée. Qui permet au Koweït de jouir de droits démocratiques réels, ce qu'on trouve aussi à Oman, tandis qu'à Bahrein, la mobilisation populaire se heurte à une répression implacable rendue possible par l'occupation du pays par l'armée saoudienne et la présence militaire des Etats-Unis. En fait, dans la région, l'Arabie centrale, qui constitue aujourd'hui un royaume absolutiste vaste et relativement peuplé, pourrait jouer un rôle majeur dans l'éveil de la vie civile, si elle arrivait à dépasser sa situation à mi-chemin entre unpatchworkarchaïque et la formation d'une véritable société, par-dessus les clivages existant, régionaux, tribaux, claniques et religieux.

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« L'ingérence occidentale dans la société civile arabe »

https://www.youtube.com/watch?v=cc6-fnW_ScQ

parMajed NEHME, Chercheur, éditeur et Directeur de la revue"Afrique-Asie".

Au centre de toutes nos analyses, le rôle de la société civile, émergeait ; on n’a pas attendu que l’idée de société civile soit importée de l’Occident.  Je vous rappelle qu’en Iran par exemple, le mouvement de Mossadegh  a été élu démocratiquement et c’est l’Occident qui l’a cassé. 

Les syndicats, les associations, les partis politiques, tout cela existe dans le monde arabe, c’est vrai qu’il y a des régimes autoritaires, et que la société civile dans certains pays est fractionnée, composée d’une multitude d’ethnies, de communautés, et que face à cela, il faut un état centralisateur, toute l’Europe est passée par là, au cours de son histoire. Lors d’un échange avec l’ancien président ghanéen, ce dernier me confiait : « Si je laisse la démocratie à l’occidentale s’instaurer dans la ville d’Accra, j’aurais une tribu qui va dominer toutes les autres et qui éliminera ses rivales ».  N’empêche, même si on n’est pas conforme au concept européen, qui évolue régulièrement, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de société civile, qu’il n’y pas de contre-pouvoir même dans les pays présentés comme les plus dictatoriaux ou présentés comme tels par une certaine littérature occidentale. Que ce soit au Maghreb ou en Proche et Moyen Orient.

Je vais maintenant donner quelques exemples des Ingérences manifestes dans la fabrication des mouvements de déstabilisation de la société civile dans les pays qui ont vécu ces printemps arabes D’ailleurs je vous recommande la lecture d’un livre remarquable : « Arabesques, les révolutions made in USA ». Révélant comment les Etats Unis subventionnent des mouvements de déstabilisation dans nombre de pays qui tiennent tête à la politique américaine, et tour cela est voté, acté, officiel.

Dans nombre de pays ayant vécu le printemps arabe, pour la société civile, plus que le combat pour les Droits de l’homme, c’est le combat pour des réformes qui est prioritaire. Ainsi, en Tunisie, il y avait des syndicats sur le modèle allemand même sous la dictature de Ben Ali. Tout le problème, ce sont les ingérences extérieures, pour les pays qui refusent de se laisser dicter des politiques qui ne correspondent pas à leurs intérêts nationaux. Et cela concerne aussi bien, au-delà des pays arabes, la Russie de Poutine, une ancienne grande puissance.

Ici, Le concept même de société civile à l’occidentale s’est altéré sous l’emprise grandissante des media, y compris sur le Net, à travers la distribution et la production dominante.   Est ce qu’on peut alors parler encore de pluralisme ?  En France, même dans le service public, on a des exemples de censure, de tout ce que l’on reproche à ces pays que l’on qualifie de dictatures ? Voilà quelques pistes de réflexions que je livre, pour contribuer au débat de ce jour.

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« La géopolitique de la crise Arabie saoudite et Iran »

https://www.youtube.com/watch?v=rRkVTsdlrcQ

 

Richard LABEVIERE, journaliste et écrivain. Ancien rédacteur en chef à la Télévision suisse romande (TSR) et à Radio France internationale(RFI). Ancien rédacteur en chef de la revue de l'Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), consultant international et rédacteur en chef de l’Observatoire de la Défense et de la Sécurité «espritcorsaire». Depuis 2014, il est rédacteur en chef de l’Observatoire géostratégique prochetmoyen-orient.ch.

Les société civiles et les crises géopolitiques régionales au Moyen orient

Au Moyen orient la mise en rapport dialectique des société civiles et leurs confrontations avec les appareils d'état ramène fatalement a des situations de crises anciennes, durables et récurrentes.
Ce retour de confrontation société civile appareil d'état génère des situations de crise qui sollicitent la lecture et l'analyse géopolitiques plus larges régionales et internationales et l’éviction de cet ethnocentrisme des sociétés françaises de plus en plus fermées via des presses unilatérale qui nous ramène à une sorte de narcissisme proprement français qui fait connaître de moins en moins l'histoire des sociétés proches et moyen orientales.
De ce point de vue, on avait mi en cause la rédaction française privée ou des services publiques sur l'idolâtrie qu'on a pu faire dans notre pays des ong. Cette idéalisation naïve appelant d'affirmer une bonne volonté pour qu'elle s'impose dans l'histoire nous a amené à des contresens incroyables parmi lesquelles s’inscrit le printemps arabe ou la révolution arabe. Sommes nous face réellement à une révolution ? est-ce que cette révolution porte sur des revendications sur par exemple la position de la femme ? car les femmes sont souvent des indicateurs, des baromètres des sociétés des libertés civiles. Mai évidemment il n’y a rien de tel chez Jabhat Al Nosra ou Daesh...

Aux Proche et Moyen orient les catégorie de l’Etat ou de la société civile appareils d’état ne sont pas transposables avec les approches de Weber ou autre. Prenant exemple du Liban où l’on serait en présence d’un jeu des puissances économiques et politiques qui s’expriment en marge du fonctionnement des appareils de l’Etat qui font du Liban un Etat faillite où il n’y a pas de président de la république depuis mai 2014 et cela n’a pas l’air d’inquiéter les uns et les autres si ce n’est les partenaire internationaux qui essayent de régler les crise en Syrie et en Irak ou ailleurs... cette confrontation permanente société civile/appareil d’état ramène invariablement à des crises où la pertinence la plus aigue et la plus ténue de la société civile se trouve en Palestine avec une société civile récurrente qui, indépendamment des fatigues de l’autorité et de la casse du mouvement national palestinien entre le Fatah et le Hamas pour essayer de casser l’OLP...

Donc tout cela est le fruit non pas d’accidents de ces crises mais de politiques extrêmement construites, permanentes qui ramènent aux ingérences répétées des puissances occidentales.

Ces illusions sémantiques de révolution ou de printemps ont débouché sur des confrontation plus structurantes régionales importantes ou société civile appareil d’Etat se recompose et redessine un arc de crise une ligne de fracture plus générale. Dans l’exacerbation des crises régionales moyen orientales il est évident qu’on a vu émerger ou ré émerger la monarchie wahhabite comme un des acteurs principaux de cette polarisation. Le déclenchement de ce point de durcissement de l’Arabie a été l’accord sur le nucléaire iranien du 14 juillet à vienne et la volonté de la communauté internationale de renouer avec l’Iran comme un acteur incontournable dan la résolution de crise que connait le Moyen orient.

16h00 : Débat.

https://www.youtube.com/watch?v=POMPQq6bwhQ

Deuxième PANEL
Modérateur : Son Excellence Michel RAIMBAUD, ancien ambassadeur de France

 Propos introdutifs par son Excellence Michel RAIMBAUD

https://www.youtube.com/watch?v=yiaMsyvFi98

 

  « La Société Civile en Iran et en Arabie Saoudite »

https://www.youtube.com/watch?v=vPhyrh3bw_8

 

Par Ahmad Naghibzadeh,professeur de sciences politiques à l’Université de Téhéran. Ancien directeur du département de sciences po. Il est aussi l’auteur de 12  livres universitaires et traducteur de 10  livres du français vers lepersan :

La société civile en sens moderne se réfère directement à la construction de l’Etat-Nation. L’Arabie saoudite malgré le revenu national est le seul pays qui se dirige avec des formations politiquesprécapitalistes se référant à la loi de Shariat qui se caractérise par le code monistene prévoyant aucune place pour la société civile. Dans cette situation lesformations séparées de gouvernance ne peuvent qu’être marginalisées etprimitives avec un sens religieux par le manque d’esprit libre. En vérité le régime politique en Arabie saoudite se trouve dans une impasse car dans l’ère de la mondialisation on ne peut se plier  sur soi mais del’autre côté tout changement implique une redistribution des pouvoirs, ce que cerégime est incapable d’accepter.

L’Iran par contre connait depuis 1501, avec l’avènement de la dynastie Safavide,ce que l’on appelle la construction d’un centre unifié de pouvoir considéré comme lepoint de départ de l’Etat-Nation. Si on considère ladésignation de la religion chiite comme religion d’Etat à l’instar de l’abolition du décretde Nantes par Louis IVX, on peut dire que le processus de mise en marche de l’Etat-Nation a commencé en Iran en même temps qu’en Europe. Dès le départ lasociété civile iranienne a connu deux piliers principaux à savoir Bazar commel’incarnation du marché et Howzeh comme symbole de l’institution religieuse. Il yavait un troisième pilier d’ordre précapitaliste à savoir la société tribale commeune formation autonome.

Mais aujourd’hui le système politique se trouve devant une poussée des formations modernes telles que les partis politiques. Se trouvant ainsi à l’épreuve d’une poussée très forte pourl’ouverture, le système politique semi fermé que nous avons en croyant  qu’il yaura un relai entre les formations libres à l’intérieures et les ingérencesétrangères, se voit obligé de s’appuyer sur ses  force coercitives et sur lesgroupements fidèles aux idées de la révolution islamique ; sinon le terrain estfertile et tous les éléments nécessaires pour en faire une société civile forte etactive sont présents.

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« La société civile en Turquie »

https://www.youtube.com/watch?v=KDFC3ALgInk

Philippe KALFAYANJuriste, consultant en droit international public et ancien secrétaire général de la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme). Il est aussiexpert accrédité auprès du Conseil de l’Europe. Chercheur associé à l’Université Paris 2 Panthéon-Assas et spécialiste des pays d’Europe Orientale et d’Asie Centrale post-soviétiques et de la Turquie et il a réalisé de nombreuses missions d’enquête ou d’observation judiciaire dans cette région... Il vient de publier une monographie surLa France et l’imprescriptibilité des crimes internationaux(Ed. Pedone, 2015) :

Evoquer la société civile en Turquie et surtout son rôle relève du défi, tant la situation en Turquie a évolué rapidement ces dernières années, surtout ces vingt-quatre derniers mois. Alors qu’on a assisté entre 2000 et 2013 à une libéralisation dans tous les domaines : économique, politique, religieuse, et observer des concessions positives vis-à-vis des minorités, notamment kurde mais pas seulement, le pays vient de basculer dans l’inconnu, entraînant de facto la fragilisation du pouvoir d’une société civile divisée, dont la structuration et l’environnement sont influencés par le pouvoir exécutif.

La Turquie vit une crise multidimensionnelle aigue. Au-delà de la nécessité de définir la société civile, en remontant dans l’histoire jusqu’au 19èmesiècle, puis de brosser son tableau récent (à partir des années 1990, nous exposerons sa structuration, son environnement politique, ses valeurs, et son pouvoir réel. Ensuite nous analyserons la nature des crises vécues actuellement et les conséquences sur une société aux multiples lignes de fracture : constitutionnelle (entre Turcs musulmans et minorités non-musulmanes), confessionnelle (entre sunnites et alévis), sociale (entre laïques et non laïques), économique (entre les grandes métropoles occidentales et les régions du sud-est),  géopolitique (de la politique du « 0 » problème avec les voisins à des conflits avec la plupart de ses voisins) et politique. Depuis la dérive autoritaire et la personnalisation du pouvoir de Monsieur Erdogan, le pays se fracture au sein même du parti majoritaire, l’AKP, en plus de l’opposition frontale entre Gülen et Erdogan, ce qui a des répercussions importantes au sein des grands corps régaliens de la Justice, de l’Armée, et de la Police.

La structuration de la société civile est le reflet des mutations historiques, de l’arrivée au pouvoir de l’AKP, de l’islamisation de la société, et des lignes de fractures évoquées.

Les droits et libertés sont les grands perdants de cette crise grave. Et les minorités, et notamment les Kurdes seront les victimes de ce raidissement et de cette dérive. En effet, le nationalisme reste une idéologie forte, transcendant l’idéologie des partis traditionnels et ne faiblit pas causant des fractures plus graves encore, qui débouchent sur des arrestations massives de militants ou élus kurdes depuis quelques mois, des embargos et destructions de lieux de peuplement kurde, des meurtres.

La société civile, tout comme la religion, subit un contrôle étroit et administratif de l’Etat. Si elle est occasionnellement consultée sur certaines réformes, ses organisations ne sont pas en mesure d’influer de manière structurée sur les processus législatifs et politiques : il n’existe aucun mécanisme pour cela. L’allocation des fonds publics, qui repose sur des règles non établies et peu transparentes, favorise la fracture entre organisations de la société civile et fragilise donc le contrepouvoir, déjà bien faible, qu’elle est censée incarner.

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« L'analyse socio-culturo économique de la société civile yémenite »

https://www.youtube.com/watch?v=ARZEfAWCQI8

Par Elie HATEM, avocat et professeur à la Faculté Libre de Droit, d'Économie et de Gestion de Paris (FALCO)  :

La société yéménite est difficile à comprendre, loin des clichés simplistes, en raison de sa complexité culturelle et le poids des traditions incrustées en elle. Cela explique la difficulté de l'émergence d'une société civile telle que nous la concevons en Occident, voire dans les autres pays arabes.

Héritier de l'Arabie Heureuse, le Yémen a une position géopolitique importante qui a attiré les convoitises, depuis l'Antiquité. Pays de l'encens, de l'agriculture et des couleurs, il a permis la sédentarisation de populations sémites mais également d'origine indienne. Il a connu une prospérité économique et culturelle, notamment architecturale, dépassant celle du reste du monde. Ses immeubles (constructions en hauteur) sont inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Nous devons au Yémen l'émergence de la langue arabe, durant la période préislamique où les traditions se sont affirmées de plus en plus dans cette société de nature tribale, malgré les royaumes qui s'y sont constitués (royaume d'Awsaan, de Saba, de Katban, de Maïn, de Hadramout etc...). Des monarques juifs et chrétiens ont gouverné ce pays en s’entre-tuant, ce qui a permis aux Perses de le dominer durant presque un siècle, en l'effleurant par leur civilisation.

L'Islam est venu s'ajouter à cette mosaïque culturelle, sans néanmoins entacher les traditions tribales. La pratique de cette religion a composé avec ces facteurs. Les dissensions théologiques entre sunnites et chiites, voire au sein du chiisme entre duodécimains et ismaélites, ont permis au Zaïdisme de faire apparition : une école de pensée chiite proche des traditions sunnites. Les Zaïdites ont constitué le premier Etat yéménite contemporain (le Royaume mutawwakilite yéménite) qui, bien qu'appuyé par le royaume saoudien, a chuté en 1962 au cours d'un conflit nourri par les ingérences étrangères, durant la bipolarisation.

La division du Yémen entre « Nord » et « Sud » a renforcé la nature tribale de la société yéménite et mis en exergue la multiplication des traditions culturelles qui constituent un rempart à l'édification d'une communauté nationale, voire d'un Etat proprement dit et, par conséquent, à une société civile.

En réussissant la réunification du pays, en 1990, l'ancien Président Ali Abdallah El Saleh, était conscient du poids des traditions et du danger d'y toucher en vue de les modifier. L'Etat s'est donc superposé aux tribus et son autorité effective ne s'est imposée que sur la capitale, San'aa. Le succès de ce modèle étatique était dû au compromis entre l'Etat et les tribus qui ont maintenu, chacune, ses spécificités et son autorité : justice, traditions familiales, rapports sociaux, etc... D'origine préislamique, la polygamie et les mariages forcés n'ont pu être abolis ainsi que la consommation du Qat (une drogue), ce qui semble contradictoire avec les pratiques de l'Islam qui proscrit la prière en état d'altération des facultés mentales (les drogues sont formellement interdites dans l'Islam, sauf pour les usages médicaux).

Au poids des traditions s'ajoute un autre facteur rendant difficile l'émergence d'une société civile au Yémen : l'extrême pauvreté d'une grande partie de la population (même s'il existe une catégorie sociale aisée, concentrée surtout dans la capitale), en raison du conflit de 1962, mais aussi des conséquences du régime marxiste du « Yémen du Sud » dont la réunification a absorbé.

Ce n'est donc qu'à partir de 1990 que le Yémen a progressivement évolué, en retard par rapport aux autres pays arabes. Des ONG étrangères mais également des Etats, notamment l'Arabie saoudite, ont aidé une catégorie de la population. Mais ces aides sont animées par des intentions politiques. Parallèlement, quelques intellectuels et hommes d'affaires ont pris des initiatives qui caractérisent les sociétés civiles, à l'instar de Madame Khadija El Salmi qui s'est engagée dans un combat pour le droit de la femme et contre les mariages forcés. Des jeunes issus de familles aisées ou ayant effectué des études à l'étranger, notamment en Europe ou aux Etats-Unis, ont tenté, au cours des deux dernières décennies, de créer des associations, en particulier dans le domaine éducatif et médical, constituant l'ébauche d'une société civile dont l'instabilité et le clivage actuel vont certainement ralentir l'essor.

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Débat général

https://www.youtube.com/watch?v=_5D_NvSNg_Y

https://www.youtube.com/watch?v=Bj16Uz1DdJM

Conclusion par Alain CORVES, conseiller en stratégie internationale.

https://www.youtube.com/watch?v=vHTNI7wxfkI

La richesse et la variété des interventions sur le sujet essentiel proposé à notre réflexion par le Président de l’Académie de Géopolitique de Paris, M. Ali Rastbeen, rend la tâche difficile à celui qui doit conclure cette après-midi très dense, fertilisée par les débats avec le public présent, souvent très pertinents et parfois très vifs.

Je commencerai par donner quelques réflexions générales qui me sont venues en entendant les différents intervenants, concernant les origines, les structures et le rôle des sociétés civiles au Moyen-Orient, ainsi que la conception souvent erronée qui conduit les gouvernants occidentaux à promouvoir ce qui leur semble se rapprocher de leurs critères et à combattre ce qui s’en éloigne. Erreur fatale à la compréhension du monde multipolaire, engluée dans un narcissisme occidental qui prend la forme d’un impérialisme culturel avant de devenir économique, politique et militaire.

Le poète iranien Sépehri cité par le Professeur Mohammad Reza MAJIDI résume parfaitement cette notion :

« Il faut laver nos yeux. Il faut voir d’une autre manière. »

En effet quelle tragique erreur d’imaginer qu’une seule culture pourrait être supérieure aux autres et qu’elle devrait de ce fait s’imposer à la planète, alors que l’humanité doit s’enrichir de la variété de ses peuples, de leurs coutumes, de leurs civilisations, même si l’une de ces cultures, l’occidentale, a pu créer la société la plus opulente et la plus puissante du monde. Est-ce une richesse de l’esprit de nier l’intelligence, au sens étymologique du mot de connaissance, de compréhension, d’entendement, chez les peuples qui se sont interrogés par d’autres chemins que nous occidentaux sur les raisons de l’existence de l’homme, sa place et son rôle dans l’univers, ses rapports avec le cosmos, bâtissant des civilisations diverses appuyées sur des richesses spirituelles d’abord, les matérielles n’étant pas considérées comme une panacée mais comme une simple conséquence éventuelle des progrès du savoir ?

Rappelons-nous les Grecs, qui ont nourri notre pensée, cherchant d’abord le progrès de l’esprit avant l’aisance matérielle, dans des joutes verbales étonnantes d’agilité mais aussi de rigueur : « Nul n’entre ici s’il n’est géomètre » était écrit sur le fronton de l’Académie. Quelles énormes avancées de la pensée qui sont loin d’avoir toutes débouché sur des progrès matériels.

Les différents apports des orateurs de cet après-midi amènent à revoir nos conceptions de la démocratie, des droits de l’homme, de la femme et c’était aussi le sens du discours du Président Rouhani à l’ONU en septembre 2013 quand il a invité les nations à redéfinir les règles des relations internationales, précisant justement qu’aucune culture ne pouvait se prévaloir d’être supérieure aux autres et que les nations devaient se respecter dans leurs différences, proposant de remplacer le slogan : « L’option militaire est sur la table » par « La paix est toujours possible » et ajoutant déjà que le monde devait s’organiser pour lutter contre le terrorisme, initiant la formule : « Un monde contre la violence et le terrorisme » qui deviendra la résolution 68127 de l’ONU du 18 décembre 2013.

En février 2007 lors d’une conférence internationale de l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) à Munich, le Président Vladimir POUTINE a, lui aussi, prononcé un discours important sur le fonctionnement des relations internationales, rappelant à ceux qui l’avaient oublié que le monde n’était plus unipolaire et que les plus forts devaient respecter les justes aspirations des plus faibles. Il a rappelé que la démocratie n’était pas le droit pour une majorité d’imposer ses vues à des minorités mais, au contraire, de prendre en compte la multiplicité des opinions et des intérêts.

Dans son introduction, le Président de l’Académie de Géopolitique de Paris a montré que les sociétés civiles reposent sur une culture et sont issues de lois, écrites ou non, qui ont pour fondement la démocratie, les libertés publiques et la justice, s’attachant à préserver le patrimoine commun de l’humanité exprimé par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme : droit à la liberté sous toute ses formes, à la sécurité et à la résistance à l’oppression.

La société civile doit être indépendante du pouvoir, disposer de la liberté d’expression, prôner l’égalité des droits de l’homme et de la femme et la multiplicité des opinions et des partis.

Dans une analyse systémique, le Professeur Jean-Antoine DUPRAT a rappelé les fondements historiques et juridiques des sociétés civiles et l’apparition des ONG, Organisations Non Gouvernementales, indépendantes de l’état, le poids des églises et des syndicats professionnels en soulignant les différences entre la conception occidentale et occidentale. La généralisation de l’instruction est un facteur de renforcement des sociétés civiles qui jouent un rôle croissant dans la circulation de l’information. L’exigence de droits égaux pour l’homme et la femme est un pilier de ces revendications.

Le Professeur Mohammad Reza MAGIDI, a rappelé que l’Islam est central dans les sociétés moyen-orientales mais, n’étant pas homogène, il a entraîné de grandes variétés de modes de vie. Les sociétés civiles doivent exister en parallèle de l’état et non en opposition à lui. Il a distingué les différentes conceptions : traditionnelles, néo-traditionnelles, séculaires qui peuvent s’opposer aux sociétés civiles ou composer avec elles et rapprocher les sociétés civiles et religieuses. Le rationalisme laïque n’est pas obligatoirement opposé à la pensée religieuse. C’est lui qui a cité le poète iranien : « Il faut laver nos yeux. Il faut voir autrement » pour illustrer la nécessité d’ouvrir nos esprits à ce qui est différent.

Le Professeur Bruno DREWSKI a montré la différence importante entre les monarchies du Golfe aux histoires récentes issues des Ottomans et des colonisateurs occidentaux et les autres pays arabes. Chez les unes, absence de sociétés civiles car les populations ouvrières sont immigrées, souvent étrangères aux traditions islamiques, à l’exception d’OMAN, Bahreïn et Yémen, chez les autres traditions anciennes d’accueil car présence de sociétés civiles fortes, souvent issues de l’état, raisons de l’animosité des monarchies pour la Syrie, l’Irak, la Libye.

Les erreurs de l’Arabie Séoudite, en Syrie, au Yémen, ajoutées à ses ferments de discorde intérieure laissent penser que le royaume est au bord de l’implosion : son avenir décidera du sort futur de la péninsule.

Dans une étude fouillée sur la manipulation des sociétés civiles pour amener au renversement de pouvoirs jugés indésirables par l’Occident, le Directeur d’Afrique-Asie Majed NEHME a invité à se méfier de l’utilisation caricaturale des valeurs démocratiques face aux dictatures : les printemps arabes se sont transformés en hivers interminables.

La démocratie et les droits de l’homme ne sont pas la panacée car les ingérences extérieures utilisent ces principes vertueux pour fomenter des soulèvements, arrosant les médias et les sociétés civiles d’argent pour inciter à la révolte.

Revenant sur le narcissisme français et européen, sur le rôle des ONG dans les révolutions de couleur, Richard LABEVIERE a rappelé qu’en Palestine où existe une société civile, Israël a suscité l’islamisme pour diviser les Palestiniens, qu’en Irak les Etats-Unis ont détruit en 2003 la société civile issue du Baas de Saddam Hussein, créant ainsi le chaos dont le pays ne se relève pas. Il a insisté ensuite sur l’exacerbation par l’Arabie Séoudite de la « fitna » entre chiisme et sunnisme, qui est surtout entre le wahhabisme d’état et le chiisme, Arabie qui alimente la lutte armée contre l’état syrien, l’Iran se montrant plutôt modérateur.

Il a attiré l’attention sur le rôle que pourrait jouer l’Egypte comme pôle sunnite, non wahhabite et indiqué que l’accord du 14 juillet 2015 marquait le retour de l’Iran sur la scène internationale et avait donc des conséquences importantes pour le Moyen-Orient.

Dans son introduction à la deuxième Table Ronde, l’Ambassadeur Michel RAIMBAUD a rappelé l’importance des sociétés civiles, prédisant que les pays dépourvus disparaîtraient. Les sociétés civiles occidentales s’appuient sur le libéralisme, l’économie de marché et la démocratie parlementaire mais Il a insisté à son tour sur la nécessité de faire la différence entre l’Occident et le reste du monde, au moment où les rapports de force dans le monde étaient bouleversés. L’idéal onusien doit être reconsidéré.

Le Professeur Ahmed NAGHIBZADEH pense que la société civile est indissociable de l’état-nation.

Dans l’état absolu la société civile ne peut exister mais l’état démocratique n’est pas obligatoirement assorti d’une société civile : des degrés existent où l’on voit la société civile plus ou moins active dans les démocraties. En Iran, pays aux frontières réelles et anciennes, il voit l’état-nation naître avec la monarchie Safavi en 1501 puis s’effondrer au début du XVIIIème siècle, laissant un état non achevé mais avec deux piliers : le bazar avec sa force économique et le clergé religieux qui crée des écoles. Avec l’absolutisme des Pahlavi la société civile est empêchée de jouer son rôle. Aujourd’hui la démocratie s’est installée mais est encore incomplète. Face aux menaces sécuritaires les ONG inquiètent l’état : les pressions pour le changement et l’ouverture amènent le système politique à s’appuyer sur la force pour maintenir l’équilibre, mais tous les ingrédients sont présents pour qu’un état démocratique fort associé à une société civile forte également soient au service du peuple.

M. Philippe KALFAYAN voit la TURQUIE organiser la vie de ses associations à partir de 1850 sur la vie religieuse mais sans enregistrement administratif gérant les biens jusqu’à la fin de l’empire ottoman. De 2000 à 2013 sous la houlette du parti au pouvoir l’AKP, en même temps qu’elle se libéralise sur le plan économique, elle s’islamise fortement et nombre d’ONG sont d’inspiration religieuse. (En 2016 : 200.000 enregistrées pour 80.000 actives). La constitution est laïque mais la religion est contrôlée par l’état avec un ministère des affaires religieuses qui ne subventionne que les sunnites. Les alevis sont donc exclus des subsides. Ses relations avec l’UE ont toujours été ambiguës mais l’UE lui a donné 1,5 milliards d’euros pour prendre des mesures d’ouverture : 1350 ONG ont participé cette ouverture. Le pays pourrait être au bord du chaos.

Rappelant l’histoire très ancienne du Yémen, berceau de l’arabisme, là d’où la civilisation arabe est née et a essaimé avant l’époque islamique, Maître Elie HATEM a expliqué que la monarchie zaïdite de 1918 avait créé un compromis entre les différentes tribus et composantes de la population. Ce sont les influences extérieures qui ont cherché à détruire le pays, comme le fait actuellement l’Arabie Séoudite mais si l’Egypte de Nasser avait soutenu autrefois le pays, l’Egypte de Sissi qui fait seulement mine d’être l’alliée de l’Arabie pourrait changer un jour de position.

Pour conclure ce colloque très instructif je rappellerai ce que Malraux, qui était agnostique, affirmait que toutes les civilisations se sont appuyées sur une religion. Constatant que la civilisation occidentale, la plus puissante que l’homme ait créée, était matérialiste, il prédisait qu’elle devrait trouver sa métaphysique ou devrait disparaître.

« Jusqu’ici, il n’y a que les religions qui aient fondé l’absolu des civilisations. Il serait très certainement très imprudent de dire qu’une civilisation comme la nôtre ne pourra pas trouver son absolu, puisque ce serait de la pure prophétie et que personne n’en sait rien. Seulement, ce que nous pouvons dire d’une façon tout à fait sérieuse, c’est qu’il n’y a pas d’exemple d’autre chose avant nous. Ou peut-être quelques siècles romains – et vraiment « peut-être » car ce n’est pas sûr –quelques années grecques, et c’est tout. Le passé du monde, c’est le passé religieux. La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’grège autour d’une religion, et le phénomène que nous sentons très bien depuis que la machine est entrée en jeu (pas la science, la machine), c’est la fin de ce qu’on pourrait appeler la valeur suprême, avec en même temps quelque chose qui semble tout le temps la rechercher.

Quand vous prenez le mois de mai (68), que constatez-vous que font les étudiants ? Ils vont inscrire des phrases, des mots, des lettres sur les murs. Or, bien entendu, ce que faisaient les religions, ce n’était pas d’inscrire des lettres sur des murs, c’était d’inscrire des choses dans le cœur des hommes. Et vous sentez bien le décalage. Notre civilisation, dans la mesure où elle est la première qui soit, mettons, une civilisation agnostique, qui ne soit pas une civilisation religieuse, pose, d’une façon plus brutale que n’importe quelle autre, le problème de la religion. (Entretien du 5 mai 1969 avec Komnen Becirovic sur la radio-télévision yougoslave)

La civilisation occidentale, au lieu de rechercher le choc avec les autres, doit ouvrir ses yeux sur les richesses des autres cultures du monde et cesser de se croire la meilleure parce qu’elle est la plus forte matériellement et militairement. Comme l’a dit l’Ambassadeur Michel Raimbaud les rapports de force changent et l’on voit un grand chef d’état comme Vladimir Poutine reconstruire son pays ruiné par le chaos post-soviétique sur des fondements et des valeurs religieuses et morales que l’Europe veut non seulement oublier mais même éradiquer. Parce qu’il a le sens des réalités avec des visions lointaines, il peut amener les européens à enfin comprendre que leur avenir est vers l’est et non vers l’ouest. Les sociétés civiles européennes sont désormais de plus en plus conscientes de l’impuissance de l’UE à faire face à leurs vrais problèmes, car cette organisation lourde et exsangue bruxelloise ne leur semble plus à leur service mais au service de technocrates apatrides, ou de la finance mondiale dirigée en dehors de notre continent qui stagne de plus en plus. C’est elle qui pousse à la belligérance avec la Russie, au risque d’une guerre mondiale puisque l’OTAN renforce sans cesse son déploiement et son intégration.

On ne peut s’empêcher de penser aux impulsions que donnait périodiquement le général de Gaulle, préconisant les échanges culturels, le respect de l’autre, la coopération, et le droit des peuples à disposer souverainement de leur destin, sans se laisser imposer de sujétion quelle qu’elle soit.

 

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